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Philosophie occulte ..

Chapter 7

M. de Mirrille, qui die aussi ce fait, ajoute:

gros les phénomènes qu on rapporte en quatre li- gnes, mais nous voyons combien chacune ^ent ajouter à la difficulté de la solution. Alexandre était fou dans ce moment, soit; mais avec lui, son élève, son domestique, et Tuba, et les jeunes gens, et toute la maisonnée, et toute la ville de Rome qui ne voulait plus de cette maison..., il y avait donc dans cette maison une cause halluci- natrice pour tout le monde? Quelle était cette cause?. . . Une cause qui, ne pouvant ouvrir les por- tes du dehors, passait par les fentes, mais ouvrait très-bien de Fintérieur. »
Ce qui caractérise surtout cette histoire, et ce que M. de Mirville ne saurait voir, c'est le défaut absolu de logique et de vraisemblance qui carac- térise les hallucinations et les rêves. Une porte fermée par un simple cordon de soie est plus facile à ouvrir du dehors que du dedans, en poussant de manière à rompre le cordon, et c'est le contraire qui arrive; TEsprit qui est entré par le trou de le serrure n'a pas besoin d'ouvrir la porte powi et il se donne cette peine inutile. Il n'c sible pour tout le monde, quoi qu'en
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Mînrille qui^ ici, suivant une méthode qui est la sienne, semble n'avoir pas mèmelu la citation dont il fait usage. L'air de cette chambre devait être vicié, puisque la lumière s'y éteignait. Le bras du fantôme était une vision de l'asphyxie; la porte une fois ouverte et le courant d'air établi, le spectre a disparu. On pourrait rapprocher de cette histoire un fait tout récent que nous avons lu, il y a quel- ques années, dans les journaux.
Il y avait dans un endroit qu'on cite, et chez des personnes qu'on nommerait au besoin, une cham--» bre hantée. Un savant résolut d'y coucher et y coucha. Vers le milieu de la nuit il éprouve une oppression horrible, une douleur d'estomac pleine de déchirements et d'angoisses, et il voit, dans une lueur phosphorescente, un affreux démon vert pomme qui était accroupi sur sa poitrinQ et qui lui fouillait les entrailles avec ses ongles. Il pousse un ràlement qui est entendu, on vient à son se- cours, on donne de l'air h la chambre, et le savant, revenu à lui, se sent malade et reconnaît les symp- tômes de l'empoisonnement par l'arsenic. On le tire de la chambre fatale, des réactifs lui sont ad- ministrés, il se rétablit et peut se livrer à un «xa- men sérieux et attentif de la chambre hanté6«
il reoonnatt qu'elle est tapissée d'un pi4[»ier vert pomme coloré au moyen d'une préparation arse- nicale. Alors tout s'explique pour lui. En effet od changea le papier de cette chambre, et le fantôme homicide ne revint plus.
C'est en étudiant de près les prodiges qu'on découvre les lois secrètes de la nature.
Voilà, par exemple, une maison qui attire les pierres comme un fer aiounté attire la limaille de fer. C'est étrange, n'est-ce pas? mais c'est aussi ce qu'on devait dire lorsqu'on a remarqué, pour la première fois, les phénomènes de l'aimant. On découvrira bientôt qu'il existe des aimants spé- ciaux dans les trois règnes de la nature, et que la maison lapidée devait attirer les pierres comme le médium écossais Home ou la jeune paysanne Angélique Cotin attiraient les meubles. La vie de l'homme se répand sur les choses qui sont à son usage, et les prescriptions de la Bible prouvent que la contagion de la lèpre s'attachait aux mai- sons coDune aux hommes. Pouix^uoi n'y aurait-il pas des maisons malades d'aimantation déiY^li^ comme il y avait alors des maisons lépreuses ? Ce qui est certain, c'est que la nature est harmo- nieuse et i^ulière, c'est qu'elle obéit à des lois ri-
goureusemmt «actes dans le résultat de leur ac- tion et qu'elle ne donne jamais de démentis ni à son auteur, ni à elle-même. Son miracle perma- nent, c'est l'ordre étemel. Les prodiges passagers ^ ml des accidents prévus par l'harmonie univer- selle et ne prouvent pas plus l'intervention des esprits que les météores ne prouvent l'existence des astres. La raison suprême est comme le soleil : insensé qui ne la voit pas !
PHËN0MËNE8 MODERNES
CHAPITRE P'.
LES TABLES TOURNANTES ET PARLANTES.
L existence delaimant universel spécialisé dans les métaux, dans les plantes, dans les animaux, dans les hommes, était connue des anciens hiénv- phantes. C'est à cette force mystérieuse qu'ils don- naient les noms d'Od, d'Ob et d'Aour, chez les Hébreux. C'est la double vibration de la lumière universelle et vitale. Lumière astrale dans les astres, lumière magnétique dans les pierreries el les métaux, magnétisme animal chez les animaux et chez l'homme. Tout, dans la nature, en révèle l'existence.
Les expériences de Mesmer et de ses successeurs ont prouTé que le magnétisme animal peut com- muniquer aux objets inertes la vie et la volonté Ai* rhomme. Il n'y avait donc pas lieu de s'étonner du phénomène si multiplié de nos jours des tables tournantes et parlantes; mais l'ignorance aime à 'iVtonner, parce qu'en s'étonnant elle s'émerveille, et qu'en s'émerveillant elle s'enchante, puis elle lie veut plus être désenchantée, et n'écoute pas l
La véritépresque toutentière sur les tables mer- Mn lieuses se trouve tr^s-simplement et très-claire- mont exprimée dans une lettœ d'un savant ano^ n\ine que cite M. A. Morin. a Croyez bien, dit ce M>ant, qu'il n'existe, dans les tables, ni esprits, ni revenants, ni anges, ni démons; mais il y a A comme vous voulez , puisque cela dépend de votre imaginative, de votre tempérament, de vos rrii\ances intimes, anciennes ou nouvelles. La M^^amlmlance n'est qu'un phénomène mal ob- ^'MTé par les anciens, incompris par les modernes, m\% parfaitement naturel, qui touche h la physi* (jiu' d'une part et à la psychique de l'autre ; mais il t tait incompréhensible avant la découverte de
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rélectrîcHé et de l'héliographie, parce que. pour expliquer un fait de l'ordre spirituel, noussonunes obligés de nous appuyer sur le fait correspondant de Tordre matériel, comme les anciens poètes le faisaient par des comparaisons et les prophètes par des paraboles.
a Or, vous savez que le daguerréot\pe a non- seulement la faculté d'être impressionné par les objets, mais aussi par l'image des objets. Eh bien! le phénomène en question, qui devrait s'appeler la photographie mentale^ ne produit pas seulement les réalités, mais aussi les rêves de notre imagination, avec une telle fidélité que nous y sommes trompés, ne pouvant distinguer une copie prise sur le vif d'une épreuve prise sur l'image.
« Cette photographie mentale, direz-vous, est une chose bien extraordinaire, bien merveil- leuse. — On en a dit autant de la photographie ordinaire, puis on s'y est familiarisé. Il en sera de même de la nouvelle découverte : on s'habituera, ol chacun vérifiera, en faisant des tables comme on fait du daguerréotype, les uns bien, les autres mal, car il faut pour réussir un ensemble de pn'*- cautions et de conditions indispensables au succès. Le premier maladroit, le premier étourdi venu
n'est pas plus eu état d'obtenir ww bonne épreuve d'un côté que de l'autre.
« La magnétisation d'un guéridon ou d'une l>ersonne est absolument la même chose , et les ivsultats sont identiques ; c'est l'enyahissement d un corps étranger par l'électricité vitale intelli- ^^ente ou la pensée du magnétiseur et des assistants.
plus facile à saisir que la machine électrique ras- Moiblant le fluide sur son conducteur, pour eu obtenir une force brute qui se manifeste par des I dats de la lumière, etc. Ainsi l'électricité accu- mulée sur un corps isolé acquiert une puissance M Ht pour décomposer, soit pour enflammer, soit |NHir envoyer ses vibrations au loin. Ce sont la i\^ effets sensibles de Télectiicité ànUe (1) pro- duite par des éléments bruts; mais il y a évidem- ou ut une électricité corespondante produite par la pile cérébrale de l'homme: cette électricité de i âme, cet éther spirituel et universel qui est le na'lieu imUnani fie I univers métaphysique ou in-
(I) Broie est le nom donne par la tttbie pour la distinguer 'i
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coi-porel, a besoin d'êti-e étudié avant d'être admis par la science, qui ne connaîtra rien du grand phénomène de la vie avant cela.
« L'électricité cérébrale, qui n'est plus pour moi et mes collaborateurs à Tétat d'hypothèse, parait avoir besoin, pour se manifester à nos sens, du secours de l'électricité statique ordi- naire ; de sorte que si celle-ci manque dans l'at- mosphère, quand Tair est très-humide par exem- ple, on ne peut obtenir aucun mouvement des tables, qui vous disent clairement le lendemain ce qui leur manquait la veille.
« L'intelligence d'une table actionnée est le résumé ou, si vous le voulez, le reflet de l'intelli- gence des personnes qui l'actionnent, on peut même dire de tout un salon attentif et en harmo- nie de sentiments et de croyances. D'autres fois. ce n'est que la répercussion des idées d'une seule personne plus influente par sa volonté, qui peut même paralyser ou activer de loin le guéridon et lui imposer tel ordre d'idées qu'il lui plaît.
« Il n'est nullement besoin que les idées soient nettes dans le cerveau des personnes : la table les découvre et les formule d'elle-même, en prose ou en vers, et toujours en termes propres ; elle
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demande souvent du temps pour remplir certains bouts-rimés ; elle commence un vers, le rature, le corri^ ou le retourne à notre instar ; elle joue, plaisante et rit avec nous comme le ferait un in- terlocuteur bien élevé. Si les personnes sont sym- pathiques et bienveillantes les unes pour les autres, elle se met au ton général de la conversation, c'est l'esprit du foyer ; mais si on lui demande une (''pitn*amme contre une personne absente, elle emporte la pièce. Quant aux choses du monde extérieur, elle en est aux conjectures comme nous ; elle compose ses petits systèmes philoso- phiques, les discute et les soutient comme un rhéteur des plus retorts. En un mot, elle se fait une conscience et une raison à elle, avec les maté^ riaux qu elle trouve en nous.
" Tout cela vous paraîtra bien bizarre, bien incroyable ; mais, après vérification, vous en arri- ferez là comme nous.
" Les Américains sont persuadés que ce sont des morts qui reviennent ; d'autres, que ce sont des esprits , d'autres des anges , d'autres des démons, et il arrive précisément à chaque groupe le reflet de sa croyance, de sa conviction pré- conçue : ainsi les initiés des temples de Sérapis,
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de Delphes, des Branchides et autres établisse- ments théurgico-médicaux de ce genre, étaient- ils bien convaincus d avance qu'ils allaient entrer en communication avec les dieux adorés dans cliaque sanctuaire ; ce qui ne manquait pas d'avoir lieu.
« A nous, qui savons la valeur du pliénomfeue, il ne nous arrive aucune chose que nous ne puissions expliquer sans peine d'après nos prin- cipes ; nous sommes parfaitement sûrs qu'après avoir chargé un guéridon de notre iafliid' magné- tique, nous avons créé une intelligence analogue à la nôti'e, qui jouit comme nous de son libre arbitre, et peut convei'ser avec nous, discuter avet: nous, avec un d^*é de lucidité supérieure, attendu que la i-ésultante est plus forte que l'individu, ou le tout plus grand que la partie.
« La meilleur condition est de n'avoir pour coUaborateui-s que des enfants presque sans in- fluence mentale; c'est à peu près comme si vous étiez seul en présence de votre conscience et en conversation intime avec vous-même, sauf que le raisonneur éphémère formule ce qui n'était qu'à l'état de chaos ou de nébuleuse dans \o\w con- science.
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a II n'est pas une réponse des orades anciens qui ne trouve son explication naturelle d'après la théorie dont nous avons la clef. N'accusons plus Hérodote d'avoir radoté dans ses récits les plus étranges que nous tenons pour aussi vrais et sin- cères que tous les autres faits historiques consi- gnés dans les récits de tous les écrivains du pa-» ganisme.
« Le christianisme, qui avait pris à tâdie de délivrer le monde de ces croyances superstitieu- ses dont il avait reconnu l'inanité et les dangers sans en découvrir les causes, a eu les plus grands combats à livrer pour détruire les oracles et le sibyllisme ; il a dû employer plus que la persuasion, et l'établissement de l'inquisition n'a pas eu d'autre but ; lisez Anunien Mofcellin et les violences des premiers empereurs chrétiens contre les consulleurs de tables, et les sermons de Ter- hillien contre ceux qui interrogeaient Ctqieiia^ et Mefvtas (Chèvres et Tables).
« Il n'a pas fallu moins de dix-sept siècles et demi pour avoir raison des sorciers par le fer et le feu; les derniers surrivants furent Urbain Grmdier et Cagliostro : mais le phénomène étant naturel renaissait tantôt sous la forme des trero-
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Ueara denint Médard, tantôt sous celle des hal- lucinés de saint Pftris, dont Talleyrand a constaté la réalité dans sa jeunesse, ea crucifiant une sîr- bylle a^ec Tabbé de Lavauguillon, sans lui faire de mal. Mesmer a ressuscité la chose.
« Ce phénomène est aussi ancien que Thomme, puisqu'il lui est inhérent. Les prêtres de Tinde et de la Chine l'ont pratiqué avant les Égyptiens et les Grecs. Les sauvages et les Esquimaux le connaissent ; c'est le phénomène de la Fat, source de tous prodiges ; quand la foi s'affaiblit , les miracles disparaissent. Celui qui a dit : a avec la f nerait pas qu'on soulevât un guéridon. Avec la foi, le magnétiseur enlève un rhumatisme, et les bei]gers de la campagne obtenaient du pied de leur chèvre, comme nous obtenons du pied de nos tables, des réponses analogues aux croyances intimes des interrogateurs, aussi étonnés de voir formuler leurs pensées, leurs instincts et leurs sentiments, que le sauvage est étonné de voir refléter sa figure dans une glace. Les plus mal partagés sont ceux qui croient causer avec fe démon qui répercute leurs rêves et quelf uefùs l'état de leur conscience^
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« L'Iiomne, eo s^ regardant au miroir de la ubie, • S'y voil parfois si laid qu*il se prend pour le diable.
(c Plus il y a de croyants réunis par une foi quelconque autour d'une table, plus la pile est chargée, plus les résultats en sont puissants et mMTeilleux.
a Lee premiers chrétiens rassemblés autour de la sainte table pour communier en Dieu voyai^it Dieu, comme ceux qui ont foi en la magie et la sorcellerie voient des enchante- ments et de la sorcellerie partout. Les hôtes du festin de BalUiasar ont vu sur les murailles la mmace née dans leur conscience contre Tauteur de pareilles orgies, et rien de plus. Ceux qui croient aux apparitions, à des taches phospho- rescentes, à des bruits étranges, sont également servis selon l^urs idées; car il est £ait à chacun seloa fift fiM. Celui qui a prononcé ices profondes paroles, était bien le Verbe incarné; il ne se trompait pas et ne voulait pas tromper les au- tres ; il disait la vérité, que nous ne faisons que iiépéter ici sans plus espérer qu'oa } aûc^pte.
« L'homme est un mî^rojposppe on petit inioade; il porte en lui un fragment du grand Tout ji Vi^
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chaotique. La tâche de nos semidei est de dé- brouiller la part qui leur est échue par un tra- vail mental et matériel incessant. Ils ont leur corvée à remplir par Tinvention perpétuelle de nouveaux produits, de nouvelles moralités, et la mise en ordre des matériaux bruts et informes départis par le Créateur, qui les crée à son image pour créer à leur tour et compléter l'œuvre de la création, œuvre hnmense qui ne finira que quand le tout sera tellement parfait, qu'il sera devenu semblable à Dieu et capable de se survivre à lui- même. Nous sommes bien loin de ce moment final, car on peut dire que tout est encore à faire, à refaire et à parfaire ici-bas, institutions, machines et produits.
Ment non solnm agitât sed créât tnolem.
a Nous Vivons dans la vie, ce milieu ambiant intellectuel qui entretient dans les hommes et les choses une solidarité nécessaire et perpé- tuelle; chaque ceneau i*st on gaii^Hoîi, iin** station du télégraphe névralgique uuivtf^rHûl €0 rapport constant a\vr la station centrale avec toutes les autres , par les vibrations de pensée.
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iritttel échire les ftmes comme le soleil matériel éclaire les corps, car F univers est double et suit la loi des couples. Le statîon- naire ignorant interprète mal les dépèches di- vines et les rend d'une façon souvent fausse et ridicule. Il n'y a donc que l'instruction et la vraie science qui puissent détruire les superstitions et les non-sens répandus par les ignares traduc- teurs placés aux stations de renseignement chez tous les peuples de la terre. Ces aveugles inter- prètes du Verbe ont toujours voulu imposer à leurs élèves l'obligation de jurer sans examen, in verba magistri.
a Nous ne demanderions pas mieux, hélas! s'ils traduisaient exactement les voix intérieures qui ne trompent que les esprits faux. C'est à nous, disent-ils, à débrouiller les oracles, nous en avons la mission exclusive, spiritus flot ubi vult, et il ne souffle que sur nous, disent-ils.
« Il souffle partout, et les rayons de la lu- mière spirituelle éclairent toutes les consciences; QujK cummi^ ^ ^ ^ ^^^ ï\khQ\x\ qui l'uieol Ja hi-» aïtffT, tl ) a auscii à^s». ciirps réfrinj^'DtH el beau- Wtp qui suul dénud!* Av *^ ' iHi^ ri^llcctible. %fk la nqorîlé ; t4 qu«arH rorp^ et tous
Ids Mprits fMéohirotit égaléffidllt Cêttê double lumière, oti y Terra beaucoup plus clair qu'aux jotird'hui. »
Nous croyons avec le savant de M. Morinque les phénomènes actuels nous mettent sur la voie des plus grandes et des plus importantes décou- vertes. Géttè photographie mentale des idées cou- rantes est quelque chose d'immense qui nous révële la grande communion de la vie. Une âmê unique en e£Pét entretient la vie dans toute la na*^ ture, mem apitat molem.
Cette ftme est active chez les êtres intelli- gents et passive chez les autres. Or, ce qui est actif agit sur ce qui est passif et lui emprunte même sa force. L'homme peut prendre au lion sa vigueur, au singe son agilité et son adresse, il peut aussi imposer au lion et au singe sa propre pensée , et s'en servir comme d'instruments ; tout cela est une question de magnétisme.
Croyez-vous que le grand peintre, par tem- ple, trouve chez le marchand les couleurs do»t il fait rayonner sa toile? Non, sa pensée coitt'' mande au soleil qui lui abandonne ses reflets. Toute puissance intellectuelle est une mdp&,
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et la matière mise au service de Fesprit devient intriligence.
Le jour pour se manifester a besoin de la nuit, et) comme le dit M. A. Morin dans quelques vers assez heureux dont nous complétons la pensée:
Le temps fiour Apollon est tenu d'abdiquer ; Nous sâfone k présent quel génie invoquer. Sa force est :
Tout lb monde ;
Il se nomme :
PinsoNHi; •* Celui qui ne Ta pas est celui qui le donne ; -— Ainsi que dans Taimant le pôle négatif Est leemastant agent de VéSti positif. La nature muette inspire la parole. L'ignorance publique a créé le symbole, Et l'homme de génie est peut-être, en deux mots. Celui qui tire à lui l'esprit de tous les sots*
La Fontaine faisait plus : il tirait à lui le génie des bétes, ou plutôt il leur prêtait le sien, et les fiûsait parler bi^i mieui que nos medham ne font parler lee guéridons. Le monde appartient au gé* nie. Il dit à la pierre : sois vivante 1 et la pierre se lève et s'isîme. Le statuai» bit les dieux ; puîa vient la Cm, et les ilteu parlent, les stMaes mukiit
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les yeux, le marbre pleure. Pure imagination, di- rez-vous : oui , souvent , mais pas toujours ; et la preuve en est que les tables remuent et parlent réellement. On ne sait pas encore de quelles for- ces peut disposer l'aimantation humaine; et quand les prodiges de la foi deviendront les conquêtes de la science, l'homme, élevé au-dessus de toutes les superstitions, aura pris sa place dans l'univers; il comprendra qu'il est né pour conmiander à la nature, et qu'il est ici-bas le plénipotentiaire de Dieu.
La photographie est, certes, une des plus belles et des plus curieuses découvertes de ce siècle : mais, dans ce bon temps d'autrefois, que r^ret- tent si sincèrement MM. Veuillot et de Mirville, l'inventeur de cette belle chose n'eût-il pas été accusé de magie, et les masses ignorantes n'eus- sent-elles pas été persuadées que ces peintures instantanées et merveilleuses étaient l'ouvrage des malins esprits? Qu'eût-on pensé alors du stéréos- cope, cette double lorgnette qui donne du relief à un reflet et change un fantôme en statue? Un voyageur «oaporte les Alpes dans sa poche; on met le dôme de Saint-Pierre de Rome dans un étui. Joignez le microscope au stéréoscope, et
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TOUS verrez se dresser entre vos mains, dans toute leur effrayante hauteur, les colosses des Pyrami- des, que vous poun*ez contempler à votre aise à traTers le trou d'une aiguUle!... Voyons, notre cher monsieur de Mîrville, est-ce que votre dia- ble ne s'en mêle pas vraiment un peu? Non, n'est-*ce pas ? Mais , quant à la photographie mentale des tables parlantes, c'est bien autre chose : oui , c'est autre chose , en effet ; mais c'est une autre diose tout à fait analogue à la première.
De même que la photographie solaire repro- duit avec une fidélité désespérante les taches et les verrues d'un visage , la photographie astrale reproduit le néant des vaines conversations, la iémérité des conjectures et les faux pas des sot- tes prisées. On connaît les prétendues révéla- tions de Victor Hennequin ; le médium Rose nous affirme qu*Esoousse et Lebras ont été Roméo et iolirtte, et rencontre dans Saturne l'infortuné Lesorques, qui est devenu jardinier. Ceci nous rappelle un couplet d'une chanson amphigou- rique de Vadé :
La reine Cléopâtrp RaiiMildaurMitte
Desmâfrotts
Que Cafoa
Jelle aux poules. Tandis que Zorobabel, Faisait euire» en Israél,
Des moules.
C'est le rôfe dans tonte son incohéranoe. Pois il ôToqne madame Lafarge, et Ini fait confesser qu'elle fut coupable : outrage impie à la tombe d*une malheureuse, dont la mémoire, protégée par un doute devant l'opinion publique, touche à l'honneur d'une famille honorable dont quel* ques membres vivent encore ei croient à l'inno- cence de Marie. Un autre médium, jadis savant, depuis tourneur de tables et halluciné, croit rece- voir les baisers d'une femme qu'il a aimée ; puis bientôt son amante d'outre-iombe devient jalouse, d'autres lèvres posthumes ont effleuré la bouche flétrie et démeublée du vieux (Hrard. Et la nou- Telle Diane de ce grotesque Endymion (nous osons à peine le répéter après qu'il n'a pas craint de l'écrire), c'est la mère de Dieu elle^-même. A côté de ces énormités, nous voyons sortir du crayon des médiums des pages qui peuvent n'être encore écrites nulle part, mais qu'on se souvient d'avoir
déjà laes partout, tant ces Terbiages sont communs et se ressemblent. Parfois le prétendu Esprit co-- pie tout naïvement un auteur qu'il croit sans doute peu connu. Celui qui écrit ce livre fut étonné un jour de relire , sous la signature de Platon , dans un numéro de la Vérité, journal spirite de Lyon, une page de son introduction à V Histoire de la Magie. Le crayon fait de plates chansons, qu'il signe Bé- ranger , et attribue des capucinades à Lacenaire : c est un tohu-bohu d'àneries prétentieuses et de réminiscences tronquées ; c'est une lanterne ma- fdque sans lumière, c est le sabbat des plus pau* ^res diables qu'on puisse imaginer ; c'est le chaos des extravagances. Puis, à côté de cela, des aper- çus pleins de finesse, des hypothèses hardies et des limbeanx de vraie science, cousus avec les vieilles ftcelles de Tabarin ou de Jocrisse. Apollonius de Thyane écrit des tirades saint-sîmnniennes M les signe « saint Augustin » ; saint Aiif^tiitin déclame contre l'Église catlinltqup. saint I/hjis parle comme Jean Joumet, siitiii Vincent de Paul fait dès phrases, et le grand m\i\\ Eini n*a yXm mfme le bon esprit de vouloli^ n^mi^ltre à riîudmil les chausses du roi Dagobert. Cm\ le bruit srmr- dûqw des foules, c'est le qi]i)imqno des eohii«ê.
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c'est la confusion des masses photographiées pen- dant qu'elles se meuvent ; c'est l'esprit imperson- nel et multiple qui noie bêtement les animaux dans lesquels il se réfugie, l'esprit que chasse de partout la douce influence du Verbe de vérité, et qui se nomme légion.
CHAPITRE II.
DERNIER MOT SUR LE SPIRITISME.
Quelque chose d'étrange et d'inouï se passe en ce moment «dans le monde. Le christianisme, en mettant toutes nos espérances dans la mort, avait dégoûté les hommes de la vie : et voilà qu'une croyance nouvelle semble vouloir nous rattadier à la vie en anéantissant la mort.
Pour la secte spirite, en effet, la mort n'existe plus. La vie présente et la vie à venir, séparées à peine par une mince cloison que peuvent percer les esprits, ne sont plus qu'une seule et même vie. Nous sommes entourés de ceux que nous avons ai-
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mes, ils nous voient, ils nous touchent, ils nous font signe, ils nous écrivent, ils marchent avec nous et portent la moitié de nos fardeaux. Parfois même, leur main se rend visible et palpable pour s'unir à la nôtre. Le miracle se vulgarise et nous pouvons le reproduire à volonté. Plus de larmes coulant sur les tombes, plus de deuil, plus de couronnes funéraires en mémoire de ceux qui ne sont plus, car, en vérité, loin d'avoir cessé d'être, ceux-là sont plus vivants que nous. Le berceau du petit enfant se soulève de lui-même en se ba- lançant et dit à la pauvre désolée que son pauvre ange est toujours resté près de son cœur. Le lieux mur écroulé qui séparait autrefois pour jamais les deux existences de l'homme est comme la cloison qui séparait les demeures de Pyrame et deThisbé, il laisse passer les paroles, il n'arrête même pas les baisers. Quel rêve divin, quelle douce folie! Aussi est-ce par milliers qu'il faut compter les adeptes de la science nouvelle. Ne leitit-il pas trop cruel de tes déln^mper si tou- («rois ils se ttrimpent/ear ils s appuient sur des raisoaiienieQtH auxquels on ne peut rien répondre 1*1 EUithimt eotoiir^' ~ Leur morale
m npiifiireitee e^t p) le ne contre-*
dit la doffm oatholique que pour oppcmr d'hum- bles espérauces à de trop escessives rigueurs. Tout cela est si précieux, si surprenant, si beau, qu'on se laisse facilement envahir par une credo- Uté flatteuse, et Ion ne réfléchit pas assez pour voir que la prétendue religion nouvelle anéantit le culte et la hiérarchie, rend la sacerdoce inutile, détruit le temple au profit de la tombe, substitue aux sacrements des vivants le contact douteux et problématique des morts. Dans ces évocations multipliées, la raison se fatigue, la foi sematéria* lise, les grandeurs sévères de la théologie se trans- forment en petitesses romanesques et sentimen- tales, on y parle d'un Christ presque aussi ridicule que celui de M. Renan et d'une Vieife llarid qui vient tous les soirs donn^ des baisers sur la bouche au vieux Girard de Gaudemberg. D'un autre côté, ce méchant IL de Mirville, ffd ■e nous pardonne pas de lavoir appelé bon, em- bouche la trompe infernale et proclame Le ri^goe de Satan. Sou Innlean. M. (jougeunl D^kuiuU!^ seiux, lui préâtiite le ^^uupillo» pour exorcisâr ie prinoedes ttoebi^s. Les injunes (jleuxMii aa^tin d'eau bénite. Lt's piud liomfflâMaU^ri bêtement les faib pont it'i
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per dm cbusm. Le respectable M. Ve^peau ex- plique par ua l^er craquemeat des muscle» du mollet des coups qui brisent les tables et semblent démolir les murailles. Pour beaucoup de gens, TAméricain Home n'est qu'un habile jongleur, un plus grand nombre encore rit, hausse les épaules et ne veut pas même entendre parler de tout cala, et au milieu de ce chaos la ^raie science, grave, silencieuse et tnste, étudie, observe et attend.
Elle ne saurait toutefois garder un étemel si- lence, autrement elle serait la mort. Le temps ar- rive où il faut nécessairement qu'elle parle pour prendre la défense de cette étemelle raison qui est la base de toute Justice. 11 faut qu'elle parle pour annoncer au monde la plus grande et la plus nécessaire de ses révolutions, celle qui doit ren- verser le despotisme de la folie pour fonder Tem- pire de la sagesse, cello qui doit réconcilier k jamais l'intelligence avec la foi.
L'adhésion ferme de l'esprit aux hypothèses nécessaires et raisonnables, c'est la foi, et cette foi, on peut dire aussi que c'est la raison.
L'adhésion obstinée de l'esprit aux hypothèses '"opossibles et déraisonnables, c'est la supeivtî- on, c'est le fanatisme, c'est la folie«
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Le Dieu des sages, c'est la raison vivante el universelle; le Dieu des fanatiques et des supersti- tieux, c'est la folie absolue.
Mais la folie absolue, c est le mensonge ai)solu, c'est le mal, c'est le diable: les superstitieux ado- rent le diable.
La religion des superstitieux peut donc être r^ jetée sans examen.
Lorsqu'on dit que le vrai chrétien doit sacrifier la raison à la foi, ou ne parle pas d'une manièiv exacte. Sacrifier sa raison à la foi, c'est soumetti^ en matière de religion son propre jugement à l'autorité universelle, ce qui est très-sage et ti-ès- raisonnable. Saint Paul ne demande-t-il pas mw obéissance raisonnable? Tout le monde sait cela. mais personne ne veut le comprendre, et de tout temps les hommes de mauvaise foi, pour avoir iv prétexte de se battre entre eux, ont cultivé le ma- lentendu.
La foi sans raison , c'est la folie. Tel pen- sionnaire de Bicêtre cmit fermement et opi- niâtrement qu'il est le roi de France. Pourquoi est-il fou en croyant cela? Parce qu'il n'a pas raison de le croire, ou parce qu'il raison.
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Viutras t'n>it fermemeut quil est le prophète Êlie et que I^arehange saiut Michel, déguisé eu ^ îeox mendiant^ s entretient familièivment avet' lui. Ses disciples prétendent qu'il a raisim de le cnLiire, et ils apportent pour piijuves de pnHendues prophéties et de prétendus miracles. Or, il se troore que les prophéties sont des divagations t4 uomènes dégoùtauts et de nature h ridiculiser les choses les plus sîunles. Ici la raison publique cor- rige la raison privée, et Ton trouve qut» Viiitras et ses disciples sont, je ne dirai pas (lr»s sectaires qu*il faut combattre, mais des malades qu'il faut soigner.
La foi est la confiauce de Tàme humaine m une raison plus haute que sa propre raison. La foi élève donc la raison de Thomme, au lieu (le rabaisser ; l'abîme du ciel C4>mmence pour uous oii finit la hauteur des montagnes, la foi commence nécessairement où la scienci* finit. Je ne puis ci*oire le contraire de ce que je sais, et je ne puis savoir le contraire de ce que je crois sans renoncer immédiatement soit à ma science, soit à ma foi. L'objet de la foi est donc nécessairement l'hypothèsi» ; mais l'ob-
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jet de la foi raisonnable c'est l'hypothèse néces- saire.
Qu'on ne nous dise pas que la foi est une grâce et non une déduction philosophique : le bon sens aussi est une grâce, et une grâce malheu- reusement beaucoup plus rare que la foi. Nos mauvaises passions dépravent notre jugement. Un méchant n est jamais raisonnable, et le ciel n'accorde la véritable raison qu'aux honmies de bonne volonté.
Croyez, et vous serez intelligents, disait le Christ aux pauvres d'esprit et aux humbles en les appe- lant au salut par la foi. Soyez vraiment intelli- gents, et vous croirez, pouvons-nous dire mainte- nant aux savants et aux penseurs. C'est-à-dire vous croirez sagement, au lieu de croire folle- ment, car, bon gré mal gré, il faut toujours que l'homme croie. Providence ou fatalité, il existe une cause première. Ordre ou chaos, il existe quelque chose dans l'infini. Mais Tordre dans un seul coin de l'univers est la négation du chaos. La vie essentiellement directrice et diri- gée dans tous ses phénomènes est la négation de la fatalité. Le vrai credo quia abmrdum est celui 4e l^omme qui nie. En face de l'être,
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en effet, il faut être fou pour venir affirmer le néant.
L'être, étant infini, peut être connu dans ses manifestations finies. Le connu conduit par l'hy- pothèse soit nécessaire, soit seulement raison- nable, à la divination de l'inconnu relatif; mais, au-delà de toute hypothèse possible, reste tou- jours l'inconnu infini, dont on ne peut rien pen- ser ni rien dire. C'est dans cet inconnu inson- dable, indéterminé, indicible, que les anciens kabbalistes adoraient Dieu sans chercher jamais à le comprendre.
Où la science s'arrête, la foi commence, et la foi puise ses révélations hypothétiques dans les aspirations du cœur toujours plus, insatiable e plus courageux que l'esprit. Or, le cœur humain I)eut s'appuyer sur une force ou se laisser égai-er par une faiblesse. — La force, c'est le sentiment hi''roïque du sacrifice. — La faiblesse, c'est le rêve amollissant de l'égoïsme satisfait.
Pour suppléer à rinsuflisancede la science, on peut donc faire appel ou à l'exaltation des senti- ments généreux, ou à la surexcitation des ins- tincts lâches.
L'exaltation des sentiments généreux donne la
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foi dans le sacrifice et, par conséquent, dans lo travail régulier, dans Tobéissance, dans la hiér- archie, dans l'abnégation du sens propre, pour se soumettre au sens commun. L'Église alors s'élève, la société est une milice, avec ses grades et sa discipline obligatoire pour tous. La plus puissante intelligence alors se manifeste par la plus grande docilité. Rien déplus clairvoyant, en effet, que l'obéissance aveugle, rien de plus digne de la liberté que le sacrifice de la liberté même. Un. soldat qui ne peut plus obéir ne peut plus vivre, et lorsque son général lui commande des choses qu'en conscience il ne saurait faire, il ne déserte pas, il meurt.
Le sentiment exalté, mais juste, qui crée l'obéis- sance au drapeau, s'appelle l'honneur. Le senti- ment exalté, mais juste, qui crée l'obéissance a l'Église, se nomme la foi.
Le rêve égoïste opposé à la foi. c'est l'hérésie. C'est le soldat qui veut vaincre en s'isolant. c'esl le croyant excentrique qui veut accaparer pour lui seul les avantages de la société. C'est l'homme qui veut communiquer avec Dieu sans intermé- diaire et qui se fait une révélation pour lui seul. Comme si le Dieu jde l'humanité pouvait être ex-
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communié, comme si le fond de la religion n'é- tait pas Tesprit de charité, et comme si l'esprit de charité était ailleurs que dans l'association des sacrifices et le concours hiérarchique à la créa- tion et à la conservation sociale et ecclésiastique de la foi !
Cette haute raison qu'on appelle l'Église ab- sorbe et doit absorber tous les raisonnements individuels. Le Christ, en se révélant au monde, a fait taire les oracles, parce que les oracles ne sont pas la raison. Qu'importe, en effet, un phé- nomène que la science n'explique pas encore, et que peut-il contre une raison ? Si j^ voyais une absurdité s'écrire en lettres de feu dans le ciel, j'admirerais le phénomène, mais je ne serais pas assez fou pour admettre l'absurdiié. Maintenant que la voix du Christ n'est plus écoutée, on res- suscite les oracles. Les tables parlent, les plumes écrivent d'elles-mêmes, les pierres crient, et que crient-elles? que disent les tables '^ qu écrivent les crayons des médiums? Tout cela répète sur tous les tons et en toutes les langues que les hommes sont fous quand ils ne prennent pas pour base la sagesse de Dieu, qui est dans l'esprit de charité.
Luther, un jour, eut la visite d*un espnii était- il blanc, était-il noir? cestcequeleréforauiteur ne saurait dire; il penche à croire toutefois que cet esprit était le diable. Et voilà le diable qui ai^gumente contre le moine, et voilà le moine convaincu par les arguments du diable, et c'est ainsi que la réforme est venue au monde. Spirites et tourneurs de tables, voilà toute votre histoire. Une voix vous parle, vous ne savez quelle voix. Plus d'une fois vos prétendues révélations pul- lulent de contradictions et de mensonges. Mais vous voilà délivrés de la hiérarchie, vous en savez plus long que votre curé et que le pape.
L'autre monde se révèle à vous directement ou par l'intermédiaire d'êtres inférieurs à vous, d'ê- tres ignorants et malades, de pauvres aliénés qui dorment ou ne savent pas ce qu'ils écrivent, et vous voilà comme Israël forts contre Dieu. Vous arrangez à votre manière le dogme étemel. Vous niez ceci, vous admettez cela, vous vous faites des paradis de fantaisie et des enfers très-suppor- tables ; avec cela vouspouvez débiter delà morale, cela fait toujours bon effet, et avec vous on sait que cela n'oblige à rien.
Car: d'une proposition absurde la conséquence
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ne saurait être evuninée, parce q«*eUe n'existe pas.
Vous dites : Dieu désapprouve la raison et en- courage la folie.
C*est comme si vous disiez : le diable désap* prouve la folie et encourage la raison; or, le pé- ché c'est la folie, et la vertu c'est la raison.
Vertu folle et péché sage sont des termes qui ne s'accordent pas.
Gomment donc ne voyez-vous pas que vous prenez Dieu pour le diable, et le diable pour Dieu?
Selon vous, le diable serait le dieu de la rai-* son!
Et Dieu serait le démon de la folie ! Rentres en vous-mAmes et réfléchissez.
Ainsi, apiès les foudres des prophètes, après rauféole des apôtres, après les splendeurs des pères, après la patiente, laborieuse, mais incom- plète raison des scholastiques, après les coura- geux désespoirs de la réforme et de la philoso- phie. Dieu, à bout de ressources, envoie des tables parlantes pour épeler en cabriolant le mot grave- leux de Cambronne, assaisonnement obligé d'une doctrine idiote, eBeoursgemant à des pratiques
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qu'on pourrait appeler l'onanisme de la pensée. K( c est Dieu, non, c est votre Dieu à vous, qui est réduit à des expédients pareils ! et vous passez de- vant Bicêtre sans ôter votre chapeau et sans fre- donner le refrain de Béranger :
Salut à ma patrie I
La foi en Dieu est la ferme adhésion de Tesprit auxhypothèsesnécessairesderintelligence. Saint Paul les formule en ces termes :
Accedentem ad Devm opm tel credere, quia est et inqxnrentibm se remunerator sit.
Que Dieu est, et qu'il récompense ceux qui le cherchent.
La foi en Jésus-Christ et en son Église est la ferme adhésion de l'âme aux hypothèses néces- saires du cœur. Si Dieu est, il est bon; s'il est bon. il nous aime; s'il nous aime, il doit remédier effi- cacement à nos maux. Il doit venir à nous qui ne pouvons pas aller à lui. L'incarnation, la ré- demption, les sacrements, le dogme immuable, la hiérarchie indéfectible deviennmt ak>rs né- cessaires, et tout cela se prouve encore par l'exis- tence réelle, et toujours présente dans l'Église,
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d'une puissance évidemment divine qui change les ignorants en sages, les faibles en héros, les plus simples femmes, et jusqu'à de pauvres en- fants, en véritables anges de la terre.
Cette puissance, malheur à qui la méconnaît, h
C'est l'esprit de charité !
Le foi de Tintelligence qui affirme Dieu seul, est la foi de Moïse.
La foi du cœur qui affirme TÉglise est la foi de Jésus-Christ.
La foi de Moïse, c'est Dieu inaccessible u l'homme.
La foi de Jésus-Christ, c'est Dieu présent dans l'humanité.
Inaccessible à la pensée, mais toujours pré- vient à l'amour, voilà en effet Dieu tout entier.
Le mosaifflie et le christianisme sont insépara* blés comme l'esprit et le cœur, couiuie lintellt- gence et l'amour.
L'Église, c'est l'humanité clu^élienne, etinsé- queooe nécessaire et complémoui forcé du jn- dalsme mosaïque.
A côté de cette foi raison iiabla a tonitiiir^ tenté de s'élever la foi folle el imagitiair^
chique comme la folie^ eaprloieuse comme les rêves.
C'est la foi des Tîsioimaires qui prennent pour des réyélations divines les fantômes de leur ima- gination;
De ceux qui demandent la sagesse à Textase, à Tivresse, au sommeil, à la catalepsie, à tous les états enfin qui, supprimant le libre arbitre de l'homme, le rendent plus ou moins aliéné.
Et ils ne voient pas que Taliénation est la dé- chéance de rhomme.
Et ils ne comprennent pas que Tesprit de ver- tige, c'est l'esprit du mensonge et du mal.
Et ils ne sentent pas qu'en s'abandonnant aux défaillances automatiques du somnambulisme ou de l'hypnotisme, aux impulsions fatales et dou teuses de l'esprit des tables tournantes, Us aban- donnent à l'inconnu ténébreux la direction de leur pensée, et deviennent, ce qui est horrible et tout à fait contre nature, des aliénés volontaires.
Us deviainent alors les prophètes du tourbil- lon, les voyants du vertige, les oracles du grand chaos, les interprètes de la fatalité.
Us se regardent dans un miroir brisé, et ils croient apercevoir la multitude des esprits cé^
letlM qui ont déjà aervi d'alimoDt à leur espriti et leurs réyes de doctrine rea^emUeut «ux cauohe* mars d'une digestion laborieuse.
En quoi difitëreDt essentiellement nos hypno- tisés modernes de ces anciens gnostiques de Tlnde qui, les yeux fixés sur leur nombril, attendaient l'apparition de la lumière incréée?
Longtemps avant nous, les brames magnéti* saient des tables et les soulevaient do torre en y imposant seulement les mains. La pythonisHe d'Endor était ce que vous appelleriez aujourd'hui un puissant médium, et elle évoquait les trépassée; or, révocation des trépassés, je suis fâché de vous le dire, mais c'est la nécromancie, la plus noire des sciences de l'abtme, la plus maudite des op^ rations sacrilèges. La nécromancie substituée au christianisme, la lumière des morts remplaçant la parole du Dieu vivant, le fluide spectral descendant sur nous au lieu de la grâce, la communion eucha* ristiqoe oubliée pour je ne sais quels banquets, où Tàme s'asph^-xie en aspirant le plu>sphore des cadavres; voilà, pau vivk insensés^ ce que vous pre- oei pour une rénovation religieuMf; v^iîU votre foi et wtre culte, voilà enfin le Dieu tunr qim !
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