Chapter 12
M. de MirvUle lui-même, ce diaboliste incorri-
gible, rend hommage à cette merveilleuse unité du dogme universel, qui est la catholicité des nations.
La haute philosophie de la nature, cachée sous les voiles de l'allégorie, a créé les mythologies
qai se contina«it et se compièteiit dans noi lé-
La légende de sainte Anne tient à ce oycle d*in génîeuses fables chrétiennes qu'on appelle té^ gende dorée.
dette légende, où Tesprit symbolique du chris«* tianisme primitif se mêle aux naïves croyaiices du moyen âge, nous a semblé digne d*ètre repro* duite et conservée. On y trouTe quelque chose d'analogue à la belle fable de Psyché. La gra-* eîeuse, la fillodela lumière, o*est Tàme humaine, qm a enfanté le mythe sublime de Marie, mère de Jésus.
Elle perd ses enfants comme Psyché a perdu TAmour , et )ee cherche à travers les plus rudes épreuves. Elle est livrée à la malignité du mau-* ma ange comme Psyché à la colère de Vénus; mais le démon qui la traîne à travers les pierres aiguës et tranchantes la conduit cependaDt au but. Elle retrouve ses enfants après tant de fati- gues, et s'endort pour Tétemité sur la poitrine de iésus.
Le sacrifice : voilà le grand mot du christia- nisme, et c'est ce que les Renan et les Midiielet ne comprennent pas. Le sacrifice est au-dess*as
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de toute justice, et c est pour cela qu'il eit la rai- son suprême de la grftoe.
La nature est bellb sans doute . tnais elle est pleine de mort et de corruption. C'est le sacrifice qui la transfigure et qui la conserw; la tiature sacrifiée s*élève au-dessus d elle-même dt de^ vient surnaturelle. Nous a\ons dit que le surna- turalisme n'est que le naturel exalté. Oui, exalté ('t divinisé par le sacrifice.
Sacrifice de Tesprit par la foi; sacrifice de la volonté par Tobéissance; sacrifice dos sens par laustérité; sacrifice de la vie même par le mar- tyre. Chrétiens! voilà vos titres à l'immortalité. Les anciens l'avaient compris lorsqu'ils inven- taient le dévouement sublime, les pérégrinations, la virginité et le martyre d'Antigone. Psyché n'é- pouse l'Amour qu'après avoir poussé l'obéissance jusqu'à la mort. Hercule ne monte glorieux au ciel qu'après avoir arraché, lambeau par lam- beau, avec sa chair saignante, la tunique de Dé- janire.
Souffrir pour être fort, mourir pour renaître immortel.
Voilà, suivant le symbolisme religieux univer- M*l, l'unique clef des grands mystères.
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Résumons-nous.
L'esprit de sacrifice est esprit de Jésus-Christ . L'esprit de Jésus-Christ est celui de Dieu et de l'humanité, et la science des esprits n'est autre, si on la comprend bien , que la science de l'É- vangile.
EPILOGUE
GOHPOSÉ ▲ LA. KÂNIÈRB DBS LÉGENDES ÉYANOÉUQUBS BÉSUMAMT L'ESPRIT DE CET OUVRAGE.
LES TITÀNT8 ET VU MORTS.
' En ce temps-là, le Christ passa par le champ des tombeaux, et il y trouva un jeune homme qui était à genoux et qui pleurait devant une croix.
En voyant ce jeune homme, Jésus eut pitié de sa douleur, et, s*approchant, il lui dit : — Pour-^ quoi pleurez-vous?
Celui qui pleurait se détourna, et répondit en étendant la main : ^ Ma mère est là depuis trois jours.
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Jésus lui dit : — Croyez-moi, mon fils, votre mère n'est pas là. On a déposé ici le dernier vê- tement qu'elle a quitté; pourquoi pleurez-vous sur cette dépouille insensible? Levez-vous et marchez ; votre mère vous attend.
Le jeune homme secoua tristement la tête et dii : — Je ne me lèverai point et je ne marcherai point pour aller chercher la mort; je l'attendrai et elle viendra; et alors, je le sais, je serai réuni à ma mère«
Alors le Christ : — La mort attend la mort, et la vie cherche la vie! N'attristez pas par une dou- leur égoïste et stérile Tâme de celle qui vous a précédé ; ne retardez pas sa marche vers Dieu par voire désespoir et votre inertie. Car son amour vit efeicore dans votre cœur, et vous ne l'aurez point perdue si vous la faites vivre dignement en vous. Au lieu de pleurer votre mère, ressuscitez- la ! Ne me regardez pas avec étonnement, et ne pensez pas que je me fasse un jeu de votre dou- leur I Celle que vous regrettez est près de vous; un des voiles qui séparaient vos âmes est tombé ; il en reste un encore. Et séparés seulement par ce voile, vous devez vivre Tun pour l'autre; vous travaillerez pour elle, et elle priera pour vous.
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— Comment travaillerai-je pour elle? répondît Torphelin; elle n*a plus besoin de rien, mainte- nant qu'elle est dans la terre.
— Vous vous trompez, mon fils, et tous con- fondez encore le corps avec le vêtement. Elle b plus que jamais besoin d'intelligence et d'amour dans le monde des esprits. Or, tous êtes lu vie de son cœur et la préoccupation de son esprit, et elle vous appelle à son aide.
Pour que vous traversiez la vie en y faisant du bien, et pour que vous arriviez près d'elle les mains pleines lorsque Dieu tous réunira.
Pour avoir le droit de se reposer, il faut tra- vailler. Or, si vous ne travaillez paA pour votre mère, tous mettrez son âme à la gêne. C'est pour- quoi je vous disais : Levea-vous et marchez, parce fjue l'âme de votre mère se lèvera et marchera a\ec vous, et vous la ressusciterez en vous si vous faitt's fructifier sa pensée et son amour.
Klle a un corps sur la terre, c'est le vôtre; vous avez une flme au ciel, c'est la sienne. Que cette Ame et ce corps marchent eusemble, et TOtre Hière revivra.
(iHivez-moi, mon fils, la pensée et l'amour ne Dieureut jamais, et ceux que vous oroyes morts
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vivent plus que vous, s'ils pensent et s'ils aiment davantage.
Si la pensée de la mort vous attriste et vou> épouvante, réfugiez-vous dans le sein de la vie: c'est là que vous trouverez tous ceux que vous aimez.
Les morts sont ceux qui ne pensent pas et qui n'aiment pas ; car ils travaillent pour la corrap- tion, et la corruption à son tour les travaille.
Laissez donc les morts pleurer sur les morts, et vivez avec les vivants !
L'amour est le lien des âmes; et lorsqu'il est pur, ce lien est indestructible.
Votre mère vous précède, elle marche vers Dieu ; mais elle est enchaînée encore à vous : et si vous vous endormez dans la torpeur ou dans ud chagrin égoïste, elle sera forcée de vous attendre et elle souffrira.
Mais je vous dis en vérité que tout le bien que vous ferez sera compté à son âme, et que si vous faites du mal, elle en souffrira volontairement la peine.
C'est pourquoi je vous dis : Si vous l'aimex, vivez pour elle.
Le jeune homme alors se leva, et ses larmes
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cessèrent de couler, et il contemplait la face du Seigneur avec étonnement, car le visage du Christ rayonnait d'intelligence et d'amour, et l'immor- talité resplendissait dans ses yeux.
Alors il prit le jeune homme par la main et lui dit : — Venez.
Puis il le conduisit sur une colline qui domi- nait la ville tout entière, et il lui dit : *- Voilà le véritable champ des tombeaux.
Là-bas, dans ces palais qui attristent l'hori- zon, il y a des morts qu'il faut pleurer bien plu- tôt que ceux dont les restes sont ici, car ceux-là ne se reposent point.
Us s'agitent dans la corruption et disputent aux vers leur pâture; ils sont semblables à l'homme qui a été enterré vivant.
L'air du ciel manque à leur poitrine, et la terre pèse sur eux. Us sont cloués dans les étroites et misérables institutions qu'ils se sont faites, comme dans les planches d'un cercueil.
Jeune homme qui pleuriez et dont ma parole a séché les larmes, pleurez maintenant et gémissez sur les morts qui souffrent encore I pleurez sur ceux qui se croient vivants et qui son( des cada* vres tourmentés!
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C'est à eeux-Ià qu'il faut crier d'une Toix puis- simte : Sortez de vos tombeaux! Oh! quand dooc retentira la trompette de Tange?
L ange qui doit réveiller le monde, c'est Tao^e de l'intelligence ; l'ange qui doit sauver le monde, c'est l'ange de l'amour.
La lumière sera comme l'éclair qui se lève à l'orient et qui est vu en même temps à l'occident : à sa voix le corps du Christ, qui est le pain fra- ternel, sera révélé à tous, et autour du coq>s qui doit les alimenter les aigles se rassembleront !
Alors le verbe humain, affranchi des intérèU égoïstes, s'unira au Verbe divin.
Et la parole unitaire, retentissant dans le monde entier, sera la trompette de l'ange.
Alors les vivants se lèveront, les vivants que l'on avait crus morts et qui souffraient en atten- dant la délivrance.
Alors tout ce qui n'est pas mort se mettra en marche et ira au-devant du Seigneur; tandis que les cendres de ceux qui ne sont plus seront ba- l^iyées par le vent.
Jeune homme, tenesi-vous prêt, et prenez garde de mourir!
Vivez pour ceux que vous aimez, aimez ceux
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qui vi^mit, et ne pleurez paa ceux qui ont monté un degré de plus sur l'échelle de la vie; pleurez ceux qui sont morts I
Votre mère vous aimait, vous aime par consé- quent bien plus encore maintenant que sa pensée el son amour sont affranchis dea pesanteurs de la terre. Pleurer ceux qui ne pensent pas à vous et qui ne vous aiment pas.
Car je vous dis en vérité que Thumanité n'a qu'un corps et qu'une âme, et qu'elle vit partout où elle se sent travailler et souffrir.
Or, un membre qui n'est plus sensible au bien- être ou à la douleur des autres membres, est mort et doit être bientôt retranché.
Ayant dit cas choses, le Christ disparut aux yeux du jeune homme qui, rës être resté quel- ques instants immobile et cooune frappé du sou- venir d'un rêve, reprit silencieusement le chemin de la ville^ eu disant : — Je vais chercher des vi- vants parmi les morts.
Et je ferai du bien à tous ceux qui souffrent,
en souffrant avec eux et en les aimant, afin que
l'âme de ma mère le sache et ooe béuisae dans le
ciel.
Carjeçoinprwds maintenant que le «iel n'est
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pas loin de nous, et que Yàme est au corps ce que le ciel matériel est à la terre.
Le ciel qui entoure et soutient la terre sV hreuve de l'immensité, comme notre âme s'enivre de Dieu même.
Et ceux qui vivent dans la même pensée et dans le même amour ne peuvent jamais être sé- parés 1
II
LE PHILOSOPHE BÉGOUBAGÉ.
il y avait en ce temps-là un homme qui avait étudié toutes les sciences, médité sur tous les sys- tèmes, et qui en était venu à douter de toutes choses.
L'être même lui paraissait un rêve, parce qu'il ne lui trouvait pas de cause suffisante. Il avait cherché la nature de Dieu et ne l'avait pas devi- née, car il n'avait jamais aimé. Et son intelli- gence s'était obscurcie comme l'œil de celui qo fixe le soleil.
C'est pourquoi il était triste et découragé.
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Jésus , qui s*occupe des morts et qui aime à guérir les aveugles, eut pitié de cette pauvre in- telligence malade et de ce cœur éteint ; et il entra un soir dans la chambre solitaire du philosophe.
C'était un homme pâle et chauve, aux yeux creux, au front plissé et aux lèvres dédaigneuses.
11 veillait seul près d'une petite table couverte de papiers et de livres ; mais il ne lisait plus et n'écrivait plus.
Le doute courbait sa tête comme sous une main de plomb, ses yeux fixes ne regardaient pas et sa bouche souriait vaguement avec une profonde amertume.
Sa lampe se consumait près de lui, et ses heu- res passaient en silence sans espoir et sans sou- venir.
Jésus se tint sans rien dire devant lui, et levant les yeux au ciel, il priait.
Le savant leva lentement la tète, puis la secoua et la laissa retomber en murmurant tout bas: « Visionnaire V »
— Notre Père qui es au ciel, que ton nom soit sanctifié, dit Jésus.
— Il fa laissé mourir sur la croix, reprit le penseur , et tu lui as crié inutilement : « Mon
Dieu ! mon Dieu I pourquoi m'as-tu ahau- donné 1 »
— Que ton r^gne arrive, continua le Sauveur.
— Nous Tattendons dq^is dix-huit cent qua- rante ans, dit le philosophe, et il est plus loin que jamais.
— Qu'en sais-tu ? lui dit alors le Maître en abaissant vers lui un œil doux et grave.
— Je ne sais pas même ce que c'est que le règne de Dieu qui doit venir, répondit le philoso- phe. S'il y a un Dieu, il règne ou ne régnera ja- mais. Or, comme je ne vois pas le r^e de Dieu, je ne l'attends pas ; et je ne cherche plus même à savoir s'il y a un Dieu.
— Doutes-tu aussi de l'existence du bien et du mal? répondit Jésus.
«— Leur distinction est arbitraire, puisqu'elle varie selon les temps et les lieux.
— Avance ton doigt su r la flamme de ta lampe, dit le Sauveur; pourquoi donc retires-tu la main avec tant de vivacité? Ne sais-tu pas qu'un pen- seur comme toi a dit que la douleur n'était pas un mal?
mais je ne sais si j'ai plus raison que lui.
k.
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— Pourquoi ne partages-tu pas son opinion ?
— Parce que je sens la douleur et qu'elle me répugne invinciblement.
— La distinction du bien et du mal n*est donc pas arbitraire relativement à tes répugnances et à tes attraits? dit alors Jésus; et en effet le mal ne saurait être absolu. Le mal n'existe que pour toi et pour tous les êtres imparfaits encore. C'est donc pour ceux-là que le règne de Dieu doit venir, parce qu'ils viendront eux-mêmes dans le règne de Dieu. Je t'ai convaincu d'une répugnance phy- sique et je te convaincrais aussi facilement d'une répugnance morale. Le feu t'avertit par la dou- leur qu'il détruirait la vie de ton corps, et la cou- science t'avertit par ses cris et ses remords que le crime perdrait la vie de ton ftme. Le mal pour toi, c'est la destruction ; le bien, c'est la vie, et la vie, c'est Dieu ! La terre plongée dans les ténèbres attend maintenant que le soleil arrive, et pour- tant le^leil se tient radieux au centre de l'uni- vei-s, et c'est la terre qui gravite autour de lui. Dieu règne, mais tu n'es pas encore entré dans sou rojaume ; car le royaume de mon Père est le itiyaume de la science et de l'amour, de la sagesse et de la paix. I^e royaume de Dieu est le royaume
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de la lumière , et cette lumière frappe tes yeui qui ne la voient pas, parce qu'ils cherchent leur clarté en eux-mêmes et ne trouvent qu'obscurité.
— Seigneur, ouvrez-moi donc les yeux, dit le philosophe, et illuminez mes ténèbres.
Jésus lui dit : — Si je t'avais fermé les yeux, je devrais le les ouvrir ; mais si je les ouvre et qu'il te plaise de les refermer, comment verras-tu la lumière ?
Ne sais-tu pas que la volonté de l'homme agi sur les paupières de ses yeux, et que si on le force d'avoir les yeux ouverts ou fermés, il perdra la vue?
Je puis t'engager à allumer en toi le feu qui éclaire, et c'est pourquoi je te fais entendre ma parole, et puisque déjà lu désires que je t'ouvre les yeux, tu n'es pas éloigné de voir. Que ton désir se change donc en une volonté énergique, et tu ouvriras toi-même les yeux et lu verras.
— Quel est le feu qui éclaire? demanda le sa- vant.
— Tu le sauras, lui dit le Christ, quand tu auras beaucoup aimé.
Car si la raison est comme une lampe , c'est Tamour qui en est la flamme.
Si la raison est comme l'œil de notre âme» c*est Tamour qui en est la puissance et la vie.
Une grande raison sans amour est un bel œil mort, c'est une lampe richement ciselée, mais froide et éteinte.
Lorsque Tégoïsme des passions animales avait fait défaillir la philosophie humaine, j'ai sauvé le monde par la foi, parce que la foi est la philoso- phie de l'amour.
On croit à ceux qu'on aime et à ceux dont on sait être aimé : aussi avais-je donné pour base à la foi une charité immense, lorsque moi et mes apôtres nous avons prouvé aux hommes, par un sanglant martyre, la sincérité de notre amour. Et tant que l'Éghse a r^né par la charité, elle a triomphé par la foi ; mais la foi attend Tintelli- gence, et le moment approche où ceux qui auront cru sans voir comprendront et verront.
Si donc tu veux comprendre , commence par aimer, afin de croire.
— Que croirai-je donc. Seigneur?
— Tout ce que tu ignores : car la foi est la confiance de l'ignorance raisonnable. Crois tout ce que Dieu sait et ta foi embrassera l'immensité. Confie à ton père céleste tout ce dont il se réserve
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la connaissance, et ne t'inquiète pas d'abord des destinées infinies. Aime cette immense sagesse dont tu es l'enfant, aime les autres hommes qui passent ignorants comme toi sur la terre, et borne maintenant encore ta science à l'accomplisse- ment de tes devoirs; tu la verras bientôt grandir d*elle-même et monter jusqu'à Dieu, car Dieu se laisse voir par les cœurs purs.
— Oh ! voir Dieu ! s'écria le savant en entr'ou- vrant ses lèvres tremblantes , comme un homme qui a soif et qui attend la pluie du ciel. Oh ! réunir M -'In dans ma pensée tous les rayons épars de cette V î iléque j'ai tant aimée et qui m'échappait ton- joii l's 1 . . . Mais qui me donnera cet anlour immense qui fait communier l'homme avec Dieu, et le rapprochera du centre de toute lumière ?
— Tu le mériteras par tes œuvres, lui dit le Christ ; car si l'on se corrompt dans les œuvres de la corruption, si l'on se perd dans les œuvres de la haine, on s'agrandit et l'on se sauve par les œuvres de l'amour. Pour s'approcher de Dieu, il faut marcher, et les actions saintes sont les mou- vements de votre âme.
— Quelles sont les actions vraiment saintes? demanda le docteur; est-ce la prière et le jefine?
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— Écoute, dit le Christ, et ne juge pas témé- rairement tes frères qui ont passé en cherchant et en pleurant. L'humanité s*est confirmée dans le désir par la prière et les larmes. Et ceux de ses enfants qui les premiers ont eu soif des choses do ciel, se sont abstenus de celles de la terre; mais tout cela n'était que le commencement. Il fallait savoir s'abstenir, pour apprendre à bien oser. Il fallait sacrifier d'abord le corps à la pen- sée, pour émanciper la pensée. Car le ciel moral, c*est la liberté de l'âme ; mats TAme est appelée à régir le corps et non à le détruire ; de même que le ciel physique r^t la terre et ne la détruit pas. Le temps de la prière et des larmes doit faire place aux jours du travail et de l'espérance : car la prière des anciens était un travail, et il faut que notre travail, à nous, soit une prière plus efficace et plus active.
— Comment travaillerai-je? dit le philosophe; je ne sais rien faire d'utile.
— Tu as donc perdu à de vains efforts la vigueur de ta pt^nsée, répondit le Christ : et toi qui voulais tout savoir, tu n*as pas même appris à vivre. P^deviens un petit enfant et \a à Técole de Tamour. Apprends à aimer et
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à faire du bien, Yoilà la vraie science de la vie.
Souviens-toi de la l^ende du Ghristophore. C'était un géant terrible, mais comme il ignorait l'usage de sa force, il était faible comme un en- fant.
Il lui fallait donc un tuteur, et il se mit au ser- vice d'un roi ; mais le roi fut malade et Ghristo- phore le quitta.
Il chercha celui qui peut faire souffrir les rois; et conmie il ne connaissait pas Dieu, il s'attacha d'abord au génie du mal.
Cependant un jour une croix apparut sur un rocher, et le génie du mal tomba comme frappé de la foudrç.
Christophore chercha alors celui dont la croix est le signe, et un vieillard lui dit qu'il le trou- verait en faisant du bien.
Christophore ne savait ni prier ni travailler, mais il était fort et de grande taille, et il se mit à porter sur ses épaules les voyageurs ^arés qui voulaient traverser le torrent.
Or, un soir, il porta un petit enfant sous lequel il s'inclina, comme s'il eût porté le monde, car dans la personne du pauvre orphelin égaré il avait reconnu le grand Dieu qu'il attendait.
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As-tu compris cette parabole?
— Oui, Seigneur, dit le philosophe devenu chrétien.
Eh bien! va et fais comme Ghristophore, porte le Christ lorsqu'il tombe de fatigue , ou lorsque les torrents du monde s'opposent à son passage. Le Christ pour toi sera l'humanité souffrante. Sois l'œil de l'aveugle, le bras du faible et le bftton du vieillard; et Dieu te dira le grand pourquoi de la yie humaine.
— Je le ferai , Seigneur, et désormais je sens que je ne serai plus seul au monde. Auquel de mes frères tendrai-je d'abord la main?
-- A celui qui est plus malheureux que toi, et qui expire inconnu de toi-même dans la petite chambre qui est voisine de la tienne. Va donc à son secours, parle-lui pour qu'il espère, aime-le pour qu'il croie, fais-toi aimer de lui pour qu'il vive.
«^ Conduisez-moi près de lui, Seigneur, et parlez-lui pour moi.
— Viens et regarde, dit le Sauveur, et il tou- cha légèrement la muraille, qui s'entroutrit comme un double rideau, et le savant fut trans- porté en esprit dans la chambre voisine de la
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sienne. C'était celle d*un jeune poète qui allait monrir abandonné.
III
LX POÈTE MOURAJrr.
Il y awt donc en ce temps^ un jeune honune qui, de bonne hevre, avait écouté dans son ânfie Técho des harmonies uniTereelles.
Or, cette musique intérieure avait distrait son attention de toutes les choses de la vie mortelle, parce qnll vivait dans une société encore sans harmonie.
EnCant, il était te jouet des autres enfants, qui le prenaient pour un idiot; jeune homme, il trou- va à peine une main pour serrer sa main , un CfPti r pour reposer son cœur.
Sc'H Jours passaient dans un hmg silence et dans aue profonde rêverie ; il contemplait arec d'é» transes extases le ciel, les eaux, les arbres, les t^nipaf(nes verdoyantes; puis ses regards dei»:
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liaient fixes, des majrnîficences intérieui-es se dé- ployaient dans sa pensée et remportaient encore sur le spectacle de la nature. Des larmes alors coulaient à son insn le long de st^ joues pâles d'émotion, et si l'on Tenait lui parler, il n'enten- dait pas.
Aussi lui parlait-on rarement, et le regardait- on assez généralement comme un fou.
Il vi^^t ainsi seul avec Dieu et la nature. par«* lant à Dieu dans la langue de l'harmonie, et lais- sant tomber sur la terre des chants que personne n'écoutait.
M^s les nécessités matérielles de fa vie le pri- rent enfin dans leur inextricable réseau ; il m n''- ▼eilla sur la terre, ébloui **ncore d** ses visions du ciel ; et lorsqu'il vr-iî] :| marcher, il ^^' hourta contre les homm* s et a>ntiv les chr>ses, jusqu'à ce qn'fl tombât hrletant et désespéré.
C'est alors qu'i' s^ renferma dans sa pauvre demeure t't qti il > at^^ndit la mort.
C'est alors que le Christ le regarda et le prit en pitié.
La chambre du poète était triste. imj«* et fniide ; il était i dfm comrerl de qu^lquf's v/'teni«*iils osés; ét^ndv sur ud triple
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agité par la fièvre et ses yeux étincelaieiit d*im feu sombre.
Le Christ lui apparut vêtu de la robe blanche, emblème de folie qu'il avait reçu d'Hérode , et le front couronné tout à la fois d'épines sanglantes et d'une auréole de gloire.
— Frère, dit-il au pauvre malade en le r^ar- dant avec un ineffable amour, pourquoi veux-tu mourir 7
— Parce qu'on ne peut plus vivre sur la terre lorsqu'on a vu le ciel , soupira le poète.
— Et moi, pour vivre et souffrir sur la terre, je suis pourtant descendu du ciel, reprit Jésus.
— Vous êtes le fils de Dieu et vous êtes fort.
— Et j'ai voulu être le fils de l'homme pour avoir faim, pour craindre et pour pleurer. N'ai-je pas défailli au jardin des Olives 7 N'ai-je pas gémi sur la croix comme si Dieu m'avait abandonné?
— Eh bien ! moi, dit le malade, je sors de la vie comme vous du jardin des Olives, et je suis sur le lit de douleur comme vous sur la croix.
— Si je n'avais fait que prier mon Père, dans les vallées, en respirant le parfum des rosiers de Sârons, si je m'étais silencieusement enivré des extases du Thabor, je n'aurais pas mérité de ra-
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cheter le monde sur la croix, répondit le Sauveur. Mais j'ai cherché la brebis égarée, et pour arrêter mes pieds qui couraient sans cesse après les mi- sères du peuple, il a fallu les clous des bourreaux. 11 a fallu percer mes mains pour les empêcher de rompre le pain aux multitudes affamées ; et c'est alors que, ne pouvant plus donner autre chose à mes frères, j*aî laissé couler tout mon sang !
— J'ai chanté, dit le poète, et les hommes ne m'ont pas entendu.
— C'est que tu chantais pour toi seul et que tu as trop dédaigné leurs dédains. Il fallait, à l'exem- ple du Verbe étemel, descendre assez pour te faire entendre.
— Peut-être au lieu de m*oublier, ils m'au- raient crucifié alors !
— Et c'est alors seulement, ô mon frère! qu'il eût été beau de mourir pour ressusciter glorieux!
— Hattre, au lieu de me consoler à ma dernière heure, venez-vous pour m'effrayer et m'adresser des reproches 7
— Je viens te guérir et t'inspirer le courage de vivre, afin de te faire mériter une mort tranquille et pleine d'immortalité.
Pourquoi veux-tu vivre seulement dans le ciel
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pendant les jours que Dieu te doane à passer sur la terre?
Pourquoi laisses-tu se perdre dans des aéra- tions vagues rimmense amour de ton cœur?
Pourquoi t'isoles-tu dans l'orgueil de tes rêves, quand des douleurs réelles saignent et palpitent autour de toi ?
Dieu ne ta pas donné le baume céleste pour en parfume r ta tête ; il ne t'a pas confié le vin de son calice pour enivrer ta bouche et la dégoûter des amertumes de la terre.
Tu devais adoucir, relever, consoler : tu devais être le médecin des âmes, et voilà que toi-même, pour avoir caché les remèdes de Dieu, tu es plus malade que les autres.
On ne t'a pas compris, dis-tu; mais c'est toi, pauvre jeune homme, qui n'as pas compris tes frères.
Quoi ! ton intelligence était supérieure, et tu n'as pas su parler aux pauvres d'esprit ! tu le croyais grand et tu as eu peur de te baisser pour rapprocher ta bouche de l'oreille des petits ! tu aimais, et tu as été dégoûté des infirmités des hommes !
Relève4oi, pauvre ange tombé, et reconmience
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tamissioiil Sache que l'esprit 4'hannonie, c'est l'esprit d'amour que j'annonçais au monde sous le nom du consolateur. Si c'est le Saint-Esprit qui t'anime, sois désormais le consolateur de tes frères, et pour avoir le droit et le pouvoir de les consoler, apprends à souffrir et à trayailler avec eux.
J'étais plus grand que toi, et plus que toi j'éie vais mon âme au sein des harmonies étemelles ; et pourtant j'ai passé ma vie à travailler avec les charpentiers et à converser avec les pauvres, «^ rissant leurs maladies. Jusqu'à présent tu n'as fait de la poésie qu'en rêves et en paroles, mais le temps e.st venu de faire de la poésie en actions I Car tout ce qui se fait par amour de l'humanité, tout ce qui est dévouement, sacrifice, patience, courage et persévérance, tout cela est sublime d'harmonie, c'est la poésie des martyrs I
Au lieu d'aimer vaguement l'infini , tâche d'aimer infiniment tes frères qui sont près de toi.
En voici un que je t'amtoe; il souffrait comme Uh et il était venu au néant de la pensée pour avoir is^ilé le travail de sa pensée, comme tu en
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es venu au désespoir du cœur pour avoir isolé ton amour!
Désormais vous saurez tous deux qu'il n*est pas bon à l'homme d'être seul.
Le philosophe devenu chrétien s'approcha alors du lit du malade dont la fièvre s'était calmée tout à coup à la parole douce et sévère de Jésus, et il lui dit :
— Frère, acceptez mes soins et la moitié du pain qui me reste : demain nous travaillerons en- semble, et quand je serai malade à mon tour, vous me soignerez et vous aurez du pain pour moi.
— Frère, parce que vous avez vu le ciel, ne brisez pas l'échelle qui vous y fera monter, pre- nez-moi plutôt par la main et conduisez-moi, car j*ai beaucoup pensé et beaucoup médité, et je sens maintenant que je n'ai pas assez aimé.
Vous dont la voix est l'écho vivant de l'harmo- nie étemelle, vous êtes un enfant du céleste amour, car la bouche parle de l'abondance du cœur.
Mais l'amour ne saurait devenir égoïste sans se donner la mort à lui-même, et il ne trouve la plénitude de la vie qu'en se donnant tout entier aux autres.
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VWez donc pour que je yous aime, car si j'aime, je serai heureux ; et si vous aimez Dieu, \ous vou- lez le bonheur de ceux qui sont les enfants de Dieu comme yous. L'harmonie est à la fois science et poésie, l'exactitude numérique est la grande loi de la beauté, et les magnificences harmoniques sont la raison divine des nombres ; mais tout cela, pour être vivant et réel, doit s'appliquer à ce qui est.
Frère, le positif de Dieu est mille fois plus poé- tique que l'idéal de l'homme. Cherchons Dieu dans l'humanité et ne désespérons pas de ses des- tinées : car ses désordres mêmes la conduisent à l'harmonie, et si Dieu nous a comptés au nombre de ceux qui voient les premiers où doit aller ce peuple errant à travers les solitudes, mettons- nous à la tête de ce grand et laborieux mouvement au lieu de nous isoler et de mourir.
— Frère, merci pour toi, dit le poète, et merci pour celui qui t'inspire ! désormais je ne me re- tirerai plus du champ de bataille pour mourir seul, quand je pourrais combattre encore ; je me croirais un lAche et un déserteur.
Si je tombe les armes à la main au premier ou au second rang de la milice humanitaire, je mour-
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— 48Î —
rai plein de courage et en bénissant Dieu, et mou âme ne se présentera pas senle devant le jagt' suprême.
Depuis ce jour, le philosophe et le poète s'uni- rent d'une sainte amitié, et ils ne dédaignèrent pas quelquefois les plus humbles trataux ponr soutenir leur vie.
Ils traversaient ainsi tontes les classes de la so- ciété et trouvaient partout des cœurs malades qui attendaient le baume d'une parole de sagesse et d'amour.
Partout il^ sentirent qu'ils pouvaient encore faire du bien, et les douleurs de la vie leur paru- rent légères ; car ils les supportaient avec courage, pour inspirer du courage à ceux qui sonfTraient comme eux, et le dévouement leur donnait une force nouvelle.
IV
LE NOUVEAU MCODÈME.
TI y avait en- M temps-A un prêtre qui aimait la vérité, et qui cherchait le bien dans toute la sînoérrté âè soft 0éMr.
Or, une tiuit qu'il mllait et qu'il priait, le Christ tint s'asseoir auprtis de lui et le regarda atec bonté*
— Mattre, est-ce vous, enfin? dit le pasteur* 11 y a longtemps que je vous cherche^ et c'est vous qui veMË à moi pendaiit la nuit I
Jésus lui répondit t «^ Nicodème est venu me voir pendant la nuit, parce qu'il avait peur des Juifs : je sais que ton existence dépend de la nou^ velle synagogue, et je n'ai pas voulu te oompra- mettre.
Car les scribes et les pharisiens, et les faux docteurs de la loi me persécutent encore et per- sécutent ceux qui me reçoivent.
- Seigneur, dit le prêtre avec tristesse, les glorieuses années dont se composent les beaux siècles de l'Eglise ont donc été infécondes pour l'a venir T la vérité échappe donc toujours aux ar- dentes aspirations de l'homme? les saints et les martyrs se soirt donc trompés, puisque dix-huit slèièle» de combats et d'étude n ont abouti qu'à Mn encore vos ennemis de ceux qui devaient ôttiB vos ministres I
Jésus lui dit : -^ Ils ne sont pas tous mes en- ûmàé, et mon Père compte encore parmi eux des âmes génémuses et des cœurs purs.
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J'irai à eux comme je suis venu à toi, pour leur rappeler les signes des temps et pour ouvrir leurs yeux afin qu'ils voient.
Je viens l'expliquer en secret encore ce que j'enseignais en secret à ce docteur de l'ancienne loi, qui était aussi un homme de désir.
Je lui disais que l'entrée du royaume de Dieu était une naissance nouvelle.
La vie du monde est une génération sans cesse renouvelée, et il faut que les germes de l'année qui meurt soient déposés dans la terre pour pré- parer les richesses de l'année qui naîtra.
Mais on ne doit pas mettre le vin nouveau dans les anciens vases.
La vigne de mon Père n'est jamais stérile, et d'année en année elle renouvelle ses fruits, mais il appelle des vignerons à différentes heures du jour.
C'est pourquoi j'appelais les docteurs fidèles de l'ancienne loi à une naissance nouvelle, car leur vieille m^re, la synagogue judaïque, était mou- r ante, et pour naître il fallait sortir de son sein.
Et ceux qui ont cru ont laissé le cadavre de la synagogue en restant unis à son âme, et ils ont été les premiers enfants de l'Église universelle.
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Mais l'Église universelle, c'était un ciel nou- veau et une terre nouvelle; et pour renouveler toutes choses il fallait combattre d'abord contre toutes les puissances de la terre et du ciel.
C'est pourquoi les premiers chrétiens construi- sirent une arche pour lutter contre le déchaîne- ment des vents et le soulèvement des eaux.
Cette arche fut l'Église hiérarchique, la sainte Église catholique, la gardienne du symbole de l'unité.
Tant que l'arche est portée par les eaux, elle marche sous le souffle de Dieu, et c'est dans son sein que toute âme vivante cherche un refuge : — mais dès qu'elle s'arrête, la famille nouvelle doit en sortir pour repeupler le monde, et c'est là cette nouvelle naissance dont je t'ai parlé.
Le prêtre lui dit : — Seigneur, dois-je sortir de l'Église catholique? Mais à quelle autre Église pourrai-je me réunir?
— Je ne te dis pas de sortir de l'Église catholi- que, reprit Jésus, mais je t'invite à y entrer. Je le dis de te détacher des ombres pour commencer à vivre dans la lumière. Je te dis de sortir de l'école pour entrer dans la société et y appliquer la science que tu as dû acquérir !
— 48ê —
Je n'étais pas remu détniîre la loi aneieime, mais lui donner son aooomplissemeiit, H je tîmc maintenant pour aeoomplir la loi nouvelle.
N m-je pas dit : Cpofez d'abord et tous oqbh prendrez ensuite, et vons connattroz la Yérité, et la Tenté toos rendra libres?
N'ai--je pas dit qoe mcm second aTéneneat serait comme l'éclair qui frappe les yeux de tous et qui brille à h fois sur le monde entier ?
N'ai'je pas annoncé que l'esprit d'inteU%wioe viendrait et qu'il suggérerait à mes dîrai|^es le 4)omplémfôQt de mes paroles? Et vos symboles ne diswt-ils pas que l'esprit d'intelUgeiice est l'esprit d'amour qui doit opérer une création nouveUe et qui rajeunira la lace de la terre?
Or, l'esprit d'amour n'estnilpas l'esprit d'ordre et d'harmonie qui doit associer tous les hommes et les faire communier toas à l'unité divine et hu- maine?
Seriez donc de tous les liens qui empéehent les frères dt* marcher vers luur*» frères, renvarseï le^ barrièies qui séfuirent^ élac|[iGSâi les démeui^ qui isolent, échappe^ aux doctrines qui répnw- vent les uns^ ot (iioisissent les autrf^t mriet de U
Synagi^L^Lie uvf^u^l^. ^i1j^^|| l't^ltM^ raiiln^t-
i
que, qui B*ast flm BiaiotenaiU un oonYontioiile de prôinatt et de dûetmirs, mais r«6t^ociation uni^r YeneUfi delouëk» hommes dmteUigeoce et d*a** mour.
-^ Seigneur^ dit le prôtre, je iem tout ce que wus me dires. Où inai-je d'al)ord et comment fiovunenceimi-je?
que Yous avez à faire.
lostniisez les wbmtfi , aatéchises le» pauvres, visites les malades et priez fonw ]» peuple.
Que rien ne soit changé dans vos œuvres, mais qtt'uB amour universel les vivifie et las féconde !
Prêobez la miséricorde et la paix, prêchez la modestie et le pardon des injures, prêche? les saintes aspiratious vers Dieu et Tuaiou outre les frères !
Que la eharité soit la loi de votre ftme, et vous n'imposerez pas à la conscience des autres de ûoutraiutes déaespérautes I
Soyez doux et bumhle de cœur oomme mas premiers disciples, lorsque vous parlerez aux femmes, aux enfants et au pauvre peuple; mais loyez inflexible comme mes martyn$, lorsqum voudra vous corrompre ou vous intimider !
àJàSt ..«
Ce que je te dis, je le dis pour tous ceux qui, comme toi, croiront à l'esprit d'intelligence et d*amour, et c'est pourquoi j'adresse la parole à plusieurs.
Ne confondez pas l'esprit d'abstinence avec l'esprit de mort, car je n'ai ordonné à mes disci- ples de s'abstenir pour un temps des richesses de leur père, que pour leur apprendre à en user dignement.
Je te dis en mérité que je ne suis pas venu pour tuer la chair, mais pour la sauver en la soumet- tant à l'esprit.
Car il ne doit pas y avoir de division entre l'es- prit et la chair de l'homme ; Dieu les a également créés et bénis.
L'esprit est le roi de la chair; un roi ne doit pas régner pour détruire.
Les organes et les sens sont les sujets de l'in- telligence.
Un roi doit empêcher ses sujets de mal faire; mais il doit aussi pourvoir à leur prospérité et à leur bonheur.
L'attrait n'est-il donc pas la loi générale des êtres, et l'équilibre n'est -il pas l'harmonie des attractions?
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Que Tesprit donc ne brise pas la chair, et que la chair n'éteigne pas Tesprit.
Car l'un ou l'autre de ces excès serait la mort !
Or, je ne suis pas venu donner la mort à ceux qui vivaient, je suis venu pour rendre la santé à ceux qui étaient malades et la vie à ceux qui étaient morts !
Ayant dit toutes ces choses, Jésus disparut aux r^rds du bon prêtre et le laissa plein d'espé- rance et de courage ; car il voyait la force de Dieu relever d'âge en âge les défaillances des hommes, et il comprenait comment la religion marche tou- jours à travers' les siècles en grandissant et eu triomphant toujours.
Y
LE TOMBEAU DE SAII9T JEAN.
En ce temps-là, Jésus parcourut avec la rapi- dité de l'esprit toutes les contrées de la terre.
Toutes étaient tristes et attendaient. Et partout le Christ était seul encore, comme au jardin des Oliviers.
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il antia eonupe un pm^n paierie eu» la basi- lique de Saint-Pierre où perwpQâ ne ie reeoimut, il s'appnfidifi éa tombemi des 4fûtr»s« pour voir li ieuffs vett(|ae8 étaiank mâiw pour la résqrrec- taon; jsms hm cendres des saints étmol froides àt ils oontiduàreat à dormir leur somvieil.
Or, il est un de ces apôtres qui, adoo la tradî*^ tk», n a janaia dû mourir : celui qae h, pâature symbolique nous représente toujours jeune, et tpà a na aigle pour eaiUteiie> c'est oehii qu'on a^MUa ÏAfùin de ladwrité et le disdple de IV monr.
C'est oeluMà, dîsairatt les Légendes des pre- miers siècles, qui doit se réveiller à la fin des temps, pour sauver le monde, en y rallumant le feu sacré de la charité fraternelle.
Et, en effet, disent les mêmes légendes, ses restes n ont pas été retrouvés : les fidèles d*Éphèse ont cru l'ensevelir et le garder parmi eux, mais les anges sont venus et ont caché Tapôtre endor- mi dans las solitudes àe P^ytbmos.
Jésus donc se transpeiia dans TUe de Jf^BUthmos, ipû makie éffomwtée enoonB du bruit des sept tonnerres; et il s'approeba de la giiotto o^ dor- mait son disciple fidèle.
A f «iitfée du tombnii, une fimmoélait^ était assise immobUe ; c était comme une feoame ccmk wrt» 4 un longf mantaau uaré ipû hû i^cwwait la tète et resvdoi^t tout «ntîèra en rotmaobant autour d'elle en larges ptis*
Ses mains paies et un pea idloofées étaient joiates avec fi&rvear , et ses yeux pleins d'une tris tesse i^ignée et d'une espérance infinie étaient fixés sur le tombeau.
lésus s'approcba d'elle et lui dit ; — Ma mère, est-ce MOUS? Vous saviez sans doute que je devais wnirici?
-«* Je le savais, mon fils, répondit Marie; car celui qui repose ici , vous l'avez tendre- ment aimé ; et lorsque vons alliez mourir, vous m'avez 4;on£ée k lui en lui disant : « Voici ta mère.»
Maintenant, (lour que je puisse revenir sur la terre en la personne des fenmies qui comprœ- dronl ce qae c'est que d'être mère, il fout que le disciple de l'amour rei^ve pour me proté^r. Car je dois« ô mon fils, en la personne de loujtes les femmes d'inteUigeAce et d'amaur, vous mettre a^i mcmdâ uw seconde fois,
^ Ma mi^re, reprit Jésus, aoi^venepe-^ous de ce
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que l*ange dit aux femmes qui me cherchaient dans un sépulcre :
« Pourquoi cherchez-vous un vivant parmi les morts? il est ressuscité, il n'est plus ici. »
— Vous savez que le prophète Élie, selon les traditions des Juifs, devait revenir sur la terre pour me préparer les voies. La forme d'Éiie s'était transfigurée et son esprit est revenu en la personne de Jean-Baptiste.
Ainsi, je vous dis en vérité que vous vivez maintenant sur la terre en la personne de toutes les femmes qui sentent tressaillir dans leur sein Tespérance de l'avenir. C'est pourquoi , ô ma mère, vous apparaissez aujourd'hui pour la der- nière fois sous votre figure symbolique.
Jean, mon disciple bien-aimé, a légué son es- prit à tous les hommes pleins de foi et d'amour qui veulent bâtir la nouvelle Jérusalem, la cité sainte de l'harmonie, et je vous dis en vérité que ceux-là savent honorer leur mère , et qu'ils sonl dignes d'être appelés les fils de la femme.
Car ils soumettent leur cœur aux inspirations de votre cœur, eux qui veulent partager le travail à tous les enfants de la grande famille selon les attraits et les aptitudes de chacun, afin que tous
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composent ensemble le miel de la ruche humaine qui servira ensuite à la nourriture de tous.
Us savent ce que c'est que la femme, ceux qui veulent affranchir son amour de toute servitude, afin qu'il ne se prostitue jamais et que la source des générations soit pure.
Levez-vous donc et venez , ô ma mère; venez sur le Calvaire, assister à mon dernier triomphe symbolique, puis nous revivrons dans l'humanité tout entière. Toutes les femmes seront vous, et tous les hommes seront moi, et nous deux nous ne ferons qu'un.
Et le Christ, soulevant sa mère et la portant dans ses bras comme elle l'avait porté tant de fois lorsqu'il était petit enfant, quitta l'Ile de Pathmos, el marchant sur les flots de la mer, il s'en alla vers les rivages de la Palestine.
En ce moment le soleil se levait et faisait res- plendir toute la surface des eaux, et les deux formes célestes glissaient sans jeter d'ombre et sans laisser de traces, comme un couple d'oiseaux merveilleux, ou comme une nuée l^ère, teinte des couleurs de l'aurore, et nuancée des reflets de l'arc-en-ciel.
VI
Jésus traterM les chttmps ddsolés de la Judée et s'arrêta sur la cime aride de Faiicieii Gâltaire.
Là un ange aa sourcit noir et à l'œU Mitibre était assis, eoT^off^ dam ses deux taslM aile8« C'était Satau, le roi du tieui moade.
L'ange rebelle était triste et fatigué^ M il d^ Uytfmsit ses n^ards avec dégoât d'une term où le iMl était sans génie M ati Ymnvà d'une coi^ ruption timide avait succédé aux combats tit#- niens des grandes passions antiqaes. Il sMtait qu'en éprouvant le» honimes il atait instmit les forts et n^atait trompé que les MUee; ausrt ne daîgnail-il plfis tent^ peimnne^ et sombré sons mm diadkne d'or, il écoutait i^aguettieiiC toMber les âmes dans l'étenaitéi commd tes gonttes mo- notones d'une pluie étemellet
Poussé par «ne force qui Itii était inconnne, U était \enu s'asseoir sur le Calvaire, et rêvant à la mort de l'Homme-Dieu, il en était jaloux.
C'était un ange pui0M&t et beatt{ maii il était jaloux du Christ, et cette jalousie était figarée pw an serpent qui plongeait la tMe dans to poi- trine et lui rongeait le cœur.
Jésus et Marie étaient debout près de lui el le r^rdairat en silence ateenlie grande pitié. Sa- tan regarda à son tùat le Rédemptdar et sourit avec amertume.
^^ Viens-tu, Itti dit^il, esaayer damodrir une seconde fois ponr nn monde que n'a pn sauver ton premier soppiice ?
As^tu essayé inutilement de changer le» pierres ea pain ponr nourrir too peuple, et tieDs>4u m'a- voner ta défaite 7
EMq tombé du haut du Temple, et ta difiaité s'est-elle brisée dans sa chute ?
Yiens^to pour m'adorer, afin de posséder le monder Va, il est maintmant trop tard, et je ne smraia te tromper. L'empire du monde a éohappé à cens qui m'adoraient en ton nom ; et moî^môme je suis las d'un règne sans gloire. Si tu M dé^ eoun^é comme moi, assie^toi près de moi, et ne pensons plus ni k Dieu ni aux homaies.
^ Je ne viena paa n'asseoir près de toi^ lui dît le OliriBt) je tieM te rileYer, te pardonnei-
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et te consoler, pour que tu cesses d'être mé- chant.
*-- Je ne veux pas de ton pardon, répondit le mauvais ange, et ce n*est pas moi qui suis mé- chant.
Le méchant, c'est celui qui donne aux esprits la soif de l'intelligence, et qui enveloppe la vérité dans un impénétrable mystère.
C'est celui qui laisse entrevoir à leur amour une vierge idéale, une beauté enivrante à les jeter dans le délire, et qui la leur donne pour l'arra- cher aussitôt à leurs premiers embrassements et la chaîner de chaînes étemelles. C'est celui enfin qui a donné la liberté aux anges, et qui a préparé des supplices infinis pour ceux qui ne voudraient pas être ses esclaves !
Le'méchant, c'est celui qui a tué son fils inno- cent sous prétexte de venger sur lui V crii^^e des coupables, et qui n'a pas pardonné aux coupables, mais leur a fait un crime de plus de la mort de son fils!
— Pourquoi me rappeler si amèrement l'igno- rance et les erreurs des hommes ? reprit Jésus : je sais mieux que toi combien ils ont défiguré l'image de Dieu, et tu sais bien toi-même que
Dîea 06 ressemble pa» k Im^it qg lU m oui faite. Dieu ne l'a donné w>if d mU^IUy^^,^j. ,^^^, ^^^^^
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nérations, car d'épreuve en épreuve il conduit la famille humaine dans la terre promise, et déjà elle en a goûté les premiers fruits. Je viens donc t'annoncer, û Satan, que ta dernière heure est arrivée, à moins que tu ne veuilles être libre et régner avec moi sur le monde, par rintelligence et Tamour.
Mais tu ne t'appelleras plus Satan, tu repren- dras le nom glorieux de Lucifer, et je mettrai une étoile sur ton front et un flambeau dans ta main. Tu seras le génie du travail et de l'indus- trie, parce que tu as beaucoup lutté, beaucoup souffert et douloureusement pensé !
Tu étendras tes ailes d'un pôle à l'autre et tu planeras sur le monde; la gloire se réveillera à ta voix. Au lieu d'être l'orgueil de l'isolement, tu seras l'orgueil sublime du dévouement, et je te donnerai le sceptre de la terre et la clef du ciel.
— Je ne te comprends pas, dit le démon en secouant tristement la tête, et je ne saurais te comprendre : tu sais bien que je ne puis plus ai- mer ! Et avec un geste douloureux l'ange déchu montrait au Christ la plaie qui lui sillonnait la poitrine et le serpent qui lui rongeait le cœur.
Jésus se tourna vers sa mère et la regarda : Marie comprit le regard de son fils, elle s'appro* cha du malheureux ange et ne dédaigna pas d'é- tendre la main vers lui et de toucher sa poitrine blessée.
Alors le serpent tomba de lui-même et e>xpira aux pieds de Marie, qui lui écrasa la tête; la plaie du cœur de Tange fut cicatrisée, et une larme, la première qu'il eût versée, descendit lentement sur le visage repentant de Lucifer.
Cette larme était précieuse comme le sai^ d'un Dieu ; et par elle furent rachetés tous les blasphè- mes de l'enfer.
L'ange régénéré se prosterna sur le Calvaire et baisa en pleurant la place oti s'était jadis enfoncée la croix.
Puis il se releva triomphant d'espérance et rayonnant d'amour , et se jeta dans les bras du Christ. Alors le Calvaire trembla; sa cime aride se revêtit tout à coup d'une verdure fraîche et brillante, et se couronna de fleurs.
Et à l'endroit oii fut la croix une jeune vigne s'éleva et se chai^ea de fruits mûrs et parfumés.
Le Sauveur dit alors : — Voici la vigne qui donnera le vin de la communion universelle, et
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elle erottra jusqu'à ce que tous ses rameaux em- brassent toute la terre.
Puis, reprenant sa mère par la main , il tendit l'autre main à lange de la liberté et lui dit : — Que nos formes symboliques retournent mainte- nant au ciel, je ne reviendrai plus souffrir la mort sur cette montagne, Marie n'y pleurera plus son fils et Lucifer n'y traînera plus les remords de son crime maintenant effacé.
Nous ne sommes plus qu'un même esprit: l'es- prit d'intelligence et d'amour, l'esprit de liberté et de courage, l'esprit de vie qui a triomphé de la mort.
Tous trois alors prirent leur vol à travers l'es- pace ; et s'élevant à une prodigieuse hauteur , ils virent la terre et tous ses royaumes qui étendaient leurs chemins les uns vers les autres comme des bras entrelacés , ils virent les campagnes vertes déjà des premières moissons fraternelles , et de l'Orient à l'Occident ils entendirent le prélude mystérieux du cantique de l'union. Et vers le nord, sur la crête d'une montagne bleuâtre, ils virent se dessiner la forme gigantesque d'un homme qui élevait ses bras vers le ciel.
Sur ses bras on voyait encore la trace récente
— sol- des ehatnes qu'il v^ait de rompre, et m pôitriM était cicatrisée comme celle de Lucifer.
Sous son pied droit, sur la pointe la plus aiguë de la montagne, palpitait encore le cadavre d'un vautour dont la tète et les ailes étaient pendwtes.
Cette montagne, c'était le Caucase ; et le géant délivré qui étendait ses mains était l'antique Pro- méthée.
Ainsi les grands symboles divins et humains se rencontraient et se saluaient sous un même ciel ; puis ils disparurent pour faire place à Dieu même qui venait habiter pour toujours avec les hommes.
VII
Ik OBBIOÈIS VISION.
Au-dessus des formes matérielles et de Tat^ mosphère terresti*e, il est une r^on oti les âmes s^élancent affranchies de leurs chaînes.
C'est là que les arômes éthérés, obéissant à la pensée, la revêtent successivement de toutes les splendeurs de la forme idéale et peuplent de
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merveilleuses beautés le monde spirituel de la poésie et des visions.
G est dans cette région que nous emportent les plus beaux rêves pendant notre sommeil, et c'est là que, pendant leurs veilles laborieuses, Finspi- ration élevait le génie des grands poètes à qui le sentiment de Tharmonie a fait pressentir dans tous les temps les grandes destinées humaines.
C'est là que vivent les images et que régnent les analogies. Car la poésie est dans les images; et l'harmonie des images est essentiellement ana- logique.
C'est dans cette région idéale qu'Eschyle voyait souffrir Prométhée, et que Moïse écoutait parler Jéhova.
C'est là que le plus grand poète de l'Orient, l'aigle de Pathmos, le chantre de l'Apocalypse, voyait l'Église chrétienne sous la forme d'une femme en travail qui enfantait péniblement l'homme de l'avenir.
C'est dans ce monde merveilleux de la poésie et des visions que Dieu lui apparut voilé de lu- mière et tenant à la main l'Évangile étemel qui s'ouvrait lentement, tandis que les fléaux travail- laient le monde et que les anges exterminateurs
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défrichaient la terre pour faire place à la cité de runité sainte et de Thannonie, la nouvelle Jéru- salem qui descendait du ciel toute bâtie , parce que l'idée de l'harmonie existe en Dieu et se réa- lisera d elle-même sur la terre quand les hommes la comprendront.
La figure glorieuse du Christ, apiès avoir par- couru la terre, remonta dans cette région éthérée, et là , le Rédempteur fit voir à l'ange autrefois rebelle et désormais régénéré la grande assemblée des martyrs.
lit, se trouvaient toutes les victimes du despo- tisme humain, tous ceux qui avaient mieux aimé mourir que de mentir à leur conscience ;
Les victimes d'Antiochus, les martyrs de l'an- cienne Rome et les suppliciés de la Rome nou- velle.
Les uns pour des croyances légitimes, d'autres pour des illusions et des rêves, ils avaient coura- geusement affronté la tyrannie des hommes , et tous étaient purs devant Dieu, car ils avaient souf- fert pour conserver le plus noble et le plus beau de ses dons : la liberté !
Longtemps leurs âmes vêtues de robes blanches tachées de sang avaient gémi sous l'autel et avaient
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demandé justice : mais enfin, le jour était venu et tous ensemble, tenant des palmes à la main, ils s'avançaient au devant du Rédempteur.
Le Christ parut au milieu d'eux, entre sa mère et range du repentir , et leur demanda quelle vengeance ils voulaient tirer de leurs persécu- teurs.
— Seigneur, que leurs âmes nous soient don- nées, afin que nous disposions d'eux pour l'éter- nité, comme ils ont disposé de nous dans le temps.
Le Christ, alors, leur remit les clefs du ciel et de l'enfer et leur dit : — Les âmes de vos persé- cuteurs sont à vous.
Alors un cri de joie et de triomphe retentit des hauteurs du ciel jusque dans les profondeurs de l'abtme, les âmes des martyrs ouvrent les portes de l'enfer et tendent la main à leurs bour- reaux.
Chaque réprouvé trouve un élu pour protec- teur : le ciel agrandit son enceinte et la vierge- mère pleure de joie en voyant se presser autour d'elle tant d'enfants qu'elle croyait perdus à ja- mais.
Tandis que le ciel souriait tout entier à ce ma- gnifique spectacle, on voyait sur la terre se lever
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en nouveau soleil et la nuit replier ses voiles vers rOccident.
Les nuages sombres du passé s'enfuyaient chargés de fantômes , c'étaient les ombres des grandes monarchies éteintes et des vieux cultes évanouis.
Entre la nuit et l'aurore naissante le crépuscule blanchissait la tête d'un vieillard qui était assis le visage tourné vers l'Orient. C'était le voyageur des siècles chrétiens, le maudit de la civilisation barbare, le type des parias, le vieil Ahasvérus qui se reposait. Le peuple avait enfin une patrie, et le juif errant avait obtenu son pardon.
La terre était devenue le temple de Dieu. L'as- sociation universelle avait réalisé la charité chré- tienne. Tous vivaient et travaillaient pour chacun et chacun pour tous.
Chacun jouissait en paix du fruit de ses œuvres, et aucun des enfants de Dieu ne périssait de faim près de la table de son père, car le travail équi- tablement réparti facilitait la vie à tous.
L'association avait centuplé les richesses de la terre, et l'union de tous les intérêts avait donné aux travaux de l'homme une direction si divine et une force si merveilleuse, que les saisons elles*
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mêmes avaient changé, et qu'il y avait, selon la promesse delapôtre, un ciel nouveau et une terre nouvelle, et Jésus dit à l'ange de la liberté et du génie : — Voilà l'œuvre que tu dois accomplir. Voilà la cité nouvelle de l'intelligence et de Ta- mour.
La terre est prête, elle tressaille d'espérance. Les hommes la voient maintenant comme la vit autrefois le prophète, couverte de cendres et d'os- sements; mais une vie nouvelle fermente déjà dans cette cendre, et un frémissem^it divin par^ court ces ossements desséchés.
Bientôt ils se lèveront à l'appel du nouvel es- prit, et un peuple nouveau couvrira les campa- gnes de la terre. L'humanité alors sortira d'un long sommeil, et il lui semblera qu'elle voit le jour pour la première fois !
Ayant dit ces paroles, le Christ se prostenia devant le trône de son père, en disant : ~ Sei- gneur, que votre volonté soit faite sur la terre comme au ciel !
Et la Vierge, qui est le type de la femme régé- nérée, et l'ange de la liberté devenu le génie de l'ordre et de l'harmonie, et tous les martyrs con- solés, et tous les réprouvés pénitents et délivrés
-sol-
de leurs peines, répondirent tous ensemble la parole mystérieuse qui unit la volonté des créatu- res à celle du Créateur, et toutes les forces hu- maines à la puissance divine : Amen !
FIW.
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1928
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