Chapter 1
Preface
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ules Verne est né à Nantes en 1828. Très jeune, les voyages l'attirent : en [PRES RARE ETS parents, il s engage comme mousse à bord d'un navire en DC TAG OC ee Te CT UE To TRS UE na Ne ETS OR Re =TECS il jure de ne plus voyager qu'«en rêve ». Après des études de droit à Paris, il choisit La carrière des lettres. À 24 ans, la déjà publié plusieurs récits et une comédie. En 1862, paraît aux Editions Hetzel son roman Cinq semaines en ballon, qui remporte un succès triomphal dans le monde OT TEA TT TT LEE Eee UT E immense : soixante-quatre romans, plusieurs ouvrages
de vulgarisation et une quinzaine de pièces de théâtre.
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Jeunesse
LOIALE RU CENTRE DE LATERRE
BIBLIOTHÈQUE D'ÉDUCATION ET DE RÉCRÉATION J. HETZEL, ÉDITEUR 18, RUE JACOB, PARIS
© Hachette Livre, 2005, pour la présente édition.
JULES VERNE
LOIAGE AU CENTRE DE LATERRE
PHARE CD
Le 24 mai 1863, un dimanche, mon oncle, le profes- seur Lidenbrock, revint précipitamment vers sa petite maison située au numéro 19 de Kônigstrasse, l’une des plus anciennes rues du vieux quartier de Hambourg.
La bonne Marthe dut se croire fort en retard, car le dîner commençait à peine à chanter sur le four- neau de la cuisine.
— Bon, me dis-je, s’il a faim, mon oncle, qui est le plus impatient des hommes, va pousser des cris de détresse.
— Déjà M. Lidenbrock ! s’écria la bonne Marthe stupéfaite, en entrebäillant la porte de la salle à manger.
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—— Oui, Marthe ; mais le dîner a le droit de ne point être cuit, car il n’est pas deux heures. La demie vient à peine de sonner à Saint-Michel.
— Alors pourquoi M. Lidenbrock rentre-t-il ?
— Il nous le dira vraisemblablement.
— Le voilà ! je me sauve, monsieur Axel, vous lui ferez entendre raison.
Et la bonne Marthe regagna son laboratoire culi- naire. HAE
Je restai seul. Mais de faire entendre raison au plus irascible des professeurs, c’est'ce que mon caractère un peu indécis ne me permettait pas. Aussi je me préparais à regagner prudemment ma petite chambre du haut, quand la porte de la rue cria sur ses sonds ; de grands pieds firent craquer l'escalier de bois, et le maître de la maison, traversant la salle à manger, se précipita aussitôt dans son cabinet de travail.
Mais, pendant ce rapide passage, il avait jeté dans un coin sa canne à tête de cassé-noisette, sur la table son large chapeau à poils rebroussés, et à son neveu ces paroles retentissantes :
— Axel, suis-moi !
Je n'avais pas eu le temps de bouger que le pro- fesseur me criait déjà avec un vif accent d’impa- tience :
— Eh bien ! tu n’es pas encore ici ?
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Je m'élançai dans le cabinet de mon redoutable maître.
Otto Lidenbrock n’était pas un méchant homme, j'en conviens volontiers ; mais, à moins de change- ments improbables, il mourra dans la peau d’un ter- rible original.
Il était professeur au Johannæum, et faisait un cours de minéralogie pendant lequel il se mettait régulièrement en colère une fois ou deux. Non point qu’il se préoccupât d’avoir des élèves assidus à ses leçons, ni du degré d’attention qu’ils lui accordaient, ni du succès qu’ils pouvaient obtenir par la suite : ces détails ne l’inquiétaient guère. Il professait « subjec- tivement », suivant une expression de la philosophie allemande, pour lui et non pour les autres. C’était un savant égoïste, un puits de science dont la poulie grinçait quand on en voulait tirer quelque chose : en un mot, un avare.
Il y a quelques professeurs de ce genre en Alle- magne.
Mon oncle, malheureusement, ne jouissait pas d’une extrême facilité de prononciation, sinon dans l'intimité, au moins quand il parlait en public, et c’est un défaut regrettable chez un orateur. En effet, dans ses démonstrations au Johannæum, souvent le professeur s’arrêtait court ; il luttait contre un mot récalcitrant qui ne voulait pas glisser entre ses lèvres, un de ces mots qui résistent, se gonflent et finissent
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par sortir sous la forme peu scientifique d’un juron. De là, grande colère.
Or, il y a en minéralogie bien des dénominations semi-grecques, semi-latines, difficiles à prononcer, de ces rudes appellations qui écorcheraient les lèvres d’un poète. Je ne veux pas dire du mal de cette science. Loin de moi. Mais lorsqu'on se trouve en présence des cristallisations rhomboédriques, des résines rétinasphaltes, des ghélénites, des fangasites, des molybdates de plomb; des tungstates de manga- nèse et des titaniates de zircone, il est permis à la langue la plus adroite de fourcher.
Donc, dans la ville, on connaissait cette pardon- nable infirmité de mon oncle, et on'‘en abusait, et on l’attendait aux passages dangereux, et il se mettait en fureur, et l’on riait, ce qui n’est pas de bon goût, même pour des Allemands. Et s’il y avait toujours grande affluence d’auditeurs aux cours de Liden- brock, combien les suivaient assidûment qui venaient surtout pour se dérider aux belles colères du professeur !
Quoi qu’il en soit, mon oncle, je ne saurais trop le dire, était un véritable savant. Bien qu’il cassât par- fois ses échantillons à les essayer trop brusquement, il joignait au génie du géologue l’œil du minéralo- giste. Avec son marteau, sa pointe d’acier, son aiguille aimantée, son chalumeau et son flacon d’acide nitrique, c'était un homme très fort. À la cas-
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sure, à l’aspect, à la dureté, à la fusibilité, au son, à l’odeur, au goût d’un minéral quelconque, il le clas- sait sans hésiter parmi les six cents espèces que la science compte aujourd’hui.
Aussi le nom de Lidenbrock retentissait avec hon- neur dans les gymnases et les associations nationales.
