Chapter 3
M. de Mirville, qui ne saurait être naïf de bonne
foi, et qui a un parti pris de ne pas nous compren- dre et de nous injurier quand même.
Ce sont là, nous le savons, les procédés de Té- cole à laquelle il appartient.
Nous donnons cette explication pour ceux de DOS lecteurs qui ne cherchent que la vérité , et nous commençons notre livre.
LA
SCIENCE DES ESPRITS
PREMIÈRE PARTIE ESPRITS RÉELS
INTRODUCTION
Dieu ou l'esprit créateur, que la science est forcée d'admettre comme première cause;
Dieu qui est Thypothèse nécessaire à laquelle » rattachent toutes les certitudes ;
L'homme ou l'esprit créé dont la vie apparente commence et finit, maisdont la pensée est immor- telle;
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Le médiateur pu Fesprit du Christ homme sui^ humain par la pensée. Dieu humanisé par le tra- vail et la douleur :
Tel est le triple sujet de la science des esprits.
L'homme, ne pouvant rien concevoir au-dessus de lui-même, s'idéalise pour concevoir Dieu. Le Christ, par ses sublimes pensées et ses admirables vertus, a réalisé cet idéal. C'est donc en Jésus^ Christ qu'il faut étudier Dieu, et comme le média- teur est aussi le prototype et le modèle de l'hu- manité , c'est encore en lui qu'il faut étudier l'homme considéré exclusivement sous le point de vue de l'esprit.
La science des esprits se résume donc tout en- tière dans la science de Jésus-Christ.
Les anges et les démons sont des êtres pu re- ment hypothétiques ou légendaires; qu'ils restent dans la poésie, ils ne sauraient appartenir à la science.
Contentons-nous des hommes, étudions Jésus- Christ et cherchons Dieu.
Moins on définit Dieu, plus on est forcé d'y croire. Nier le Dieu indéfini et inconnu , principe existant et intelligent de l'être et de l'intelligence, c'est affirmer témérairement la plus vague et la
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plus absurde de toutes les négations ; aussi Prou- (BMm . cette contradiction incarnée , a-t-il pu dire avec raison que l'athéisme est un dogme négatif H constitue la plus ridicule de toutes les croyan- ct*s : la croyance irréligieuse.
Mais un Dieu défini étant nécessairement un Dieu fini, toutes les religions prétendues révélées dune manière positive et particulière s'écroulent d^s que la raison les touche; il n'y a qu'une reli- gion , et Victor Hugo a bien dit lorsqu'il s'est ^rié : Je proteste au nom de la religion contre toutes les religions.
Si Dieu eût autorisé Moïse seul, il n'eût pas permis Jésus. S'il eût autorisé Jésus seul, il n'eût pas permis Mahomet. Il ne peut y avoir qu'une liH divine, mais il y a, dans ce bas monde, une multitude de juges et une grande cohue d'avocats qui tentent de rebâtir sans cesse, malgré sesper- p humaines.
Pascal, cet athée si religieux, ce sceptique sn- penlilieux qui doutait de tout en présence de la l^nnqne inexorable dos nombres et qui croyait au dieu des Jansénistes sur la foi d'une amulette , IVsral qui, malgré lui, n'était pas catholique pai^
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ce qu'il voulait être trop catholique, n'a pas craint de dire que, TÉglise romaine seule menaçant de l'enfer ceux qui n'adhèrent pas à ses dogmes , il est toujours plus sûr d'y croire, comme si une menace inhumaine était une raison et comme si , en matière de foi , la peur devait légitimement l'emporter sur la confiance.
Faire les ténèbres pour augmenter la peur, re- doubler l'obscurité des mystères , exiger l'obéis- sance aveugle, c'est la magie noire des religions; c'est le secret des sacerdoces ambitieux qui veu- lent substituer le prêtre à la divinité, le temple à la religion même et les pratiques aux vertus. Ce fut le crime des Mages qui périrent tous dans une réaction fatale ; ce fut le crime des prêtres hébreux contre lesquels Jésus vint protester, et qui cruci- fièrent Jésus.
Eh quoi ! le ciel nous imposerait une loi rigou- reuse sanctionnée par des supplices éternels, et il ne rendrait pas claire et évidente pour tous la pro- mulgation même de cette loi! Quoi! la vérité ou plutôt le livre fermé qui la contient serait le par- tage exclusif de quelques fanatiques inexorables, et l'humanité presque tout entière serait aban- donnée aux ballottements de l'erreur et à la fata-
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lité d'une malédiction infinie ! Celui-là seul est un maudit qui peut le croire. Le Dieu qu*il adore res- semble à ces monstrueuses idoles du Mexique dont on humectait sans cesse les lèvres avec des cœurs sanglants. Une religion exclusive n'est pas une religion catholique . Catholique veut dire universel . S'emparer des forces fatales et les diriger pour en faire le levier de l'intelligence, tel est le grand secret de la magie. Faire appel aux passions les plus aveugles et les plus illimitées dans leur essor, les soumettre à une obéissance d'esclave, c'est créer la toute-puissance. Aussi , mettre l'esprit sous l'empire du rêve , exalter jusqu'à l'infini la cupidité et la peur par des promesses et des me- naces qu'on croira surnaturelles parce qu'elles seront contre nature, se faire une armée de la multitude immense des tètes faibles et des cœurs lâches qui deviendront généreux par intérêt ou par crainte, et avec cette armée faire la conquête du monde : voilà le grand rêve sacerdotal et tout le secret politique des pontifes de la magie noire. Au contraire, éclairer les ignorants, affranchir les volontés , dégager les hommes de la crainte et les diriger par l'amour, rendre accessibles à tous la vérité et la justice, n'imposer à la foi que les hy-
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pothèses nécessaires à la raison, et amener ainsi tous les peuples à un dogme unique, simple, con- solant et civilisateur : voilà la réalité divine, et c'est ce que TEvangile a donné au monde.
L'Évangile, c'est l'esprit de Jésus, et cet esprit est divin. Voilà notre profession de foi nettement formulée sur la divinité de Jésus-Christ.
Mes paroles sont esprit et vie, a dit ce révélateur sublime; et la chair ici n'est pour rien.
L'Evangile est l'histoire de son esprit. Ce n'est pas la chronique de sa chair.
Homme par la chair. Dieu par l'esprit.
Il est mort et ressuscité.
Si vous vivez de mon esprit, a-t-il dit à ses Apô- tres , votre chair sera ma chair et votre sang sera mon sang, et ces choses si éminemment spiri- tuelles, matérialisées par la stupidité des théolo- giens barbares, nous ont donné des hosties sai- gnantes et des communions anthropophages.
Le temps est venu de ne plus confondre l'es- prit avec la chair. La science des esprits, c'est le discernement de l'esprit, et quand l'esprit de Jé- sus-Christ sera compris, cet esprit que l'Église ap- pelle et qu'elle adore sous les noms d'esprit de science, d'esprit d'intelligence, d'esprit de force ,
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d'esprit d'initiatWe ou de conseil, et, par consé- quent, d'esprit de liberté, quand cet esprit, dis-je, sera compris, on ne demandera plus des oracles au sommeil, à la catalepsie, au somnambulisme ou aux tables tournantes. La science des esprits a pour base la connaissance de l'esprit de Jésus^ Christ, qui est la plus haute expression des aspira- tions intelligentes et aimantes de l'humanité.
Jésus, l'homme de lumière et de bonté, a été pressenti et salué d'avance par les initiateurs de tous les cultes. L'Egypte, sous le nom d'Horus, l'aï dorait dormant encore sur le sein d'Isis ; l'Inde le nommait Chrisna et le suspendait aux mamelles de Deyaki ; les Druides élevaient une statue à la mrge qui devait enfanter ; Moïse et les prophètes préludaient par de magnifiques dithyrambes à l'é- popée des évangiles; Mahomet le reconnaît et ne proteste que contre l'adoration idolâtrique de sa chair. L'humanité est donc chrétienne depuis le commencement du monde. Accoutréeà l'indienne, à l'égyptienne , à la juive ou à la tui-que , l'hu- manité est partout la même et le dogme est uni- versel. Proclamons donc aujourd'hui la catholi- cité du monde et n'excommunions pas même ceux qui veulent s'isoler dans un ciel dont les nuages
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de gloire se formeraient des vapeurs d'un bûcher où brûlerait sous eux et pour eux Thumanité pres- que tout entière. Un temps viendra, et il est pi-oche, où de telles idées inspireront à tout le monde une telle horreur qu'on n'osera plus les professer tout haut, et que la mémoire des inquisiteurs de tous les cultes sera condamnée à son tour et à jamais par l'inquisition du mépris.
Une des grandes pyramides d'Egypte était à de- mi cachée par des montagnes de sable. Les hordes nomades du désert avaient de siècle en siècle amoncelé sur elle des constructions hybrides et des immondices, en sorte qu'on ne la voyait plus. Un grand prince arrive, il veut déblayer cette place pour y construire un temple ; on creuse au- tour du tas d'ordures, on l'escalade, on le démolit et la grande pyramide reparaît dans toute sa ma- jesté.
Ceci est un apologue.
La guerre que la philosophie fait à l'Église ne la détruira pas , mais l'affranchira; car l'Église^ ! c'est la société des hommes qui sont animés de l'es- j prit de Jésus-Christ. A mesure que les supersti- tions religieuses ou plutôt irréligieuses descen- dent, l'Évangile monte, il est stable, il est éternel, il
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est inébi-aiilable , carré par la base et simple comme les pyi*amides. Il y a toujours une logique dans la puissance ; des forces sans raison seraient des forces sans portée et par conséquent sans ef- fet. Si donc l'Évangile est une puissance, c'est qu'il y a une logique dans l'Évangile.
La logique ou la raison, le logos de la puissance suprême , c'est Dieu. Cette raison , cette logique universelle éclaire toutes les âmes raisonnables; elle luit dans les obscurités du doute; elle perce, die pénètre, elle déchire les ténèbres de l'igno- rance, et les ténèbres ne peuvent la saisir, la pren- dre, l'enfermer, l'emprisonner. Cette raison parle par la bouche des sages, elle s'est résumée dans un homme qui a été nommé pour cela le logos faut chair, ou la grande raison incamée.
Les miracles de cet homme ont été des miracles de lumière, c'est-à-dire d'intelligence et de raison. II a fait comprendre aux hommes que la vraie religion, c'estla philanthropie. Le mot estmoderne en français, mais il se trouve textuellement en grec dans l'évangile selon saint Jean. Il leur a fait voir que ce n'est ni dans telle ville, ni sur telle montagne, ni dans le temple qu'il faut chercher Dieu, mais dans l'esprit et dans la vérité. Son eu-
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seignement a été simple comme sa vie. Aimer Dieu, c'est-ià-dire l'esprit et la vérité, plus que toute chose et le prochain comme vous-même , voilà , disait-il, toute la loi.
C'est ainsi qu'il ouvrait les yeux aux aveugles, qu'il forçait les sourds à entendre, et les boiteux à marcher droit. Les merveilles qu'il opérait dans les esprits ont été racontées sous cette forme allégorique si familière aux Orientaux. Sa parole est devenue un pain qui se multiplie, sa puissance morale un pied qui marche sur les flots, une main qui apaise les orages. Les légendes se sont multipliées avec l'admiration toujours crois^ santé de ses disciples. Ce sont des contes char« mants, semblables à ceux des Mille et une Nuits ^ et il était digne des siècles barbares que nous croyons avoir traversés et qui ne sont pas encore finis, de prendre ces gracieuses fictions pour des réalités matérielles et grossières, de discuter ana^* tomiquement la virginité maternelle de Marie, d'établir entre les mains de Jésus une boulan-* gerie invisible et miraculeuse pour multiplier les pains au désert, et de voir couler un sang globu^ laire et séreux, un sang anthropophagique et révoltant, sur les blanches et pures hosties qui
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protestent contre le sang et qui annoncent pour jamais la consommation du sacrijBce.
L'Évangile n'appartient à la science que comme monument de la foi, et non comme document de rhistoire. C'est le symbole des grandes aspi- rations de l'humanité. C'est la légende idéale de l'homme parfait. Cette légende, l'Inde l'avait d^ ébauchée en racontant la merveilleuse in- carnation de Vischnou dans la personue de Chrisna. Chrisna est aussi le fils d'une vierge. La chaste Devaki allaitant son divin fils se trouve dans le Panthéon indien et semble une image de Marie. Près du berceau de Chrisna se trouve la figure symbolique de l'Ane ; sa mère l'emporte pour le soustraire à un roi jaloux qui voudrait le faire mourir. Si les Yédas n'étaient antérieurs à l'Évangile, on croirait que tout cela est copié de notre Nouveau Testament. Est-ce à dire que tout cela est méprisable et ne contient rien de divin? Nous croyons qu'il faut en arriver à une conclusion diamétralement opposée.
L'esprit de l'Évangile est éternel et sa formule est celle des aspirations de l'humanité aussi an- ciennes que le monde. L'idée d'une incarnation, c'est-à-dire d'une manifestation de Dieu dans
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l'homme, se retrouve dans tous les dogmes des sanctuaires antiques; le livre de loccultisme, Siphra Dzeniouta, qui contient sur Dieu les plus hautes doctrines du judaïsme, nous représente la divinité sortant de Thumanité comme une lumière, et l'humanité descendant de la divinité comme une ombre, en sorte que Dieu, ayant créé l'homme, l'homme à son tour est appelé à réali- ser et à créer en quelque sorte l'idée de Dieu.
Que l'Évangile soit un livre symbolique, les Apôtres ne nous l'ont pas caché. Christ est le fondement, dit saint Paul, et sur ce fondement les uns ont bâti avec de la pierre, d autres avec du bois, d'autres encore avec de la paille. Le feu de l'épreuve viendra, et tout ce qui n'est pas solide sera consumé. C'est ainsi qu'on peut expli- quer le choix qu'on a fait plus tard des livres canoniques, et le rejet définitif des Évangiles apo- cryphes.
Saint Jean, de son côté, nous dit : et dit encore beaucoup de choses, et si on voulait les écrire toutes, je ne crois pas que le monde entier pût contenir les livres qu'on pourrait en faire. » Or, le champ de l'histoire est borné, mais celui de l'allégorie est immense, et si saint
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leao n*eât pas voulu indiquer par cette parole la véritable portée des Évangiles, il eût dit une absurdité.
Mais quand les Apôtres se tairaient, l'évidence parlerait assez. Comment faut-il, par exemple, qu on démontre à des gens raisonnables que le diable, c'est-à-dire le personnage fictif qui re- présente le mal, n'a pas matériellement et en effet emporté Jésus sur une montagne si haute qu'on pouvait voir de là tous les royaumes de la terre? L'Évangile est plein de semblables histoires composées suivant le génie des Hébreux, qui enveloppaient toujours leur doctrine secrète d'è- oigmes et d'images; suivant le génie de Jésus lui- même qui, au dire des Évangélistes, ne parlait presque jamais sans paraboles. Le Talmud tout routier est composé suivant cette méthode, et Maimonides dit que les plus évidentes absurdités de œ livre cachent les seci-ets de la plus haute fi^eÊÊe. « Nous observerons seulement, dit labbé Chîarini, dans sa Théorie dvjudàmne, que, pour étudier le Talmud, il est en outre indispensable de jeter un coup d'œil sur les antiquités reli- neoies de tous les peuples d'Orient, afin de ne pointmettre* ainsi qu'on le fait d'ordinaire, sur le
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compte du seul judaïsme, le style allégorique et cet amour immodéré des fables sacrées qui est commun à tous les interprètes des religions orientales. »
Est-ce à dire que sous toutes ces all^ories la personne réelle du Christ disparaisse et s'anéan- tisse? Faut41 penser, avec Dupuis et Volney, que l'existence humaine et personnelle de Jésus soit aussi douteuse que celle d'Osiris, aussi fabuleuse que celle de l'Indien Chrisna? Comment oserait- on l'affirmer quand Jésus-Christ est encore vivant dans ses œuvres, encore présent dans son esprit, qui a déjà changé et qui transfigurera certaine- ment toute la face de la terre? On a douté de l'existence d'Homère, mais de quel Homère? De celui des commentateurs peut-être, mais est-ce que V Iliade et V Odyssée ne sont pas là? Est-ce que ces divins poèmes se sont composés tout seuls? Et qu'il y a loin de ces livres admimbles sans doute au poème vivant du christianisme, à cette Iliade des martyrs oti les dieux combattent et sont vaincus par des femmes et des enfants? A cette Odyssée de l'Église qui, après tant de persécutions et d'orages, arrive, mendiante su- blime, au seuil du palais des Césars, lance d'un
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bras victorieux les flèches qui percent les cœurs de
ses ennemis et va s'asseoir sur le trône du monde*
L'esprit de Jésus existe bien plus certainement
et bien plus évidemment encore que le génie
d*Homère. Mais cet esprit est un esprit d'abné^
gation et de sacrifice, et c'est pour cela qu'il est
divin. Moins Thomme se cherche, plus il se
trouve. Plus il s'abandonne, plus il mérite l'a^
doption du ciel. Plus il s'oublie, plus on se sou^
viendra de lui. Voilà, en peu de mots, les grands
secrets de la toute-puissance du christianisme.
Jésus, qui a donné ces préceptes, a aussi donné
l'exemple. Il s'est anéanti en présence de son
œuvre. L'homme a passé dans le symbole, et c'est
ainsi qu'il s'est fait Dieu. L'Évangile nous dit
qu'U a mené ses disciples sur une montagne et
qu'il s'est transfiguré en leur présence. Son visage
devint un soleil et ses vêtements fuirent blancs
comme la neige, c'est-à-
dans la lumière de la révélation nouvelle. Et plus
lard la tradition, complétant la légende, dit que
Jésus, en montant au ciel, ne laissa rien de lui
sur la terre que son esprit répandu dans toute
l'Église, et l'empreinte ineffaçable de ses pieds
sur le sommet de la montagne.
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A quoi bon chercher maintenant soit à Naza- reth, soit à Bethléem, le berceau de l'enfant qui fut Jésus*Christ, dans Tespoir de retrouver sur quelque lambeau de ses langes des traces de sa vie purement humaine? L'échoppe de Joseph est renversée depuis longtemps, et des langes du Sauveur blanchis par la Vierge on a fait de la charpie pour les plaies de Thumanité. Jésus est ressuscité. Il n'est plus ici, pourquoi cherchez- vous un vivant parmi les morts?
L'Évangile, c'est Jésus transfiguré ; c'est l'é- popée de son admirable esprit, ce sont les mi- racles de sa morale représentés par les plus tou- chantes images. Il ne faut pas effacer un mot de ce livre ; il ne faut pas y ajouter une lettre. Car c'est le testament divin de l'honmie qui s'est anéanti pour nous. Cherchons-y des lumières pour la foi et non des i*enseignements pour l'his- toire des croyances consolantes et non des proba- bilités scientifiques. Lorsque les anciens sta- tuaires del'Orient représentaient les dieux, ils leur donnaient des formes hybrides et monstrueuses, afin de faire comprendra à tous que les dieux ne sont pas des hommes. C'est ainsi que les évangé- listes, en semant leur récit de faits matériellement
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impossibles ou formellement contradictoires, ont ¥0ula nous faire comprendre qu'ils n'écrivaient pas une simple histoire, mais un profond symbole et qu*ici, comme dans tous les livres sacrés, la lettre qui tue sert de voile à l'esprit qui seul vivifie!
C'est donc une impiété, c'est une véritable pro- fanation, que de rechercher, en dehors de l'em* preinte qu'il a laissée sur la montagne en s'élevant au ciel, les traces purement humaines et maté- rielles de cet homme qui , par le plus parfait des sacrifices, s'est immatérialisé en se confondant de quelque manière avec Dieu. Mais si on voulait pourtant le faire, si les critiques ennemis du chris- tianisme voulaient des documents pour l'histoire de cet homme, ce n'est pas en travestissant l'É- vangile et en y cousant des variantes de fantaisie ; ce n'est pas en donnant de ses miracles pris à la lettre de grotesques explications qu'ils parvien- draient à faire quelque chose de raisonnable. Jé- sus était juif; il a vécu et il est mort parmi les Juifs.
Ce sont les Juifs qui l'ont connu, qui l'ont re- jeté , qui l'ont accusé et condamné , et si dix^neuf siècles après sa glorification on veut reviser son procès, ce sont les Juifs qu'il faut entendre. Or, les Juifs, en dépit des risibles assertions deDupuis
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et de Volney, attestent l'existence réelle de Jésus et l'accusent encore de plusieurs crimes; leurs souvenirs sont consignés dans le Talmud, ce ré- pertoire immense et complet de toutes leurs tra- ditions. Des vies de Jésus, rédigées d'après le Tal« mud et augmentées des commentaires de la haine, ont été écrites par des kabbalistes et des rabbins. Nous en connaissons deux : le Sepher Toldos Jeschu et le Maasé Taiouy, ou l'histoire du pendu. Nous avons recherché et retrouvé ces livres dont nous donnons une analyse fidèle en écartant seu- lement les divagations et les injures. On compren- dra, en les lisant, pourquoi la grande et antique sagesse d'Israël repousse et dédaigne nos mystères. Quel déplorable malentendu sépare les pères des enfants. Gomme si nous disions qu'il y a un autre dieu que Dieu I Gonmie si David avait blasphémé quand il a dit aux maîtres de la terre : Vous êtes des dieux et vous mourrez comme les honmies; comme si Jésus lui-même u'avait pas dit : Je re- tourne vers mon Père et votre Père , vers votre Dieu et mon Dieu ! mais à quoi bon plaider une cause qui manque déjuges? je ne vois ici que des parties intéressées. Je vois le trop illustre M. Re- nan, je vois M. Veuillot, cet ultramontain si tris-
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(anent célèbre, et derrière ces deux avocats codh promettants , une plèbe plus ardente qu'habile* Pour qui donc écrirai-je? Mon livre sera sans portée pour mon siècle si je ne piétine pas dans nn des sillons creusés par ces laboureurs de ter* rains vagues; mais que m'importe? j'ai voué ma vie à la vérité et je la dirai pour qui voudra et saura Ventendre ; si ce n'est dans un jour, ce sert dans unan^ si een est dans un an, ce sera dans un siè*« de, mais je suis tranquille, car je sais qu'on y vien- dra, le n'aurai ni enthousiasme ni découragement* le ne cherche pas de prosélytes et je ne crains pas les adversaires, je ne veux ni un Thabor ni un pi* lori, mais je suis résigné à l'un comme à l'autrOé La vérité ne vient pas de nous et n'est paa à nous. Insensé est celui qui la cache c(Hmne celui qui la révMe et s'en glorifie. J'ai vu des hommes qui la vendaient comme on a vendu le Sauveur; ouiis ceux qui ont cru la payer étaient des dupes et des fous. La vérité n'est pas une prostituée, eile ne se vend pas , elle se donne à ceux qui l'aiment et qui la cherchent avec une grande siucérité.
L'%norance où se trouvait la plupart des chré* Ueas de la théologie des Juifs, de leur exégèse, de
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leur Talmud , de leur Kabbale, les empêche de bien comprendre le génie des éirangiles nés en Judée. Tous les docteurs juifs s'accordent pour admettre l'allégorie dans les traditions que le peuple élu voulait dérober à Tinintelligence des profanes. Maimonides, nous l'avons déjà dit, trouve 4'autant plus de science et de profondeur dans les fables talmudiques , qu'elles paraissent plus dépourvues de bon sens, car l'énormité même des absurdités est un préservatif contre la crédu- lité aveugle qui prend tout à la lettre, préservatif hiérarchique, si l'on peut parler ainsi, car il n'éclaire que les sages et aveugle de plus en plus les insensés. C'est pour les sages que nous écri- vons. Nous donnerons d'abord la notice talmudi- que sur Jésus, puis nous analyserons rapidement les évangiles canoniques et consacrés pour en faire ressortir le génie; nous chercherons dans les évangiles apocryphes les manifestations excentri- ques de ce génie universel. Nous étudierons les hypothèses des plus anciens et des plus grands sages du monde. Puis nous reprendrons la ques- tion des esprits et des miracles, nous en cherche- rons le principe, nous examinerons, pour mieux expliquer les anciens, ceux qui s'accomplissent de
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DOS jours* Nous dirons notre dernier mot sur le spiritisme, et notre livre entier ne sera qu'un hom- mage au christianisme véritable et à l'étemelle
raison.
HISTOIRE DE JÉSUS
SUIVANT LES TALMUDISTES
En Tannée six cent soixante-dix-sept du qua- trième millénaire après la création du monde , pendant les jours du roi Jannée qui est autrement nommé Alexandre, un grand malheur vint en aide aux ennemis d'Israël.
Il se produisit alors un certain misérable, honmie sans conscience et sans mœurs, issu d'un des rameaux retranchés de la tribu de Juda, qui avait nom Joseph Panther.
Cet honmie était d'une haute taille , d'une vi- gueur peu commune et d'une remarquable beau- té : il avait passé la meilleure partie de son âge dans les débauches, les rapines et les violences et demeurait à Bethléem, ville de Juda. 11 avait pour voisine une veuve dont la fille se nommait Marie, et c'est cette même Marie , coiffeuse de femmes,
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èant il ert fait mention en plusieurs endroits du Tklmud. Cette jeune fille, devenue adolescente, amii été fiancée à un jeune hovune nommé Jo*> chanan et qui était doué d'une grande modestie, d'une insigne douceur et de la yraie crainte de Dieu.
Or, il arriva par malheur que Jos^h, passant detant la porte de Marie, la regarda et sentit en lui s'allumer pour elle une passion impure ; aussi passait-il et repassait^il sans cesse; mais elle ne regardait même pas.
Lalangueurs'emparadelui, etsamère, levoyant d^rir, lui dit : Pourquoi te vois-je maigrir et pâ- lir 7 II répondit : C'est que je meurs d'amour pour Marie qui est fiancée à un autre. Sa mère lui dit : U ne faut pas pour cela te tourmenter et te déses- pérer, fais ce que je te dirai et tu pourras t'appro- chw d'elle et en faire suivant ton plaisir. Joseph Panther écouta sa mère , et il rôdait sans cesse devant la porte de Marie , épiant l'occasion qu'il ne trouvait pas. Lorsqu'un soir du sabbat, s'étant habillé comme Jochanan et se voilant la tète de son manteau , il trouva Marié sur sa porte , il la prit par la main, sans lui rien dire, et la conduisit dans la maison. Or elle croyait que c'était Jocha-
nan, son fiancé, et elle lui dit : Ne me touche pas, l'heure où je dokètre à toi n'est pas encore venue, et je suis en ce moment protégée contre toi par les Infirmités ordinaires de mon sexe ; mais lui , sans l'écouter, accomplit sur elle son mauvais des* sein et retourna dans sa maison; puis, vers le mi- lieu de la nuit, comme la passion le tourmentait encore, il se releva , retourna dans la maison de Marie, qui se mit à se plaindre et lui dit avec hor- reur : Conmient viens-tu m'outrager une seconde fois, toi que je croyais incapable d'abuser de nos fiançailles, et comment peux-tu ajouter le crime à la honte, puisque je t'ai dit que l'état où je suis en ce moment doit me rendre sacrée pour toi? Mais il ne prenait pas garde à ses paroles. Sans rien dire lui-même, il satisfaisait son désir, puis il se retira et passa son chemin. Or, après trois mois, on vint direà Jochanan que sa fiancée était grosse, et Jochanan, tout épouvanté, allatrouver son pré- cepteur Siméon, fils de Schetach, et lui ayant ré- vélé la chose, lui demanda ce qu'il fallait faire. Son maître lui demanda : As-tu des soupçons contre quelqu'un? Jochanan répondit : Je ne puis soupçonner que Joseph Panther qui est un grand libertin et qui demeure dans le voisinage. Son
maître lui dit : Mon fils, écoute mon conseil et tais^toi. Si cet homme a joui une fois de ta fian- cée, il ne se peut faire qu'il ne cherche pas à la re- voir. Tâche de le surprendre, appelle des témoins et fais-le juger par le grand Sanhédrin. Le jeune homme s en alla tout triste, et ne songeant qu'au malheur de sa fiancée et à la honte qui pouvait en retomber sur lui, il abandonna la Judée et s'en alla dans la Babylonie, où il demeura.
Marie ensuite devint mère d'un fils qu'elle ap- pela Jéhosuah, du nom de son oncle maternel, et l'enfant ayant conunencé à grandir , sa mère lui donna pour maître Elchanan , et l'enfant faisait de grands progrès, car il avait un esprit bien dis- posé pour l'intelligence des choses.
Ceci est tiré et traduit textuellement du Sep/ier Teldos Jeschu.
Là premièrejeunesse de Jésus est racontée ainsi qu'il suit par les auteurs talmudistes du Sota et du Sanhédrin que nous trouvons cités à la page 19 du livre de la dispute de Jéchiel.
Le rabbin Jéhosuah, fils de Pérachiah, qui conti- nuait, après Elchanan, l'éducation du jeune Jésus, Tinitia aux connaissances secrètes, mais Jannée ayantlait massacrer tousles initiés, Jéhosuah,pour
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échapper à cette proscription, s'enfuit à Alexan- drie en Egypte.
Ce massacre des initiés substitué à celui des in- nocents nous paraît fort remarquable, surtout si nous nous rappelons qu'au livre !•* des Rois il est dit que SaQl, initié depuis peu dans le cercle des prophètes, était un enfant d'un an lorsqu'U monta sur le trône. Or, Saûl avait en réalité plus de vingt ans. C'était donc la coutume dans les ini- tiations prophétiques de la Judée , comme dans la Franc-Maçonnerie moderne, de désigner le grade des initiés par un âge symbolique, et l'Évangile, en parlant du meurtre des enfants de deux ans et au-dessous, ne contredirait pas l'assertion du Tal- mud, qui à son tour rendrait historiquement plus acceptable le récit de l'Évangile. On peut trouver des traces de la proscription des kabbalistes, tou- jours persécutés et dénoncés par la synagogue of- ficielle, mais on n'en trouve pas de cette abomi- nable boucherie de petits enfants qui révolte la nature et qui eût à jamais flétri le règne d*Hérode, si c'est à Hérode, comme le veut l'Évangile, et non à Jannée , comme le prétendent les talmudistes, qu*il faut attribuer la proscription dont il s'agit.
Ici les talmudistes commencent à envelopper
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leor pensée d'dlégories, et voici ce qu'ils nous ra^ content : Jésus et son maltre|Ben-Pérachiah allè- rent donc demetirerà Alexandrie, dans la maison d'ime dame riche et savante qui les reçut avec honneur et leur offrit tous ses trésors. Cette dame, on le comprend , c'est l'Egypte personnifiée. Le jeune Jésus, l'ayant regardée, dit : Cette femme est belle, mais elle a un défaut dans les yeux qui doit nuire à la rectitude de ses regards. Cette terre est belle, mais c'est un magnifique exil. Son maître alors s'irrita contre lui de ce qu'il avait trouvé quelque beauté à l'Egyptienne et de ce qu'il ad- mirait la terre de la servitude. Jésus lui dit : Il n'y a pas de servitude pour les enfants de Dieu et la terre qui les porte est toujours la terre d'Israël. Ben- Pérachiah maudit alors son disciple et le chassa de sa présence. Jésus se soumit humblement et, se présentant souvent à la porte du maître, il le priait de vouloir bien le recevoir; le rabbin resta in- fladble. Un jour pourtant, comme il lisait les com mandements de Dieu qui ordonnent d'aimer le prochain, Jésus se présenta, et le maître, touché de regret, lui fit signe d'attendre, ayant l'intention de se laisser fléchir et dele recevoir; mais Jésus, com- prenant qu^il le repoussait encore une fois , s'en
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alla et ne revint plus. Nos pères ont mal fait, disent à ce sujet les docteurs du Talmud , de repousser Jésus sans l'entendre, et surtout de le maudire des deux mains. Ne frappons jamais des deux mains celui que nous voulons châtier , gardonsren une pour le relever, le consoler et le guérir! Parole qui contient tout un avenir , parole qui doit un jour amener la réconciliation entre les enfants et les pères ; car, nous aussi, nous avons maudit les Juifs en les repoussant des deux mains ; c'est donc maintenant à deux mains aussi que, de part et d'autre, pour expier cette faute réciproque, il fau- dra se pardonner et se bénir ! Mais revenons à Thistoire de Jésus suivant les auteurs du Talmud. Nous avons vu que le jeune initié avait admiré la science de T Egypte et s'était fait repousser par son maître pour avoir rêvé une conciliation entre la philosophie de l'exil et la religion de la patrie. La pei*sécution contre les kabbalistes s'apaisa et Jésus revint en Judée avec son matti'e, ou du moins en même temps que lui. Gomment avait-il vécu en Egypte? En travaillant sans doute de son état de charpentier. Lorsqu'il rentra dans sa ville na- tale qui, suivant les talmudistes, n'était pas Naza- reth mais Bethléem . il passa devant les anciens
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qui étaient assemblés, suivant l'usage, à la porte de la Tille, et ne les salua pas; mais son maître Je- hosuah Ben-Pérachiah étant venu à passer, Jésus le salua et excita ainsi les murmures des anciens. En effet , le jeune homme les méprisait comme n'étant pas initiés à la vraie science, et ne recon- naissait pour son supérieur que celui qui lui en avait ouvert la porte. Les anciens s'indignèrent et l'appelèrent fils de femme impure. Ce qui étonna Jésus, car il avait toujours regardé sa mère comme un modèle de pureté. Il alla consulter un de ses oncles, celui dont il portait le nom, et celui-ci lui révéla le malheur de Marie et tout le mystère de sa naissance. Jésus se retira le cœur navré et ne retourna pas chez sa mère, mais il commença à prêcher la science nouvelle , celle de la réconci- liation des nations et de la religion universelle qu'il avait rêvée en Egypte. C'est alors que nos auteurs arrivent aux noces de Gana, en Galilée, oh Jésus rencontra sa mère et lui répondit dure- ment lorsqu'elle voulut lui parler : Femme, qu*y a-t-il de commun entre vous et moi? Puis, voyant que la pauvre femme se résignait avec douceur, il eut le cœur touché et, rassemblant ses disciples autour de lui, il leur raconta le crime de Panther
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et leur demanda : Croyez-vous que je puisse ho- norer cet homme comme mon père? — Non! ré- pondirent-Us tout d'une voix. —Croyez-vous que ma mère soit impnre? — Non, répondirent-ils en- core. — Eh bien , dit Jésus, je n'ai point de père sur la terre, mon père c'est Dieu qui est dans le Ciel , et quant à ma mère, sa virginité n apu être flétrie par un crime auquel elle n'a pas consenti. Je la considère comme toujours vierge. Pensez-vous comme moi? — Oui, répondirent les disciples. Et c'est pour cela, ajoutent les auteurs juifs, que Jésus fut dit par tous ceux qui crurent en lui être le fils de Dieu et d'une vierge. Cette his- toire apocryphe, toute blessante qu'elle est pour des lecteurs chrétiens, ne manque pas d'une cer- taine grandeur, et l'on peut y remarquer que les plus grands ennemis du christianisme rendent un hommage involontaire à la pureté de Marie et à l'élévation du caractère de Jésus.
Ici commencé le récit des miracles, et les tal- mudistes , loin de les nier , semblent prendre à tâche de les exagérer. Le souvenir en était donc encore bien vivant et bien puissant parmi les Juifs. Mais ces miracles, voici comment ils les expli- . quent.
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Il existe, disent-ils, dans le sauctaaire du Dieu vivant une pierre cubique sur laquelle sont sculp- tées les lettres saintes dont les combinaisons expli- quent les vertus du nom incommunicable. Cette explication est la clef secrète de toutes les sciences et de toutes les forces occultes de la nature. C est ce qu'on nomme le Schéma hamphoraseh. Cette pierre est gardée par deux lions d or qui rugis- sent dès qu on veut en approcher. Les lecteurs de nos ouvrages savent ce que c'est que le Schéma haxnphoraseh et reconnaîtront dans les deux lions les gigantesques chérubs du sanctuaire dont la fi- gure monstrueuse et symbolique était capable d'effrayer et de repousser les prçianes. Les portes du temple étaient d'ailleurs bien gardées, ajou- tent nos rabbins , et la porte du sanctuaire ne s Ouvrait qu'une fois l'an , et seulement pour le grand-prêtre ; mais Jésus avait appris en Egypte les grands mystères de l'initiation, et il s'était fait des clefs invisibles à l'aide desquelles il put entrer sans être découvert. Il copia les secrets de la pierre cubique, les cacha dans sa cuisse, comme dans la mythologie grecque nous voyons Jupiter cacher Bacchus, puis il sortit et commença à étonner le monde. A sa voix les morts se levaient et les lé-
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preux étaient guéris ; il faisait remonter du fond de la mer les pierres qui y étaient ensevelies de- puis des siècles, et ces pierres formaient une mon- tagne sur les eaux, et du sommet de cette mon- tagne Jésus instruisait la multitude. Ici nous re- trouvons avec tout le génie du symbolisme oriental le motif secret de la haine des prêtres contre Jé- sus. Il révélait au peuple la vérité qu'ils voulaient enfouir pour eux seuls , il avait deviné la théo- logie occulte d'Israël, il lavait comparée avec la sagesse de TEgypte et y avait trouvé la mison d'une synthèse religieuse universelle. Ils cherchèrent donc à le perdre et envoyèrent auprès de lui un faux frère nommé Judas Iscariote, pour lui faire commettre quelques fautes et le livrer à ses enne- mis. Ce fut ce Judas qui amena Jésus à faire, au moment même où les chefs de la religion étaient le plus animés contre lui, une entrée triomphale dans Jérusalem, suivie d'un tumulte dans le tem- ple. Ils firent en même temps courir le bruit que Jésus enchantait les arbres et les frappait de stéri- lité, qu'il blasphémait contre la loi de Moïse et voulait lui-même se faire adorer conmie Dieu. Cependant Jésus venait tous les jours dans le tem- ple; mais, comme K^s Juifs prient la tête couverte,
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il se perdait dans cette multitude enteloppée de thaliths blancs. Judas promit aux prêtres de le leur livrer et de faire en même temps un grand scan- dale qui pût le compromettre aux yeux de tout le peuple. U yint avec une troupe de gens dévoués auxpharisiens, et se prosternant devant Jésus, il Tadora. Les complices de Judas crièrent au sacri- lège et voulurent se jeter sur Jésus. Les disciples de Jésus essayèrent de le défendre. Jésus parvint à s enfuir et se réfugia dans le Jardin des Oliviers, où il fut poursuivi et repris par les gardes du tem- ple. On le mit alors dans une prison où on le garda quarante jours, pendant lesquels on fit proclamer son acte d'accusation à son de trompe et deman- der si quelqu*un voulait prendre sa défense ; mais personne ne se présenta. Jésus fut donc flagellé comme séditieux, puis lapidé comme blasphéma- teùr, dans un endroit nommé Lud ou Lydda; on le laissa ensuite expirer sur une croix faite en forme de fourche. Quelques-uns de ses disciples qui étaient riches rachetèrent son corps et firent mine de le mettre ostensiblement dans un sépul- cre; mais ils remportèrent secrètement et Tenter- rèrent au fond du lit d'un torrent dont ils avaient détourné les eaux pour creuser sa tombe ; puis ils
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laissèrent les eaux reprendre leur cours. Ce qui explique comment le corps ne se retrouva plus quand les disciple déclarèrent que leur maître était ressuscité.
A ce récit fondamental les auteurs du Sepher loldos Jeschu ont cousu les fables les plus ridi- cules, empruntéesévidemmentàdes légendes chré- tiennes altérées ou travesties. C*est ainsi que nous y retrouvons l'histoire de l'ascension de Simon le Magicien , attribuée à Jésus-Christ lui-même dans l'intention évidente de confondre le Messie des chrétiens avec le fameux imposteur. C'est ainsi encore que Simon-Pierre ou Céphas y est confondu avec Siméon le Stylite, preuve évidente du peu de valeur historique de ce Sepher, qui fut composé évidemment plusieurs siècles après le commence- ment de l'ère chrétienne. Les documents talmu- diques sont plus sérieux, carie Ta/mude^i le re- cueil detoutes les traditions judaïques, et c'est \h seulement, en dehors des monuments chrétiens, qu'il faut chercher le souvenir de ce personnage si important pour l'histoire, mais que tous les écri- vains profanes ont ignoré ou méconnu .
Ces traditions, empreintes comme elles doiveni Fètrè de mépris et de haine pour le sage que les
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Juifs ont crucifié, coutieuneut desaveujic précieux en faveur des croyances chrétiennes.
Des récits du Talmud il résulte, en effet , que suivant les traditions judaïques :
1 * Jésus a véritablement existé ;
2* Qu'il est né à Bethléem;
3"* Que sa mère, irréprocfaiible dans ses mœurs, était seulement fiancée à un honune juste et crai- gnant Dieu, incapable par conséquent d'abuser de sa fiancée;
4* Que la naissance extraordinaire de Jésus ue s'explique que par un miracle ou par un attentat que les Juifs ont dû nécessairement supposer, puis- qu'ils reconnaissaient la haute moralité de la jeune viei^e et n'admettaient pas le miracle ;
S"" Que Jésus fut persécuté par la Synagogue à cause du mystère de sa naissance, et plus encore à cause de la supériorité de sa doctrine ;
6^ Que cette doctrine supposait l'initiation aux secrets de la plus haute théologie [des Hébreux , conforme en beaucoup de points à la philosophie transcendante des initiés égyptiens ;
7* Qu'il opérait des choses prodigieuses, gué- rissant les o^ades, ressuscitant les morts et devi- aant les choses cachées;
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8** Qu on ne put le condamner et le faire mou- rir que par trahison ;
9* Que son corps fut .introuvable lorsque ses disciples déclarèrent qu'il était ressuscité.
Nous ne pouvons raisonnablement en deman- der davantage aux docteurs hébreux adversaires de Jésus-Christ.
Les assertions du Talmud et du Sepher Toldos Jeschu sont répétées dans le Nizzachon vetm ou ancien livre de la Victoire, dans la Controverse du rabbin Jechiel et dans d'autres compilations rab- biniques. Le Sepher Toldos, auquel les Juifs attri- buent une grande antiquité et qu'ils cachaient aux chrétiens avec des précautions si grandes que ce livre fut longtemps introuvable, est cité pour la première fois par Raymond Martin, de l'ordre des Frères-Prêcheurs, vers la fin du xui* siècle. Por- chetus Salvaticus, peu de temps après, en publia quelques fragments dont se servit Luther, et qu'on retrouve dans les œuvres de ce réformateur au tome VIII* de ses œuvres , édition d'Iéna ; mais on ne possédait pasencore le texte hébraïque. Ce texte, trouvé enfin par Munster et]par Buxtorf, fut publié en 1681 par Christophe Wagenseilius à Nurem- berg, et à Francfort dans un recueil intitulé
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Tela ignea Satanœ ^ les flèches brûlantes de Satan.
Ce livi-e a été évidemment écrit par un rabbin initié aux mystères de la Kabbale, il est écrit par dedans et par dehors, pour nous servir d'une ex- pression de saint Jean, le grand initié chrétien, c>st-à-dire qu'il présente un sens occulte et un sens vulgaire. Les contes absurdes dont il est plein sont des paraboles que Tauteur veut op- |Miser à celles de l'Evangile. On y reproche deux choses à Jésus-Christ : r d'avoir surpris ou de- viné les grands mystères du temple; 2' de les a^oir profanés en les disant au vulgaire qui les a défigurés et mal compris.
Ne pouvant déplacer la pierre cubique du tem- ple, il a, suivant l'auteur du Sepher Toldos, fabri- qué une pierre d'argile qu'il a montrée aux na- tions comme étant la vraie pierre cubique d'Is- raël. Rapprochons de ceci l'aveu qui échappe à saint Paul dans une de ses épttres : « La nature seule pouvait révéler Dieu aux hommes, et ils sont inexcusables de ne pas le comprendre. Mais puis- qu'en effet ils ne parvenaient pas à Dieu par la sa- gesse, il a fallu les sauver par la folie, et deman- der à la foi ce qu'on n'obtenait pas par la science.
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Qtioniam non cognovissent per sapientiam Deuin, placuitpei'stultitiam prœdicationis salvos facere cre- dénies. C'est cette folie delà foi que les Juifs ne veu- lent pas comprendre et qu'ils nomment une pierre d'argile, ccHoune si la foi, qui est la confiance de l'amour, n'était pas aussi durable et souvent plus invincible que la raison; comme si l'amour, qui est la raison de la foi, n'était pas aussi la raison de l'existence des êtres soumis aux recherches de la science. L'amour trouve ce que la raison cherche, il voit cequi échappe aux investigations de la science. Quand elle ne sait plus, il commence à croii'e, et quand la raison épuisée s'arrête et tombe au seuil de l'infini, la foi ouvre ses ailes, s'élance, déchire les nuages, fait descendre jus- qu'à terre l'échelle lumineuse de Jacob et sourit doucement en tendant la main à sa sœur.
Peut-être les chrétiens ont-ils d'abord glorifié la foi de manière à faire croire qu'ils renonçaient à la raison ; c'est pour cela que les Juifs sont restés près de nous, sévères gardiens des traditions an- ciennes et protestant éternellement contre toutes les idolâtries. Ce sont des adversaires qui nous surveillent, qui nous avertissent et que nous ra- mènerons un jour en leur prouvant que toute la
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dissidence qui les sépare de nous l'epose sur un malentendu.
On trouve dans les livres attribués à Hermès ces étranges lamentations du sage Trism^iste : Hélas, mon fils, un jour viendra où les hiéroglyphes Acrés deviendront des idoles ; on prendra les signes de la science pour des dieux, et on accusera la 'grande Egypte d'avoir adoré des monstres. Mais ceox qui nous calomnieront ainsi adoreront eux- mêmes la mort au lieu de la vie, la folie au lieu de la sagesse ; ils maudiront lamour et la fécon- dité, ils rempliront leurs temples d ossements, ils épuiseront la jeunesse dans la solitude et dans les larmes. Les vieiçes seront veuves d'avance et s'é- teiadront dans la tristesse, parce que les hommes auront méconnu et profané les mystères sacrés dlsis.
Ce que le prophète égyptien annonçait d'avance, les Juifs nous accusent de lavoir fait. Nous avons m^innu le vrai Dieu, disent-ils, et nous adorons la chair d'un pendu. Nous rendons un culte à ces reliques de la mort que Moïse déclare immon- des. Nous vouons nos pnHres et nos religieuses h un célibat que réprouve la nature et que cfmdamne celui qui a dit aux êtres : Croissez et multipliez.
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Quant à la morale de nos évangiles, ils confes- sent qu'elle est pure, ils ne reprochent rien à nos apôtres, et l'auteur du Sepher Toldos Jeschu dit que saint Pierre était un serviteur du vrai Dieu, qui vivait dans l'austérité et la pénitence, compo- sant des hymnes et demeurant au sommet d'une tour; qu'il prêchait la miséricorde et la douceur, recommandant aux chrétiens de ne pas maltraiter les Juifs. Mais, ajoute le même auteur, après la mort de Céphas, un autre docteur vint à Rome et prétendit que saint Pierre avait altéré les ensei- gnements du Maître. II mêla un faux judaïsme aux pratiques chrétiennes, menaça ceux qui ne lui obéiraient pas d'un enFer brûlant et bourbeux; il promettait aux multitudes un miracle en confir- mation de sa doctrine; mais comme il relevait orgueilleusement sa tête contre le ciel, une pierre tomba du ciel et l'écrasa. Ainsi périssent tous tes ennemis, Seigneur, ajoute en finissant l'auteur du Sepher^ et que tous ceux qui t'aiment soient comme le soleil lorsqu'il luit dans toute sa force.
Ainsi, suivant les Juifs qui acceptent le Sepher Toldos Jeschu^ ce n'est pas le christianisme, c'est l'antichristianisme qui les repousse.
Or, l'antichristianisme apparut en effet dans
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l'Église dès les pramiers siècles et du temps même des apôtres. L'antechrist, disait saint Jean, c'est celui qui divise Jésus-Christ, et il est déjà en ce inonde.
Ailleurs, cet apôtre écrit qu'il n ose visiter ses fidèles, parce qu'un prélat orgueilleux, nommé Diotrephes, les empêche de le recevoir.
Sachez, disait saint Paul, que déjà le mystère d'iniquité s'accomplit, en sorte que celui qui tient maintenant tiendra jusqu'à sa mort, puis se ma- nifestera le fils de l'iniquité qui s'élève au-dessus de tout ce qui est divin, au point de s'asseoir dans le temple de Dieu et de se montrer lui-même comme étant Dieu, jusqu'à ce que le Seigneur le détruise par lesprit de sa parole et par la lumière éclatante de son second avènement.
Jésus était un vrai prophète et un vrai sage, disent les Musulmans , mais ses disciples sont devenus insensés et l'ont adoré comme un Dieu. Cependant, Juifs et Musulmans se trompent, nous n'adorons pas Jésus comme un Dieu diffé- rent de Dieu seul. Nous disons avec le Michael des Hébreux : Quis ut Deus ? Nous disons avec les croyants de l'islam : Il n'y a pas d'autre dieu que Dieu ; mais ce Dieu unique, indicible, universel.
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nous Tadorons manifestant la perfection humaine en Jésus-Christ. Nous croyons à une alliance intime de la divinité avecThumanité, d où résulte, pour employer le langage des théologiens, non la confusion, mais la communication des idiomes, Dieu adoptant pour les guérir les faiblesses de l'humanité et revêtant cdte humanité qu'il élève jusqu'à lui de sa force et de ses splendeurs. Toute âme douée du sens intérieur qui adore, tout cœur souffrant du besoin d'aimer jusqu'à l'infini sen- tira que, dans cette conception sublime et dans celle-là seulement, l'idéal religieux se détermine et s'accomplit, que tous les rêves dogmatiques et symboliques n'ont pu être que la i^echerche et l'enfantement de cette synthèse, à la fois divine et humaine, que Dieu en nous et nous en Dieu avec Jésus-Christ ei par Jésus-Christ, c'est la paix, c'est la foi, c'est l'espérance, c'est la charité sur la terre, c'est dans le ciel l'éternité de la vie et du bonheur. Voilà pourquoi aucune religion ne remplacera jamais le christianisme dans le monde. Que pourrait-on ajouter à l'infini ? Quelle idée serait plus grandiose et plus consolante à la fois que celle de l'honune Dieu établissant par son exemple la grande loi du dévouement qui
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réalise les sacrificee* et congacrant ainsi pour ja- fOBk TalUaHCP et comme F identification de Dieu avec rhumanité ?
Les anciens croyaient que toute vérité n'est pas bonne à dire à tous, du moins de la même manière* et ils cachaient la science sous les voiles d^ Tallégorie. C'est ainsi que les mythologies se N^mt formées. Ceux qui s ennuient des symboles m^lhologîques doivent renoncer à la science du \i^ux monde dont les monuments sont tous plus hw moins mythologiques.
Notre siècle qui, contre toute évidence, n ad- mift pas en principe l'inégalité des intelligences, (iMeste la mythologie. On cherche, maintenant. des faits historiques et positifs jusque dans les théogonies de Sanchoniaton et d'Hésiode. Ce q^'on ne comprend pas, on le traite d'absurdités H de bêtise, et c'est ainsi que M. Renan, mutilant et estropiant les textes de la légende évangé- lique, a inventé sa prétendue Vie de Jéstis.
Le Jésus de M. Renan, espèce de pastoureau enthousiaste et livré à je ne sais quel onanisme intellectuel, à moitié fou et à moitié fourbe, fai- sant bon marché de tout, pourvu qu'on l'adore, »M. macéré toute la douce poésie dont l'entou-
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rent les réminiscences vraiment chrétiennes de l'auteur, un être ridicule et odieux. Il n'en est pas ainsi du vrai Jésus de la légende évangé- lique.
Comment, d'ailleurs, M. Renan, qui est, dit-on, un hébraisant distingué, a-t-il ignoré ou négligé le Sepher Toldos Jeschu, les traditions talmudi- q.ues et les évangiles apocryphes?
C'est que le génie symbolique faisait horreur à son imagination froide et positive. C'est qu'il voulait plaire aux ignorants dont la paresse intel- lectuelle repousse tout ce qui demande du travail pour être compris. C'est qu'il lui fallait un succès de vogue, et il faut convenir qu'il a parfaitement réussi.
Mais, arriver à plaire, ce n'est pas arriver à bien faire. Faites donc, pour réfuter M. Renan, quelque chose qui se fasse lire comme son livre, nous disait un grand artiste, qui, en cette cir- constance, n'était pas peut-être un grand criti- que. Nous ne pouvons, au nom de la science, accepter ce défi. En disant la vérité on ne se fera pas lire aussi universellement ni aussi avide- ment tout à coup, mais on se fera lire par des lecteurs plus distingués, et plus longtemps.
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L'ÉYaogile est un livi-e symbolique, ce qui De prouve pas que Jésus u*ait pas existé. Rousseau dirait que l'inventeur d une pareille histoire serait plus étonnant que le héros. Nous acceptons plei- uement cette parole. Le Jésus, assez grand par 1 intelligence et par le cœur pour créer cette ad- mirable légende, est supérieur à celui qu'adore Mittemeut, ou que nie plus sottement encore le >uigaire ; il est vraiment l'incarnation toujours Muante du Verbe de vérité, et nous le saluons Fils •le Dieu dans tout le resplendissement et dans (oate Ténergie du terme.
Jusqu'à présent on n'a vu, de l'Ëvaugile, que ia lettre qui tue et Técorce qui se dessèche; nous ^euons en révéler l'esprit et la vie. Mes paroles, (lisait Jésus, sont esprit et vie, et, pour les com- pnjudre, la matière et la chair ne ser\'ent de rien.
Mais, pour expliquer ce texte sacré, quelles Mjnt nos autorités?
La science et la raison.
— Mais la foi les a expliqués autrement.
— La foi aveugle, oui ; la foi éclairée, non.
— Mais Dieu seul peut éclairer la foi.
^ Oui* par la raison et par la science qui sont auMÎ tilles de Dieu.
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Gela dit, commençons notre étude.
Christ veut dire oint ou sacré, ç est-à-dire prêtre et roi.
Le christianisme, c'est la religion hiérarcbique des âmes et la monarchie du dévouement le plus parfait.
Le christianisme primitif des apôtres de Jésus était une doctrine secrète ayant ses signes, ses symboles et ses différents degrés d'initiation.
Pour les saints ou élus le dogme chrétien était une haute et profonde sagesse ; pour les simples catéchumènes, c'était une merveilleuse et obsQure révélation. Nous savons que le Maître ne s'expri- mait jamais qu'en paraboles et cachait la vérité sous le voile transparent des images, afin de pro- téger la science nouvelle contre les blasphèmes de l'ignorance et les profanations de la méchan- ceté : « Ne jetez pas vos perles devant les pour- ceaux, disait-il à ses disciples, — de peur qu'ils ne les foulent aux pieds et que, se tournant contre vous, ils ne vou3 dévorent. » Aussi, Jésus ne mit- il rien par écrit et laijssa-t-il à ses apôtres ses tra- ditions et sa méthode d'enseignement.
Or, voici quel était le fond du dogme chré- tien :
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L*iDtelligence est étemelle ; elle est expansive parce qu elle, est vivante. La vie de rintelligence, son expansion, c'est la parole, le Verbe ; le Verbe est donc étemel comme Tintelligence, et ce qui est éternel, c'est Dieu.
Le Verbe se manifeste par l'action créatrice qui produit la forme, il s'est revêtu de la forme humaine, et la chair devenue le vêtement du Verbe a été le Verbe même quand elle en a ^ié l'expression exacte : ainsi le Verbe s est fait
Le Verbe parfait, c'est l'unité divine, exprimée dans la vie humaine. L'homme véritable, c'est notre Seigneur, le chef dont tous les fidèles sont les membres. L'humanité, constituée sur une échelle hiérarchique et progressive, a pour chef celui qui est Dieu, parce qu'il est en même temps le meilleur des hommes, celui qui est mort pour les autres afin de revivre dans tous. Nous ne sommes donc tous qu'un même corps dont l'âme doit être celle de Jésus-Christ, notre prototype et notre modèle, le Verbe fait chair, l'Homme-Dieu.
Tout doit donc en principe être commun entre nous comme entre les membres d'un même corps ; mais, en fait, chaque membre doit se contenter du
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rang qu'il occupe, et Tordre hiér-archique est sacré comme la volonté de Dieu.
Le Christ, en révélant la loi d'uuitë, qui est la loi d'amour, a armé l'esprit de puissance pour vaincre Tégoïsme de la chair, qui est la division et la mort, et il institua un signe nonmié Com- munion, pour Topposer à Tégoïsme, qui est l'es- prit de division et de partage.
Or, la conmiunion n'était autre chose que la charité figurée par une table commune, et comme le Christ avait livré sa chair à la douleur et à la mort pour léguer à ses fidèles le pain fratei-uel auquel il attachait dans l'avenir sa pensée persé- vérante et sa vie nouvelle, il leur disait : Mangez- en tous, ceci est ma chair ! comme il disait du vin de la fraternité : Buvez en tous, ceci est mon sang, car je le répandrai tout entier pour vous assurer à jamais la réalité de ce signe.
La communion, c'était donc la fraternité divine et humaine, et par conséquent aussi la liberté; car où peut être l'oppresseur parmi des frères dont le père est Dieu même?
Le christianisme était donc le changement le plus radical et venait bouleverser le vieux monde. Cela explique assez la nécessité des mystères, car
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le monde, il y a du-huit ctnits ans, do>ttil iMio enœre moins dispost^ qu'aujoimrhui i^ so hÙHMi détruire : il avait plus longtemps h \\mv.
Toutefois, le Christ ne voulait arooniplir dt révolutions que par la force morah\ Hachant liion qu'il n*y a que celle-là qui ne Koit point uvnuKlt^ : il avait planté le grain de sénevé, et il dimiit h non disciples d'attendre larbre ; il avait caché In li^vain dans la pâte et il voulait qu'on la laiNnAt lcrmr*nli*r,
La vîe du Christ était toute ^lauN mi doctrini^ i*l , pour ses disciples surtout, son Hx\%U*tuu* tU^mt Mre toute morale. Ce qu'il dis^ït. il U* fai^it dhiin le domaine de Teî^prit ; cV-st pfiurqiiof J^j* Jivi évanséliques or»ntieDiHfnt 1^ d/vr/Mf ^ Ih uuff^tU' An parabil»^. H *-/u»-f;t 1^ HhUth Wi^ut^itu', #-.* le sujrt des fw >> aJl^-.r:';*.^ ^*' i^ k^/A:^^
dr ka.'.> /ri-^-oi-z^v- i»'».* '-.^/ -..^ \' ', * v,^'^ ^ W» «-iaac:--* v :»^»-'^ ^ ». i -, bc^M t «
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PREMIÈRE LÉGENDE.
GOMMENT UNE FEMME PLEURAIT DE N'ÈTRE POINT MÈRE ET GOMMENT ELLE EUT UNE FILLE QUI DEVINT LA MERE DE DIEU.
Il y avait une femme nommée Hannah qui était stérile parce que son époux s'était éloigné d'elle.
Cette femme était donc triste et désolée comme la Synagogue lorsqu'elle attendait le Messie.
Vint le temps des nouvelles pâques et elle n'osa se revêtir de ses habits de fête, parce qu'elle n'é- tait pas mère et que ses servantes mêmes lui re- prochaient d'être stérile.
Elle s'en alla donc et se laissa tomber sous un laurier.
C'était du temps que Rome venait de sou- mettre le monde.
Et sur les branches de ce laurier elle vit un nid de moineaux, et elle pleura amèrement en ré- pétant :
Je ne suis point mère.
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Alors TEsprit du Seigneur lui parla et lui dit : Je suis touché de ta douleur, et je te ramènerai ton époux ;
Car mon oreille est toujours inclinée vers les lèvres de ceux qui pleurent.
Tu dis : Je n'ai point mis un homme au monde, et moi je te promets quelque chose de plus heureux : car tu enfanteras la femme sans péché;
Celle à qui je dirai, par la bouche de l'huma- nité : Vous êtes ma mère !
La Synagogue enfantera l'Église d'où sortira le principe de l'association catholique ; la servitude engendrera la liberté; la femme esclave mettra au monde la fenune pure et libre.
A ces paroles Hannah sentit ses larmes s'arrê- ter : elle se leva et elle courut, car elle pressentait que son époux n'était pas loin.
Elle le rencontra qui ramenait son troupeau e( qui revenait des champs en disant : Je dormirai cette nuit dans ma maison.
Et elle l'embrassa, puis elle lui dit : Demain, j aurai cessé d'être stérile.
11 lui fut fait selon ce qu'elle avait cru, et après le terme accompli elle devint mère.
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Mais ses compagnes, qui la félicitaient, lui di- rent, comme pour tempérer sa joie : Ce n'est qu'une fille.
— Qu elle soit nommée Marie, répondit Han- n ah, et que le monde espère, car ma fille aura un fils:
Marie sera mère de Dieu.
Ses compagnes ne comprirent pas ce qu'elle voulait leur dire, mais elles enveloppèrent len- fant dans des linges blancs et la posèrent dans son berceau neuf, en admirant combien elle était belle.
Quand la petite fille Marie eut trois ans, ses parents la portèrent au temple, et, comme ils l'a- vaient posée à terre, elle monta toute seule les degrés de l'autel.
Ainsi, dans un âge si tendre, sa religion fut déjà libre et ses croyances ne lui furent point imposées.
Elle resta dans le temple jusqu'à l'âge de qua- torze ans et se prit d'amour pour la beauté éter- nelle. C'est pourquoi elle dit : Je suis la servante du Seigneur.
• C'est pourquoi elle ne fut jamais servante d'un homme.
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L*esprit d'amour alors n'était point encore descendu sur la terre, et la génération était re- gardée comme une souillure. L'homme était en- fant de la chair, et le christianisme ne l'avait pas fait encore enfant de Dieu.
DEUXIÈME LÉGENDE.
COMMENT DIEU TOULUT QU'UN VIEUX COMPAGNON GHARPENTIER ÉPOUSÂT UNE VIEBOE DU SANG ROYAL.
il y avait alors, dans la tribu de Juda, un bon vieillard nommé Joseph, charpentier de son état, homme veuf et père de plusieurs enfants, grand travailleur, bien que médiocrement habile, sim- ple dans ses pensées, mais équitable dans ses ju- gements, ce qui l'avait fait surnommé le Juste, le véritable modèle de l'homme du peuple, le type du vrai prolétaire.
C'est à lui que devait être confiée la Vierge, parce que le pauvre peuple sait ce que coûte la famille et comprend mieux que personne la sain- teté du foyer, la pureté de la jeune fille, et la di- (rnité de la mère.
Joseph donc, ayant entendu sonner les trom- pettes du Temple, qui annonçaient la quatorzième année depuis la naissance de Marie, jeta sa hache et vint à Jérusalem.
Là se trouvaient des jeunes gens de toutes les tribus qui désiraient la beauté de Marie; tous son- geaient à la joie qu'ils auraient de la posséder; Joseph pensait au bonheur d'être son ami et de travailler pour la nourrir en la laissant maîtresse d'elle-même.
Le grand-prêtre dit aux jeunes gens : Prenez en main des baguettes, et celui dont la baguette fleurira et sur la tête duquel la colombe se repo- sera, celui-là sera l'époux de Marie.
Mais, lorsque Marie r^arda, elle ne trouva fleurie la baguette d'aucun de ces prétendants, qui voulaient devenir ses maîtres, et la colombe ne trouva pas oh se reposer.
On appela alors, par dérision, le vieux Joseph qui se tenait à l'écart, et ce fut lui qui eut la ba- guette fleurie.
Alors la colombe se reposa et Marie lui tendit la main.
Joseph lui dit :
— Gomment le Seigneur m'a-t-îl. choisi pour
être votre époux? car je suis vieux et j'ai de grands enfants. Marie lui dit :
— Vous êtes juste et vous n'opprimerez pas la vierge que Dieu vous confie. J'ai promis à Dieu que je ne serais pas la servante d'un homme, ser- vez-moi de père.
Car tous ces jeunes gens qui sont ici me dé- sirent sans m'aimer, et je ne consentirai jamais à l'outrage de leurs désirs.
Joseph lui dit :
— Qu'il en soit ainsi, et il l'emmena dans sa maison à Nazareth, où il la laissa et retourna travailler à Gapharnatlm.
Or, Marie était de race royale et sacerdotale, et elle apporta en dot, à l'ouvrier Joseph, l'héré- dité de la royauté et du sacerdoce.
Ainsi , pour avoir compris la dignité de la Vieige, et s'en être fait le protecteur, le simple ouvrier devint prêtre et roi, et le monde changea de maîtres.
Car Marie n'avait choisi, pour son gardien, ni an prêtre, ni un roi, mais un pauvre vieux char- pentier nonuné Joseph, et cela parce qu'il était juste.
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Et ce fut là le commencement de ce royaume de la justice qui, malgré tous les efforts des mé- chants, s'établira enfin sur la terre.
TROISIÈME LÉGENDE.
COMMENT LA VIERGE DEVINT MÈRE SANS PÉCHÉ , ET DES ANXIÉTÉS DE JOSEPH.
En ce temps-là, Marie étant sortie pour pui- ser de Teau , un jeune homme d'une grande beauté l'aborda près de la fontaine et lui dit : Je vous salue, pleine de grâce.
Marie se troubla et rentra précipitamment chez elle, mais elle y retrouva le même jeune homme qui la salua encore en lui disant : Ne craignez rien, je suis un ange du Seigneur, et c'est lui qui m'envoie vers vous.
Ce qu'il lui dit encore se trouve rapporté dans les Évangiles, oil l'on voit que ce jeune honune était l'ange Gabriel.
Mais les Juifs, dans leur malice, prétendirent que c'était un soldat nommé Panti
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pendant plusieurs jours, il revint voir Marie chez elle.
Six mois après Joseph i*evint à Nazareth et fut consterné en voyant que la Vierge était en- ceinte.
Il lui deaianda comment cela avait pu lui arri- ver, et elle répondit en pleurant : Je n*ai point failli à mes promesses et je ne suis infidèle ni de- vant Dieu ni devant vous.
Joseph savait bien qu'il ne lavait point tou- chée et ne s'arrogeait aucun droit sur elle, puis- quelle Tavait choisi seulement pour son ami et son gardien.
Cependant il eut le cœur triste et ne l'interro- gea plus, mais il songeait à la renvoyer.
Une nuit qu'il s'était endormi dans cette pen- sée, une main le toucha et une voix lui parla.
Ouvrant alors les yeux, il vit devant lui le même aiige qui était apparu à Marie.
Père Joseph, lui dit-il, tu as promis de proté- ger Marie, pourquoi veux-tu l'abandonner lors- qu elle a le plus besoin des soins d'un père et d'un ami ?
Elle n'est point à toi, c'est toi qui es à elle ; pourquoi veux-tu l'abandonner?
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Tu as promis de respecter les secrets de sa pu- deur; tu l'as laissée vier^ge et tu la retrouves prête à devenir mère. Honore-la toujours comme une viei^e et prot^;e-la comme une mère.
Pourquoi proscrirais-tu l'enfant dont tu ne connais pas le père?
Ne sais-tu pas que toujours le père d'un en- fant, c'est Dieu?
Aime-le donc à cause de Marie qui s'est con- fiée à toi, et garde-le à cause de Dieu, son père. Ainsi vous échapperez tous à la méchanceté des honmies, et ta maison sera bénie.
Joseph médita ces paroles pendant le reste de la nuit, et, le matin \enu, il vint trouver Marie et lui dit :
Pardonnez-moi, car je vous ai fait rougir moi qui suis votre père; je suis votre ami et je vous ai fait pleurer.
Je pensais à vous renvoyer quand vous allez devenir mère, et qui donc vous aurait reçue si votre vieux Joseph vous avait abandonnée?
Gardez votre secret qui est celui de Dieu ; moi je garderai votre enfant qui est aussi celui de Dieu , et que je tiendrai à honneur de pouvoir soigner comme le mien.
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Marie lui répondit : Soyez béni, parce que la vérité étemelle a parlé à votre cœur.
Vous pouviez me déshonorer, et vous ne l'avez pas fait.
C*est pour cela que votre nom sera vénérable.
Et quand les générations à venir m'appelleront Marie la bienheureuse, elle vous appelleront Jo- seph le juste.
El le Fils de Dieu vous 2q[)pellera son père, parce que vous ressemblez à Dieu qui est juste et bon, et il vous assistera à votre dernier jour, parce que vousaurez été le fidèle gardien de sa naissance.
QUATRIÈME LÉGENDE.
FOdOUOI RUIT ST PLEURAIT MARIE EN SE RENDANT A ■ETHLÉEM^ ET DE SES DEUX SAGES-FElOfBS, ZÉLOIU ET
Apièt œla^ Joseph fut obligé de »p n^fuli^ft Brthlftom avec Mane pour obéir k 1 Mil il^
El, rummt' \\% étaimil nu rlt*«miu ^ii%^^^^i fmnlwt Marié qui élnil ^ixm
-" 64 —
qui pleurait et lui dit : Pourquoi pleurez-vous?
Marie lui dit : Je vois un grand peuple qui pleure, et mon enfant se tourmente dans mon sein.
Car ils sont là, couchés sur la terre nue, comme des brebis maigres et tondues jusqu'à la peau, et, pour pasteui's, ils ont des bouchers.
Joseph regarda autour de lui et ne voyait rien. Il pensa que Marie était souffrante à cause de sou état de grossesse avancée.
L'instant d'après il la regarda encore et la vit qui souriait, bien que ses yeux fussent encore humides de larmes.
Vous souriez donc maintenant ? lui dit-il.
— Oui, répondit Marie, car je vois une multi- tude qui est dans la joie parce que mon enfant est venu briser leurs chaînes.
— Soyez calme, dit Joseph avec bonté, j'espère que nous arriverons bientôt et que vous pourrez vous reposer ; ne vous fatiguez point par des rêve- ries et des paroles inutiles.
Alors, un ange se présenta et dit à Joseph : Pourquoi appelles-tu inutiles les paroles que tu ne comprends pas ?
Fais descendre Marie, car le temps presse, et
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c est ici qu'elle doit enfanter, et il lui montrait du doi^ rentrée d'une caverne.
Marie entra donc dans la caverne, qui fut toute remplie de lumière lorsqu'elle mit seule et sans douleurs son enfant au monde.
Cependant, Joseph était sorti pour aller cher- cher do secours, et il ramena deux sages- femmes, la première nommée Zélomi et la seconde Salomé, en leur disant : Une viei^e vient d'enfanter, et elle reste vierge.
Zélomi %it la lumière céleste et crut à la pa- role de Joseph, parce qu elle comprit qu'il, avait parlé suivant l'Esprit du Seigneur.
Mais Salomé fut incrédule, et parce qu'elle avait MHilu loucher Marie, sa main et son cœur se des- séchèrent.
Marie alors eut pitié d'elle et lui dit : C'est ainsi que la vaine curiosité dessèche ceux qui veulent juger des choses de l'esprit par le témoignage des
Zélomi représente la foi, et toi tu représentes la raison ; elle sait parce qu elle croit, et toi tu ignores parce que tu doutes ; elle est saine et agis- sante, et toi te voici malade et paralysée ; mais si tu embrasses naon enfant tu seras guérie, car tu
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devieadras simple comme lui si tu teux consentir à Taimer.
Salomé crut à la parole de la mère : elle se pro- sterna devant le petit enfant, le prit dans ses bras et le berça doucement en l'embrassant avec res- pect.
Alors elle se sentit guérie, et elle s'attacha avec Zélomi au service de Marie et de Jésus.
Jésus fut ensuite porté dans une étable et cou- ché dans une crèche, comme on lit au livre des Évangiles, et les pauvres bei^ers des campagnes environnantes vinrent saluer cet enfant du peuple nouveau, dont la naissance faisait déjà trembler les rois de l'ancien monde.
CINQUIÈME LÉGENDE.
GOMMENT l'enfant DU CHARPENTIER ADOUGISSAFT LE FŒL DES SERPENTS. ^
En ce temps-là le roi Hérode, ayant peur de lenfant du pauvre ouvrier, fit massacrer tous les enfai^ts de Bethléem.
Car Tégoïsme usurpateur de la terre ne
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leut pas qu'il y ait place pour tout le monde, et il a mis la mort en sentinelle aux portes de la Tie.
Joseph alors fut forcé de s enfuir a^ec Marie et son fils.
Or , comme ils étaient sur les confins de la Judée, ils s'assirent à Tombre, près d'une cafeme près de laquelle aussi jouaient quelques enfants.
Tout à coup deux énormes serpents sortirent en sifflant de la caserne, et les enfants se mirent à fuir en poussant de grands cris.
Mais le petit enfant Jésus fit un signe, et les seq)ents s'arrêtèrent devant lui comme pour l'a- dorer, et vini-ent en rampant lentement, comme s'ils se fussent assoupis ^par degrés, poser leurs tètes aux pieds de sa mère.
Joseph voulait alors les frapper de son bft-
tOD.
Mais Marie l'en empêcha, en lui disant : Laissez-les vivre, car leur venin s'est changé en douceur, et du moment qu'ils ont cessé de Quîre vous n'avez plus le droit de les faire mourir.
11 est écrit de moi que la femme écrasera la
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tète du serpent : mais si le seqient pouvait cesser d*ètre méchant et d'empoisonner ses morsures, pourquoi u aurais-je pas pitié de lui comme des autres êtres vivants ?
Dieu n'a rien créé d'inutile, et lorsque toutes les créatures seront dans Tordre qui leur a été assigné, elles cesseront de se nuire les unes aux autres.
N'est-il pas écrit que les dragons mêmes et les serpents de la terre doivent louer Dieu ? Ne dé- truisez pas, mais instruisez et dirigez les êtres vivants.
Les enfants, qui avaient fui d'abord, voyant que les serpents ne faisaient point de mal à Jésus et à Marie, revinrent pas à pas et s'enhardirent enfin jusqu'à jouer avec ces reptiles, et les serpents se jouaient avec eux sans les blesser et sans s'irriter, car d'un seul regard de ses yeux si doux et d'un geste de sa main si tendre, Jésus les avait désarmés de tout leur venin et de toute leur colère.
SIXIÈME LÉGENDE.
DT* 61ULNI) ET BŒRVEIUEUX TROUPEAIT QUI SE RÉUNIT AfrTOUR DE l'eNFAMT de Là GRÈGHE.
Lorsque Jésus, dans les bras de sa mère, tra- versait le désert pour aller en Egypte, les tigres et les lions sortirent de leurs antres et le suivirent ; les panthères se couchaient aux pieds de Marie pour lui servir de coussin lorsqu'elle se reposait ; les licornes creusaient la terre pour en faire jaillir des sources; les léviathans lui prêtaient leur om- bre ; les cerfs et les gazelles se mêlaient sans crainte aux lions et aux tigres ; car Jésus venait donner la ()aix au monde et répandre sa douceur dans toute la Dalure.
Cet innombrable troupeau de tous ics ani- maux de la terre, symboles de toutes k» |jâ£Sîofis humaines, marchait autour de la divine m^re^ ^'t UD petit enfant les conduisait.
— 70 — SEPTIÈME LÉGENDE.
LE PALMIER DU DÉSERT.
Ils vinrent dans une solitude où il n*y avait ni animaux vivants , ni sources , ni fontaines, et comme ils y cherchaient de Tombre, ils ne trou- vèrent qu'un seul palmier.
Marie descendit de sa monture et vint s asseoir à Tombre de ce palmier, et voyant qu'il était chargé de fruits, elle dit à Joseph :
— Je voudrais goûter de ces fruits, car la cha- leur est excessive.
Joseph lui répondit :
— L'arbre est trop élevé, et je ne suis plus jeune.
Jésus dit alors au palmier : Incline-toi et pré- sente tes fruits à ma mère.
Le palmier alors s'inclina et vint présenter ses fruits à la main de Marie, qui en cueillit et en offrit à Jésus et à Joseph.
Puis, comme il restait ainsi replié sur sa tige et incliné, Jésus lui dit : Relève-toi ! Et le pal- mier se releva.
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Jésus lui dit :
— Donne-nous de Teau de la source cachée qui alimente tes racines. Et aussitôt d'entre les raci- nes du palmier une source limpide jaillit.
Et Jésus dit encore au palmier :
— Tu ne mourras point, et tu fructifieras de nouveau dans le jardin de mon père.
Car toutes les créatures ont été données aux hommes pour leur usage, et ils doivent soumettre toute la nature par le travail ; alors ils diront aux montagnes : Aplanissez-vous, et les montagnes s'aplaniront ; et aux arbres : Donnez vos fruits, et les arbres s'inclineront ; et aux sources : Mon- tez et jaillissez delà terre, et les sources monteront et jailliront; et les fils de la femme consoleront leur mère et lui diront : Repose-toi et rafraîchis- toi, car c'est pour te servir que la nature nous obéit.
Un ange alors parut sur la cime du palmier ; il en cueillit une branche et reprit son essor vers le del pour replanter le palmier du désert dans les campagnes de lavenir, qui sera le royaume de Dieu.
Cette terre, où le génie de la fraternité accom- plira les miracles du travail, où la mère ne sera
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plus la servante de ses enfants, où les justes ne seront plus exilés, où la vérité aura une patrie ;
La terre alors ne sera plus une marâtre, parce qu elle sera libre, et un antagonisme impie ne la forcera plus d'être stérile.
L'honmie alors disposera de la toute-puissance de Dieu, et il parlera à la nature, et la nature obéira.
C'est ce qu a voulu dire Jacques le Mineur, apôtre du saint Évangile, par cette légende du palmier.
HUITIÈME LÉGENDE.
LES TROIS MALFAITEURS.
Nous avons écrit plus au long cette légende : la voici dans toute sa simplicité, et telle que nous la trouvons dans les évangiles de la Sainte- Enfance.
La sainte famille du Sauveur, proscrit par Hé- rode, rencontra deux voleurs dans le désert. Ces voleurs se nommaient, seloa les uns, Titus et
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Dumachus, selon d'autres, Dismas et Gestas, et Doos avons suivi l'usage des Hébreux en les appe- lant, dans notre légende, Johanan et Oreb, c'est- à-dire le Miséricordieux et l'Homme de sang.
L un, c'était Oreb , voulut égorger la sainte famille.
Mais Johanan s'y opposa, et, servant lui-même dt' ^ide aux trois voyageurs, il leur donna l'hos- pitalité dans sa caverne.
Or, Dieu se souvint de la miséricorde et de Ihospitalité du voleur : Jésus, sur la croix, lui pardonna tous ses péchés et lui promit de lui donner à son tour le jour même l'hospitalité dans le ciel.
.\insi les pharisiens devaient un jour crucifier Iniis malfaiteurs, et parmi ces trois devaient se trouver le juste par excellence et le coupable re- pentant.
Afin qu'on sache que la justice des hommes ne A non pour guérir, que tout pécheur qui coopère à un arpM' de mort accepte peut-être la respon- sabilité du déicide.
Vous tous donc qui êtes sans doute exempts de p^hé. puisque vous osez jeter la première pierre
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au coupable, soutenez-vous des trois malfaiteurs, et prenez garde de frapper au milieu ou à droite, quand vous voulez frapper à gauche !
NEUVIÈME LÉGENDE.
COMMENT , A l'aRRIVÉE DU SArVTUR EN EGYPTE , TOM- BÈRENT LES IDOLES d'or ET D'ARGENT , ET DES ÊTRiS DÉPRAVÉS QUI MOURURENT.
Il est écrit dans les évangiles de TEnfance et dans les chroniques anciennes qu'à la naissance du Sauveur plusieurs miracles s'étaient accom- plis.
Ainsi, premièrement, les oracles se turent à Delphes et par toute la terre, ce qui signifie que les anciennes religions avaient fait leur temps, et que le Verbe divin, ayant pénétré plus avant dans rhumanité et s'étant résumé en Jésus, le» anciens oracles n'avaient plus rien à dire, si ce n'est pour lui rendre témoignage, comme il arriva en Egypte et ailleurs.
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Le second miracle symbolique de Tavénement du Sauveur fut la mort de tous les Mres dépravés qui outrageaient la nature dans Tégarement de leurs désirs ; ce qu'il faut entendre au moral v'ulement, parce que la pureté et la chasteté vt'naient de se révéler au monde et de réhabiliter la génération humaine.
On ajoute aussi que toutes les eaux amères dt'^inrent douces et potables, pour faire entendre que la doctrine de fraternité devait adoucir toutes It^ pensées et servir comme de rafratchissitment aux âmes fatiguées de haine et de colore.
Les anciens évangélistesdisent encore que JéMiK,
lorsque ses parents se levèrent de dessous le pal-
mitT miraculeux de la légende yvMuUmUt, leur
abrégea le reste du vojage, et qu'ils m* trouv^refJl
aux portes de Memphis; alors U^uUii U% UUpU*^
iW TEgjpte t4»ml*^rpn( pit^titi-ruiV-»», H la t^iui*
(1 Ims. laissant échapper d^ kh^ brai> W Hr/iulai^'M^
«I Horus. d^^sc^ndit de ^m pj*-/^^-U;*K Touti-^ #'
imaires piiétiqu^ v.iit fanU^n /vif/jjiM-ndf*'. l^
«l'H-frine du ChriM h\*r'^j^. |y»»;f I huni; ' .«*• l»>
'«•n^nif^unt» df 1 exil. I^ r\ ^l*» iju ,;.•
M ut r^^mpUir»^ par lu r- •♦- j.. .^ j**»-*; « é4 Ut
— 76 —
exact», cnmnie ces dernims oéderoot enfin la place à la réalité.
DCOËBiE LÉGENDE. oBiifEnT^ unsQCE JÉsrs ucte^att b'é&tttk, les cattîts
nUSÉBZST LETBS UEiS.
Les mérités naissantes ne trouvent d'asile assuré nulle part.
Jésus avait dû quitter la Judée pour échap- per aux soupçons meurtriers d'Hérode, et voilà que le ressentiment des prêtres allait le pour- suivre en Ég)pte.
Joseph apprit qu'Hérode était mort, et il partit avec Marie et son enfant pour revenir à Naza- reth.
On lit, au chapitre treizième de Tévangile de TEnfance, un des plus anciens parmi les évangiles apocryphes, que la sainte famille, à son retour d'Egypte, passa près d'une caverne où des voleurs retenaient leurs captifs.
— 77 —
A l'approche du saint enfant les voleurs cru- rent entendre le bruit d'une grande armée et les trompettes des hérauts qui annonçaient l'appro- che d'un grand roi : alors ils s'enfuirent épou- vantés.
Les captifs , demeurés seuls , brisèrent les liens les uns des autres et reprirent tout ce qui leur avait été dérobé; puis, sortant pour venir au- de%ant du grand roi et de son armée, ils ne virent qu un enfant, une jeune femme et un vieillard, et ili» leur demandèrent : Où donc est le grand roi qui a épouvanté nos ennemis et nous a fait briser D«»s chaînes?
— Il vient après nous, répondit Joseph.
En effet , l'idée chrétienne épouvante les vo- leurs du vieux monde.
On ne les chasse pas, ils s'enfuient devant U lumière du christianisme qui s'avance, et »»> pauvres captifs biisent muluelJeimîjjt leut's chaînes.
Le grand roi et la granch' armée que leurs ont entendus, c'enf Iv \Hm\ilo justft rivDe doit venir aprè« t^elui du ^)mbolique, et c'est piMjri]ut>i loî^iph MtfDclra après nous.
— 78 —
Il est étiange de trouver de pareilles idées dans de si anciennes légendes.
Hais nous savons que, dans Thumanité, le sentiment précède toujours la conception , et c'est pourquoi la religion se formule avant la philosophie. Les fables précèdent les dogmes, puis , aux dogmes succèdent les principes , et c'est toujours la même vérité qui germe, fleu- rit et fructifie , en se développant successi- vement sous rinfluence de ses différentes sai- sons.
ONZIÈME LÉGENDE.
LES APOLOaUES DE LA SAINTE-ENFÂNGE.
I
JÉSUS ET LES PETITS OISEAUX.
Un jour, lenfant Jésus se jouait avec d'autres enfants ; ils faisaient des petits oiseaux avec de l'argile, et chacun préférait son ouvrage à celui des autres.
ynoLt it Cure, leur dil : AIKv^! ol lU kmsu
U en est ainsi detf «yNUiuiiiN rMli^iiMii Hiu ti|Mi ques de doute : cbacufi iit/tUuv lit niuii, mmiih In meilleur sera celui qui n^m.
il
L'ut autre fois. J^îki- j«/4>ïi *-;a'. /►!# , *• i— TasM' avtf
i\ Il Mil et nMHtru'
'T'ifCXlmi,
rr
. i
— 80 — III
SiSVS ET LB GtLkVH DE VUt.
Un jour, renfant Jésus prit un grain de blé, et, l'ayant béni, il le mit en terre.
Ce grain germa et produisit seul de quoi nourrir tous les pauvres du pays, et Joseph en eut encore de reste.
Cette l^nde, rapportée par Thomas Tlsraélite, semble être la première idée du miracle all^ori- que de la multiplication des pains. Le grain que Jésus a semé, c'est cette parole : Vous êtes frères, associez-vous.
L'association centuplera les ressources de l'hu- manité, et l'on peut dire en vérité que le pain se multipliera.
DOUZIÈME LÉGENDE
LA MORT DU GHAEI^OTIEA lÛâEPV.
Quand vint le temps où le Wn vieil In devait se l'eposer, ses far u liés s^t\
— 8i —
mémoire s*obscurcit et son intelligence baissa. Marie le soignait avec tendresse et patience, comme elle avait soigné son enfant.
Vint le moment de Fagonie, et Joseph com- mença à se tourmenter , en disant : Malheur , malheur à moi I car j'ai péché durant le cours de ma longue vie, et que deviendra ma pauvre âme si Dieu la juge avec rigueur 7
Les terreurs de Tenfer m'assiègent. Malheur à moi, car j'ai beaucoup travaillé durant ma vie, et ma mort est pleine d'eifroi.
Jésus alors s'approcha du lit du malade, et lui dit : Joseph, mon père, homme juste et laborieux, repose en paix.
L'enfer du pauvre travailleur est sur la terre, et conmient Dieu pourrait-il , après une vie si pénible et si laborieuse, le tourmenter encoi*e après sa mort 7
Puis , levant les yeux, Jésus vit s'avancer les fantômes de la nuit éternelle, les squelettes aux yeux ardents, les démons horribles aux membi-es velus et monstrueux , les larves gémissantes et piles, les griffons noirs aux ailes de chauve-souris, et lenfer tout entier se mouvant sur des flots d'ombres épaisses comme lu baleine de Jonas et
ouvrant une gueule immense oemme pour en- gloutir le monde.
Jésus souffla sur ces hideuses chimères, çt elles s^évanouirent comme le soutenir d'un rêve.
Et Joseph ne vit près de lui que Jésus et Marie qui soulevaient sa tète entre leurs mains et es- suyaient la sueur glacée de son front, pendant que l'ange de la mort touchait ses yeux avec une branche de lis, dont le parfum semblait répandre sur tous ses traits le repos et le sourire étemels.
Les anges de la foi, deFespérance et de la cha- rité reçurent son Ame, et son corps fut rendu à la terre.
Mais Jésus ordonna qu'il fût préservé de la corruption, car, dit-il, sa mort n*est qu'un som- meil en attendant que le r^e des mauvais soit
Alors viendra mon règne, celui de la justice et de la fraternité, et je me souviendrai de mon père, le vieux et courageux travailleur.
Je le réveillerai de son sommeil de mort, et il viendra s'asseoir auprès de moi au banquet de la communion universelle.
Que le tombeau lui soit donc comme la chrysa- lide pour l'insecte laborieux qui file son lincejul
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et attend une autre irie plus libre et plus brillante^ Dors, Joseph, dors, pauvre ouvrier 1 Quand tu t'éveillens, tu seras héritier du* ciel, et, par le travail, tu pourras conquérir le monde.
TREIZIÈME LÉGENDE.
LE SËBMON SUR LA MONTAGNE.
Après que Jésus, dans une vision, eut repoussé dn pied toutes les couronnes de la terre que lui ofirait le génie du mal à qui elles appartiennmt, et qui lui proposait d'acheter la tyrannie au prix de la servitude, comme cela était dans la loi du ^ox monde ;
Après avoir triomphé de la faim, de l'orgueil ddeTambition du pouvoir, Jésus, le conquérant pacifique, monte sur la montagne, et, entouré de pâtres et de pêcheurs, il commence son premier discours :
Kenheureux ceux qui sont pauvres par Tesprit^ puce que le royaume des cieux leur appartient !
Ce qui iFonlait dire : Malheur aux esclaves de
— tu —
la richesse égoïste, car ils n'amasseront qu'une misère étemelle !
Bienheureux ceux qui sont doux, pai-ce qu'ils posséderont la terre !
C'est comme s'il disait :
Malheur à ceux qui veulent i-éguer sur la terre par la violence, car le pouvoir leur échappera !
Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seit)nt consolés!
Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la Justice, parce qu'ils seront rassasiés!
Pauvres et déshérités, espérez donc ! le chris- tianisme vous ouvre la porte d'un heureux avenir!
Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde !
Comprenons que cela veut dire aussi : Malheur aux hommes sans pitié, car il n'y aura pas de pitié pour eux !
Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, car ils verront Dieu !
Dieu, c'est la vérité et la justice.
Bienheureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés les fils de Dieu !
Un de nos poètes l'a dit : l'amour est plus fort que la gueri'e. La force brutal(î passera ef s'usei'a.
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mais la raison calme et maltresse d'elle^-même triomphera et prendra toujours une nouvelle puissance !
Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, car le règne du ciel est h eux !
C'est en pardonnant que les martyrs prouvent leur royauté. Qui persécute abdique, et qui souffre résiste. Résister, c'est pouvoir, et pouvoir, c'est p^er.
Je ne viens pas détruire, mais accomplir, disait encore le fils du charpentier, se déclarant ainsi l'initiateur du progrès : et ce qu'il disait alors au judaïsme nous pouvons le dire au catholicisme, nous, les hommes du progrès religieux ; nous, ses disciples et les continuateurs de son œuvre !
Si votre justice, disait-il, n'est pas plus abon- dante que celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez pas dans le royaume des cieux, et nous pouvons dire :
Si vous n'êtes pas meilleurs et plus justes que les plus fervents de l'ancien monde et du moyen ige, vous n'entrerez pas dans l'association univer- ^\\e du christianisme accompli.
Lp Christ a dit : Celui qui injuriera son frère méritera condamnation ; et nous disons : Celui
qui n*aura pas pris soin de son frèro, et qui aura traité comme un étranger un seul membre de la famille humaine, méritera d'être renié par la famille et aura part au jugement des fratri- cides.
Le Christ a dit : Pardonnez toujours, et nous disons : Ne vous ofiSensez même pas du mal qu'on peut vous faire. Les méchants sont des malades, soignez-les, et ne vous irritez pas contre eux.
Il a dit : Songez, avant votre sacrifice, si votre frère n'a pas quelque chose contre vous, et allez vous réconcilier avec lui avant votre prière. Et nous disons : Avant de vous asseoir à table, de- mandez-vous si votre frère ne manque de rien ; portez d'abord une part de votre pain à celui qui en manque, puis venez vous asseoir au banquet de la communion, et Dieu^ vous reconnaîtra pour ses enfants.
Il a dit : Celui qui abandonne sa femme est un adultère, et celui qui repousse sa compagne la pousse dans la prostitution. Et nous disons : Celui qui prostitue une femme, outrage sa mère, et celui qui marie sa fille pour de l'argent, vend sa fille, et celui qui achète ou vend une fenuone, la prostitue; car Tessence du mariage, c'est Ta-
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' (I ), et des relations conjagales sans amoar, c*6Bt l'impureté.
Le Christ a dit : Ne jurez point, mais que votre fonie soit sacrée. Et nous disons : Pour que la parole soit sacrée, il faut qu'elle soit libre. Affhtn- dnssons l'intelligence; ne fermons la bouche qu'au mensonge. Celui qui étouffe la parole vraie art on déicide. Condamner, ce n'est pas répon- dre. Persécuter une idée, c'est la sanctionner. Un homme intelligent qui parle hors de saison peut avoir tort, pour en juger il faut l'entendre. C(»liii qu'on force à se taire a toujours raison. Quant fi la perversité et à la sottise, le bon sens lui-mAm^'. ïmr înqioae silence.
Il a dit : Tends la joue gauche, si l'on Ut fiapf^^ dnase auM ton manteau. Et nous div>rii( k w^h ff^fW : I/>nqu'on vou^ a ctloamu^ pfMir 9 w;W 4ii enrore à ^3IJ;^•^^>>?. H #^^^1.4 rît; are ^ 1? ^J'/fu*:»^ **f\/r f a«BC joie i la «iv-*- *^ x tv^tr f 4i*j ^ U*
— 88 —
mépris. Plus vos ennemis vous frappent, plus ils s'affaiblissent; plus vous souffrez, plus vous êtes forts.
Le Christ a dit : Ne soyez pas hypocrites. Et nous disons : Rendez l'honnêteté possible pour tous, pariez moins de morale, et soyez moins in- fâmes. Soyez franchement et modestement des hommes, et necherchez pas à voiler les turpitudes de la brute sous les ailes d'un ange.
Il a dit : On ne peut servir Dieu et l'argent. Et nous disons : La propriété ne se fait pas respecter, quand elle n'a pas pour origine le travail, et pour règle la fraternité dans l'association.
Il a dit : Ne jugez point, et vous ne serez point jugés.
Et nous disons : Opérez la transformation de la pénalité en hygiène morale, relevez celui qui tombe et ne le frappez pas ; donnez aux maladies morales des soins moraux, et non des châtiments impies ; ne tournez pas dans un cercle sanglant en punis- sant le meurtre par le meurtre, car en agissant ainsi vous donnez une sorte de raison aux assas- sins et vous perpétuez une guerre de cannibales. Si vous voulez que l'homicide soit vraiment un crime, faites qu'il ne soit jamais un droit, et sou-
Tena-vous de ce condamné, qui disait : En assas* sinant, j*ai joué ma tête ; vous gagnez, je paie : nous sommes quittes.
Et dans sa pensée, il ajoutait : Nous sommes égaux.
Le Christ a dit : Cherchez d'abord le règne de Dieu et sa justice, et le reste vous sera ajouté par surcroît.
Et nous disons : Le i*^e de Dieu, ce n*est pas le règne de la famine pour Lazare et des orgies du mauvais riche. Le règne de Dieu, c'est le soleil pour tous, et la terre pour tous, c'est la fraternité du travail, c'est la prostitution rendue impossible par le respect de la femme, c'est l'échelle sociale accessible dans tous ses d^rés au travail et au mérite de tous. C'est le travail pour tous ; c'est la famille pour tous, c'est la propriété pour tous, cVst la royauté de la raison, c'est le sacerdoce de ramour, c'est la conmiunion de chacun à tous et de tous à chacun, c'est l'unité divine et humaine, Dieu vivant dans l'humanité, le Christ ressuscité et vivant dans le grand corps du peuple ch ré- tien, la liberté progressiye et soumise k Tordre, l'égalité relative dans l'ordre de la liii^mr- ehie, éi la fraternité distribuant tout h tous,
8^n 168 lois de rharmonie, qui ert Félerndle
QUATORZIÈME LÉGENDE.
QOEUXOëB PABOUS DK itSUS-GHBlBT OUI Hl SONT PAS DAIS U8 ÉYAH€aLES GANOmQUBS ET QUI NOUS ONT ÉTÉ GOlfSIfr- VÉBS PAR LA TaADRKHf DES PBEMIBBS SIÂGLE8.
Jésus était un jour ayec ses disciples sur les confins de la Judée qui aToisinent le désert, et ils s'égarèrent dans les montagnes.
Ds rencontrerait un berger qui était couché à l'ombre d'un sycomore et lui demandèrent leur route.
Le berger, qui était nonchalant, ne prit la peine ni de se lever, ni de leur répondre, mais étendit seulement le pied dans la direction où ils devaient aller, puis ne les regarda même plus.
Comme ils s*en allaient, ils rencontrèrent une jeune fille qui revenait de la fontaine, portant sur sa tète une cruche d'eau.
Ils lui demandèrent aussi leur ch^siin, etj seulement la jeune fille le leur indiqua,!
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eh&rgée qu'elle était, elle se mit à ttMifcher devant eux et ne les quitta qu'après les avoir remis dan» lear route.
Mattro, dit saint Pierre, quelle sera la réoom«« peDse de cette jeune fille si diligente et si chari«> table?
— Elle épousera le bei^er paresseux, répondit
Et, comme les disciples étaient étonnés, il leur dit : Le bonheur de la femme est d'être mère, et, lorsqu'elle sauve, par son amour, l'homme à qui die fait partager ses propres vertus, elle est mère deux fois, car son époux, et Tenfànt que lui donne s(m époux, ont également besoin d'elle.
Tout sacrifice fait par amour augmente l'a- monr, et tout ce qui augmente Tamour augmente le bonheur. Que celui-là entende qui a des oreil- les pour entendre.
Alors Jean, le disciple bien-^dmé, s'étant appro- ché du Maître, lui dit : Je crois à votre parole et je sais qu'il en sera ainsi dans votre royaume.
Le bonheur du dévouement y sera le premier prix du sacrifice, et l'on y récompensera celui qui fera le bien en lui fournissant l'occasion de faire plus de bien encore.
— M —
Mais dites-moi quand viendra votre règne, et ^ quel signe les hommes le reconnaîtront.
Jésus répondit : Quand deux ne seront qu'un, quand ce qui est au dedans sera au dehors, et quand l'homme avec la femme ne seront plus ni homme ni femme;
G'est-^-dire quand l'antagonisme aura cessé entre Tintelligence et Tamour, entre la raison et la foi, entre la liberté et Tobéissance;
Quand la pensée évangélique, qui est la fra- ternité, sera réalisée par les formes politiques et sociales;
Et quand la femme sera la sœur pure et Tépouse bien-aimée de l'honmie, devant la société comme devant Dieu, sans qu'il y ait d'antagonisme ou de rivalité entre les deux sexes.
Cette parole, rapportée par le pape saint Clé- ment, auteur contemporain des Apôtres, est tout •le programme du renouvellement social opéré par l'idée chrétienne.
Jésus dit encore : La vie est une banque ; soyez d'habiles changeurs. Celui qui donne gagne plus que celui qui reçoit. Si donc vous tenez à vous en- richir, donnez.
— tw
QUINZIÈME LÉGENDE.
DEOITE ET LA GAUCHE DB JÉSUS, LE TUABOR ET LE INBSEETy LE PEUPLE ORGAinSÉ PAR GROUPES.
Jé5iis se révéla à ses trois disciples les plus in- ii^Uîgents, comme le centre de Thumanité, se pla«- H de doctrine, et Élie, l'homme de la protestation rt de la prophétie insoumise.
Telle est la «gnification de cette trauiifignration du Thabor où Pierre voulait bfttir trois talienuk cW», an pour Moise, un pour le Christ, et le troi- ^me pour Élie : mais le temps de la synthèse n était pas eœore arrivé.
N'oublions pas que les évanfcélisfes ont mis en artiao toule la partie éMilérique ou cadié^ âât l^Évaofile. et çk pour dire : J^Mts éfe^a I éj^jHii de ses disciples â ue çraiMkr kaid^rtir et l^^r fil cuiKe%4jgr toute h \*rilé et ^é^^riwr, ii» 4i^Mt ;
figiraBlde«aai««L ï. M^a/affiarut t^>ut n^iU;$^ imaml àti: Imm^rr. »« b ««v cw^ ^m *i«i^ fi^it
-94-
brillant comme le soleil, et ses vêtements éblouis- sants comme la neige.
Jean et Jacques lui dirent alors : Mattre, faites-nous asseoir l'un à votre droite, l'autre à votre gauche, quand votre royaume sera venu.
Jésus leur dit : Je puis vous donner part à mon calice et à mon baptême; mais de s'asseoir à ma droite ou à ma gauche, ce n'est point à moi de vous l'accorder, cette place étant réservée à ceuj qui sont prédestinés de mon Père.
Ainsi, Jésus attendait encore deux hommes pour compléter sa doctrine et achever son œu- vre : l'homme de la droite, c*est-è-dîre l'homme d'ordre et d'organisation ; et l'homme de la gau- che, c'est-è-dire Thomme d'expansion, d'amour et d'harmonie.
Quant à l'organisation sociale, Jésus la som- mairement indiquée dans la parabole de la mul- tiplication des pains, où nous lisons que Jésus divisa le peuple par groupes de cent et de cin- quante, secundwn contubemia, selon qu'ils de- meuraient ou pouvaient demeurer ensemble.
Puis il partagea à tous les cinq pains et les deux poissons qui représentent la première avance de la pauvreté croyante à l'association, et l'association
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multiplia tellement ces faibles ressources que, de ce qui resta, on put emplir douze corbeilles.
Ici, ce que nous affirmons sur le symbolisme des miracles évangéliques est assez prouvé par l'absurdité de la lettre et l'impossibilité matérielle du fait, comme le docteur Strauss s'est donné trop de peine à le démontrer.
Hais le sens de la parabole est admirable, la parabole est nécessaire quand la vérité est dange- reuse ou inutile à dévoiler.
Aussi Jésus avait-il dît : J'ai encore beaucoup de choses à vous enseigner, mais vous ne pourriez pas les porter à présent. L'esprit d'intelligence nendra et vous enseignera la vérité tout en- tière.
D'abord tout le vieux monde devait s'en aller &û dissolution et périr; puis cet esprit devait ve- nir et renouveler la face de la terre.
Nous sommes peut-être à l'heure de la disso* lution universelle, mais nous rassurons notre cœur et nous espérons : car, sur les ruines, nous toyons déjà planer la céleste colombe, et le souffle de la révélation renouvelée soulève déjà les nua- ges de l'Orient.
— 96 — SEIZIÈME LÉGENDE.
G£ ÛU£ G*BST QUE LA GOIOIUMION.
Pour montrer que tous ont droit au pain qui nourrit et au Vm qui fortifie, Jésus, parlant au nom de l'humanité, a dit du pain : Ceci est ma chair, et du vin : Ceci est mon sang.
Et le pain est vraiment la chair de l'humanité, comme le vin est véritablement le sang de ceui qui en boivent; car le pain renouvelle la chair, et le vin réchauffe le sang.
Or, Jésus, parlant au nom de l'humanité même, a dit : Le pain que j'ai conquis par mes travaux et par ma mort, c'est ma chair, et je la donne à tous, afin que tous en mangent ; le vin est à moi, c'est mon sang, et je le répandrai pour tous, afin que tous en boivent et vivent de ma vie.
C'est ainsi que le Christ constituait l'unité
• divine et humaine, en lui donnant pour base la
communion du pain et du vin. à laquelle tous
sont appelés de la part de Dieu et qu'on ne peut
refuser à personne.
— 97 —
Ainsi, celui qui prive injustement son frère do sa part à la communion du pain, déchire et s'ap- proprie un lambeau de la chair du Christ ; il mange ainsi ce qui devait êti*e la chair de son frère, et par cette anthropophagie déicide, au lieu de communier avec Thumanité, il communie avec ses bouiTeaux. Mais pour que la communion du pain soit possible en réalité et sans figures, il faut qa'il n*y ait plus de paresseux, a Celui qui ne travaille pas ne doit pas manger. »
Et pour que la communion du vin ne soit pas uu désordre, il faut qu*il n'y ait plus dlvix)gnes. A^is au peuple !
DIX-SEFTIÈMi: LÉGENDE.
Nous ne répélei'ous \ms ici litf> i'ailH j:i(>|>iirtiîti K les quati-e évanj^i liKt*:^ , parce quiU vMfil nmnu8 de tout le mdiMJr.
Le grand drame de lu jiitssiou e&t, di*jiui- i huit sircles l'I demi, hi |iii:( un ul éctil de» |ji
et des rois, la gagiaiita coodainnatkiii des lois du Tien monde, et la protestatkHi îminorteUe des eondamnés contre une société dâcide.
Un seol des évangiles apocryphes ou secrets, odoi de Nicodtaie, ajoote an rédt des quatre qucAqaes ctroonstances trèfr-remarquables ; les fwd :
Lorsque PUate fit entrer Jésus dans le prétoire pour l'interroger, les aigles de Rome et les images des dieux que portaient les vexillaîres s'inclinèrent d'elles*-mémes detant le roi deTavenir.
Les Juifs irrités s'écrièrent : César est trahi. Voici qu'on rend à cet homme les honneurs de l'empire.
Pilate lui-même fut étonné, et demanda aux vexillaires ce que signifiait ce qui venait d'arriver : ceux-ci protestèrent que c'étaitcontreleurvolonté, et qu'ils n'y pouvaient rien.
Pilate fit venir les hommes les plus robustes du prétoire et les plus hostiles à Jésus (car ce furent eux qui, une heure plus tard, le flagellèrent et le couronnèrent d'épines), puis il leur confia les en- seignes, en leur recommandant de les tenir ferme ; et les simulacres divins s'inclinèrent une seconde fois devant Jésus, à la vue de tout le tnonde, et
il fut prQttvé qiia la fbroB des homOMU m p^ut nsD wnire le ohangem^st d^ idées, et que l» signes religieux les mieux protégés par le pouvoir tonbent d eux-mêmes et s'inclinent deTaot les symboles proserits que le progrès révèle, protestent oQDlre Ifi jugemwt des hommes et sympathisent sree Tagonia des martyrs*
Jésus fut donc interrogé en seeiet par Pilat6| puis il fut ramené devant les Juifs, et ses accusarr ieuTi furent entendus ; c'étaient, comme on sait, les princes des prêtres, les anciens du peuple, les ^urisiMis, les scribes et les docteurs, c*est^-dire tout ce qu'il y avait de considérable et de respecté dans la nation juive.
Pilate demanda s'il n'y avait pas aussi quelques
témoins à décharge. D'abord, il se fit un grand
silence, car les rares amis de Jésus avaient peur.
Enfin Zachée, le publicain, éleva timidement
la voix pour dire que Jésus avait bu et mangé
dans sa maison, puis lui avait touché le cœur par
la sagesse de ses discours. Les rires et les huées de
la foule ne le laissèrent pas achever, car les pu-
Uicains étaient regardés comme des hommes in-
âmes, et les pharisiens firent valoir le témoignage
de Zachée comme une preuve de pluscontreiésns^
— 100 —
Après Zachée, ce fut une femme toute éplorée qui se jeta aux pieds du proconsul ; on ne lui laissa pas même proférer une seule parole : un cri de réprobation s'éleva de toute la foule : C'est Magde- leine la prostituée, c'est celle qui i^pand sur les pieds de ce vagabond les parfums précieux qu'elle paie de sa personne; elle est digne de lui, et il n'est pas indigne d'elle 1 Anathème sur les infâ- mes!
Cependant, l'aveugle de Jéricho venait de per- cer la foule et criait en étendant les mains pour se faire écouter : J'étais né aveugle, et Jésus m'a rendu la vue !
— C'est un raca ! crièrent les prêtres ; ne Té^ coûtez pas, il ne mérite aucune croyance : nous l'avons chassé de la Synagogue.
— J'étais mort, et il m'a i*essuscité, dit aloi*s un homîne de Béthanie nommé Lazare.
— Pilate et les Romains se mirent à rire : les Juifs sadducéens poussèrent des cris sauvages, et Lazat*e fut chassé par les licteurs.
Alors une dame riche et considérée s'avança et dit : Je suis veuve, je me nomme Séraphia, et j'étais affligée d'un tlux de sang qui me faisait lentement mourir.
— 101 —
Un jour, Jésus passait, accompagné d'une foule de pauvres qu'il instruisait, de femmes du peuple qu'il consolait, et de malades qu'il avait guéris.
Je m'approchai de lui sans rien dire, et je tou- chai seulement la frange de son vêtement : alors, je fus frappée de vénération et d'épouvante, car je me sentais guérie.
A ces paroles, les Juifs commencèrent à mur- murer; toutefois ils contenaient leurs clameurs, parce que Séraphia était riche et généralement respectée.
Pilale alors prit la parole et dit : Faites retirer cette dame, elle ne peut être admise à témoigner dâoscette affaire, car, selon vos lois, qui sont celles de tout l'Orient, le témoignage d'une femme est nul en justice.
Après Séraphia, personne n'osa plus élever la voix en faveur de Jésus; ceux qu'on r^rdait comme les honnêtes gens l'accusaient, et il n'avait p (H gens suspects de lèpre ou de débaucha, de la |Mip ulaee et des femmes.
Il fut donc condamné, et l'on ne tmuva pas JVxpression pour résumer ses crimes; on érrivil pardi^rision : C'est le roi des Juifs.
Séra{)hiâ, qui fut depuis nommée Véronique, voyant que son témoignage n'avait pu sauver son Sauveur, alla en pleurant lattendre au passage lorsqu'il sortait de la ville, chargé de sa croix, et malgré les cris des bourreaux et les bourrades des soldais, elle s'approcha de lui et lui essuya le vi- sage avec un linge fin qui garda l'empreinte san- glante des traits de Jésus.
Et les martyrs des premiers siècles n'eurent point d'autre image de leur maître que les traces de sang qui marquaient la place des traits de Jésus sur le linge de Séraphia.
DIX-HUITIÈME LÉGENDE,
P1SRR& BT nSAN.
Jésus avait un disciple peu intelligent, maïs dont il se savait aimé, et qui croyait vaillamment en lui. C'était le caractère simple et ardent du travailleur ; il avait toutes les vertus et tous les défauts du peuple, aussiprompt au découragement qu'à l'entreprise, mais, au demeurant, toujours
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ami de 9Dii mattre et dispo^ à donner sa vie potir InL Ce disciple était un homme du port, nommé Simon. Jésûs le prit pour le type vivant du travail courageux, et lui dit : Tu es la pierre sur laquelle je fonderai mon association (ecclesiam)^ et les portes (1) de Fenfer, c'est-à-dire les pnissances de ce monde, ne prévaudront jamais contre elle. La pierre brute qui a été rejetée par les afichl- iectes de la société présente deviendra la pierre angulaire d'une société nouvelle: je te donnerai les clés du royaume de l'intelligence et de Famour, qui est le royaume des deux, et c*est toi qui réa-^ Useras les volontés de Dieu sur la terre. Ceux-là seuls seront enchaînés, que tu enchaîneras, et ceoi-ià seront libres, que tu auras délivrés, car tu es lliomme du travail, et je te fais mon repré- sentant devant l'avenir.
L'Église, avant la venue de Tesprit d'intelli- i.'ence, a cru voir dans ces paroles la consécration da pouvoir absolu et infaillible des papes, et un Alexandre VI s'est prétendu Théritier légitime des promesses faites à Pierre, Fhomme de foi, le
(4) c Forte » teat dire diti ie style orienul. Oo dit eneore « la pqrte ottomane » ^oor désigner le gouYemement turc.
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travailleur et le martyr. Toutefois, les premiers papes n'étaient que les représentants du peuple devant Dieu, et, pour cela même, de Dieu devant le peuple, puisque c'était le peuple qui les choi- sissait; et c'est pour cela que les grands pontifes des beaux temps du catholicisme ont été des tri- buns qui résistaient aux empereurs, châtiaient les crimes des grands, et défendaient les peuples contre les vices de leurs maîtres.
Tant que la papauté a régné, elle a été sainte; la corruption pour elle devait être la déchéance. Quand tu seras vieux, dit Jésus à Pierre, un autre te ceindra et te fera aller où tu ne voudras pas. Triste tableau de la servitude temporelle où est tombée la papauté déchue !
Cependant, la papauté est un principe, c'est la première monarchie chrétienne, et lechristianisme ne se régénérera point sans elle.
L'apôtre Pierre tut jusqu'au bout l'image du génie laborieux et méconnu ; on le crucifia comme son maître, et on lui mit la tète en bas, tant les bourreaux avaient peur de le voir debout. Jésus le lui avait miraculeusement prédit, à ce que ra- conte la l^ende, car lorsque Pierre sortait de Rome pour fuir la persécution de Néron, le Sau-
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Ypur lui apparut* portant sa croix, et lui dit : Je vais à Rome, oîi je dois être crucifié une seconde fdis. Pierre comprit que le christianisme devait conquérir sa délivrance par le martyre, il retourna donc sur ses pas et revint mourir.
Jésus avait un autre disciple qui est appelé le disciple de l'amour, et qu on représente toujours j^une parce que, suivant la légende, il ne devait pas mourir. Jean est Tévangéliste de la synthèse. *4 il rattache au christianisme tout le génie de Platon, dans la philosophie du Verbe. Jésus avait rfeumé toute la loi en deux paroles : Aimez Dieu, aimez-vous les uns les autres. Saint Jean fait tenir Faniour de Dieu dans Tamour du prochain, et affirme que personne n a jamais vu Dieu, mais que nous voyons les hommes, et qu*en eux nous devons aimer la divinité qui les anime. Aimer Di^u dans Thumanité, telle est donc toute la reli- :'i(»ii ; notre siècle, en adoptant cette formule, n*a fait que résumer la doctrine de saint Jean.
Saint Paul dit que la foi et Tespérance passe- n»Dt, mais que la charité ne passera point. Cette panile est la promesse du règne de la fraternité, H c'est parce que lavenir appartient à Tamour que le personnage mystique de saint Jean est sup-
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posé immortel par les légendaires. Il dormait, disait-on, dans son cercueil, et son souffle agitait doucement la poussière de sa tombe.
Il attendait le retour de son mattre, semblable aux vierges sages qui ont eu soin de se pourvoir de Thuile de la charité pour rallumer leur lampe, quand il plaira à Dieu de se manifester de nou- veau. On disait en effet qu'une huile merveilleuse suintait du tombeau de saint Jean et rendait la santé aux malades. C'est ainsi que la légende fait suite à l'Evangile et en adopte les images, comme TEvangîle reproduit, enlesexpliquant, les grandes figures de la Bible. Mais dans tout l'ensemble des livres sacrés et de la tradition mystique, un apôtre prend soin de nous en prévenir, la lettre tue, et Tesprit vivifie. C'est pourquoi, lorsque les cultes doivent mourir, ils se matérialisent en s'attachant à la lettre de la parole, et l'esprit leur échappe en agrandissant son expansion, comme l'homme fait abandonne les vêtements de son enfance.
Le signe caractéristique de saint Jean, le dernier des évangélistes, est un aigle, symbole de liberté, d'intelligence et de souveraineté, parce que le règne de l'amour, en facilitant le progrès, doit rendre tous les honmies affranchis pour leur tra*
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mi et leur Tertu, tour à tour, les atnés de la f&« mille humaine, prêtres, rois et propriétaires un inonde.
Ftcbti nos reges et sacerdates et regnabimM iuperterram.
Vous nous avez fait prêtres et rois, et nous ré- gnerons sur la terre. (Saint Jeak.)
C'est pour cela que, dans ces derniers temps, Taigle a reparu dans le monde.
C'est pour cela que la guerre ne sera que la préparation de Tempire universel.
Le véritable empire, c'est la paix ; l'aigle vain*- queur se reposera sur le tonnerre et fixera le soleil.
Ce ne sera plus Taigie du conquérant, ce sera i*aigle de l'évangéliste.
DIX-NEUVIÈME LÉGENDE,
LA VISION b'àASWBRUS.
Marche ! avait dit le Juif Aaswerus au Christ accablé sous sa croix. — > Marche I lui a répondu
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le Sauveur du monde, jusqu'à ce que je revienne ici, et que je te dise : Repose-toi I
Depuis ce temps, Aaswerus fait sans cesse le tour du monde ; et tous les ans , vers la Pftque, il revient où fut sa maison maudite, pour voir s'il n'y rencontrera pas Jésus. Il mar- che, il marche, il arrive, brisé, haletant, prêt à tomber mort de fatigue ; il arrive, et ne trouve personne.
Il lève les yeux et voit dans le ciel toujours im- placable une main qui lui montre l'Occident 1 Marche I lui crie une voix qui semble être un éternel écho de la sienne au jour du crime, et le vieil Aaswerus courbe la tête ; le sanglot de déli- vrance qui se gonflait déjà dans son cœur retombe silencieux et sans larmes ; il recommence son voyage éternel.
A Tépoque où les croisés prirent Jérusalem, le Juif Errant avait entendu dire que le Christ était revenu sur la montagne sainte ; il n'y trouva qu'un prêtre entouré de soldats, —Un Juif! un Juif! crièrent quelques hommes aux mains sanglan- tes... Marche! marche! dirent les soldats en frappant le vieillard de leurs bâtons et en l'ai- guillonnant avec la pointe de leurs lances. —
— If» —
Aaswerus secoua la tète et se remit en route au milieu des malédictions de la foule.
Hélas ! murmura-t-il, la croix ne peut encore m'abaoudre, puisqu'elle n'a pas encore enseigné le pardon à ses défenseurs ! Les hommes ne Tado- rent que comme un instrument de supplice et un soutenir de vengeance ! Les insensés, ils veulent venger celui qui les sauvait en pardonnant, et ils ne sentent pas qu'ils se condamnent euxHoiAmes en anéantissant le pardon de l'Homme-Dieu ! Ils ne savent pas que la persécution exercée par des chrétiens est le reniement des martyrs et la réha- bililation de leurs bourreaux !
Aussi, lorsque Aaswerus rencontra depuis les Juifs persécutés par les chrétiens, il les engageait à mourir plutôt que d'abjurer les croyances de leurs pères, et lui-même, son b&tôn séculaire à la main, la barbe et les cheveux hérissés au vent, il les conduisait d'exil en exil ! ... Et pourtant mieux que personne il comprenait que Jésus est le fils unique de Dieu 1
Plus tard, il vit tomber les croix et se dresser les échafauds, il entendit parler de la sainte guil- lotine, et u'en fut pas étonné ; les inquisiteurs n'avauMit-ils pas inauguré déjà les fêtes de la
mortaii Qomda la Croix sainte? Le culte était le même, et l'autel seul était changé* On pariait alors aussi d'humanité et de progrès; c'était juste : la ha^fae est plus expéditive et moins craelle que le sanglant pilori du Oolgotha.
11 vit ensuite recommencer les aolmoités du Veau d'or : depuis longtemps, il sait oonmifint se terminent de pareilles oigies, et quand on lui demande : Que fait à cette heure le fUs du char- pentier t -^ il répond , m. branlant la tète : Un cm*cueil!
Car il sent que le temps est proche, et sa mar- che semble se ralentir; il regarde à son tour le siècle qui passe et les événements qui se préci-
Le jour où le successeur de Pierre tomba pour s'être appuyé sur un sceptre, et sortit de la ville étemelle maudit et exilé à son tour , Aaswerus entra dans le Vatican désert, et, le coude appuyé sur le siège vide des papes, il laissa tomber sa tète sur sa tnain et parut sommeiller un instant.
Il revit en songe la campagne de Jérusalem, revêtue de sa fertilité première ; la Vigne aux gigantesques raisins de la Terre promise, les oli- viers, chargés de fruits, couvraient les collines^
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et les vailéee étaient pleines de laurieivroses et de rosiers en fleurs.
La montagne de Moria était couverte d'un peu- ple innombrable, fonné des députés de tous les peuples de la terre, et sur la cime du mont sacré s'élevait un autel immense.
Au milieu de l'autel, montait jusqu'aux nnages un gigantesque chanddiier d'or, surmonté d'im soleil radieux, et au milieu de ce soleil apparais- sait, blanche et tranqMtrwte, la divine hostie du sacrifice de l'amour, la synthèse du froment, le symbole de l'unité divine et humaine, le pain de l'union sociale et de la communion universelle.
Devant l'autel, un vieillard était debout, tenait d'une main un pain blanc et léger, semblable à celui de l'ostensoir, et de l'autre main un calice.
Une musique céleste se fit entendre, et du front de toutes les phalanges s'élevèrent des nuages d'encens.
Musieurs hommes, revêtus d'habits splendides, apportèrent une table qu'ils couvrirent d'un linge blanc.
L'on de ces hommes portait le costume des soa?erains pontifes de la loi chrétienne, un autre, celui du chef des imans, un troisième était vêtu
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comme les grands-prêtres de la loi judaïque, un quatrième portait les ornements du grand Lama, et tous les quatre a^ssaient et priaient de concert, et semblaient s'aimer comme des frères.
C'était le jour où le Christ soilit autrefois du tombeau, et déjà plus de deux mille fois le monde en avait célébré l'anniversaire, mais aucun n'avait été aussi splendidement solennel que celui-là.
La musique cessa ; le silence se fit dans la foule, et tous les yeux se tournèrent vers TOccident.
Alors, on vit paraître un autre vieillard, dont les cheveux et la barbe couvraient la poitrine et les épaules ; il jeta son bâton de voyage, se redressa avec un long soupir et se laissa revêtir d'une robe blanche en levant vers le ciel des yeux pleins de larmes.
Il l'^arda Thostie, et s'écria en pleurant : C'est lui ! Il regarda le prêtre qui, choisi parle suffrage de tous, faisait, ce jour-là, l'office de pontife universel, et répéta : C'est lui ! 11 r^rda la foule silencieuse et recueillie , et étendit les bras eu action de grâces, en disant encore : C'est lui ! c'est lui vivant daus tous, c'est lui seul partout et tou- jours !
Alors, le prêtre du peuple descendit de l'autel.
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UD siège fut placé devant la Table sainte, sur la- quelle on déposa Thostie et le calice, et le pasteur dit. en s'adressant au vieillard : Repose-toi, Aaswems !
Puis, les pontifes de tous les cultes passés vin- rent, après le sacrificateur de l'association univer- selle, donner le baiser de paix à la barbe blanche du maudit réconcilié.
Pois, tous se tenant debout autour de la table, communièrent avec lui.
Aaswerus alors se sentit vivre d'une vie nou- velle, il lui sembla qu'il était lui-même le Christ et que, rompant lui-même des pains qui se mul- ûpliùent sur la Table sainte, il les partageait à la multitude.
Ainsi finit le rêve du Juif Errant; un bruit d'ai^- QKs et des cris d'angoisse le réveillèrent : c'étaient la brigands des nations qui se partageaient la ^e sainte. Il sortit du palais des papes qui chancelait sur j ^ tombeaux entr'ouverts, et se remit en marche pour continuer le tour du monde que, peut-être l^tôt, il ne reconunencera plus.
^e le plaignez pas, vous tous qui le rencontre- ^courbé, haletant et poudreux ; il est plus heu-
— H4- reas que tous le^ grands potitiqpes de notre siècle et que les derniers rois de ce monde ; il sait où il YH.
VIN6TIËME LÉGENDE.
LE RÈGNE DU XISW*
Lorsque Tesprit d'intelligeiv^ se sei^ répandu sur la terre, il viendra un temps où Te^rit de r Evangile sera, la lumière des nations.
On comprendra que le principe de la puissance eisl. la soi)\eraine raison, comme il est dit au com- mencement, si longtemps mal compris, deTévan- gile selon saint 4ean.
Alors, \e Christ renaîtra tous les jours, non plus symboliquement sur les autels, mais réelle- ment et corporellement sur toute la surface de la terre.
N Vt>il pas dit que le moindre d e&tie nous c'est lui ? Ainsi, alors la naissance de tout enfant sera un Noël, et tous les hemmes respecteront le Sauveur les uns dans les autres.
hb Christ ^iors ne sera plus sMkoieat pauvre,
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affuné, proscrit, «me épouse et sans oufants, poursum et crucifié ; il sera riche comme iùb aprte son preuve, il sera dans l'abondance de tontes ehoses, il sera, époux, il sera père^ U ter gnera et pardonnera somrerqinement à œox qai Taufont persécuté.
Car, nn jour , toutes les nations ne seront qu'une nation, tous les trtoes smtmt somnis à on senl tfOne, et sur ce trAne s'asseoira un juste qui auri Tesprit de Jésus-Christ, et qui sera ainsi Jésu^ Christ lui-même, comme nous pouwns tous être lui, lorsqu'il est en nous.
Ce roi réconciliera TOrient a^ec TOocident el le Nord avec le Midi. 11 donnera aux peuples la Traie liberté, parce qu'il rendra inébranlables les bases de la justice.
En réprimant la licence, il supprimera la mi- sère. Tous auront le droit et les moyaas de Meir ftdre ; nul n*aura le droit de s'alHrutîr et d'être Ticieux.
La pénalité sera remplacée par l'h^^giène mo^ raie, les coupables seront regardés comme des malades et soumis au traitement des aliénés. Lsf grande expiation de la Croix suffit à tontes le9 offenses humaines, et supprimera un jour Féche-i
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faud, dei^eiui exécrable du momeot qu'il est inu- tile.
On n*acoorderaplus d'exîstaioe rédleà Terreur, car le vrai seul existe, et le mensonge est fugitif comme le rêve. Il n*y aura donc plus qu'une reli- gion dans le monde, et le pontife universel décla- rera, du haut de la suprbne autorité, que les juiCs, les mahométans, les bouddhistes, etc., sont des chréti^is mal instruits, dont il est le chef et le père. Il les bénira et les convoquera au grand concile des nations. Il ouvrira pour eux le trésor inépuisable des indulgences et des prières, et donnera réellement et en vérité sa bénédiction à la ville et au monde.
Ce sera alors l'époque du retour de l'enfant prodigue ; il n'a plus rien, mais son frère lui prê- tera, et il travaillera pour reconquérir sa richesse. Ce sera l'heure où les vierges folles, ayant enfin de l'huile dans leurs lampes, reviendront frapper à la porte, et si l'époux refuse de leur ouvrir, les vieiiges sages leur tendront la main et les feront entrer par la fenêtre ; car le dernier mot du chris- tianisme, c'est solidarité, réversibilité, charité universelle; et Je vous dis en vérité qu'il n'est pas un saint dans le ciel qui ne soit prêt à des-
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cendre dans Fenfer, pour en délivrer les pauvres ànies« fallût-il ensuite y rester seul à leur place et en fermer à jamais les portes sur lui. Concevez- TOUS un ciel superposé à un enfer ? un banquet éternel en face d'un étemel bûcher, une maison de paix et de prières sur une cave pleine de san- glots et de tortures? Un seul rêve doit remplir le sommeil étemel de chaque juste : la délivrance d'un réprouvé; et si ce rêve était sans eqpérance, il deviendrait un cauchemar, plus terrible que les supplices mêmes de l'enfer.
C'est ainsi que les gnostiques, c'est-à-dire ceiio: (fui saoaiefU, en d'autres termes, les initiés du christianisme primitif, interprétaient les oracles rendus par l'esprit de Jésus-Christ; ils furent suivis par les disciples d'Origène , mais l'Eglise lescondamna, et eut raison de les condamner, car ik divulguaient les doctrines secrètes et profa- naient les mystères du Bialtre.
Il ne faut pas, en exagérant l'espérance du vul- gaire, ôter à la loi sa sancticm terrible, et le dogme de Tétemité de l'enfer ni xprime, après tout, que le divorce étemel eutn» k» bien et le mal*
Les apocryphes, c'est le nMr iV^volutîonnairp de IVsprit de Jésus ; son côté bietareht(|iie, éditant
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eft constittiatit, appartiftit de ditrit i l'Église i gnante, dont il tië hotis appaHieot pas d'usurp6r les fonctiotis.
A la suite de ces légendes si oaiTeiiieiit orien- tales, nous pourrions ranger les récits, évidemment synii)oliques, de la l^nde dorée, les actes apo- cfjrphes des ap^t^eB^ Thistoire du géant Christo- phofe plié en deux sous le poids mystérieux d'un enfant, le martyre de sainte Foi^ de sainte Espé- rance et de sainte Charité^ et tdnt d autres insp^ rées par le même esprit et toutes brillantes des mêmes tnerfeilIeusescouleur84 Un souffle d'inspi- ration nouyelle avait passé sur le monde, et ce souffle était celui de Jésus-Ghrist. Ce qui distingue les évangiles apocryphes des évangiles canoni- ques, c'est peut-être plus d'audace dans les fic- tions et moins de prudence dans l'indication des tendances révolutionnaires et radicales ; mais c'est partout le même génie émancipateur du pauvre, protecteur du foible, la mêmetendresse maternelle pour les orphelins de la société, la même foi, humaine parce qu'elle est divine , et divine parce qu'elle est humaine. Les histoires merveil- leuses varient, parce qut* Ift forme de Ié parabole
est arbitraire. C'est l'esprit seul qui Vivifie. Ces histoires, d'ailleurs, sont essétttiellementjtliyës, et on peut les comparer avtecleSapologues du Talmud ; on peut les taxer d'un mysticisme et d'uû idéalisme pxagt'^rés ; mais quels rêves magnifiques, si on leîs prend seulement poiir des rêves ! Ce sont deis pho- tographies d'aspirations collectives; ce sont lefe partiboles posthumes de Jésus, i*evivant tout entier dans ses disciples; ce soût les oracles, non pas des tables tournantes, mais des tables eucharisti- ques, et voilà comment les esprits divins parlent après leur mort, si tant est qu'ils puissent mourir. Mais non, les grande^ pensées ne meurent pas et n'ont pas besoin, pour se transmettre, de coups frappés contre les murs. Elles remuent les âmes et riton les meubles, elles frappent les cœurs et non les pierres ou les planches ; elles sont comme des arbres qui jettent leur semence et reproduisent des forêts. En vain, on veut les captiver et lés cir- conscrire, elles ont une sève qui fait éclater les liarrières et qui renverse les prisons ; elles courent ci>nune l'incendie dans les bois morts. Ne cher- chez plus Jésus dans le tombeau où les prêtres lavaient mis, il est ressuscité; il n'est plus ici, ne cherchez pas le vivant parmi les morts !
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Que nous veulent donc ces larves et ces vam- pires qui, dans des cercles de prétendus spirites, essaient d'amoindrir THomme-Dieu ! Qu avons- nous à faire d'un Jésus sans divinité et sans mi- racles ? Ses plus grands miracles ne sont-ils pas ceux de son esprit ? Voulez-vous écrire son his- toire ? Écrivez Thistoire du monde transfiguré par son génie. Sa vie, c'est sa doctrine, et sa doc- trine vit encore. Je vous donne un Jésus de mar- bre, a dit Renan. Eh! qu'avons-nous aflEaire de votre marbre? nous avons un Jésus d'esprit et de chair , son esprit est partout. Sa chair palpite dans la poitrine innocente de nos en- fants, son sang réchauffe et rajeunit le cœur de nos vieillards. Philosophe de marbre , gardez votre statue sans ftme, et laissez-nous notre Homme-Dieu !
Alfred de Vigny a écrit que la légende est sou- vent plus vraie que l'histoire, parce que la l^nde raconte, non les actes souvent incomplets et avor- tés, mais le génie même des grands hommes et des nations. C'est à l'Evangile surtout qu'il faut rapporter cette belle pensée. L'Evangile n'est pas simplement le récit de ce qui a été, c'est la révé- lation sublime de ce qui est et de ce qui sera ton-
joun. Toujours le Sauveur du monde sera adoré par les rois de rintelligence , figurés par les mages ; toujours il multipliera le pain eucharis- tique, pour nourrir et consoler les Ames; toujours, quand nous Tinvoquerons dans la nuit et dans b tempête, il viendra à nous en marchant sur les flots, il nous tendra la main et il nous "sauvera en nous faisant passer sur la t6te des vagues ; toujours il guérira nos langueurs et rendra la lomière à nos yeux ; toujours il apparaîtra à ses croyants lumineux et transfiguré sur le Tha- bor, expliquant la loi de Moïse et réglant le zMe dÉUe.
Les miracles de rÉtemel sont étemels. Admet- tre le symbolisme des merveilles de TEvangile, ced en agrandir la lumière, c'est en proclamer l'universalité et la durée. Non, ces choses ne ^ sont point passées telles qu'on les raconte, elles ne se passeront jamais, elles restent éter- nellement. Les choses qui se passent sont des accidents qui passent, les choses que le génie di?in révèle par le symbolisme sont d'inamuables vérités.
Lîseï les Pères des premiers siècles, passez aux irrandes époques du christianisme, doutez saint
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Augastîn aspirant à l'infini, et saint Jért^me son- geant au ôiel, au bruit de I empire romain qui s'écroule; écoutez tonner l'éloquence de saint Jean Chrysostome et de saint Ambroîse, puis redescendez de là aux divagations spîrites de
