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Philosophie occulte ..

Chapter 6

M. Renan, dont nous ne voudrions pas avoir

•x'rit le malencontreux ouvrage, y a nds cepen- dant une bonne «parole, qui rachète, h nos yeux
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bien des défauts. Cette parole, la voici : « Per- a sonne ne fut moins prêtre que Jésus. » Distin- guons toutefois, car il s'agit du prêtre de l'anti- quité, qu'on retrouve malheureusement encore dans les temps modernes. Saint Jérôme était, *à son insu, un hiérophante des grands mystères ; saint Vincent de Paul est le type du nouveau prêtre , du véritable pi-être chrétien , celte ré- incarnation perpétuelle de Jésus-Christ.
L'Ëglise à horreur du sang. Dans cette inef- façable maxime se résume tout l'esprit du chris- tianisme.
L'Église a horreur du sang, et repousse loin de son sein tous ceux qui aiment à le verser. Le prêtre chrétien ne peut exercer les fonctions d'accusateur public, ou de juge, sans devenir irréguher , c est-à-dire incapable d'exercer le« fonctions saintes. Ainsi donc, les inquisiteui's meurtriers n'étaient pas des prêtres chrétiens, c'étaient des sacrificateurs de l'ancien monde qui mentaient au christianisme. Un pape ne peut con- damner personne à mort. Le bon pasteur donne sa vie pour ses brebis, mais il ne sait pas les égorger. Un pape ne saurait faire la guerre. Quand Jules 11 faisait le soudard, il n'agissait plus
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en pape, c'était encore un tyranneau du Ba^ Empire. Le bon Pie IX, qui a , dit-on , des disions, doit être obsédé par les spectres de Pérouse et de Castelfîdardo ; alors il doit avoir horreur de ses propres mains , lui qui est le chef suprême de TÉglise, car TÉglise a horreur du sang.
Sacrifier les autres pour soi, voilà le vieux monde, le monde de Jupiter et de Saturne, le monde des Césars et des augures. Se sacrifier pour les autres, voilà le monde nouveau, le monde du Christ, le monde de Tavenir. Tuer pour vivre, voilà la grande fatalité des grands mystères. Mou-^ rir afin que les autres vivent, voilà le droit divin et la liberté de Tinitiation humaine au triomphe de la raison. La divinité et Thumanité se sont étmitement unies en Jésu^-Christ, et qui frappe Tune blesse Tautre. Juges de la terre, prenez-y garde : tout homme désormais appartient au Christ ; il a payé de son sang innocent Thumanité coupable tout entière. Tout coupable est appelé au repentir, et tout homme qui peut encore se re- pentir doit être sacré comme Caïn. Savez-vous pourquoi Dieu gardait si précieusement le sang de Caïn? C*est que chacune des gouttes de ce
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sang valait une goutte de sang rédempteur, et, pour que la rançon fût efficace , il ne fallait pas (lu'une seule parcelle de la chose rachetable se perdît.
Le sang d'Abel criait vers Dieu, dit la Bible. Qui donc pouvait le faire taire? Pour éteindre cette voix il fallait une voix plus puissante, celle du sang de Jésus-Christ. Le sang d'Abel deman- dait justice : Abel nétait qu'un homme, et le sang de Jésus avait seul assez de force pour crier quelajustice, chez Dieu, c'est le pardon. Qui donc avait pu lui dire cela? Jésus-Christ seul le savait pour le dire au monde, et, s'il le savait, c'est qu'il était Dieu !
Aussi pouvait-il seul abolir le sacerdoce de sang et instituer la prêtrise du sacrifice volontaire. C'est ce qu'il a fait, c'est ce que les martyrs ont com- pris, c'est ce que les saints comme Vincent de Paul ont essayé, non pas vainement, mais si dif- ficilement encore sur la terre, et vous osez dire que le christianisme s'en va! Je vous demande s'il est venu au monde autrement que comme une pai-ole incomprise et un prodige contesté? Je vous demande si le sang d'Abel a cessé de couler, et si le sacerdoce a échappé définiti-
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vement aux mains sanglantes des enfants de Cain?
On dit que tous les ans, à Naples, le sang du martyr Gennaro se liquéfie et bouillonne comme s'il ne pouvait se reposer; on dit qu'en plusieui*s endroits de la France le vin des calices est i*ede- venu du sang, et que les hosties consacrées se sont rougies d^une sueur semblable a celle de l'agonie au jardin des Oliviers. C'est que les martyrs sont solidaires les uns pour les autres ; c'est que le sang non expié crie contre les effusions du sang nou- veau. Le sang de saint Janvier proteste contre l'in- quisition encore vivante dans la triste cervelle des Gaumeet des Veuillot. Le vin de l'Eucharistie redevient du sang pour défendre aux indignes prMres de le boire, et les hosties s'injectent des nuances du meurtre, comme si le Christ décou- ragé renonçait à la transsubstantiation et redeve- nait un cadavre.
Quand le Christ devient un cadavre* c'est qu'il se prépare à ressusciter, et nous croyons que la résurrection du christianisme est prochaine; mais ce n'est pas ce que nous avons à prouver ici. De- meurons dans notre sujet et constatons seulement que le règne des dieux de sang est fini. Ne ver-
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sons donc plus le sang, ne l'agitons plus, mdine pour en faire sortir des dieux. Laissons en paix les morts, car les oracles du sang répandu sont frères des oracles de la tombe. La table tourne parce que le sang sagite; laissez le sang se calmer, et les prétendus esprits se tairont.
Oui, spirites, les esprits qui parlent dans les tables sont les esprits de votre sang. Vous vous épuisez pour animer le bois, comme ces prêtres du Mexique qui croyaient donner une âme à leurs idoles en les barbouillant de sang fraJtobement répandu. Ce que vous faites, on le faisait avant la venue de Jésus-ChHst ; on Ta fait et on le fait peut-être encore dans Tlnde; on le fait surtout chez les sauvages, où les jongleurs entourent de chevelures saignantes Tautel de leurs manitous, qu'ils conjurent et font parler. Le magnétisme, c est la projection des esprits du sang, et vous mar gnétisez vos meubles en appauvrissant votre cer- veau et votre cœur.
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CHAPITRE VI.
LES DBRNIBBS INITIÉS DE L'aMCIEH MOKDE : APPOLr- LONIUS DB THTANE, MAXIME D ÉPH6SB ET JUUEM. -^ LES PAlENS DE LA RÉVOLUTION. ~ UN HIÉRO^ PHANTB DE GÉRfiS AU DIX-^HUITIÉMB SIÈCLE.
L8 sacrifice de soi-même pour le6 autres a quelque chose de si insensé en apparence, maïs de si sublime en réalité, que cet antagonisme qu'on y trouve entre la raison égoïste et Tenthon- ûasme du dévouement justifie complètement le Credo quia absurdum du paradoxal TertuUien. La foi, comme l'antique Minerve, naquit toute armée et se posa tout d'abord en triomphatrice. La na- ture dle-même, la sainte et immortelle nature, sembla vaincue un instant, parce qu'elle était surpassée. Le jour où un homme mourut volon- tairement pour sauver les autres, le surnaturel fut prouvé.
Alors les sages de ce monde et les raisonneurs s'étonnèrent ; ils cherchèrent dans l'Évangile le
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secret de la puissance du christianisme et ne le trouvèrent pas. Ils ne virent qu'une compilation mystique de paraboles juives et d'allégories égyp- tiennes; ils i*ésolurent d'opposer un livre à ce livre et un homme à Jésus-Christ, et c'est ainsi que fut écrite la vie d'Apollonius de Thyane. Ce monument contemporain des Évangiles n'a pas été assez étudié : on y trouve des histoires et des sym- boles ; la fable y coudoie la vérité, mais cette fable est toujours une doctrine présentée sous le voile de l'allégorie. C'est ainsi que le voyage d'Apollo- nius dans l'Inde, et sa visite au roi Hiarchas dans le pays des Sages, figurent le dogme entier d'Her- mès et contiennent tous les signes convenus, tout le secret des anciens sanctuaires, c'est-à-dire le grand œuvre de la science et de la nature. Les dragons de la montagne sont les métalloïdes ignés qui contiennent le mercure philosophique; le puits où se trouvent les réser\'oirs de la pluie et du vent est le caveau où fermente le feu électro- magnétique alimenté par l'air et excité par l'eau. Il en est de même des autres symboles. Le roi Hiarchas ressemble, à s'y tromper, à ce fabuleux Hiram, auquel Salomon demandait les cèdres du Liban et l'or d'Ophir. Remarquons
que lésus ne demande rien aux rois de son temps et que lorsque Hérode Tinterroge il dédaigne de lui répondre.
Apollonius est sobi*e ; il est chaste comme Jésus, et «Tomme lui il se dévoue à une vie errante et austère. La différence essentielle entre Fun et Tautre, c'est qu'Apollonius favorise les supersti- tions et que Jésus les détruit ; qu'Apollonius excite à verser le sang et que Jésus maudit les œuvres du glaive. Une ville est affligée de la peste, Apol- lonius arrive, le peuple, qui le r^arde comme un thaumaturge, se presse autour de lui et le conjure défaire cesser le fléau. La peste qui vous afflige, la vmlà ! s'écrie le faux prophète en montrant un vieux mendiant. Lapidez cet homme, et la conta- gion cessera. On sait de quoi est capable une nittUitode furieuse de superstition et de peur. Le \ietllard disparaît sous un monceau de pierres. Philostrate ajoute qu'on déblaya ensuite la place du meurtre et qu'on n'y trouva autre chose que le cadavre d'un gros chien noir^ et ici l'absurde n'arrive pas à justifier l'atroce. Jésus ne faisait la- pider personne, pas même la femme adultèi^e ; il ne rejetait pas les fléaux publics sur la tète du pauvre Lazare, que le mauvais riche repoussait
du seuil de sa porte, et dont les chiens avaient pitié. Pour remède à la misère, cette peste aux yeux des heureux, il donnait le paradis et non le dernier supplice. Apollonius ici n*est qn*un misé- rable sorcier, et Jésus est le fils de Dieu.
Apollonius a des visions; il assiste en esprit au meurtre du tyran de Rome, et il pousse des cris de joie. Courage ! dit-il en s'adressant aux assas- sins; frappez, immolez ce monstre! Jésus n'a pas une parole de malédiction contre Hérode et contre Pilate, et prie même pour eux en même temps que pour ses bourreaux, lorsqu'il dit cette parole sublime : Père, pardonnez-leur; car ils ne savent ce qu'ils font!
Le génie d'Apollonius est une brillante folie qui se révolte et qui proteste, celui de Jésus est une raison modeste qui accepte et qui se soumet.
Avec Apollonius de Tyane, le vieux monde semblait avoir dit son dernier mot ; mais la Pro- vidence, qui est belle joueuse, lui donna encore Julien, afin qu'il pût essayer encore une fois de prendre sa revanche. Julien était un philosophe comme Apollonius et un empereur comme Mare- Aurèle. Mais c'était aussi un sophiste à la ma-
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nière de lâbanius, et il donnait toute sa confiance à des charlatans comme Jamblique et Maxime d'EpUëse. Jamais cet e^rit raide et guindé n*a- irait pu comprendre les doux mystères de la crè- che. Julien n'aimait pas les femmes et n'avait pas d'enfants , il était chaste moins par sacrifice que par mépris du plaisir ; sa rudesse philosophique allait jusqu'à lui faire négliger les soins les plus vulgaires de la propreté. Il avoue, dans le Miso^ poffon^ que ses cheveux et sa barbe étaient hantés par les insectes les plus sordides, et il s en fait presque un mérite. Ici le Cés^j" pediculostis devient véritablement grotesque. « Oh ! le beau menton de bouc ! oh ! le barbu mal peigné I » chantaient les habitants d'Antioche. Julien croit répondre enr^rochant aux chanteurs leur mollesse et leurs débauches. Comme si les vices des uns pouvaient autoriser la malpropreté de l'autre. Ce héros cras- seux, qui avait reçu malgré lui du christianisme une teinte inefifacable de philanthropie, était, par religion, amateur des sacrifices et du sang. Quel fictimaire que ce grand philosophe ! quel boucher que cet excellent prince ! disaient les prédéces- seurs de Pasquino. Aussi le voyait-on toujours les vêtements retroussés et les mains pleines d'en*-
trailles fumantes. On n était plus au temps où loi princes grecs, chantés par Homère, ^orgeaienl et dépeçaient eux-mêmes les victimes. Julien n compt*euait ni son époque ni la dignité de soc rang. Néron avait pu se faire histrion parce que^ suivant la belle expression de Tacite, la terreur lui faisait l'aison du mépris; mais Julien, trop bon pour se faire craindre, trop désagréable pour se faire aimer, ne pouvait échapper au ridicule en exerçant les fonctions dégoûtantes des sacrifica- teurs antiques. On le sacrifia enfin lui-même, et le monde chrétien applaudit.
Ou assuiv qu'après sa mort on ouvrit les portes d'un petit temple qu'il avait fait murer avant de partir pour son expédition de Perse, et qu'on j trouva le cadavre d'une femme nue suspendue par les cheveux et le ventre ouvert. Est-ce une inven- tion de la haine ou la révélation d'un mystère? Cette femme était-elle une martyi-e ou une vic- time volontaire? Nous penchons vere cettedemière idée. Une jeune fanatique s'était trouvée peut- être alors qui avait voulu opposer son sacrifice à celui du Christ pourlaprospéritédu règne de Julien et le retour aux anciens dieux. L'empereur avait fermé les yeux et le grand pontife avait seul assisté
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i i'hcilucauste. Le temple muré, la victime san- jlaute suspeudue eutre le ciel et la terre comme Liue prière palpitante, tout cela i*essemble à une pai-odiedu cruciiiemeut. On sait qu'à une époque Uiute rapprochée de nous de jeunes filles se fai- ^îeut ainsi crucifier pour le triomphe de la pro- lestation janséniste, et, si Ton songe aux rites bar- Ikares qui déshonoraient la religion de Julien, on ue rejettera pas immédiatement comme une ca- lomnie posthume l'histoire de la femme sanglante et du temple muré. Julien avait été initié aux ^'rands mystères par Maxime d'Éphèse, et il croyait à la vertu toute-puissante du sang.
C'est en effet par un baptême de sang que Maxime d'Éphèse l'avait consacré aux anciens dieux. Julien, conduit dans la crypte du temple de Diane à demi nu et les yeux bandés, reçut des mains de Maxime un couteau, et une voix mysté- rieuse lui ordonna de frapper une pâle figure hu- maine qu'on lui laissa seulement entrevoir; le bandeau fut remis sur les yeux du néophyte, on conduisit la main de Julien et on lui fit toucher une chair toute chaude et toute vivante ; il y plon- gea le glaive sacré, puis on le força de se pros- leraer sous la fontaine qu'il venait d'ouvrir. Une
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aspersion chaude et nauséabonde le fit tressaillir, mais il garda le silence et reçut jusqu'au bout la consécration du sang versé. Par ce sang, disait Maxime, je te lave de la souillure du baptême. Tu es le fils de Mithra et tu as plongé le glaive daus le flanc du taureau sacré. Querablution du tauro- bole te purifie 1 Julien venait-il de sacrifier un homme? n avait-il immolé qu'un taureau? c'est ce que lui-même alors devait ignorer ; mais que ces rites aient été ceux des grands ttiy stères, nou^ n'en saurions douter, puisque nous W retrouvons encore dans les traditions d^ Tilluminisme ei dans les anciens rituels de la maçonnerie, héri- tière, comme le savent tous les érudits en cette spécialité, des doctrines et des cérémonies de Tan- cienne initiation.
Suivant l'usage des historiens anciens, Am- mien Marcellin a composé une belle harangue qu'il met dans la bouche de Julien mourant, comme si un homme qui a le foie traversé par un dard pouvait songer à faire des hai-angues. Ici nous aimons mieux croire à la tradition chrétienne qu'à l'histoire sophistique. Or, voici ce que dit cette tradition : Lorsqu'on eut retiré le javelot à trois tranchants de la blessui*e de Julien.
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lorsque son sang coulait à flots et qu'il se sentait défaiUir, il remplit ses deux mains de ce sang qu'il perdait et les éleva vers le ciel en pronon- çant ces mystérieuses paroles : Tu as vaincu, Ualiléen ! On a pris ces paroles pour un blas- phème, mais n'était-ce pas bien plutôt une ré- tractation tardive? L*initié du taurobole compre- nait trop tard que le sacrifice de soi-même l'em- porte sur lé sacrifice des autres. Il sentait qu'en donnant son propre sang pour les hommes, le Christ a pour jamais abrogé les sacrifices sanglants de l'ancien monde. Le souverain pontife de Ju- piter donnait sa démission >en offrant à son tour au ciel son propre sang au lieuae celui des boucs et des taureaux. Oui, semblait-il dire, toi que par mépris j'appelais Galiléen, tu es plus grand que moi et tu m'as vaincu ! Tiens, voilà mou sang que je te donne comme tu as donné le tien. Je meurs et je reconnais que tu es mon maître I Tu as vaincu, Galiléen !
Les mains du malheureux empereur s'affaibli- rent, son sang retomba sur sa tète, et l'on crut qu'il a>ait voulu les secouer contre le ciel. 11 se pu- riiia peut-être ainsi des souillures du taurobole et renouvela les traces effacées de sou baptême. Son
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acte de t-epeutir fut méconnu et laissa peser 1 a- nathème sur sa mémoii'c. Mais il avait été bon et juste, et Dieu ue laisse pas périr à jamais ceux qui ont aimé et cherché le bien même dans les ombres de l'erreur.
C'est sur la foi des fantômes évoqués par Maximi* d'Ëphèse que Julien avait cru à l'existence réelle de ses dieux, et ces fantômes étaient les halluci- nations du sang. On assure que Julien, épuisé par les jeûnes préparatoires et tout tiède encore de son baptême de sang, vit passer devant lui toutes les divinités du vieil Olympe. Il les vit non pas tels que les représentent les poètes de l'antiquité, mais tels qu'ils existaient alors dans l'imagination désenchantée des multitudes, vieux, décrépits, misérables, abandonnés. Ce n'étaient plus les grandes divinités d'Homère, c'étaient les dieiLx grotesques de Lucien, tant il est vrai que les pn'^ tendus esprits qu'on évoque sont des mirages ou des reflets d'une imagination collective. Le spi- ritisme visionnaire , c'est la photographie des rêves.
Les photographies mentales sont d'ailleurs phi^* durables que les photographies solaires, car. si les pi^mières s'effacent, on peut les renouveler
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(onjoui's eu ivjetant sou esprit daus le^î mêmes aberrations.
Nous avons vu en 93 les derniei*s initiés aux grands mystères, les philanthropes de Técole ih Julien, poursuivre h ti*avei*s un nuage de sang U* fantôme de la liberté. Nous avons vu en quelque M)rle s'échapper de la tombe des Brutus grotes- ques et des Publieola sordides qui juraient par la sainte guillotiue en iu>oquant les dieux. Saint- Ju»t rêvait un monde gouverné par des vieillards laboureurs et \ertueux décorés d*uue ceintun* Manche. Robespienx» se créa lui-même grand* pontife, e(« suivant la loi sanglante des antiques mystères, il dut périr sous le couteau de ceux qu'il avait initiés ; tous philosophes e( apoMaU ctimme Julien, ils périrent comme lui endi^s^r^- péraut de l'avenir. JJais moins généreux que lui. ou peu t-éti-e moins ûncirr^. ilspérirv'nt saii* pré^ wnter au ciel l'offraDde de leor prv^prv nafig H sans a%ouer qu eneunr une foi» k vaincu.
Voilà oà cooduîwi kr^ r»^e%. «#if b t-Ji ^tw \9fêr
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pas dressés dans la cervelle échauffée de ces hom- mes dont la raison était si bien représentée par une femme dissolue, on n'eût pas jeté par milliers les enfants de la France dans la gueule dévorante du Moloch révolutionnaire. Mais les larves qui nous viennent d*outre-tombe sont toujours froides et altérées ; les fantômes demandent du sang, et quand les tètes se désorganisent au point d'en- fanter des visions, les mains sont bien près de commettre des crimes.
— Donnez-moi des flèches! s'écriait Quanctius Aucler, qu'un faible hiérophante de Cérès venge la nature outragée ! Il s'agissait de tuer les prêtres ; mais notre homme, que rhallucination révolu- tionnaire avait rendu conplétement fou, voulait les tuer à coups de flèches, afin de donner à leur supplice une couleur plus antique. Ce Quanctius Aucler, qui se disait hiérophante de Cérès, a laissé un livre curieux intitulé la Treicie, où il demande sérieusement le retour au culte de Ju- piter, puisqu'on ne pouvait pas s'en tenir au règne de Saturne. Mais la Révolution ne voulut adorer ni Saturne ni Jupiter ; elle fut elle-même Saturne, et, suivant la sombre prophétie de Ver- gniaud, elle dévora tous ses enfants.
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CHAPITRE VII.
LES ESPRITS AU MOYEN AGE. — LE DIABLE JOUE TOUJOURS LE PREMIER ROLE DANS LA COMÉDIE DES PRODIGES. — l'archevêque UDON DE MAGDE- BOURG. — LE DIACRE RAYMOND. — LES VAM- PIRES. -— LES MAISONS HANTÉES.
Tant que dure cette enfance de la raison mo- demequ on appellele moyen âge, les forces secrètes de la nature, les phénomènes de magnétisme, les hallucinations surtout, dont les cloîtres sont l'a- bondante pépinière, font croire à Tinfluence pres- que continuelle des esprits. Les fantômes aériens que Timagination crée et poursuit dans les nuages, deviennent des sylphes, les vapeurs de Teau sont des ondines, les vertiges du feu sont des salaman- dres, les émanations enivrantes de la terre sont des gnomes, les lutins dansent avec les fées au clair de la lune. Tout le sabbat est déchaîné. La raison sommeille, la critique est absente, la science est muette. Abeilard expie cruellement ses hom-
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Le nécromancien n Vt-il pas la témérité de vouloir secouer Féchelle sainte afin de faire tomber les esprits qui montent? Gela ne se peut pas sans doute, et le sacrilège évocateur ne sera assailli que par ses propres vertiges. Aussi, les meilleurs théo- logiens du moyen âge ont-ils dit que les morts restent irrévocablement où la justice de Dieu les a envoyés, et que le démon seul répond à l'appel des magiciens et prend la forme des trépassés qu'on appelle pour égarer la conscience humaine, et faire croire aux sorciers qu'ils peuvent troubler h leur gré l'empire des âmes et de Dieu.
C'est dire , en termes allégoriques, précisément ce que nous disons dans le langage de la raison et de la science. Le démon, c'est la folie, c'est le ver- tige, c'est Terreur; c'est la personnification de tout ce qui est faux et insensé . Ici, nous tendons à M . de Mirville une main qu'il ne prendra certainement pas. Laissons-lui son diable de carton, qu'il fait jaillir de ses gros livres comme d'un joujou à sur- prise : M. de Mirville est un enfant.
Nous insistons ici sur l'autorité de l'Évangile et des théologiens, parce qu'il s'agit de choses qui sontezclusivementdu domaine de la foi. La science n admet rien qu'elle ne puisse démontrer : or, la
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science ne saurait démontrer la continuation de la Tie humaine après la mort* Elle n'admet donc pas les esprits ; et le titre de notre livre, la SctMce des esprits^ serait un paradoxe s'il ne signifiait science des hypothèses relatives aux esprits.
La science est purement humaine, et la foi ne saurait raisonnablement s'affirmer divine, â elle n'est immensément collective. C'est cette collecti- vité qui mérite aux croyances le nom de religion , c'est-à-dire lieâ moral qui rattache les hommes les uns aux autres.
La science ne saurait nier le besoin qu'ont les hommes de religion, pas plus que le phénomène des grandes associations religieuses. En tant que la religion est dans la nature de l'homme, elle ap^ partient à la science qui étudie l'homme ; mais cette science doit se borner à constater, sans se laisser influencer par lui, le phénomène de la foi.
Une croyance isolée ne mérite pas le nom de foi, car foi signifie confiance : se défier de toute aatorité sociale et n'avoir confiance qu'en soi-- même, c'est être fou. Le catholique croit à l'É-^ glise, parce que l'Église représente pour lui l'élite des croyants. Voilà ce qui justifie la foi du char-- bonnier. Or, le charbonnier n'est pas seulement
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cmyant en matière de religion , il doit Tètre aussi en matière de science : ira4-il nier ou contester le génie de Newton , parce qu'il ne comprend rien à ses théorèmes ? Je ne suis pas expert en peinture, mais je m'en rapporterais volontiers à Ingres , à Paul Delaroche, à Gigoux ; et ces grands artistes, qui peuvent n'être pas experts en théologie , en exégèse , en kablmle , ne seraient pas raisonnables s'ils ne s'en rapportaient pas à ceux qui ont spé- cialement étudié ces hautes sciences. Je ne com- prends i)eut-être pas loujoin-s ce qu'ils peuvenl dire sur les arcanef^ de la peinture , pourquoi s** fâcheraient-ils si mes livi-es ne sonl pa^ pour eux parfaitement clairs? Il me suffît que ilei^ homm**'^ de science spécialt* et de jugement les compi^HH nent,et il sera tivs-raisounable de s'en rap]ioiti*r à ceux-là.
Tel est donc le fond de la fui. C est ta tHititiatiet de ceux qui ne savent pas en ceux qui savi^t; iH comme la formule des croyance doit empruntera la science la base de f^*s hypotj comme on ne peut pas raisonnablement ( que la science démontiï' faux, comme il i cessaire que la science aciuietfe au moiiiM sibilité desh\pi^thèsc%^uûHtm^lf'^s h)p4i
Lavi^i; H
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la foi sont celles que la science avoue ne pouvoir jamais transformer en axiomes ou en théorèmes, il s'ensuit qu en matière de foi surtout lautorité est nécessaire, et que cette autorité doit être col* lective, hiérarchique et universelle, en d'autres termes, catholique. C est ce que nous avions îi prouver.
Au moyen Age la foi est aveugle, parce qu*elle n admet pas la critique et ne s'appuie pas sur la M^ience, qui fait défaut. Il s'ensuit que le raison* oement est faible et que les rêveries abondent. La médecine, par exemple, n'ose pas s'occuper de l'âme, et c'est à Tâme qu'on attribue les afiTai- blissements du cerveau. Les hallucinés sont alors des inspirés, soit de Dieu, soit du diable; les Temmes hystériques sont des possédées ; les ma- niaques sont des âmes que Dieu conduit par des voies mystérieuses. Tout est possible alors, tout est permis dans l'ordre prétendu surnaturel, excepté pourtant les évocations auxquelles l'enfer seul peut obéir, et qui troublent inutilement Tordre immuable de la nature et le silence éternel destombeimx.
L'Évangile affirme que les âmes du ciel no peuvent redescendre et que les âmes de l'enfer
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ne peuvent remonter. Restent celles du pui^- toire. Mais celles-ci, vouées à Texpiation, ne peu- vent plus pécher, et n'ont par conséquent pas le pouvoir de tourmenter les vivants et de les induire en erreur. Le purgatoire, disent les théologiens, est un enfer résigné, parce qu'il y reste l'espé* rance. On y souffre, on y aime, on y prie, mais on ne peut pas en sortir avant le temps marqué par Téternelle justice. Que peuvent avoir de com- mun ces reclus de l'expiation et de la prière avec les divagations, tantôt stupides, tantôt grivoises, des tables parlantes? Gomment le démon même, cette personnification sauvage et grandiose de rincurable orgueil et du désespoir sans r^nède, descendrait-il à des lazzis d'arlequin ou à des mo* ralités de M. Prud'homme? Le diable du moyen Age est souvent narquois, nous voulons bien en convenir ; mais qui ne voit ici, derrière les cornes du bouc, passer les oreilles de la mère folle, de cette satire gauloise qui parfois s'en prend à Dieu même des sottises de ses ministres et fait le ro- man comique de Beelzébuth comme elle a fait le roman àultenard?
Le diable, d'ailleurs, n'a jamais cessé de faire sa demeure dans la conscience des mauvais prfi-
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très, et les supercheries des vieux sanctuaires se reproduisaient souvent avec les anciens vices dans les temples du Dieu nouveau. Si des bruits inex* pliqués troublaient le silence des campagnes, c*é» laient des âmes qui demandaient des prières, et les prières, pour le prêtre, c*est de Taif^ent. D'autres fois aussi d'invraisemblables récits ne dénonçaient qu'un miracle et servaient à cacher un crime; nous n*en citerons pour exemple que la terrible légende d'Eudes ou Udo, archevêque de Magdeboui^. C'était un prélat trop savant pour son siècle, et qui semblait vouloir, avant Vépoque marquée par la Providence, commencer la révolution religieuse réservée au génie mé- diocre, mais opiniâtre, de Luther. Udo de Mag- debourç; s'était déclaré contre le célibat des prê- tres; il avait lire de son clottre une abbesse dont il Causait presque publiquement sa concubine, en attendant qu'il pût la nommer sa femme. Le jeane clei^é commençait à s'éparpiller dans la Toiedu scandale; les vieux prêtres étaient som- bres et attendaient.
Yoili qu'un matin l'archevêque est trouvé sans vie dans le chœur de sa cathédrale; la tête, sé- parée du tronc, grimaçait dans une mare de sang;
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Je corps était en chemise. Évidemment Tarche- Téque avait été arraché de son lit et ti'alné dans l'église, où on l'avait décapité. Quels étaient donc les bourreaux, ou, pour mieux dire, les assas- sins?
La femme qui partageait la chambre d'Udo ra- conta en tremblant qu'une voix terrible sVHail fait entendre. Elle disait, sur un ton de psal- modie :
Cessa de ludo, Lnsisti salit Udo ;
rimes barbares qu'on pourrait traduire par celles-ci :
Repose toi donc, Assez de plaisir Udon.
Puis une porte secrète de l'appartement s'ouvrit, et des hommes noirs se jetèrent sur rarchevAqu(\ qu'ils arrachèrent du lit et entraînèrent avec eux. La femme n'avait plus rien vu ni rien entendu : elle s'était évanouie de frayeur.
Or il y avait dans le chapiti'e de la cathédrale de Magdeboui*g un chanoine nommé Friedrich, qui passait pour un saint et menait la vie d'un ascète.
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(> rhaiMMiie \eillait cetU^ nuit-là daiis Téglise, 'I priait Dieu de faire cesser les scandales de lar- ihexcHiue. La ^nrande uef était silencieuse ; le ciel riait hans lune, et le Tieux prêtre frissonnait dans la profondeor de la nuit, lorsque tout à coup la |Hde de la sacristie soufre a?ec fracas, et l'on culend des hurlements étranges mêlés à des cris (it»uffés. Un personna^ fétu de blanc, et portant •u dus de grandes ailes, fient allumer les cierges tin maître-autel. Friedrich alors put >oir nu li(»iQme que des manières de dénions tenaient • litûteuient garrotté; puis sou attention fat attirée il^ uou\eau sur la p«>rte ou>erte de la sacristie : une pnK'ession sinfniliere entrait ilans IVglise.
En tète marchaient, rpcnunaissables à leur cf>t^ iiitnetraditioanei H ,i leurs iiuiinies léjrendaiivs. ■•"N saints prutecteuii^ tie r»nîtise de Mairdebtfuitv: |iiii.N des an|n*s ?etu.s «le blanr. pn*fP(tant iiue hiin)(' de liante taille ({ii .1 ^m mantenu bien et » SI couronne dor nu «^Mait iivnniialtn» p#mr la VM'iTpe; après elle venaient «1 .ujIi^ps ;inî.(»5; \Atii J»- uoir ot de rouge. ;ui milieu •Ie5;qne!s saint Xi- iMap|iaraissait.anné il'.iii .ni^re -uliiuréde rémfêrain's [niHaiit u*^ nrrlifKj ,ftif,
'•**-^. uian-hait uu Imrome tiiinKMM* •! «'|/Mfr-. ,-i
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portant une longue croix à la main. Tout ce clei^ré de l'autre monde prit place dans le chœur. Le Christ, ou du moins celui qui en faisait le per- sonnage, s'assit à la place même et sur le trône de l'archevêque, et les démons commencèrent à accuser Udo, qu'ils tenaient au milieu d'eux lié et probablement bâillonné. Le coupable n'eut rien à répondre. La Mère de Dieu fit mine de prier pour lui ; puis, quand le démon parla des scan- dales du prélat et de la religieuse séduite, la Vierge abaissa son voile et se retira en faisant un geste de dégoût. Le juge alors fit signe à saint Michel; le coutelas flamboya et s'abattit, puis les cierges et les torches s'éteignirent, et tout disparut dans l'ombre.
Le chanoine Friedrich se demanda s'il n a>ail pas fait un rêve, et s'avança en tremblant dans le chœur. Arrivé au pied de l'autel, il sentit que la dalle était humide, et se heurta contre une masse inerte. La lampe même de l'autel était éteinte, et Friedrich dut retourner chez lui pour se procurer de la lumière ; mais l'émotion et l'épouvante l'em- pêchèrent de retourner à l'église, et ce fut seule- ment le matin que les servants de la cathédrale, en ouvrant les portes, virent le cadavre décapite.
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Le corps du maudit ne fut pas inhumé on toi h' sainte; les taches de son sang ne furent pas lav^»i^H sur les dalles du chœur : on les couvrit soulcMnonl d*un tapis, et lorsqu'on installait un nouvel ar- chevêque de Magdebourg, le chapitre ot le riorgrt le conduisaient solennellement à cette place; on levait le tapis et l'on faisait voir au prélul le Mung du sacrilège Udo.
Rien dans les s(»mbres légendaireH du moyen à|:e ne nous parait épouvantable comme att ahMit^ sinat attribué à Jésus-Christ ; et, cifrU*», si la ré- paration des deux mondes n'était paf» infranrbi^H sable pour ceux qui sont moutifs plus haut ; nï le Sauveur lui-même pouvait, san^ trtiubjer Tonlre éternel de la Providence- «f n^ndre fuc^ré* préM^iit parmi nous autrement que dan% M>n È\^stiilU* et son Eucharisfif*. ne y^i-HsiAl pa<> \é-uu lui-fiiiini' paralyser et terraKK*'r Je^ act^'ur^ de i-^^iU* tr;it^/'die infâme? ne M*rajt-iJ pa*- ^*^uu Aé-lUt H i«'l*'\ nudbeureux Vdfj ♦'u lui ii^ux.t^^muïi^'h U U-muiâ^ adultère : K\\*a. ^ u^ p*-' .W f/,-^»^ *' — ^, I- prils de I aut'v hj.* j- ;#* -^i.*'i ♦ > i'-m f d •#« ulai^e maiérJvJ j^»^ *
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(Ire yi, qui empoisonnait les hosties et se li\i*ait publiquement a des incestes, ne méritait pas bien mieux qu'Udo de Magdeboui^ d'être décapité par les anges, non pas la nuit et dans le secret d'une église déserte, mais en plein soleil, ttrbietorbi, devant Rome tout entièœ et devant l'univers en- tier? Mais il n'appartient qu'aux hommes, aux fléaux, à la vieillesse et à la maladie de donner la mort. Dieu est le pt^re de la vie; il ne chaîne pas plus ses anges d'être les valets de nos échafauds qu'il n'a chargé ses prêtres d'être les pourvoyeurs de l'enfer.
Supercherie intéressée d'une part, ignorance de l'autre, phénomènes inexpliqués mais nou inexplicables, voilà toutes les causes qui justifient Tintenention prétendue des esprits pendant tout le cours du moyen âge. L'étude de la nature était alors abandonnée pour une scholastiquc barbai'e; on jurait sur la foi d'Aristote et du maître des sentences; la peur de l'enfer empêchait qu'on ne s'occupât du monde, et la pensée de la mort fai- sait négliger la vie. On sait l'histoire de ce diacre Raymond, a qui la terreur de l'enfer causa «n cauchemar poslluinie, dout le résultat fut la fon- dation de la Grando-Gliartreuse par saint Bruno;
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contagion de la peur, transmission épidémique du délire. Si la sainteté, dans ce temps-là, con- sistait en une plus grande frayeur de Tenfer, quel homme fut plus saint que le malheureux diacre Raymond? Tombé dans une léthai^e d*épou- \ante que tout le monde prend pour la mort, il se laidit trois fois dans son suaire et se redi^esse dans son cercueil en criant : Je suis accusé ! — • je suis jugé! — je suis damné! Puis il retombe, vaincu cette fois et véritablement tué par la terreur. On cesse alors la cérémonie funèbre, on éteint les rierges et Ton va jeter le corps dans quelque trou ci-eusé à la hâte. Qui sait si cette fois c'était bien définitivement la mort et si le malheureux ne se réveilla pas une quatrième fois sous terre pour se !>entir enterré vivant et se ronger les poings de désespoir !
Nous avons admis dans nos précédents ouvra- ges la possibilité du vampirisme» et nous avons même chei*chéàrexpliquer. Les phénomènes qui se produisent actuellement en Amérique et en Europe appartiennent certainement a cette hor- rible maladie. On appelle improprement vampires certains monomanes qui, comme le sergent Ber* traud, sont poussés fatalement à se repattre de la
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chair des morts; mais les véritables vampires sont des morts qui aspirent et épuisent le sang des vi- vants. Les médiums ne mangent pas, il est vrai, la chair des morts, mais ils aspirent par tout leur organisme nerveux le phosphore cadavéreux ou la lumière spectrale. Ils ne sont pas vampires, mais ils évoquent les vampires. Aussi sont- ils tous débiles et malades, faibles d*esprit et de corps et fatalement enclins aux hallucinations et à la folie. Les pratiques énervantes de l'évocation les épui- sent vite, et ils tombent dans une consomption lente comparable à celle que le docteur Tissot décrit comme une suite des habitudes solitaires. Le spiritisme c'est l'onanisme des âmes.
La loi de Moïse veut qu'on mette à mort ceux qui consultent les oboth, c'est-à-dire les fantômes de Yob ou de la lumière passive. Ce grand légis- lateur voulait, par de rigoureux exemples, pré- server son peuple de la contagion du vampirisme et des abtmes de l'hallucination spectrale. Nous ne croyons pas même que le simple somnambu- lisme magnétique eût trouvé grâce devant ses yeux. Nous ne sommes plus au temps de Moïse, et le Code pénal du prophète hébreu est heureu* sèment abrogé comme celui de Dracon. Nous ne
voulons certes pas qu'on tue les somnambules et les spi rites, mais si nos avertissements, fondés sur la science et sur la religion, pouvaient en détour- ner quelques-uns de se tuer eux-mêmes, nous n'aurions pas perdu nos recherches et notre la- beur.
Venons maintenant aux lieux fatidiques et aux maisons hantées, et reconnaissons avant tout l'exis- tence et la réalité d'un grand nombre de phéno- mènes qui, au moyen âge surtout, favorisaient la croyance à ce genre de superstition. M. de Mir- eille en cite beaucoup : nous renvoyons nos lec- teurs à ses ouvrages, et nous nous contenterons d'une citation qu'il emprunte à un auteur estimé du quinzième siècle, Alexander ab Âlexandro. Voici comment parle cet auteur :
« C'est, dit-il, une chose bien notoire et connue de tout Rome, que je n'y ai pas craint d'habiter plusieurs maisons que tout le monde refusait de louer en raison des manifestations épouvantables de revenants qui s'y passaient toutes les nuits. Là, en outre des tapages, des tremblements et des voix stridentes qui venaient troubler notre silence et notre repos, nous y voyions encore un spectre hi- deux et entièrement noir, de l'aspect le plus
menaçaut. qui semblait implorer de nous assis- tance ; et pour qu'on ne me soupçonne pas d'avoir Youlu forger quelque fable, on me pardonnera d'en appeler au témoignage de Nicolas Tuba, homme de mérite et d'une grande autorité, qui me demanda u venir avec plusieurs jeunes gens de sa connaissance s'assurer de la réalité des cho- ses. Ils veillèrent donc avec nous, et quoique les lumières fussent allumées, ils virent bientôt, et en même temps que nous, paraître ce même fau- tome avec ses mille évolutions, ses clameurs, ses épouvantements, qui firent croire mainte et mainte fois à nos compagnons, malgré tout leur courage, qu'ils allaient en être les victimes. Toute la mai- fum retentissait des gémissements de ce spectre, toutes les chambres étaient infestées à la fois; mais lorsque nous approchions de lui, il pai-aissail reculer, surtout fuir la lumière que nous portions à la main. Enfin, après un tapage imlicible de plusieurs heures, et lorsque la nuit tirait à sa fin, toute la vision s'évanouit.
« De toutes les expériences que je fis alors, une mérite surtout d'être citée, car, à mes yeux, ce fut le plus grand de ces prediges et le plus ef- fmyant.... La nuit était venue, et, après avoir
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fermé ma porte avec un fort cordon de soie, je m'étais couché. Je n'avais pas encore dormi, et ma lumière n'était pas encore éteinte, lorsque j'entendis mon fantôme faire son tapage ordinaire à la porte, et, peu de temps après, la porte restant fermée et attachée, je le vis, chose incroyable ! s'introduire dans la chambre par les fentes et les serrures. A peine entré, il se glisse sous mon lit, et Marc, mon élève, ayant aperçu toute cette ma- nœuvre, glacé d'épouvante, se mit à pousser des cris affreux et à appeler au secours. Moi, voyant toujours la porte fermée, je persistais à ne pas croire à ce que j'avais vu, lorsque je vis ce ter- rible fantôme tirer de dessous mon lit un bras et ane main avec lesquels il éteignit ma lumière. Celle-ci éteinte, alors il se mit à bouleverser non- seulement tous mes livres, mais tout ce qui se trouvaiit dans ma chambre, en proférant des sons qd nous glaçaient les sens. Tout ce bruit ayant réveillé la maison, nous aperçûmes des lumières dans la chambre qui précède la mienne, et en même temps nous vîmes le fantôme ouvrir la porte et s'échapper par elle. Mais voilà ce qu'il y a de plus étonnant : il ne fut aucunement vu partons ceux qui apportaient de la lumière !....»