Chapter 4
M. Home, ou aux élucubrations panthéistiques
d'Allan' Kardeô , vous sourirez de pitié et de dégoût.
Eh quoi, la mort serait une amère déception ! Les réalités de Tantre vie seraient la dérision de nos aspirations en Celle-ci ! Le vrai paradis serait moins resplendissant que celui du Dante, et lo véritable enfer moins terrible que son enfer ! Quoi, les esprits désincarnés se promèneraient comme ceux de Swedenborg avec des chapeaux sur la tête, et viendraient obséder les vivants pour leur faire écrire des pauvretés ! Mais vous ne voyez donc pas que l'enfer du moyen âge avec ses hor- reurs grandioses serait préférable à cette ridicule déchéance des âmes! Que Dieu me torture s'il existe un dieu capable de me torturer, mais qu'il ne me rende pas idiot. J*aîmerais mieux le diable et ses cornes que les maisons de Victorien Sardoii construites en clefs de sol et en pattes de mouches, et que ces fleurs idéales écloses sous le crayon
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des Médiums^ et qui ressemblent à des pustules de lèpre vues au microscope. Réveillez-vous, pauvres spirites, vous ne sentez donc pas que vous a^ezle cauchemar?
SECONDE PARTIE
ESPRITS HYPOTHETIQUES
OU
THÉORIES DES KABBAUSTES SUR LES ANGES. LES Dti- MONS, ET LES AMES DES MORTS.
Sur les choses que notre science en cette vie ne saurait atteindre on ne peut raisonner que par hypothèses. L'humanité ne peut rien savoir de surhumain, puisque le surhumain est ce qui dé- passe la portée de l'homme ; les phénomènes de décomposition qui accompagnent la mort semUrat protester au nom de la science contre ce besoin inné de croire à une autre vie qui a enfanté tant do ce besoin, car la nature, qui ne fait rien d'iwDh tile, ne donne pas aux êtres des besoins doivent pas être satisfaits. La science donc, I
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d'ignorer, doit supposer au moins l'existence de choses qu'elle ne connaît pas, et ne saurait mettre en doute la continuation de la vie après le phé- nomène de la mort, puisque rien de brusquement interrompu ne se fait remarquer dans le grand œayre de la nature qui, suivant la philosophie d'Hermès, n'agit jamais par soubresauts.
Les choses qui sont au-delà de cette vie peuvent être supposées de deux manières, ou par les cal- culsdel'analogie, ou parles intuitions de l'extase; t'Q d'autres termes, par la raison ou par la folie.
Les sages de la Judée avaient choisi la raison, el ils nous ont laissé dans des livres généralement ignorés leurs magnifiques hypothèses. En les lisant, on comprend tout d'abord que nos croyan- ces en sont sorties comme des fragments inexpli- qués, et que l'absurdité apparente de nos dogmes di^aralt lorsqu'on les complète par les grandes raisons de ces vieux maîtres. On est étonné aussi d'y trouver réalisées et terminées philosophique- ment toutes les aspirations les plus belles et les plos grandioses de notre poésie moderne. Goethe a^t étudié la Kabbale, et l'épopée de Faust est sortie des doctiines du Sohar. Swedenborg, Saint- Sioion et Fourier semblent avoir vu la divine
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synthèse kabbali^que à travars les ombres et les hallucinations d'un eauchemar plus ou moins étrange, suWant les différents caractères de ces rêveurs. Cette synthèse est en réalité ce que la pensée humaine pont aborder de pins complet et de plus beau.
Les livres qui traitent des esprits solvant les kabbalistes sont la Pneumatica kabbalistica qui se trouve dans le KabbcJa denudaia du baron de Rosenroth, le Liber de revolutimubus anànamm par tsaac de Loria, le Sepher Drmchim^ le livre de Mosché de Gorduero, (et quelques autres moins célèbres. Nous en donnons ici, non pas Tabrégé seulement , mais en quelque manière la quin- tessence. Nous y avons joint les trente-huit dogmes kabbalistiques, tels qu'on peut les voir dans la collection des kabbalistes publiée par Pistorius. Ces dogmes résument à peu près toute la science, et si nous nous sommes contenté d'y joindre une rapide explication, c'est que dans nos précédents ouvrages nous avons développé la science dont ces dogmes sont l'expression.
CHAPITRE I-
UNITÉ ET SOLIDARITÉ DES ESHEIITS.
Suivant le$ Icat^istes, Dieu orée étern^Uch ment le grand Adam, l'homme universel et covgt* plet, qui renferme dans un seul e^t tous Ici esprits et toutes les âmes.
Les esprits vivent donc à la fois de deux ym^ Tune générale, qui leur est commune à tous, et l'autre spéciale et particulière.
La solidarité et la réversibilité ehee^ lea esprits tient dono à oe qu'ils vivent réellement les uns âana les autres, illuminés tous des lumières d'un seul, affligés tous à eause des ténèbres d'un seul.
Le grand Adam était figujré par larbre dû vi»^ il s'étend au-dessus et en dessous de la terre en branches et en racines; le tronc c'est l'humanité, les diverses races sont les branches, et les individus innombrables sont des feuilles.
Chaque feuille a sa forme, sa vie particulière et sa part de sève, mais elle ne vit que par la
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branche, oomme la branche ne vH dle-même que par le tronc.
Les méchants sont les feuilles sèches et les écorces mortes de l'arbre. Us tombent, se corrom- pent et se chang^it en fumier qui retourne à l'arbre par les racines.
Les kabballstes comparent encore les méchants ou les réprouvés aux excrétions du grand corps de l'humanité.
Ces excrétions serrent de fumier à la terre qui donne des fruits pour nourrir le eoi-ps ; ainsi la mort retourne toujours à la vie, et le mal même sert au renouvellement et à la nourriture du bien.
La mort ainsi n'existe pas, et l'honmie ne sort jamais de la vie universelle. Ceux que nous appe- lons morts vivent encore en nous, et nous vivims en eux; ils sont sur la terre parce que luim ) sommes, et nous sommes dans le etel pareaqu^Is y sont.
Plus on vit dans les autres, mai qs on doit craiu- drede mourir, Notre vie, après In h |ir. ^
longe sur la terre ea ceux que i nous puisons dans le ciel pour li sérénité et la paix.
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s esprits du ciel à la terre et
>e fait naturellemmit sans troa-
.('S ; rintelligence universelle est
ore du soleil, qui se repose à la fois
vistres, et que les astres se renvoient
lirer les uns les autres pendant la
-aiuts et les anges n'ont pas besoin de pa-
i dans notre pensée et ils aiment dans notre «eur.
Le bien qu'ils n'ont pas eu le temps d'accom- plir, ils nous le suggèrent et nous le faisons pour eux, ils en jouissent en nous, et nous en par- tageons avec eux la récompense, car les récom- penses de l'esprit s'agrandissent lorsqu'on les par- tage, et ce qu'on donne à un autre, on le double en soi-même.
Les saints souffrent et travaillent en nous, et ils ne seront heureux que quand l'humanité tout entière sera heureuse, puisqu'ils font partie de I ^indivisible humanité.
L'humanité a dans le ciel une tète qui rayonne et qui sourit, sur la terre un corps qui travaille et qui souffre, et dans l'enfer, qui pour nos sages
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n'ert qu'un pargatoire, des pieds qui sont eochai- nés et qui brûlent.
Or, la tète d'un eorps dont les pieds brûlent ne peot sonrire qn*à force de oonrage, de résignation et d'espéranee ; la tôte ne peut être joyeuse quand les pieds brûlent.
Nous sommes tous les membres d'un môme corps, et 1 homme qui cherche à supplanter et à détraire un autre homme ressemble à la main droite qui, par jalousie, chercherait à couper la main gauche.
Celui qui tue se tue, celui qui injurie s'injurie, celui qui Tole se vole, celui qui blesse se blesse, car les autres sont en nous et nous sommes en eux.
Les riches s'ennuient, se haïssent entreeuz et se dégoûtent delà Tie ; leur richesse même les tor- ture et les accable, parce qu'il y a des pauTres qui manquent de pain.
Les ennuis des rirhos sont les angoissei df^ pauvres qui souffrent en eux. Dien exerce si jui- tice par l'intermédiaire de la mlure, et sailtts^ ricorde par l'entremise de $es élus.
Si tu mets ta main au feu, la uatum tebrûl^ sans (tttié; mats un homme chagflftflr^i""" panser et guérir ta brûlur8>
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La loi est inflexible, mais la charité est sans bornes.
La loi damne, mais la charité pardonne. Par lai*mêiiie, le gouffre ne rend jamais sa proie, mais on peut y jeter une corde à celui qui s'est laissé tomber.
CHAPITRE IL
lA TtlAlVSITION DES ESPRITS OU LE MYSTÈRE DE Là MORT.
Quand l'homme s endort du dernier sommeil, il tombe d abord dans une sorte de rèye avant de se réveiller de lautre côté de la vie.
Chacun voit alors dans un beau song^ on dans un terrible cauchemar le paradis ou Tenfer aux-« qods il a cru pendant son existence mortelle.
C'est pour cda que souvent Tàme épouvantée se rejette violemment dans la vie qu'elle vient de quitter, et que des morts, bien morts lorsqu'on las a enseveUs, se réveillent vivants sous la toake.-
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L'âme aloi*s, u osant plus mourir, se consume en efforts inouïs pour conserver la vie en quel- que sorte légumineuse de son cadavre.
Elle aspire pendant leur sommeil la vigueur fluîdique des vivants et la transmet au corps enterré dont les cheveux poussent comme une herbe vénéneuse et dont un sang rouge colore les lèvres.
Ces morts sont devenus des vampires; ils vi- vent conservés par une maladie posthume qui a sa crise comme les autres, et qui finit par des convulsions horribles pendant lesquelles le vam- pire, pour tftcher de s'anéantir lui-même, se dé- vore les bras et les mains.
Les personnes sujettes au cauchemar peuvent se faire une idée de l'horreur des visions in- fernales. Ces visions sont le châtiment d'une croyance atroce et assiègent surtout les croyants superstitieux et les ascètes fanatiques : l'imagi- nation s'est créé des tourmenteurs, et ces mons- tres, dans le délire qui suit la mort, apparaissent à l'âme avec une effroyable réalité, l'entourent, l'attaquent, et la déchirent en cherchant à la dévorer. • Le sage, au contraire, est accueilli par des
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visions heureuses, il croit voir ses amis d'autre- fois fenir au devant de lui et lui sourire. Mais tout cela, avons-nous dit, n*est qu'un rêve, et I âme ne tarde pas à se réveiller.
Alors elle a changé de milieu, elle est au- dessus de l'atmosphère qui s'est solidifiée sous les pieds de son enveloppe devenue plus légère. Cette enveloppe est plus ou moins lourde, il en est qui ne peuvent s'élever au-dessus de leur nouveau sol ; il en est d'autres au contraire qui montent et planent à volonté dans l'espace ooomie des aigles.
Mais des liens de sympathie les rattachent ton* jours à la terre sur laquelle ils ont vécu, et sur laquelle ils se sentent vivre plus que jamais, parce que, le corps qui les isolait étant détruit, ils ont conscience de la vie universelle et pren- nent part aux joies et aux souffrances de tous les honmies.
Ils voient Dieu tel qu'il est, c'est-à-dire présent partout dans la justesse infinie des lois de la nature, dans la justice qui triomphe toujours à travers tout ce qui arrive, et dans la charité infinie qui est la communion des élus. Ils souffrent, ifODi-nOtts dit, mais ils espèrent parce qu'ils
alflient, et ils se trouvent heureui de souffrir. Ils Mtourent paisiblement la douce amertume du sacrifice et sont les membres glorieux, mais sai- gnants toujours, de la grande victime étemelle.
Les esprits créés à Timage et à la ressemblance de Dieu sont créateurs connue lui, mais, comme lui, ils ne peuvent créer que leurs images. Les volontés audacieuses et déréglées produisent des larves et des fantômes, Timagination a le pouvoir de former des coagulations aériennes et électro- magnétiques qui reflètent un instant les pensées, et surtout les erreurs de Thomme ou du cercle d'hommes qui les met au monde. Ces créations d'avortons excentriques épuisent la raison et la vie de ceux qui les font naître, et ont pour carac- tère général la stupidité et la malfaisance, parce qu'elles sont les tristes fruits de la volonté dé- réglée.
Ceux qui n'ont pas cultivé leur intelligence pendant leur existence restent, après la mort, dans un état de torpeur et d*engoiirrltî%s^tlUuit plein d'angoisses et d'inquii^tude; ils reprendre conscience d^ux-mAines, il^ ï le vide et dans la nuit, iit^ pouvant ni m descendre, et incapable.^ dv mrre«ponil|6^^
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le ciel, soit avec It terre. Ils sont tirés peu à peu de cet état par les élus qui les instruisent, lei consolent et les éclairent, puis ils obtiennent d*Atre admis à de nouvelles épreuves dont la nature nous est inconnue, car il est impostible que le même homme renaisse deux fois sur la même terre. Une feuille d'arbre, une fois tom^ bée, ne se rattache plus à la branche. La chenille devient papillon, mais le papillon ne redevient jamais chenille. La nature ferme les portes der^ rière tout ce qui passe et pousse la vie en avant. Ls même morceau de pain ne saurait être mangé et digéré deux fois. Les formes passent, la pen«- sée reste et ne reprend plus ce qu'elle a usé une Mb.
CHAPITRE IIL
DB U HTÉRAanHîE ET DE LA OASStnCATION 0ES ESPRITS.
Il earisle d^ e^priU tif fieun, U en ejdsie aiti^f »t*
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Panni les esprits élevés, on peut distioguer aussi les plus élevés, les moins élevés, et ceux qui tiennent le milieu.
Il en est de même pour les esprits médiocres et pour les esprits inférieurs.
Ceci nous donne trois classes et neuf caté- gories pour les esprits.
Cette hiérarchie naturelle des hommes a fait supposer par analogie les trois rangs et les neuf chœurs des anges, puis, par inversion, les trois cercles et les neuf degrés de Tenfer.
Voici ce que nous lisons dans une ancienne Clavicule de Salomon, traduite pour la première fois de rhébreu :
« ie te donnerai maintenant la clé du royaume des esprits.
Cette dé est la même que celle des nombres mystérieux de Jézirah.
Les esprits sont régis par la hiérarchie natu- relle et universelle des choses.
Trois commandent à trois par le moyen de trois.
Il y a les esprits d'en haut, ceux d'en bas, et ceux du milieu ; puis, si vous retournez l'échelle sainte, si vous creuses au lieu de monter, vous
tiMitt la contre-hiérarchie des écorces ou des eq^rits morte.
Sache seulement que les principautés du ciel, les Tertus et les puissances ne sont pas des per- sonnes, mais des dignités.
Ce sont les degrés de l'échelle sainte le bDg de laquelle montent et descendent les es* prite.
Michaël, Gabriel, Raphaël et les autres ne sont pas des noms, mais des titres.
Le premier des nombres, c'est un.
La première des conceptions divines nonunées S^Mrothj c'est Keter ou la couronne.
La première catégorie des esprite est celle d'Hajoth Haccadosch ou es iLntelligences du té- trqgramme divin dont les lettres sont figurées dans la prophétie d'Ézéchiel par des animaux mystérieux.
Lear empire est celui de l'unité et de la syn- thèse.
Us correspondent à l'intelligence.
Us ont pour adversaires les TAamiel ou bicé- phalea, démons de la révolte et de l'anarchie, dont les deux chefs toujours en guerre l'un con- tre Taotre sont Satan et Mobch.
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Le second nombre est deux, la secou mk^ est CAocmah ou la sagesse.
Les esprits de sagesse sont les Opha ..^ii^
qui signifie les roues, parce que tout It. .« dans le ciel comme d'inunenses rous^ d^étoiles. Leur empire est celui de Thi Ils correspondent à la raison.
Ils ont pour adversaires les Chaigidi écorces qui s'attachent aux apparences mal ^ et mensongères. Leur chef ou plutôt leur car les mauvais esprits n'obéissent à pen est Béelzébub, dont le nom signifie le IMi mouches, parce que les mouches fourmiller les cadavres en putréfaction.
Le troisième nombre est trois.
La troisième Séphire est Binah ou Tini gence. ' ^
Les esprits de Binah sont les ÂraHm adtr forts.
Leur empire est la création des idées ; respondent à l'activité et à rénergie da la
Ils ont pour adversaires les Saiariêfnv teurs, démons derabsurdité, de l'inertii^ tnelleet du mystère.
Le chef des Satarieïij
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le chef est Asmodée, qu'on appelle aussi ]e Sa-- maël noir.
Le sixième nombre est six ; la sixième Séphire est TiPHERETH, la suprême beauté.
Les esprits de Tiphereth sont les Malachim ou les rois.
Leur empire est celui de l'harmonie univer- selle.
Us correspondent au jugement.
Ils ont pour adversaires les Tagaririm ou les disputeurs, dont le chef est Belphégor.
Le septième nombre est sept ; la septième Sé- phire est Netsah ou la victoire ; les esprits de Netsah sont les Eldim ou les dieux, c'est-à-dire les représentants de Dieu.
Leur empire est celui du progrès et de la vie; ils correspondent au sensorium ou à la sensibi- lité.
Us ont pour adversaires les Harab-Sér(g)el ou les corbeaux de la mort, dont le chef est Baal.
Le huitième nombre est huit ; la huitième Sé- phire est HoD ou l'ordre éternel ; les esprits de Hod sont les Beni-Eldim ou les fils des dieux.
Leur empire est celui de l'ordre; ils correspon- dent au sens intime; ils ont pour adversaires les
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Satnaël ou les batailleurs, dont le chef est Adra- melech.
Le neuvième nombre est neuf; la neu- vième Séphire est Jésod ou le principe fonda- mental.
Les esprits de Jésod sont les Ghérubim ou les anges, puissances qui fécondent la teiTe et qu'on représente dans le symbolisme hébreu sous la figure de taureaux. Leur empire est celui de la fécondité. Ils correspondent aux idées vraies. Ils ont pour adversaires les Gamaliel ou les obscènes, dont la reine Ulith est le démon des avortements.
Le dixième nombre est dix ; la dixième Séphire est Malchuth ou le royaume des formes.
Les esprits de Malchuth sont les Ischim ou les virils, ce sont les âmes des saints, dont le chef est Moïse (1).
Us ont pour adversaires les méchants qui obéissent à Nahéma, le démon de l'impureté.
Les méchants sont figurés par les cinq peu- ples maudits que Josué devait détruire.
(1) N*aubUons pas que c'est Saloroon qui parle.
Josué ou Jéhosua le sauveur est la figure do Messie.
Son nom se compose des lettres du tétra- gramme divin changé en pentagramme par l'ad- dition de la lettre Schin miJ^jT-
Chaque lettre de ce pentagramme représente une puissance du bien attaquée par un des cinq peuples maudits.
Car rhistoire réelle du peuple de Dieu est la l^ende allégorique de Thumanité.
Les cinq peuples maudits sont les Âmalécùes ou les agresseurs, — les Géburim ou les violents, — les Raphaim ou les lâches, — les NéphiUm ou les voluptueux, — et les Anacim ou les anar- chistes.
Les anarchistes sont vaincus par le Jod, qui est le sceptre du père.
Les violents sont vaincus par le He, qui est la douceur de la mère.
Les lâches sont vaincus par le Yau, qui est le glaive de Michafil et la génération par le travail et la douleur.
Les voluptueux sont vaincus par le second He, qui est Tenfantement douloureux de la mère.
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Le6 agresseurs enfin sont vaincus par le Schîn, qui est le feu du Seigneur et la loi équilibrante
Les princes des esprits pervers sont les faux dieux qu'ils adorwt.
L'enfer n a donc d'autre gouvemement que la loi fatale qui punit la perversité et qui corrige Ferreur, car les faux dieux n'existent que dans l'opinion fausse de leurs adorateurs.
Baal, Belph^r, lloloch, Adramelech ont été les idoles des Syriens; idoles sans âme, idoles maintenant anéanties et dont le nom seul est resté.
Le vrai Dieu a vaincu tous ces démons comme la vérité trionq[>lie de l'erreur. Cela s'est passé dans l'opinion des hommes, et les guerres de Micbaël contre Satan sont des figures du mouve- ment et du progrès des espritu.
Le diable est toujours un dieu de rebut.
Les idolâtries accréditées sont des feUgiona dans lear tenq^.
Les idolâtries surannées sont des saperstitioas et des sacrilèges.
Le panthéon des fantômes à la mode, c'est le ciaideB ignonats.
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L'égout des fantômes dont la jolie même ne veut plus, c'est lenfer.
Mais tout cela n'existe que dans Timagination du vulgaire.
Pour les sages, le ciel c'est la suprême raison, et l'enfer c'est la folie.
On comprend que nous employons ici le mot ciel dans le sens mystique qu'on lui donne en l'opposant au mot enfer.
Pour évoquer les fantômes, il suffit de s eni- vrer ou de se rendre fou. Les fantômes sont les compagnons de l'ivresse et du vertige.
Le phosphore de l'imagination abandonnée à tous les caprices des nerfs surexcités et ma- lades se remplit de monstres et de visions ab- surdes.
On arrive aussi à l'hallucination en mêlant la veille au sommeil par l'usage gradué des exci- tants et des narcotiques ; mais de pareilles œu- vres sont des crimes contre nature.
La sagesse chasse les fantômes et nous fait com- muniquer avec les esprits supérieurs par la con- templation des lois de la nature et l'étude des nombres sacrés. »
Ici le roi Schlomoh s'adresse à son fils Roboam.
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« Souviens-toi , mon fils Roboam , que Ii cninte d'Adond n*est que le oomnieDoeiiieDt de lanigQtM.
« Maintiens et oonsenre ceux qui n'ont pas l'intelligence dans la crainte d'Adonal , qui te donnera et te conservera ma couronne.
« Mais a^rends à triompher toi-même de la crainte par la sagesse, et les esprits descendront du ciel pour te servir.
« Moi, Salcnnon, ton pèro, roi d'Israël et de Palmyre, j*ai recherché et ohtean en partage la ainte Chocmah qui est la sagesse d'Adonal.
« Et je suis devenu le roi des esprits tant du del que de la terro, le maltro des habitants de i*air et des âmes vivantes de la mer, parce que je possédais la clé des portes occultes de la lu- wiibre.
« J'ai accompli de grandes choses par la vertu du Sch&na Hamphorasch et par les trente-deux voies de Jézirah.
« Le nombre, le poids et la mesure détenninent la foime des choses : la substance est une, et Dieu la crée éternellement.
«• Heureux celui qui connaît les lettres et les nombres.
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' a Les lettres sont des nombres, et les nombres éés idées, et les idées des forces, et les forces des Elcfim. La synthèse des Eloïm, c est le. Schéma.
« Le Schéma est un, ses colonnes sont denz, sa puissance est trois, sa forme est quatre, son reflet donne huit, qui multiplié par trois tous donne les vingt-quatre trônes de la sagesse.
« Sur chaque trône repose une couronne à trois fleurons, chaque fleuron porte un nom, chaque nom est une idée absolue. Il y a soixante*«donze noms sur les vingt-quatre couronnes du Schéma.
« Tu écriras ces noms sur trente-six talismans, deux sur chaque talisman, un sur chaque côté.
« Tu diviseras ces talismans en quatre sénés de iieuf chacune, suivant le nombre des lettres du Schéma.
« Sur la première série tu graveras la lettre Jod figurée par la verge fleurie d' Aaron, sur la seconde la lettre He, figurée par la coupe de Joseph.
« Sur la troisième, le Vau figuré par l'épée de David, mon père.
' o Et sur la quatrième, le He final, figwé par le sicle d or.
c( Les trente*-six talismans seront oui
contiendra tous les secrets de la natut
leurs diirer^efi comkiaaisous lu feras parler ie»: gémes et les anges. i>
(lei s arrête le fragment de la Glayicule de Sêi^ lemirn.)
CHAPITRE IV.
LES DOGMES KÀBBALISTIQUES {tiret de la eolledion des Kabbalistes de Pistorius].
1
Novem svnU hierarchiœ. Neuf est le nombre hiérarchique.
4.
C'est ce que nous avons expliqué dans |e tha-- pitre précédent.
Schéma nUierieordiam dieity sedHjudiebÊm* Le nom divin signifie miséricoide, paroe qu^il veut diie. jugement.
L'infini, exerçant sa puissance sur le fini, ckbit' Héoessairement punir pour ^rriger et non pour* se venger. Les forces du péché n'excèdent paa odes da pécher, et si le châtiment éia^t phisi grand que loffense, le punisseur4etmii4K)ur»
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qu'elles yiennent au monde. Elles ont froid dans leur inaction primitive, car leur, création est inachevée. L'homme doit coopérer à sa créa- tion. Dieu le commence, mais lui-même il doit se finir. S'il ne devait ni naître, ni mourir, il dormirait absorbé dans l'éternité de Dieu, et ne serait jamais le conquérant de sa propre imxnof^ talité.
Çœlum est Keter. Le del est Keter (la Couronne).
Les kabbaltstes n'ont pas de nom pour dési- gner le monarque suprême, ils ne parlent ^e de la couronne qui prouve l'existence du roi, et disent ici que cette couronne c'est le ciel.
Animœ a terito lumine ad quartam descendurUy inde ad quintam ascendunt. Dim unus, Post mortem noctem sulh intrant.
Les âmes filles de la troisième lumière descendent jus- qu'à la quatrième^ puis elles s'élèvent à la cinquième, et c'est un jour. Quand la mort arrive, c'est la nuit.
Sn Dieu Mmme dans l'humanité, le nomfclie trdis exprime la génération, 1 amour; c est la
tioiàèiùt permnne on conception di^e, .t'est 06 que le kabludiste vent exprimer par œtte trok- fiième lumière, d'où descendent les ftmes pont irriter à la quatrième, qui est la vie naturelle et élénientaire. De là elles doivent s'élever à cinq qui est Tétoile pentagrammatique^ le symbole de la qnintesseiice) le. syari>ole Île la volonté qui dirige les éléments. Puis il compare nne eni^ lenceÀ un jour suivi d'une nuit pour faire pres^ sentir un réveil suivi d'une axîiteDce nouvelle. ;
Sex dies geneseos sunt sex litterœ Bereschith. Les six jours de la Genèse sont les six lettres du mot
Parodi$u$ eii arbor Sephirictà. In medio wiagnua Adam est Tiphereth.
U jMiradiSy c'est Tarbre Séphirique ; le grand Adam qa. est au milien est Tiphereth.
!•
Qi»atuor flumma ex uno fonte. In medio unnu nmt $ex etdatdecem. Les de laquelle il'7 en a siXy elia tout ikmuaiiix. ; .
Ces trois articles signifient que l'histoire dû paradis terrestre est une allégorie. Le paradis terrestre, c'est la vérité sur la terre. La descrip- tion que donne la Bible de ce jardin contiait les nombres sacrés de la Kabbale. L'histoire de la création du monde, qui précède la description d'Eden, est moinfi un récit qu'un symbole expri- mant les lois éternelles de la création, dont le résumé est contenu dans les six lettres hién^ly- phiques du mot riMtftTIS*
tt
Factum fatum quia fatum verlntm est.
Un fait est une fatalité, parce qu'une fatalité est une
raison.
Une raison suprême dirige tout, et il n'y a point de fatalité : tout ce qui est devait être. Tout ce qui arrive doit arriver. Un fait accompli est irrévocable comme le destin; mais le destin. c*est la raison de Tintelligence suprême.
PartcB jubilœum $mU. Les portei sont un jubUé,
11 y a cinquante porter de la &ciâD£ÉJM|m les kabbalistes, c'esl-ù-dire unu cI^j ^ui
^ tt» —
gtoérale en cinq séries de dix scioices particu-* lieras formant ensemble la science générale et irairerselle. Lorsqu'on a parcouru toutes ces sMes, on entre dans la jubilation du vrai savoir, figurée par le grand jubilé qui a lieu tous les cin- quante ans.
ts
Atraham êemper vertitur ad amtrvm. Abraham se toam« toujours vers le vent du midi*
C'est-à-dire vers le vent qui amène la pluie. Les doctrines d'Abraham, c'est-à-dire de la Kabbalah, sont des doctrines toujours fécondes^ Israël est le peuple des idées réelles et du travail productif. Conservant le dépôt de la vérité souf- frante avec une admirable patience, travaillant avec une rare sagacité et une infatigable indus- trie, le peuple de Dieu doit faire la conquête du mcmde.
14
Fer additionem He Abraham gtnmt.
Cest par Taddition de He qa*Abraham est devenu père.
Abraham se nommait d'abord Abram. Dieu ^ta. dit la Bible, un He à son nom en lui
i»'
amaonçaot qull serait le père de la muUitu^» . Le He est la lettre féminine du tétjragrvxune divin, Il représente le verbe et sa fécondité, il est le signe lùéroglyphiqiie de la réalisation.
Is dogme d'Abraham est absolu, et son prin— cipe est essentiellement réalisateur.
Les juifs en religion ne rêvent pas, ils pen- sent, et leur action tend toujours à la multipli- cation, tant de la famille que des richesses qui entretiennent la famille et lui permettent de .s'augmenter.
Omnes ante Mosemper unicomem prophetaverunt.
Tous les prophètes qui sont venus avant Moïse n'ont juré que par la licorne.
C'est-ànlire n'ont TU qu'un côté de la vérité. La corne, dans le symbolisme hébreu^ signifie la puissance, et surtout la puissance de la. pensée. La licorne, animal fabuleux qui n a qu'une corne au milieu du front, est la figure de Tidéal ; le tau- reau au contraire bu le chéruif est le symhole.de la force qui est dans la réalité. G est pour cela *-qw Jfipit^ Ammon, Oisîris, Isk, sent repré- sentés avec deux cornes an front; c est ponrcela
— 4» —
CM Ktelse eft «osn. figuré atec deux oûinieB^ dont Fune est la trompette du Verbe et Tautre la oome d'abcNodanee. .
Mcis et fcemina sunt Tiphereth et Malchuth.
L'homme et la femme sont la beauté de Dieu et son
royamne.
La beauté révèle Dieu. La nature se montre fine de Dieu, parce qu'elle est belle. On a dit que le beau est la splendeur du vrai, et cette splendeur éclaire le monde, elle est sa raison d'être. Ce beau, c'est Fidéal, mais cet idéal n'est vrai qu'autant qu'il se réalise. L'idéal divin est comme le mari de la nature, c'est lui qui la rend amoureuse et qui la fait devenir mère.
1»
Copula cum Tiphereth et generatio tua benedketur. Épouse la suprême beauté, et ta génération sera bénie.
^.Si le niariage est saint, la postérité sera sainte. Les enfants naissent vicieux, lorsqu'ils sont con- Tjus dans le péché. Il faut relever et ennoblir rainoiir pour sanctifier le mariage . Si les êtres humains en seYapprochtot isèdent à un instinct qui leur est commun avec les animaux, ils enfim-
teront des animauzà forme humaine. Le trai nage unit à li fois les ftmes, les esprits et les corps, et les enfants qui en proviennent seront bénis.
Dœmon est Deus invenut. Le diable, c'est Diea retoamé.
Le diable n'est que l'antithèse de Dieu, et s'il pouvait avoir une existence réelle, Dieu certaine- ment n'existerait pas.
Le diable est menteur comme son père, a dit Jésus. Or, quel est le père du diable? Le père du diable, c'est le mensonge. Le diable nie ce que Dieu affirme. La conséquence de cela, c'est que Dieu nie ce que le diable ose affirmer. Le diable affirme sa propre existence, et Dieu, en faisant toujours triompher le bien, donne à Satan un démenti étemel.
!•
Dm eruntuman. Quod intra e$t fiet extra et nox iieut
dies iUummaUtwr.
Deux ne feront qu'un. Ce qoi est an dedans se pioduim
au dehors, et la nuit sera éclairée comme le jour.
Dieu et la nature, l'autorité et la liberté, la foi et la raison, la religion et la science, sont des
principes éternels qu on p 'est pas encore parvenu à ooncilier. Us existent pourtant, et puisqu'ils ne peuwnt s'entre-détruire, il faut bien qu'ils se conciliait.
Le moyen de les concilier, c'est de les bien dis- tinguer et de les équilibrer l'un par l'autre. L'ombre est nécessaire à la lumière. Ce sont les nuits qui marquent et mesurent les jours. Que la fanme ne cherche pas à se faille homme et qae l'homme n'usurpe jamais l'empire de la fanme, mais que tous deux ils s'unissent pour se compléter. Plus la femme reste femme, plus elle mérite l'amour de l'homme; plus l'homme est honmie, plus il inspire de confiance à la femme. La raison, c'est l'homme; la foi, c'est la femme. L*hoipme doit laisser à la femme ses mys- tères, la femme doit laisser ù l'homme cette indépmdance qu'il aime à lui sacrifier. Que le père ne discute jamais les droits de la mère dans son domaine maternel; mais que la mère n'at- tente jamais à la souveraineté paternelle de lliomme. Plus ils se respecteront l'un l'autre, plus étroitement ils s'uniront. Voilà la solution do problème.
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Pcmiientia non.est verbmu Se repentir, ce n'est pas agir.
La Traie pénitence ne consiste ni dans les rvjjrets ni dans les larmes. Lorsqu'on s'aperçoit qu'un fait mal, il faut se retourner immédiate- ment et bien faire. A quoi bon, si j'ai pris une fausse route, me frapper la poitrine et me mettre à pleurer comme un enfant ou comme un lâche? Il faut revenir sur mes pas et courir pour r^a- gner le temps perdu.
Excelsi sunt aqua australis et ignis septemtrwnalU ei
prœfecti eorum . Sik. Veau est reine dans le Midi, et le feu dans le Nord. Garde le silence sur cet arcane.
Gardons le silence, puisque les maîtres le com- mandent. Ajoutoiis seuleuEieni à lesr formale oelles-d, qui penvent serrir à l'expliquer :
L'harmonie résulte de l'analogie des con-^ Imin-^.
ijm iHXiUnjres sfint gouverna par Im t^nh trah^Bt^ au mu^eii ûc ihamiuiuV :
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Le roi des harmonies est le maître de la Ditore.
In prindpio^ idesi in Chocmah. Aa oommencement, c'est-à-dire par la sagesse.
La sagesse est le principe de tout ce qui existe éiemdleoieiit, tout commence et finit par elle, et foand rÉcrîture sacrée parle d'un commence- meot, elle désigne la sagesse étemelle. Au con>- neneement était le Verbe, c'est-à-dire dans la sajittse étemelle était le Verbe. Supposer que Dieu, apièa une éternité d'inaction, s'est décidé à créer, ceat supposer deux énormes absurdités i l'ane éternité qui finit; i^ un Dieu qui changOt Lp mot Bereschith qui commence la Genèse si» mfnb littéralement dans la tête ou par la tète, c est-è-dire dans la pensée ou par la pensée, qui en Dieu est la sagesse étemelle.
ts
Vice cptemitatis sunt triginta duo. Uj a trente-deux voies qui conduisent à l'Éternel.
Cm trente-deux voies sont les dix uomM^s ^ i» nwgMeox lettres*
f
Aux dix noini)re8 se i-attacheiU des idées ab- solues, comme à l'unité l'être; à deux, l'équilibre; à trois, la génération, etc.
Les lettres représentent les nombres en hébreu, et les combinaisons de lettres donnent des com- binaisons de nombres et aussi d'idées qui suivent avec exactitude les évolutions des nombres; ce qui fait de la philosophie occulte une science exacte qu'on pourrait appeler l'arithmétique de la pensée.
Le livre occulte qui sert à ces combinaisons est le Tarot, composé de vingt-deux figures allé- goriques des lettres et des nombres et de quatre séries de dix portant les symboles analogues aux quatre lettres du nom divin le Schéma tétragram- matique.
Ces séries peuvent se réduire chacune à neuf, puisqu'il n'y a, en effet, que neuf chiffres, et que le dénaire est la répétition de l'unité.
Quatre fois neuf donne trente-six, nombre des talismans de Salomon, et sur chaque talisman il y avait deux noms mystérieux , ce qui donne les soixante et douie noms du SchenuJi hamphorasch^
11. deMirville donande à qui nous persuade- mns que le Ttfroi avec ses (Iguiies
le Schéma liamphorasch des rabbins. Nous ne Tuulons le persuader à personne. Nous sommes en mesure de le prouver à qui voudra prendre la peine de l'étudier avec nous.
Il est vrai que les figures païennes, égyptien- nes, etc., n appartiennent pas au judaïsme or- thodoxe. Le Tarot existait dans Tlnde, dans l'Egypte et même dans la Chine, en même temps que chez les Hébreux. Celui qui est venu jusqu'à nous est le Tarot samaritain. Les idées sont juives. mais les symboles sont profanes et se rapprochent beaucoup des hiéroglyphes de l'Egypte et du mysticisme de l'Inde.
Justi aquœ, Deus mare. Les justes sont les eaux. Dieu est la mer.
Toutes les eaux vont à la mer et toutes en viennent, mais toutes les eaux ne sont pas la mer. Ainsi, les esprits viennent de Dieu et retournent à Dieu, mais ils ne sont pas Dieu. L'espiit univer- sel, l'univers vivant, l'idole du panthéisme n'est pas Dieu. L'être infini animé d'une vie infinie
révèle Dieu et n'est pas Dieu. En tant que principe
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/
I
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de l'être et des êtres, Dieu ne saurait être assimilé ni à l'être ni à aucun des êtres. Qu'est-ce donc que Dieu? C'est l'incompréhensible sans lequel on ne comprend rien. C'est celui que la foi affirme sans le voir, pour donner une base à la science. C'est la lumière invisible dont toute lu* mière visible est l'ombre. C'est ce que le génie humain rêve éternellement en sentant que lui- même il n'est que le rêve de son rêve. L'homme fait Dieu à son image et à sa ressemblance, et il s'écrie : C'est ainsi que Dieu m'avait fait. C'est ainsi que Dieu se fait homme. C'est ainsi que l'homme se fait Dieu. Cherchons Dieu dans l'humanité, et nous trouverons l'humanité en Dieu.
«5
Angeli apparentiarum sunt volatiles cœli et animantia.
Les oiseaux' du ciel et les animaux de la terre sont les
anges delà forme extérieure.
Les animaux sont innocents et vivent d'une vie fatale ; ils sont les esclaves de la nature extérieure et inférieure, comme les anges sont les serviteurs de la nature divine et supérieure; ils portent les
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figures analytiques de la pensée qui se synthétise dans rhomme; ils représentent les forces spéci- fiées de la nature ; ils sont venus dans le monde avant l'homme pour annoncer au monde la venue prochaine de T homme, et sont les auxiliaires de son corps comme les anges du ciel sont les auxi- liaires de son àme. Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, et ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. La série distribue Tharmonie, et l'harmonie résulte de Tanalogie des con- traires.
lÂtterce nomints sunt Danielis régna. Les lettres du tétragramme sont les royaumes de Daniel.
Les animaux d'Ézéchiel figurent les forces cé- lestes, et ceux de Daniel représentent les puis- sances de la terre. Il y en a quatre, suivant le nombre dQs éléments et des points cardinaux. L'Éden de Moïse, jardin circulaire divisé en qua- tre par quatre fleuves qui coulent d'une source centrale, la plaine circulaire d'Ézéchiel {circum duxit me in gyro) vivifiée par les quatre vents, et Tocéan de Daniel dont Thorizon circulaire est
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partagé par quatre animaux, soûl des symboles analogues les uns aux autres et contenus dans les quatre lettres hiéroglyphiques qui composent le nom de Jéhovah.
Angélus sex alas liabens non tramformatur . L'ange qui a six ailes ne se transfoime jamais.
L'esprit parfaitement équilibré ne change plus. Les cieux symboliques sont au nombre de trois : le ciel divin, le ciel philosophique, et le ciel na- turel. Les ailes de la vraie contemplation, celles de la pensée éclairée et celles de la science con- forme à Têtre, voilà les six ailes qui donnent la stabilité aux esprits et qui les empêchent de se transformer.
«s
Liiterœ sunt hxeroglyphicœ in otnnUnts.
Les lettres sacrées sont des hiéroglyphes complets qui
expriment toutes les idées.
En ^orte que par les combinaisons de ces lettres, qui sont aussi des nombres, on obtient des com- binaisons d'idées toujours nouvelles et rigoureu-
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sèment exactes comme des opérations d'arithmé- tique, ce qui est la plus grande merveille et la suprême puissance de la science kabbalistique.
Akscùnde faciem tnam et ora. Voile ta face pour prier.
C'est Tusage des Juifs, qui, pour prier avec plus de recueillement, enveloppent leur tête d'un voile qu'ils appellent thalith. Ce voile est originaire de rÉgypte et ressemble à celui d'Isis. Il signifie que les choses saintes doivent être cachées aux profanes, et que chacun ne doit compte qu'à Dieu des pensées secrètes de son cœur.
SuUa tes spirituaUs de$eendit rine mâumento. L'esprit ne descend jamais sans vêtement.
Les vêtements de Tesprit sont en raison des milieux qu'il traverse. Comme la légèreté ou la pesanteur des corps les fait monter ou descendre, ainsi l'esprit se revêt pour descendre et se dé- pouille pour monter. Nous ne saurions vivre dans l'eau . et les esprits dégagés des corps terrestre»
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ne sauraient vivre dans notre atmosphère, conune nous 1 avons dit et répété ailleurs.
SI
Extrinsecus timor est inferior amorey sed intrinsecus svperior.
Extérieurement la crainte est inférieure à Tamour, mais intérieurement l'amour est inférieur à la crainte.
Il y a deux craintes, la crainte intéressée et la crainte désintéressée, la crainte de la peine et celle du mal.
Or, la crainte du mal, étant l'amour de la justice tout pur et désintéressé, est plus noble que Tamour intéressé de ceux qui ne font le bien que par l'attrait des récompenses.
Nasus discemit propriefates. Le nez discerne les propriétés.
Dans le symbolisme du Sohar, la longanimité divine est figurée par la longueur du nez qu'on donne à l'image allégorique de Dieu. L'humanité au contraire est représentée avec un nez court,
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parcîe qu'elle oomprendpeu et s'irrite facilement. En style vulgaire, avoir du nez signifie avoir de la finesse dans le jugement et du tact dans la con-* duite de la vie. L odorat du chien est une sorte de divination. Pressentir, c'est en quelque manière flairer.
Anima bona^ anima nova filia Orientis. Vkme bonne est une àme neuve qui vient de Torient.
Il y a deux bontés : la bonté originelle qui est l'innocence, et la bonté acquise qui est la vertu. L'âme nouvelle, fille de l'Orient, est pure comme le jour qui se lève, mais elle doit traverser l'é- preuve où sa candeur se ternira, puis elle devra se purifier par le sacrifice. Tout cela se fera-t-il dans une seule ou dans plusieurs incarnations? C'est ce qu'il nous est difficile de savoir. Nous avons dit pourquoi les incarnations successives nous semblent impossibles; ajoutons que les kabbalistes du premier ordre ne les ont jamais admises. Au lieu de réincarnation, ils admettent l'embryonnat, c'est-à-dire l'union intime de deux âmes, Tune déjà trépassée, et l'autre encore vi-
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vante sur la terre; celui qui est mort ayant encore des devoirs à accomplir sur la terre et le faisant par Tintennédiaire du vivant. De cette manière les personnalités restent intactes, et Élie, sans cesser d'être Élie, peut revivre dans Jean le bap- tiseur. C'est ainsi que Moïse et Élie apparaissent sur le Thabor comme assesseurs de Jésus-Christ ; mais dire que Jésus était une réincarnation de Moïse, ce serait anéantir ou la personne de Moïse ou celle de Jésus.
Anima pkna superiori conjungitur.
Quand uneàme est complète, elle s'unit à une âme supérieure.
Lésâmes s'unissent par la pensée et par l'amour sans tenir compte des espaces. De soleil à soleil, d'univers à univers, elles peuvent non-seulement correspondre, mais se rendre présentes les unes aux autres. C'est ainsi que s'accomplissent, sui- vant les rabbins, les deux phénomènes de Tem- bryonnat et du protectorat. Nous avons dit ce qu'ils entendent par Tembryonnat; le protectorat est l'assistance d'une âme affranchie qui aide une
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ime en peine, i assomption d*un esprit militant par un esprit glorieux et triomphant; en d'autres termes l'assistance d'un saint qui se fait lange gardien d'un juste. Ces hypothèses sont conso- lantes et belles; c'est tout ce que nous en pou- vons dire, elles se déduisent du dogme de la siUdarité des âmes résultant de leur création et de leur existence collectives.
S5
Pat deos rex verus regnabit super terram, Qnand Q n'y aora plus de Mx dieux, un vrai roi régnera sur la terre.
L'idolfttrieest le culte du despotisme arbitraire, et les rois de ce monde sont faits à l'image des dieux que la terre adore. Un dieu qui punit infi- niment des êtres finis après les avoir créés fragi- les et leur avoir imposé une loi qui contrarie tous les penchants de leur nature, sans que cette loi même soit clairement promulguée pour tous, ce Dieu autorise toutes les barbaries des autocrates. Quand les hommes concevront un Dieu juste, ils auront des rois équitables. Les croyances font lopmion, et c'est l'opinion qui consacre les pou*
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voirs. Le droit divin de Louis XI était bien en rapport avec le Dieu de Dominique et de Pie V. C'est au Dieu de Fénelon et de saint Vincent de Paul que nous devons la philanthropie et la civili- sation modernes. Quand Thomme progresse, Dieu marche; quand il s'élève, Dieu s'agrandit; puis l'idéal que le monde s'est fait réagit sur le monde. Le rayonnement de la pensée humaine s'arrètant sur l'objectif divin, se reflète sur l'humanité; car cet objectif n'est autre chose qu'un miroir. Ce reflet du mondeidéal devient lalumière du monde réel. Les mœurs se forment d'après les croyances, et la politique est le résultat des mœurs.
se
Linea uiridis gyrat universa* La ligne verte circule autour de toutes choses.
Les kabbalistes , dans leurs pantacles , repré- sentent la couronne divine par une ligne verte qui entoure les autres figures. Le vert est l'alliance des deux couleurs principales du prisme, le jaune et le bleu : figures des Eloïm ou grandes |ttifi^ sances qui se résument et s'unissent en DiiMu«ii
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S9
Amen M infiuxus numeratùmum . Amen est l'influence des nombres.
Le mot amen^ qui termine les prières, est'une affirmation de l'esprit et une adhésion du cœur. Il faut donc, pour que ce mot ne soit pas un blas- phème, que la prière ait été raisonnable. Ce mot t^t comme une signature mentale; par ce mot le rniyant s'affirme et se fait lui-même à la ressem- Mance de sa prière. Amen, cest lacceptation (1 un compte ouvert entre Dieu et l'homme. Mal- heur à celui qui compte mal, car il sera traité ct>mme un faussaire 1 Dire amen après avoir f()rmulé Terreur, c'est vouer son âme au men- :^Dge personnifié par Satan. Dire amen après a^oir formulé la vérité, c'est faire alliance avec Dieu.
TROISIÈME PARTIE.
ESPRITS PRETENDUS OU FANTOÏES
VISIONS, ÉVOCATIONS, PHÉNOMÈNES DR NBCROIIANCIE DEpois L'AirriQomi losoo'* nos joors.
CHAPITRE I".
LES ESPRITS DANS LA BIBLE.
l'esprit d'ÉLIPBAS et l'ombre de SAMUEL tYÙQVtX PAR LA PmCK NIS8E d'RUDOR.
Un jour on comprendra la Bible, on saura quels trésors de science primitive sont cachés sous tant de symboles et de figures; on saura que la Genèse, par exemple, n'est pas seulement l'histoire de la formation d'un monde, mais l'ex- posé des lois éternelles qui président à la créa- tion incessante et toujours renouvelée des êtres;
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Mil déchiffrera ces hiéroglyples, qui out taut fait lire Voltaire; on saura comment un cherub, i t^l-à-dire un taureau (celui d'Europe et de Milhra), peut veiller le glaive au poing à la l«»rte du jardin de la science. Maintenant ces dllégories sont voilées, et les grands monuments Je Tantiquité hiératique restent debout, enve- loppés de leur solitude et de leur silence, onnme les grandes pyramides, qui poursuivent . (h1 sans rien dire de précis à la pensée, et dont (•D De sait positivement si elles sont des monu- mt'ots scientifiques ou des tombeaux.
Parmi les livres de la Bible, il en est un qui uous étonne surtout par la magnificence de la !(inne poétique et par ses mélancoliques profon- deurs; nous voulons parler du livre de Job, la plus ancienne peut-être , mais à coup sûr la plus remarquable synthèse qui nous soit restée du dogme philosophique et magiquis du ïim- deune initiation. ^
Ce livre explique lorigine et la raison di^tm du toal, il indique le but de la vie humai rif* et de J*^ souffrances. C'est la légende de 1 af f li^'é, L al- •«•gorie est transparente, les noms mèint* des pei*^ «moages révMent non des individus, mai» des
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types. Job, dont le nom signifie « l'affligé, » est visité dans sa détresse par trois faux amis, qui, sous prétexte de le consoler, ne font que le tour- menter et que Taffliger davantage. L'un est Eli- phaz, le zélateur de Dieu ou le puritain de ce temps-là. Le second est Baldad, l'amant des vieil- les idées. Le troisième est Sophar, le philosopha/ ténébreux et malveillant. Ils viennent visilei Job dans la terre de Hus, dont le nom signifia « conseil, » et, avec toute l'innocence féroce de la sottise, ils réunissent leurs efforts pour le pousser au désespoir.
Le premier qui parle est Éliphaz, et comme il représente la crédulité hautaine, il apporta* à l'appui de ce qu'il avance le témoignage d'un esprit.
Quelqu'un, dit-il, lui a parlé, quelqu'un d'in- connu dont il n'a pas vu le visage, mais il a trem- blé de frayeur, les poils de sa chair se sont hé- rissés, et il a senti pas>i't devant son visage cornu i un petit souffle qui murmurait de.^ paroles inatr* taiues. Il a tendu avidement Torûitle el il a r *** cueilli de son mieux Ii s fils ; rv Ir^eof^ht** cholement d'une ouiln*, V**m%5_ Ihieû J
anciens iours. et Ton vuil, f!|^ p.»^^,v-É.^
%
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que Tauteur du livre de Job connaissait à mer- veille le génie des visionnaires et le caractère distinctif des visions.
On attribue le livre de Job à Moïse, et ce n'est pas sans raison, car la beauté de ce poème ne le cède en rien aux hymnes du grand prophète des Hébreux; c'est la même inspiration, c'est la môme grandeur dans les images. Mais, qu'il soit ou non de Moïse, ce livre sacré est l'œuvre d'un grand hiérophante, et la science la plus haute s'y trouve unie aux plus sublimes aspirations de la foi.
Il faut donc étudier et peser avec soin les pa- roles de cet ouvrage. Et remarquons d'abord que l'homme aux visions, le médium, comme on par- lerait de nos jours, est, des trois amis de Job, le pins triste et le plus désespérant. Ses doctrines font douter de la vertu et conduisent au néant ou à l'enfer la grande majorité des hommes. Or, qui lui a suggéré ces dogmes de désespérance? Un esprit qu'il ne connaissait pas, mais dont ses terreurs nocturnes ont recueilli et commenté les paroles : voici ce qu'il raconte.
« Une parole mystérieuse m'a été dite, et fur- « tivement en quelque sorte mon oreille a re- (I cueilli les fils rompus de son murmure.
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« Daus rhoneur de la vision uocturae. au mo- (i ment où le sommeil s empare ordinairement (( des hommes,
u La peur m'a pris et le tremblement, et tous 't mes os ont été glacés d'épouvante,
« Et comme un esprit passait devant moi, tous « les poils de ma chair se sont hérissés.
« Quelqu'un était là dont je ne distinguais « pas le visage, et j'ai entendu comme un petit a souffle qui me parlait. »
Remarquons bien toutes les circonstances : c'est au moment où la nuit est la plus profonde, à l'heure où le silence de la nature prépare les âmes à la crainte, et dans ce moment où la veille devient douteuse, où l'&me flotte dans les pi*e- mières vapeurs du sommeil, quand déjà la raison est enchaînée.
Une terreur sans cause apparente saisit alors le visionnaire, son sang s'agite et se retire vers le cœur, les extrémités sont froides, il tremble comme s'il avait la fièvre, le frisson parcourt son épiderme, ses cheveux et sa barbe se héris- sent, et c'est dans cet état précurseur des hal- lucinations qu'il croit voir ou sentir un esprit passer.
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Vu fantôme se dessine vaguement dans 1 om- bre, il cherche et ne trouve pas le visage de cette figure , et il entend comme au fond de lui-même une voix qui ressemble à une faible respiration, Toilà le phénomène naturel parfaitement carac- térisé : c'est un cauchemar du premier sommeil , c'est l'âme du songeur qui se fait peur à elle- même. Il écoute avec effroi Técho nocturne et affaibli de ses propres pensées , et il les formule avec une pénible attention en paroles de déses- poir.
L'homme, dit-il, tenterait vainement d'être juste devant Dieu ; Dieu trouve la perversité jus- que dans le coeur de ses anges. Troupeau sans intelligence , l'humanité se presse autour de l'abîme et tous doivent tomber pour jamais dans la nuit béante de la mort. La créature fait tache dans le ciel et Dieu se hâte de l'effacer; ils pas- sent tous et meui-ent sans avoir trouvé la sagesse.
C'est ainsi que la nuit prêche la nuit et que la mort annonce la mort. Le cauchemar inconnu ne révèle que l'ignorance et voue son croyant à un cauchemar éternel. Préservez-nous, Seigneur, dit David au livre des Psaumes, de la chose ef- frayante qui se promène dans la nuit.
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Ce soaffle léger, ce râle qu'on entend à peine , oe spectre sans visage caractérisent d'une ma-* nière saisissante l'illusion et Terrreur : c'est pres- que le néant et le silence, c'est le vent qui semble parler à voix basse en frôlant les plis raides du linceul, c'est la réminiscence qui s'éteint dans l'onde moUle et envahissante du rêve ; et l'homme que le rêve emporte ne sait plus s'il dort ou s'il vmlle ; il raisonne pendant son sommeil, el, en s'évrillant demain , il parlera comme s'il rêvait encore.
On ne saurait trop admirer avec quel art Tau- teur du livre de Job dessine le caractère du su- perstitieux représenté par Eliphaz ; sa science a commencé par une terreur nocturne ; aussi n'est- elle que découragement et terreur. Elle est noire comme la nuit, aveugle et sans visage comme le fantôme. C'est l'orgueil d'un alitoé qui se com- plaît dans sa démence et qui se console de déses- péver en se donnant la joie amère de pousser les autres au désespoir.
Tous les criminels par religion mal ent^Mlue imt été des visionnaires ;. Jacques Clément et Ra- vaillac étaient hantés par des ombres inconnues et entendaient pendant leurs insomni^^ le petit
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souffle d'EIiphaz. La voix qui dit : » Tue » et celle qui dit : « Désespère et meurs » , sortent également du tombeau.
Mais ce tombeau, c'est celui de notre raison, et les morts ne reviennent que dans nos rêves ; aussi l'état de médiomanie est-il une extension du rêve, c'est le somnambulisme avec toute la variété de ses extases. Qu'on approfondisse les phéno- mteies du sommeil, et l'on aura raison de tous lea mystères du spiritisme*
Voilà pourquoi la loi mosaïque, aussi bien que la. loi chrétienne, condamnait les esprits de Py-* thon et ceux qui devinent par Ob. Expliquons ces expressions : Python est un mot que les interfHràtea hébreux ont emprunté pour exprimer le grand serpent astral, le feu vital inintelligmt, le tour- billon fatal de la vie physique , celui qui entoure la terre en se mordant la queue et que le soleil perce de tous côtés de ses flèches, c estr^Mliii) de ses rayons; le serpent qui a tenté Eve et qui aplatit sa tête sous le pied de la femme régéné* itfo en cherchant tonjonrs à lui mordre le talon. Ob, e est la lumière passive, car les kabbalistes hébrew donnent trois noms à cette, substance ajiiv0n|aU0, ageat de la créaftîoii qui prend toutes
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les formes en s'équilibrant par la balance de deux forces. Active, elle se nomme Od ; passée elle se nomme Ob; équilibrée, on l'appelle Aour. Od s'é- crit par a Tan daleth, » ce qui signifie hiéroglyphî-- quement amour et puissance; Ob, par « vau beth, » signifie amour et faiblesse ou attrait fatal ; Aour, par «aleph-vau-resch, » signifie principe d'amour r^énérateur. (Voyez, dans notre Dogme et rituel de la haute magie^ les concordances des lettres hé- braïques avec les hiéroglyphes et les nombres des grandes clés du Tarot samaritain. "1 Ceux qui de- vinent par Ob sont donc les interprètes de la fa- talité. Or, on consent à la fatalité lorsqu'on la consulte; on s'abandonne à elle en la choisissant pour oracle. On donne ainsi des arrhes à la mort, on afifaibUt son libre arbitre. Ceux qui coopèrent à cette divination ressemblent à des empiriques qui vendraient publiquement des poisons, et Moïse, suivant les mœurs de son pays et de son temps , n'était pas trop sévère lorsqu'il les con- damnait à mort.
Le chevalier de Richembach , en appelant Od la lumière astrale, a tetrouvé l'un des vrais noms kabbalistîques de la lumière universelle, mais il ne Ta pas af^liquéavec exactitude en legénéralî*
nnt. Oil, c'est la lumitee dir^ée ou mène direo* trice ; c'est la lumière astrale élevée à l'état di lumière de gloire. Quant au fluide somnambu- lique^ il faut l'appeler Ob, car c'est son véritable nom, et nous sommes forcés de reconnaître que nos véritables somnambules, lorsqu'elles ne sont pas dirigées par un magnétiseur puissant en Od, sont des devineresses par Ob ou par l'esprit de Python dont parle l'Écriture-Sainte. Ceux qui les consultent commettent donc cette imprudence cm cette impiété qui poussa Sattl, abandonné de Dieu, dans l'antre delà pythonisse d'Endor.
Quelques commentateurs, parmi lesquels il faut compter saint Méthodius, surnommé Eu* bulius, évèque de Tyr au commencement dn iv« siècle, ont r^rdé la pythonisse d'Endor comme une habile intrigante qui tron^ la cré- dulité du roi d'Israël. Elle feint d'abord de ne pas reconnaîtra le roi, puis, tout à coup, comme si son démon lui révélait la vérité , elle tombe aux genoux de Sattl. Ce coup de théâtre lui réus« sit, le prince maniaque la rassure et se montre tout disposé à la croire ; il lui ordonne d'évoquer Samuel. La pythie alors fait mille contorsions et se lusse tomber lourdement à terre. Que vois^tu ?
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lui crie fiMIii: toat treinblttit. -^ le vois des dieux qui lorteut dd ia terre où je Tois monter les puis- sedoes de la terre. — Que voisr^tu encore? -^ Je fois un vifitllard enveloppé dans un manteau. — iC'est Samuel, dit le crédule monarque. Alors la wrcière, sans doute secrètement dévouée à David, /ait sortir de son ventre une voix lugubre. C'est Samuel qui éclate en reproches et en menaces. Saûl, plus mort que vif^ ne veut plus ni boire ni floiaDger , il est vaincu d'avance ; il marche à la bataille comme au supplice; les Philistins l'en*- tourent sur la montagne de 6eU)oe, et il se laisse tomber sur son glaive au lieu de se défendre. N' a-t-41 pas laissé chez la devineresse son libre alrbitre et sa raison ? Roi déchu et incapable dé^ aormais de régner, homme indigne de conduire des hommes, lui qui avait prononcé la p^ne de mort contre les sorciers et contre ceux qui les consultent, il se montre roi du moins en mou- rant, et fait en se tuant lui-même un dernier acte de justice.
Il répugnait avec raison au savant évéque de Tyr de penser que la paix d'une tombe comme celle de Samuel pouvait être troublée par les évocations feacriléges d'une femme réprouvée; il
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se soutenait d'ailleurs de cette parole si déoieii^ de rÉTangile dans la parabole du mauvais riohe : Chaos nàoifUM firhatum est. Le grand chaos s'est affermi, en sorte que ceux qui sont en haut nepeiwerUphts redescendre en bas; et à ce sujet notre savant ami, le regrettable M. Louis Lucas, faisait une remarque très-judicieuse. La nature, disait-il, ouvre à la vie toutes ses portes en ayant soin de les refermer derrière elle pour qu'elle ne recule jamais. Voyez la sève dans les plantes, voyez les sucs nourriciers dans l'alambic des en- trailles, voyez le sang dans les veines; un mouve- ment régulier les pousse toujours en avant, et lorsqu'ils sont passés les conduits se resserrent et ^étranglent. Les vivants d'une sphère supérieure, ajoutait-il, ne peuvent pas plus retomber dans la Dôtre que lenfant déjà né ne peut rentrer au sein de sa mère; nous le pensons comme lui et nous oe cmyons pas que l'Ame de Samuel ait pu venir de l'autre monde maudire encore une fois le malheureux Safil. Pour nous, la pythonisse d'En« dor était une voyante à la manière des extatiques de Gahagnet, elle se mit par le somnambulisme en communication avec l'âme sombre du roi d*UrafiI et en évoqua les fantômes. C'est du fond
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de la conscience du meurtrier des prêtres et des prophètes, et non pas du creux de la terre que se dressait le spectre sanglant de Samuel, et lors- que la sibylle répétait d'une voix de ventriloque des anathèmes et des menaces, elle les lisait écrits par le remords dans la pensée même de Satil.
CHAPITRE II.
{9uitê du précédeni)
LES MORTS RESSUSCITES. — LE FILS DE Lk SUNAMITE. — LE TOMBEAU D ELISÉE.
Les anciens Hébreux croyaient comme les mo- dernes à l'immortalité de Tâme. Moïse pour- tant n'en fait aucune mention dans le Penta- teuque. Ce dogme, en effet, était réservé pour les initiés, et pour le retrouver dans toute sa splen- deur il faut pénétrer dans les sanctuaires de la kabbale. Moïse, dont le grand œuvre était d'éloi-
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gner son peuple de Tidolâtrie, savait que la foi mal éclairée en rimmortalîté de l'âme conduit au culte des ancêtres, et il ne voulait pas que les Hébreux fussent des Chinois. 11 ne voulait pas que le peuple d'Abraham et de Jacob emportât d'Egypte le fétichisme des cadavres, il ne voulait pas donner au temple du Dieu vivant un sous-sol peuplé de momies. La conservation des cadavres^ en effet, est un outrage à la nature, car c'est une prolongation artificielle de la mort. Moïse crai- gnait aussi d'encourager la nécromancie, et sem- blait prévoir de loin l'épidémie des tables parlan- tes et des esprits frappeurs.
Il est dangereux de surexciter l'imagination des multitudes, et le christianisme plus tard n'a pas échappé à ce danger. Le rêve du ciel a trop fait négliger la terre, et l'on ne s'est pas assez rappelé que, suivant la parole du Mattre, la volonté de Dieu doit être faite sur la terre comme au ciel. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, dit Hermès Trism^iste. et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas : quand la barbarie est sur la terre, elle est aussi dans le ciel que se figu- rent les hommes. J'en prends à témoin le fana- tisme du moyen âge et le dieu des inquisiteurs.
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Ljpt religion de Moïse est une raison sans ten- dresse, et le christianisme a été d'abord une ten- dresse sans raison. II faut pardonner beaucoup à ceux qui ont beaucoup aimé. Adorer les morts qui nous sont chers, c'est une erreur sans doute, mais est-ce un crime impardonnable? 11 n'y a pas de morts pour nous d'ailleurs, toutest vivant. Nos reliques mêmes, ces débris d'ossements qui font tant d'horreur au puritanisme judaïque, ne sont plus des fragments de cadavres. Ranimées par la foi commune, arrosées des douces larmes de Tespérance, réchauffées par la charité de tous, elles sont des semences de résurrection et des .gages de vie éternelle. Israélites, accordez quel- que chose à la sainte folie de l'amour et vous nous ramènerez plus aisément à la sévérité du dogme par l'indulgence de la raison !
Croire à la résurrection des morts, c'est croire à l'immortalité de l'âme. Or, les Hébreux croyaient à la résurrection des morts. Élie ressuscite le fils delà veuve deSarepta, Elisée celui delà Sunamite, et un mort qu'on jette au hasard dans le sépulcre de ce prophète ressuscite au contact de ses osse- ments. Les deux résurrections du fils de la veuve et de celui de la Sunamite semblent un peu trop
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calquées l*niie sur l'autre. Quoi qu'il en soit, le récit de la dernière contient des détails d'opéra- lions magnétiques très-dignes d'être remarqués. L'enfant de la Sunamite est mort d'une conges- tion cérébrale par suite d'une insolation. Elisée envoie d'abord son serviteur Giezt en lui confiant son propre bâton : Tu le dirigeras, lui dit-il, vers le visage de l'enfant et tu le lui feras toucher. Giezi part avec la baguette ; mais soit maladresse, soit manque de foi, son opération ne produit rien, et il revient sans avoir réussi. Alors, Elisée s*» rend lui-même près de l'enfant et entreprend de le réchauffer par incubation et insufflation. Il lui met son visage sur le visage, ses mains sur les mains, ses pieds sous les pieds; puis, sans doute pour reprendre des forces, il s'interrompt et se promène dans la chambre; enfin, il recommence son incubation magnétique, et l'enfant revient à la vip. C'est ce que nous lisons au quatrième livre des Rois.
Nous avons dit , dans notre Dogme et Rituel de la luiuie magie, qu'une résurrection ne nous parait pas impossible tant que l'organisme vital n'est pas détruit.
La nature, en effet, n'accomplit rien par
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soubresaut, et la mort naturelle est toujours pré- cédée d'un état qui tient un peu de la léthai^'e. C'est une torpeur qu'une grande secousse ou le magnétisme d'une puissante volonté peuvent vaincre, et c est ce qui explique la résurrection de ce mort jeté sur les os d'Elisée.
L'homme était probablement dans cette lé- thai^ie qui précède ordinairement la mort. Ceux qui le portaient sont effrayés en voyant venir une horde de brigands du désert, ils jettent au hasard le cadavre dans le sépulcre ouvert du prophète pour le dérober aux infidèles. L'âme du mort planait sans doute dans les basses régions de l'atmosphère, mal détachée encore de sa dépouille mortelle ; la frayeur de sa famille se communiqua sympathiquement à cette âme, elle eut peur que ses restes ne fussent profanés par les incirconcis et rentra violemment dans son corps pour le sou- lever et le sauver. On attribua sa résurrection au contact des ossements d'Elisée, et le culte des reliques date logiquement de cette époque. Il est certain que les Hébreux, qui regardent comme sacré le livre où est racontée cette histoire, ne doivent pas trouver mauvais le culte que les ca- tholiques rendent aux ossements et aux autres
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n'sles de leui*s saints. Poui*quoi, par exemple, le sang de saint Janvier aurait-il moins de vertu que le squelette d'Elisée?
CHAPITRE III.
LES ESPIUTS DANS LÉVANGILE. — DÉMONS, IK)SSÉDÉS ET APPARITIONS.
Jésus appelle Satan « le prince de ce monde » ; cest donc une puissance qui exerce son empii*e sur la terre.
Ce n'est pas une puissance spirituelle, car alors elle exclurait celle de Dieu.
Jésus dit qu'il l'a vue tomber du ciel comme la foudre ou sous la fornu' dt* la ruudio. C est donc une puissance malcrielle analogue il Télee- incité.
Jésus dit que Satan ^si menteur mm a père, parce que le pèrt^ de ShI de meoioiige qui douiu* une l'erreur.
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Se servir mal des forces de la nature, c'est en- gendrer Satan.
Concevoir tout sans Dieu, c'est concevoir Satan. Le diable, c'est un panthéisme sans tête.
C'est l'homme avec une tête de bouc.
C'est l'instinct animal mis à la place de la rai- son régulatrice.
C'est l'ombre qui nie le corps.
C'est le pot qui nie le potier.
C'est le cauchemar, c'est l'absurde de la raison niant l'absurde de la foi.
C'est le hasard s'affirmant contre la règle; c'est la grimace insultant à la beanté ; c'est le néant qui dit : Je suis Dieu.
Satan, c'est la folie, et les possédés du démou, ce sont les fous.
L'un est muet, l'autre déchire ses vètemenLs et se cache dans les tombeaux; un autre se jette tantôt dans le feu, tantôt dans l'eau, et semble atteint de la monomanie du suicide. Qu'est-ce que tout cela? Des maladies mentales, et Jésus, attribuant à Satan, c est^-dire à rélectricité dé- voyée, la plupart des autres maladies, dit en par- lant d'une femme informe etpïiéeen deuji; : Voyez cette fille d'Abraham qui a été liée par Satan! On
n)it que Satan est ici la personnification du mal mâme physique. Liée par Satan veut dire évi- demment ici liée par une affection nerveuse ou rhumatismale. D'ailleurs, le serpent de la Genèse ne saurait être le Satan de Milton. C'était le plus insinuant et le plus rusé des animaux, dit le texte sacré, et Dieu, pour le punir, le condamne à ram- per sur son ventre et à manger la terre; supplice qui ne ressemble en rien aux flanmies tradition- nelles de l'enfer. Il est vrai aussi que le serpent réel et non allégorique rampait avant le péché d'Eve et n'a jamais mangé la terre; il s'agit donc ici d'une allégorie; il s'agit de ce feu astral qui rampe et qui ronge, de ce feu terrestre qui ali- mente la vie physique en donnant la mort. Il en est de même du Satan qui peut rendre infirmes ou paralytiques les vieilles filles d'Abraham. Que penser aussi de cette légion de démons qui, chas- sés du corps d'un possédé, demandent comme une grâce de se réfugier dans un troupeau de pour- ceaux qui. deviennent furieux et courent se noyer dans le lac de Tibériade? N'est-ce pas là évidem- ment une parabole judaïque, dont le but est de monU^r combien le pourceau est un animal impur?
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S'il faut prendre à la lettie ih pareilles histoires, Voltaire a mille fois raison de s'en mo- quer. Mais on sait que la lettre tue et que lesprit seul vivifie. Nous ne disons pas pour cela que le fait en lui-même soit impossible. La rage des chiens se communique aux hommes, poui-quoi la rage des hommes ou certaines folies furieuses ne se communiqueraient-elles pas aux animaux? Mais que des anges déchus, que de purs esprits condamnés à l'enfer trouvent du soulagementàse noyer sous des formes de pourceaux; que le Sau- veur du monde, la raison suprême incamée, con- sente à cette hideuse et ridicule malfaisance, c est cela que le bon sens le plus vulgaire ne sau- rait admettre. Il y a évidemment sous ce ré- cit, révoltant en apparence, quelque chose de caché.
Quand un esprit immonde est chassé du corps d'un homme, dit le Sauveur, il va parcourant les lieux arides et cherchant le repos qu'il ne peut trouver; alors il dit : Je retournerai dans la mai- son que j'ai quittée. Il va donc, et, retrouvant cette maison nettoyée et parée, il va prendre sept autres esprits plus méchants que lui, ils rentrent tous ensemble, ils s'établissent, et Tétat du ma-
lade devient pii-e qu'il ii*était d'abord. S'il fallait l'uteudre ce discours symbolique dans le sens des démonomanes, Jésus lui-même eu guérissant les possédés aurait fait de mauvaises actions , puis- que, suivant sa propice doctrine, il les exposait par là à une obsession sept fois plus cruelle. Mais il s'agit ici des maladies mentales, qu'on em- pire souvent en voulant les guérir. Si vous chas- sez une illusion de la tète d'un fou, il en revien- dra bientôt sept autres plus insensées que la première. C'est pour cela que Jésus cachait à la multitude les hautes vérités de sa doctrine et ne les révélait au petit cercle des initiés qu'en les enveloppant de paraboles. 11 craignait l'esprit impur qui se nomme l^ion ou multitude* Je veui. disait-il, que ces gens-là entendent sans entendre, qu'ils voient sans voir, car j'ai peur qu ils ne se convertissent. Hélas! il pressentait les guerres de religion, les massacres et les bûchers; il voyait de loin l'empire romain s'écroulant dans le sang des persécutions , et le fanatisme liaioeux condamnant à mort la piété qui prie et qui pardonne. 11 chassait un démon muet, c'était le cuite des idoles, et il voyait venir sept démons liavards. les sept péchés capitaux érigés en doc-
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teurs de l'Église. C'est pourquoi il engageait à se taire quand lui-même, peut-être, il en avait déjà trop dit. Aussi, quand il est trahi et renié par les siens, calomnié et maudit par les prêtres, accusé devant les juges, livré aux clameurs de la vile multitude qui demande sa mort, il se renferme dans le silence le plus absolu, il ne répond rien à Pilate, il ne veut rien dire à Hérode; que leur dirait-il, et à quoi bon? Ils sont indignes et in- capables de l'entendre. Enfin, lorsqu'il a épuisé jusqu'à la lie la coupe de l'ingratitude, lorsqu'il se sent mourir dans un supplice atroce sans avoir pu faire autre chose, pour les hommes qu'il a tant aimés, que de les rendre plus coupables e( plus méchants , son cœur se brise, il semble dou- ter de lui-même, et pousse ce cri terrible : Mou Dieu! mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné! Lorsqu'il expira, dit l'Évangile, la terre trem- bla, le soleil s'obscurcit , le voile du temple se déchira depuis le haut jusqu'en bas, les pierres se fendirent, les tombeaux s'ouvrirent, les mork en sortirent et apparurent à plusieurs personnes. S^l fallait prendre ces choses à la lettreJlMÉoire ferait certainement une mentioii^N^^^Bde ce formidable événement. L^I^^^^^Bde
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terre aurait été universel, et 1 obseurcissemeut du soleil est autre chose qu*une simple éclipse. Quelles sont les pierres qui se fendirent? Toutes les pierres. Les villes alors durent s'écrouler. Quelques pierres? Lesquelles? et pourquoi celles- ci plutôt que celles-là? Les morts sortirent de leurs tombeaux? Dans quel état? tels qu'ils y étdent?à l'état de putréfaction et de squelettes, ou avec des corps nouveaux? Ce fut alors une vé- ritable résurrection. Mais l'Ecriture appelle Jésus- Christ le premier-né d'entre les morts, c'est-à- dire le premier des ressuscites, et à ce moment Jésus venait seulement de mourir. La lettre ici De soutient donc pas un seul instant lexamen, il faut recourir à l'esprit, c'est-à-dire à Tallé- gorie.
Jésus-Christ meurt en effet, et le vieux monde tremble; il ne se remettra pas de cette secousse, e( le colosse romain va tomber débris par débris, bî voile du temple se déchire, c'est-à-dire que les plus secrets mystères de la religion judaïqiie sont dévoilés, c'est l'humanité divine ou la divinité humaine. Le soleil s'obscurcit, c'est-à-dire que les anciens cultes d'Orient qui prenaient le soleil pour la plus parfaite image de Dieu oftt perdu
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leur vertu. Un soleil vivant vient d appaiattre sur la terre, il disparaît pour renaître, les jours de l'Ame ont trouvé leur flambeau. Les pierres se fendent, c'est-à-dire que les cœurs les plus durs ne peuvent résister à la douce violence du grand sacrifice. Les tombeaux s'ouvrent d eux-mêmes, car la mort vient de laisser échapper les clés des portes étemelles. Les morts se soulèvent et sem- blent ressusciter d avance, parce que la mort triomphante de la plus grande des victimes vient de porter un coup mortel à la mort même, et que rimmortalité de l'âme se rend visible en quelque sorte sur la terre. Tel est le sens, le vrai sens, le seul sens possible et raisonnable des paroles sacrées prises à la lettre par tant d'enfants parmi lesquels il faut ranger les théologiens im- béciles du moyen âge.
Pour ce qui est des apparitions de Jésus^hrist lui-même, nous n'y toucherons pas, car elles sont du domaine exclusif de la foi. Nous ferons remarier seulement qu'elles ne favorisent en rien les idées du spiritisme, car Jésus-Christ apparaît non comme mort, mais comme vivant. Ce n'est pas en esprit, c'est en chair et en os qu'il se trouve au milieu de ses disciples, il les
invite à le toucher, il leur demande à manger, il mange, en effet, et boit au milieu d'eux. Saint Thomas le touche et lui trouve un corps palpa* ble et réel. Cependant ce corps passe à travers les portes fermées. Ce sont là des choses de l'au- tre monde et que rien certainement ne saurait expliquer en celui-ci. Ce corps palpable et réel, oe corps qui a de la chair et des os, ce corps qui se nourrit de pain et de miel, parait et disparaît comme une fantasmagorie. 11 y a là évidraunent quelque mystère. Les premiers chrétiens, forcés de se cacher, avaient leurs paraboles et leur occul- tisme. Us écrivaient pour être compris seulement des initiés. L'histoire de l'apparition aux voya- geurs d'Emmatts peut jeter quelque jour parmi ces ombres.
Deux voyageurs passaient non loin du bouig dEmmatks, c'étaient des disciples de Jésus, et ils I entretenaient tristement de la mort violente de leur maître. Un voyageur inconnu les aborde et leur r^roche leur tristesse; il leur eipliqne les écritures, il leur rappelle surtout los pai ole^ï du maître avant de mourir : « Yom ne ferez qii'nn tvpc moi comme je ne fais qu'uîi avec mon Pèii?. Celui qui me voit voit mon Père, t^t cduï qui voua
verra me verra* Celui qui vous écoute m'écoute, et quand vous serez deui ou trois rassemblée en mon nom^ je serai là au milieu de vous. »
En parlant ainsi on arrive à Thôtellerie, le voyageur prend le pain , le bénit et le partage , tomme Jésu&-Ghrist avait fait avant la Cène; alors les yeux des deux disciples s'ouvrent, ils reconnaissent que, suivant sa parole, Jésus42brist est réelletnent présent au milieu d'eux ; ils le comprennent ressuscité et toujours visible parmi les siens , toujours présent dans son iglise. Ils communièrent donc de la main de Jésufr-Ghrist même, et après la communion ils ne le virent plus. Ici est exprimé avec retenue et d'une ma- nière voilée tout le mystère du sacerdoce. Le prêtre qui dit la messe est réellement Jésus^brist pour la foi des spectateurs, et la preuve de ceci. c'est que le prêtre en prononçant les paroles sacramentelles ne dit pas : Ceci est le corps du Christ, mais bien , comme a dit le Mattre : Ceci est mon corps. Le croyant alors ne voit plus le prêtre, il voit Jésus-Christ lui donnant son corps et il reçoit réellement le corps sacré de Jésus- Christ; mais, après le sacrifice, Jésus a disparu, et l'on ne s'occupe plus guère du brave curé qui.
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en débUaut tout bas les versets de soa Te Deum^ s'en retourne à la sacristie.
Dans l'église de Saint-Gervais à Paris on voit une peinture murale de Gigoux, qui représente à merveille, selon nous, le mystère de la résur- rection du Sauveur. Ce n'est pas un coup de tonnerre, ce n'est pas un sépulcre qui éclate au milieu des soldats bouleversés, c'est une tombe f|Qi s'ouvre d'elle-même, c'est une lumière qui éclot comme une fleur matinale, douce encore comme le crépuscule, mais assez puissante déjà pour éclairer vivement les spectateurs de cette scène. Le Christ ne s'envole pas, il marche en avant avec la placidité du calme étemel. Son geste est celui de l'enseignement des choses divi- nes, on croit voir son auréole s'élargir lentement avec des nuances irisées, et autour de lui com~ mence à se dérouler un ciel nouveau. Les gardes ne sont ni foudroyés, ni terrifiés, ils sont saisis et comme paralysés par une stupeur, qui n'est pas sans admiration et peut-être sans une vague espérance, car n'estn^ pas pour eux, les pauvres mercjenaires du monde romain, que le Rédemp-. teur vient de triompher de la mort? Tout est olmedans ce tableau^ et le peintre est arrivé aux
plus sublimes effets par la plus grande simplicité. Lorsqu'on a vu ce tableau, on le revoit toujours dans son souvenir , et involontairement on le contemple avec une émotion qui ne se fatigue pas. Le sentiment qu'on éprouve est comme uu ravissement pour la pensée, comme une extase pour le cœur.
C'est aux arts surtout qu'il faut demander les révélations du progrès. Ce que le philosophe ne sait pas dire encore, ou n'ose pas dire, l'artiste le devine, et il nous fait rêver d'avance ce qu'un jour nous devons savoir.
CHAPITRE IV.
HISTOIRE DE SAINT SPIRIDION ET DR SA FILLE IRÈNE.
Vers le milieu du quatrième siècle, à Trémi- thonte dans l'Ile de Chypre, vivait le saint évé- que Spiridion^ l'un des pères du concile de Nicée. C'était un doux et vénérable vieillard.
paiivt*e comme le Christ, pémtent comme un ascète, et charitable comme un apôtre. Il avait été marié, et sa femme en mourant lui avait laissé une fille nommée Irène, qui voua son âme à la prière et son corps k la vii^inité. Il demeurait avec elle, dans une cabane entourée d'un petit jardin que l'évèque cultivait lui-même.
Il était le conseil de toute la contrée, Irène en était la providence : elle soignait les malades et visitait les pauvres, les enrichissant de courage et leur faisant Taumône de tous les trésors de son cœur. Puis elle priait, elle jeûnait, elle veillait, si bien que sa santé déclinait en même temps ^ue son âme se détachait de plus en plus de la terre.
A peine sortie des Catacombes, TÉglise chré- tienne, que Constantin venait de couvrir de sa pourpre, semblait alors être atteinte du mal qui consuma Hercule lorsqu'il eut touché la robe san- glante de Déjanire; elle se déchirait les entrailles, larianisme agressif et une orthodoxie turbulente se k disputaient par lambeaux. L'astucieux et cruel Constance venait de rafraîchir avec le sang de sa famille la pourpre du manteau de Constan- tin. Julien étudiait la philosophie dans Athènes,
et aQ milieu du misérable conflit des théologiens et des rhéteurs, pressentant, sans Touloirs*y rési-* gner, le Yaste écroulement de Tempire, il rSvait les vertus d'un autre ftge, et, dans la solitude des fieux temples abandonnés, il pleurait en son-- géant à la gloire des anciens dieux.
Le christianisme , en effet , vouait le vieux monde à la mort, et faisait des saints sans améliorer les mœurs publiques; bien au contraire, la putré- faction se hfttait de faire place à la vie nou- velle. L'Église tempoi-elle avait déjà d'affreux évè^ ques, comme Geoi^s de Gappadoce, les saints croyaient plus que jamais à la fin prochaine du monde et fuyaient au désert. Spiridion et sa fllle étaient des ascètes comme saint Paul TEnniteet comme saint Antoine, mais ils avaient compris que toute la vie divine est dans l'esprit de cha* rite. Spiridion était donc resté évêque, et pour faire comprendre à nos lecteurs comment il en- tendait la charité, nous allons raconter une anecdote de sa vie.
C'était à la fin d'un carême, d'un carême tel que les faisait Spiridion; les maigres aliments de la sainte quarantaine étaient épuisés, on était au jour du Vendredi-Saint. Spiridion devait
oetta jcmrnde et la «uivuite sans prendre aucune nourriture, il n'avait donc rien ches loi, rien qu'un moreeau de chair de porc sas*» poidu à la fumée du foyer et réservé pour les fMes de Pâques, lorsque vient frapper à sa porte un Toyageur exténué de fatigue et de besoin* L'éTéque de Trémithonte le reçoit avec empres^ sèment et l'entoure de soins paternels ; mais il s aperçoit bientôt que son hôte ya s'évanouir d'inanition. Que faire? il est tard, point d'ha« bitation prochaine , la ville est assez éloignée, Spiridion n'hésite pas. Il coupe un morceau de viande salée, la fait cuire et la présente au voya« gisur. Celui-ci la repousse avec étonnement et épouvante : Je suis chrétien, mon père, dit-il h l'évoque, comment donc aujourd'hui m'offrez- fous de la chair à mangerl Me croyez-^vous ca^ pable d'insulter ainsi par mon intempérance h la mort du Christ, notre maître?
-^ Je suis chrétien comme vous, mon fils, lui répond doucement Spiridion, et, de plus, je suis évéque, c'est-^-dire pasteur et médecin. C'est comme médecin que je vous présente ces ali- ments, les seuls qu'il soit en mon pouvoir de vous offrir. Vous êtes épuisé, et demain petit-être
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il serait trop tard pour vous sauver la vie; gez donc ces aliments que je bénis, et vivez. — Jamais, réplique le voyageur, car vou& me con- seillez ce que vous ne feriez pas vous-même.
— Ce que je ne ferais pas pour moi peut-être* dit le vieillard, mais ce que je ferais certaine-* ment pour vous, comme vous allez le faire pour moi qui vous en prie. Tenez, voulez-vous que je porte à ma bouche un peu de cette viande pour vous engager à en faire usage sans scrupule?
Et saint Spiridion prit et mangea un peu de viande de porc pour engager son hôte à en faire autant ; car la charité, suivant lui, était une loi plus impérieuse que celle de Tabstinence et du jeûne.
Voilà quel était saint Spiridion.de Trémi- thonte, voilà sans doute quelle était aussi sa fille Irène.
Ces deux anges de la terre n'avaient qu'un cœur et qu'une âme. Quand Spiridion allait visi- ter son diocèse, Irène gardait l'ermitage et y recevait les pauvres, les pèlerins et les chercheurs de bons conseils ; tout ce qu'elle faisait ou disait était approuvé d'avance par son père, et Irène, de son côté, ne disait que les choses que Spiridion
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luinnème eût dites, et faisait avec uneitaer- veilleuse divination les bonnes œuvres qu'il eût faites.
Ces deux saints furent momentanément séparés par ce travail de renaissance que nous avons coutume d appeler la mort. Ce fut la plus jeune qui fut appelée la première à la délivrance. Irène s'éteignit doucement, comme une lampe dont rhuile est épuisée. Spiridion lui rendit les derniers devoirs, mais il ne la pleura point, car elle ne l'avait pas quitté, il la sentait plus que jamais unie à sa pensée et à son cœur. Il lui semblait qu'il avait une double mémoire et une double pensée. Irène avait trouvé peut-^tre son paradis dans Tàme bienheureuse de Spiri- dion.
Ces détails étaient nécessaires pour expliquer l'anecdote qui va suivre.
Pendant une absence de Spiridion, un chrétien partant pour un long voyage avait remis entre les mains d'Irène une sonmie d'ai-gent qui était toute sa fortune. Irène avait enfoui Ii^ drpùt et n eo avait parlé à personne.
Lorsque le chrétien fut de retour, Inme était Mrte, et grand fut l'étonnement du ^ïul évè-
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que en s'entendant réclamer un dépôt dont il n'avait pas connaissance.
Il se rendit alors sur le tombeau d'Irène e( l'appela trois fois à haute voix. Irène alors répon- dit du fond de la tombe et dit : Mon père, mon père, que me voulez-vous? C'est du moins ee que rapportent les légendaires.
— Qu'as-tu fait de l'aident que notre frère t avait confié? dit Spiridion.
— Mon père, je l'ai enfoui à telle et telle place.
Le père creusa et trouva le dépôt intact.
Évidemment cette histoire est controuvée quant aux détails, mais elle peut être vraie qucmt au fond.
Personne ne supposera que l'âme des morts et surtout celle des justes soit enfermée dans la tombe pour y sentir la lente corruption de la chair et des ossements.
Irène n'était donc pas dans la terre, Qm le saint hotnme se soit rendu sur la tombe de a^i fille pour évoquer des souvenirs et obtenir pBf sympathie magnétique utio intuition de second* Vue, il n'y a rien là qui nous semM Nous croyons à l'union intime ■'
— «oi- gne la mort ne saurait séparer. Dieu remplit la distance qui sépare le ciel de la terre, et n y laisse pas de vide entre les cœurs. Les souvenirs d'Irëne ont donc pu se communiquer à Spiridion ; et d'ailleurs, qui sait si la sainte fille n'avait pas au- trefois parlé à son père de ce dépôt? Son grand âge et les soins nombreux de son épiscopat lui avaient peut-être fait oublier cette confidence. Ne nousarrive-t-il pas souvent d admirer comme une pensée nouvelle ce que nous avons dit ou même écrit autrefois? De combien de rémi- niscences vagues ne sommes-nous pas poursuivis, et qui pourra dire toute la place qu'occupent les souvenirs déjà plusieurs fois efiTacés dans les rê- veries de notre veille et dans les rêves de notre sommeU?
Nous rapprocherons de cette révélation d'Irène à Spiridion son père, une aventure plus récente et moins connue.
11 s'agit de Sylvain Maréchal , un bonhomme excentrique du siècle dernier, qui se croyait po-^ sitivement athée.
Sylvain Maréchal n'admettait donc pas l'exis- tence de Dieu, et, pour être logique, il niait éga- lement l'immortalité de Tàme; il avait fait de
mauvais vers pour défendra cette mauvaise cause. C'était d'ailleurs un homme honorable, aimé de sa femme et estimé de ses amis.
Lorsqu'on lui parlait de la mort, il disait ordi- nairement que c'était le grand sommeil, et ajou- tait sentencieusement ce distique, l'un de se» péchés contre Apollon :
Dormons jusqu'au bon lemps. Nous dormirons longtemps.
Lui que le progrès de son siècle n'avait con- duit qu'à l'athéisme, il doutait un peu du progi-i s et ne croyait guère, à ce qu'on voit, à la venue d'un temps meilleur, l'athéisme n'étant ordinai- rement que le désespoir d'une croyance décou- ragée.
Les gens qui ne croient pas à l'immortalité de Fâme meurent, hélas! comme les autres. Sylvain Maréchal vit venir l'heure du grand sommeil. Sa femme et une amie nommée madame Dufour veillaient auprès de lui; l'agonie avait commencé. Tout à coup le mourant, comme s'il se rappelait quelque chose, fait un grand effort pour parler.
Les deux dames se penchent vei*s lui Aloi*».
d'une voix si faible qu'on l'entendait à peine, il
dit ces mots \ Il y a qtmize et la \ob[ expi- ra. Il essaya de reprandre et murmura en- aire une fois : Quinze; mais il fut impos- sible d*euteDdre le reste. Ses lèvres remuèrent de nouveau un peu , puis , faisant un grand iioupir, il mourut.
La nuit suivante, madame Dufour, qui venait de se coucher, n'avait pas encore éteint sa lampe, lursquelle entendit sa porte souvrir doucement. Elle mit la main devant la lumière et r^rda. Sjlvain Maréchal était au milieu de sa chambre, ^éta comme de son vivant, ni plus triste ni plus gai.
— Chère dame, lui dit-^il, je viens vous dire ce que je n*ai pu achever hier : il y a quinze cents francs en or cachés dans un tiroir secret de mon bureau ; veillez à ce que cette somme ne tombe pas en d'autres mains que celles de ma femme.
Madame Dufour, plus iHoniu'*e qu'oiïiayét^ de crtte pacifique appariiiou , dit ajui-s au re%(i nant :
— Eh bien, mou clin athée, je \wi%m lym foïïï crujez maintenant à I iiTimortalittï dt* I
Sjhain Maréchal stiuril tirHlemi'iilt >
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gèrement la tète, et ne répliqua qu'en répétant une dernière fois son distique :
Dormons jusqu'au bon temps, Nous dormirons longtemps.
Puis il sortit. La frayeur prit alors madame Du- four , ce qui prouve qu'alors seulement elle fut complètement éveillée; elle se jeta hors du lit pour courir à la chambre de son amie, madame Maréchal, qu'elle rencontra venant, de son côté, chez elle, pâle et tout effarée. — Je viens de voir
