NOL
Philosophie occulte ..

Chapter 11

II. Si l'on explique Dieu en le comparant avec

l'homme, soit dans ses miséricordes, soit dans ses
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^lères, on tombera nécessairement dans l'ab- jrde.
111 « La damnation éternelle est basée sur un iit, et non sur un nombre. Tons les hommes leuveot l'éviter, voilÀ le fait, et le nombre de «ox qui ne le veulent pas est inappréciable pour l'autres que pour Dieu, qui seul connaît et juge le fond des cœurs. On se fait une idée fausse de la damnation, en y faisant intervenir Dieu comme vengeur actif, tandis que Dieu laisse venger sea lois par la force même de ses lois, et les pécheurs Siouffrir par la privation des biens dont ils se sont rendus indignes*
Montrer ici combien tout commentaire, soit poar charger, soit pour adoucir ce dogme rigou- reux et terrible, serait déraisonnable et ridicule.
AUTRE OBJECTION.
l'abandon ou se trouve l'église.
Abandon prédit, -^ dtscemo qui doit précéder l'époque du retour des Juifs et du grand triomphe de la foi.
— 348 — QUESTION.
Si, suivant la doctrine de l'Église, la majorité des hommes doit être danmée?
Non; il est certain que les vrais justes sont en petit nombre; mais ces élus, ces âmes d'élite entraînent chacune avec elle des multitudes de faibles au ciel. Les prières de l'Église, la com- munion des saints, ont une immense efficacité. Le purgatoire achève ce qui est imparfait sur la terre. L'esprit de charité veut sauver tout le monde et sauve la multitude des fidèles.
La souffrance n'affaiblit que les lâches; elle rend la vertu plus forte.
Le corps est une machine dont l'âme doit être le machiniste, sous peine de devenir elle-même la machine du corps, et c'est ici le sens de cette profonde maxime du Maître : « Si l'aveugle con- duit l'aveugle, tous deux tomberont dans la fosse. »
L'empereur Julien n'adorait pas les idoles; il croyait à la lumièi*e suprême. Mais sa lumière était sans chaleur; il n'avait pas compris l'eqprit de charité.
La charité ne veut pas l'égalité entre les hom-
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mes ; elle veut, au contraire, qu'ils aient besoin les uns des autres.
La charité appartient si bien au christianisme catholique, qu'au dehors de cette communion le mot même change de sens.
Les rêveurs sont toujours des dormeurs, et l'in- fortune leur vient en dormant.
11 ne faut pas faire de la vie un rêve, si Ton ne %eul pas faire de la mort un triste réveil.
Qu'esi^^e que Dieu^ révélé et expliqué par la doctrine et les exemples de Jésus-Christ?
Quel doit être l'objet de tous nos efforts, et le but de tous nos sacrifices ?
Quelle est la preuve de la vraie foi?
Qu'est-ce que la catholicité, dans son sens le plus étendu?
Quel est le préservatif de toutes les erreurs de l'esprit et de tous les égarements du cœur?
Quelle est la marque distinctive et éternelle de Id vraie Eglise?
Quelle est la force la plus irrésistible, la vérité la plus irréfragable, la divinité la plus évidente du christianisme ?
Qu'est-ce que le devoir, et qui peut le rendre plus nécessaire à notre àme que le droit ?
Quel est l'accord de l'autorité et de la liberté?
Quelle est la paix religieuse?
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S
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Qufl est raccord de la seienee et de la foi! \
Quelle doit être la fin de toutes les hérésies!
Quelle est la marque de la prédestiuationî
Qu'est-ce que la vie étemelleî
Quelle est la raison de rinfailUbiHté du Saint- Siège?
Quelle est la concilialion des contradictions ap- parentes?
Quelle force vaincra les moqueries de Voltaire et les arguments de l'École?
SECONDE PARTIE.
l'bSPIUT de charité. — * PLAN d'uN TRAITÉ A FAIRE.
INTRODUCTION.
LA SAGESSE HCHAINE ET 'LA FOLIE DE LA CROIX.
Prmmère partU,
i Notions essentielles et absolues. UT» I. LA 8GiENGs| Distinetion nécessaire. BT iA yoK J L'espril et le oœor.
\ L'arbre de science et l'arbre de yie.
;GalnetAb6l. Ufas n. us droit ^Esaû et Jacob.
ET LE DEVOIR. 1 Saûl et David.
« La nandiole de l'I
pandiole de rEniant prodigue.
I Loi naturelle, beauté et bonté de Dieu.
uTRBm. ÉcononBll^nâaimey unité et fisrae de vu AGIS. ] ï^®"-
[Époqae Loi chrétienne ' «»^^-?"î!??î^*
I Époque de l^^ni «g ^^ triomphe.) Ht*.
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' L*csprit de charité IraversaDt les
âges. i Réponse à tontes les objections contre la foi.
UTEE IV. l'esprit ) Explication claire et universelle des i>s CHARrrÉ. \ points essentiels de la doctrine. La catholicité nécessaire. Récapitulation et synthèse univer- selle en deux mots qui n'en font \ qu'un, Vesprit de charité,
Vaiucre la grossièreté dans la recherche des satisfactions naturelles, c'est l'œuvre d'une bonne éducation.
Vaincre les attraits du plaisir et le sacrifier au devoir, c'est tout le mérite de l'honneur.
Vaincre l'appréhension de la douleur et même de la mort pour obéir à l'honneur, c'est l'hé- roïsme, c'est la perfection humaine. On arri\e à cette perfectiou par une éducation progressive de la volonté. L'ascétisme était l'apprentissage du martyre : ou ne meurt pas comme Gurtius lors- qu'on a vécu conmie Natta. - Pour tendre ainsi à la perfection* il faut l'aimer. — L'amour de la perfection, c est l'esprit de charité.
Les expîaliou^ s*uit \v^ reprisses d une éducatj4m mauquue; heuix^ux yui sait lôs œcoEuattre et le^
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Expier, c'est manger après le dessert le sel qu'on avait négligé de mêler à ses aliments.
Un homme bien élevé n'est ni débauché, m' ivrogne, ni glouton.
Un homme d'honneur pratique sévèrement la morale humaine; un chrétien seul professe le renoncement et la charité qui est Thérolsme de toutes les vertus.
L'honmie sortant des mains de la nature n'est pas bon, comme l'a prétendu Rousseau, il a l'ins- tinct de l'égolsme, et ses passions, en se déve- loppant, en feront bientôt une bête féroce. La société, en lui faisant craindre ses châtiments, lui apprendra plutôt l'hypocrisie et la l&cheté, qu'elle ne parviendra à le former à la vertu, si la religion n'intervient; et c'est ce qui arrive pour tous les hommes vraiment vertueux. Le sentiment de l'honneur et du devoir est un sentiment religieux. Sans une foi réelle au principe même de l'hon- neur et du devoir, il suffirait de paraître hon- nête et d'éluder la loi pour vivre tranquille, et il n'y antdit de vertueux que les niais. C'est en œ sens qu'il n'y a réellement pas de probité sans reUgion.
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L^amaur du beau, du bon, de rhonnète^ est naturel; mais, eest un attrait q^\ doit être déve- loppé par TéducatioB et viyifié par ki foi reli* gieuse.
lV>ut est (MMifusion de mots. On se fait un Diea de fantaisie qu*on trouve absurde, et l'on en vient à déclarer que Dieu n'est pas. — On appelle catho- liques des pharisiens naodemes, et Ton en conclut que le catholicisme n'est qu'ostentation et hypo-r crîsie. On prwd les hypocrites pour des dévMs, et l'on confond ensuite à plaisir les vrais dévots avec les hypocrHes. — On rencontre par hasard un mauvais prêtre, et Ion rompt en visière pour cela avec tout le clergé. Tout cela est-il juste, tout cela a-4-4l m^e l'ombre de la logique et de la raison?
Personne n'attaque la vraie religion, la vraie {Hété, le VF» Dieu, mais tout le monde se bat contre des moulins à vent.
Nous ne connaissons Dieu que par Tesprit dé Jésus-Cbnst qui est Te^rît de charité manifesté par ses enseignements et par ses œuvres; en cela coDsiste toute la révélation, évidenmient divine comiuB la charité est divine. La science conteste
les miracles et discote les prophéties, mais il y a quelque chose de plus fort que la sdenee et de plus merveilleux que les miracles, c'est la chanté. (Voir le texte de saint PauL)
L'esprit de Jésus-Christ est toujours maut sur la terre, autrement tout mourrait; et là oà se trouve l'esprit de Jésus-Christ, Dieu est présent, agissant, et en quelque sorte visible.
Celui qui, sans croire en Jésus-Christ, pro- nonce le mot Dieu, ne sait certainement pas ce qu'il dit. Il n'existe aucun article de foi concer- nant le diable. Tout ce qu'on en dit est de croyance et de tradition. Le diable, c'est l'esprit opposé à celui de Dieu, voilà le principe. Que ce malheu- reux esprit existe, les erreurs et les crimes des hommes le démontrent assez. On le représente difforme, bien qu'un esprit soit sans formes, pour iure oompraftdre que c'est l'esprit de désordre. H est étemellêneDl réprouvé, parce que le mal «t à îamais îneonciliable avec le bien.
XAxe que Dieu est impersonnel c'est en Mer toute idée possible à Tintelligence. Le faire uni- personnel, ce serait en faire quelque chose de li-
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mité et d'incomplet. — Il est tripersomieU pour être un en plusieurs et tout en tous.
L'arianisme tendait à faire de Jésus-Christ une idole vivante, une sorte de sous-dieu ; — le mo- nothélisme anéantissait en lui Thumanité.
Deux natures distinctes en Jésus-Christ, mais non deux personnes; — deu^ natures sont en nous tous, spirituelle et corporelle; — deux per- sonnes, ce serait un conflit.
La religion est un ensemble de secours oi^- nisés pour aider les hommes à vivre suivant la
L'unité de religion ne peut s'établir que par l'esprit de charité. Ce sera la communion univer- selle des hommes, et dès que l'esprit de charité aura triomphé dans le sein de l'Église même, de tous les vices qui lui font la guerre, il se répandra dans le monde entier qui l'appelle et qui en a soif.
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Les martyrs des premiers siècles ont prouvé l'esprit de charité par le courage dans les sup- plices ; les témoins du renouvellement de la foi devront faire à leur tour leur preuve dans l'ab* négation, la pauvreté, par la résignation aux ca- looinies, aux mépris, aux abandons, et souvent aux persécutions les plus imméritées et les plus cruelles.
Si Ion ne peut connaître le bien et le pratiquer qu'en se faisant une juste idée de Dieu, si nous ne pouvons connaître Dieu que par Jésus-Christ, et Jésus-Christ que par son Église, il est rigoureu- sement vrai dédire : hors l'Église point de salut. Mais l'Église est universelle, c'est-à-dire qu'elle étend l'influence de ses grâces et la puissance de ses prières sur tous ceux qui lui appartiennent par la bonne volonté, par la rectitude du cœur et des désirs. Sur tous ceux qui seraient à elle, s'ils pouvaient la connaître, n'y a-t-il pas un baptême de désir? et la lumière de vérité a-t-elle jamais un long chemin à faire pour éclairer une âme et toucher un cœur? Avant la venue de Jésus-Christ, tous ceux qui désiraient la vraie lumière croyaient implicitement en lui. L'âme de l'Église est plus
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étendue que son corps, elle remplit le monda et attire à elle tout ce qui est de bonne foi et de bonnes mœure. Rousseau a rides anges mission- naires de saint Thomas^ parce qu'il n'était p» digne de sentir tout ce qu'il y a de foi et de cha- rité dans cette pensée; il est beau de penser que sur quatre ou cinq cents millions de nos frères ignorant la vraie religion, un nombre incalculable entre en mourant dans le sein de la vraie Église, instruit et baptisé par les anges 1
Les protestants n'ont plus de raison d'être même apparente. Contre quoi en effet protestent-ils? contre des abus qui n'ont jamais été ou qui ne sont plus? contre des persécutions qui ont cessé? •^ Non, mais ils protestent contre l'unité hiérai^ chique qui sanctionne les lois de l'Église. ^*- Ils protestcftit sans le savoir contre l'esprit de charité.
L'esprit national des juifs les rapprochedava»* taige de cette union qui est l'Ame de l'Égliseï etik seront la force du sanctuaire quand ils auront compris:
Que les chrétiens n'adorent pas trois dieux;
Qu'ils n'attribuent pas à k nature humaine les honneurs divins;
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Qn'its ne détruisent pas la loi de MoIsê, ttkhis qu'ils l'accomplissent;
Que le Messie est venu, et que c'est Notre-Sei- gneur Jésus-Christ.
Jésus-Glirist , en se montrant à nous , nous a aussi montré son père; Dieu est détenu >risible, évident, palpable.
L'Église, en se montrant h nous, doit aussi iidqs montrer son chef visiblement successeur de i6^ stt»-*Christ, et animé du mette esprit*
(Objection des mauvais papes ftieileàMsoiidt^: il y a eu de mauvais hommes sur le siège de saint Pierre, il n'y a jamais eu de mauvais ptpes.)
L'esprit de charité est une vérité, parce que c'est une lumière, une chaleur et une foire.
Le surnaturel visible, c'est l'esprit de charité; les vrais miracles, les miracles inocatestaUss, sont e&ax de l'esprit de charité.
L'esprit de charité donne à la vie une plénitude et une joie bien supérieures à tous les plaisirs de la vie.
Ainsi, Dieu est visible aux honunes, la vraie
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religion est évidente et n'a même pas besoin d'être démontrée.
Le devoir est clairement tracé, et facile à suivre dans toutes les conditions de la vie.
Il est faux que le monde soit sans religion ; la société est plus catholique qu*on ne pense : tout le monde adore, désire et attend l'esprit de charité.
Plus les misères sont grandes, plus le renou-* vellement par cet esprit est proche.
Personne n'a aimé la souffrance pour la souf*- france même, pas même Notre-Seigneur; on aime la souffrance pour la charité, dont on obtient à ce prix les mérites et les joies.
Si l'on veut te prendre ta robe, abandonne aussi ton manteau. Le Maître a dit cela aux indi- vidus et non à la société; la propriété est un principe, et les sociétés sont gardiennes des prin- cipes sous peine de mort. Le chrétien Mastal doit se laisser dépouiller, mais le pape Pie IX ne doit pas permettre qu'on dépouille l'Église.
— Faites des concessions, ou l'on vous prendra tout, dit-on au souverain pontife. Nonpossumvs^
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répond le pape, et en disant cela c'est un prin- cipe qu'il défend; il sait qu'il s'expose à tout perdre, et il persiste. Ce n'est certes pas là sacrifier le spirituel au temporel. La justice est étemelle, et le pape défend la justice.
Il eût mieux valu mourir sur son siège en disant nonpossumtis, que de laisser couler le sang (pour ne pas dire plus) à Pérouse et à Gastelfidardo. Mais tous les hommes font des fautes, et les papes aussi sont des hommes.
Certaines paraboles de l'Évangile ne paraissent pas finies, celle de l'enfant prodigue par exemple. Le voilà rentré chez son père, et l'on a tué le veau gras; mais il n'a plus rien, et son père, qui a par- tagé son bien entre ses deux enfants, n'a plus rien à donner au prodigue. Qu'arrivera-t-il ? Le frère sage prêtera au prodigue corrigé; ce dernier tra- vaillera et fera valoir, il redeviendra riche grâce à son frère et à ses propres efforts : voilà ce que Jésus-Christ n'a pas voulu dire, sans doute parce qu'il n'était pas encore temps.
Un homme est jeté hors de la salle du festin parce qu'il n'a pas de robe nuptiale; mais si un
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ém comivMfiortet lui donne lacieoMi ne pourra» Ml pas rentrer? et le père de familial lafesera-tHl à la porte odui qui aura été si gteéreiix? Je croîa au contraire qu*U doonera luMuâiae une de ses robes au convive charitable* Voilà de ces choses qu'on peut espérer^ mais qu'il ne faut pas ea&ei- gner^

Si les esprits de l'autre monde peuvent oommu- niquer avec les hommes deoeliiftHti) j^rquoiae l'ont-ils pas toujours fait? Pourquoi un Christ? pourquoi une ^glifloT pourquoi des con€Îie5? pourquoi nos tretauz? pourquoi nos sciences? pourquoi notre raison? Mais nous savons qu'il y a eu de tout temps des visionnaires et des impos- teurs; tous les hérésiarques se croyaient insi^rés. Luther conversait familièrement avec le diable» et ce diable de Luther était un théologien retors et brutal comme son maître. Qu'est-il sorti de tout cela? confusion, anarchie, et en définitive scepti- cisDie ou démence. Les mômes causes produiront toujours les mêmes effets. On reoonaatt l'arbre h ses fruits.
Si un ange de Dieu, disait saint PUul, vous
M\
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AmKHiQait un antre évangile que celui fui wus a été anooncé) qu'il soit «iiathéme 1 Ou ue réfléchît pas ama à la profoudaur de oette parole. Si Dieu même, eo ^et, pouraût trouUar Tordra que lui- même a établi, tout retomberait dans la coufu«» sioB, et Dieu même m serait plus Dieu*
Tant qu'il yaura desabusdatisrÉgliaêUgitkiie, les protestants auront une raison d'être; mais si ite afaoB sont auppriméa, la prolasiatioB tombe delte-même.
Quand l68 jttife pourront comprendra qut noua adorans Dieu en iésus-Ghrist, et non pas Jésus^ Christ à la place de Dieuy ils se souviendront que Jésus-Christ a été le plus saint des juifs, ils le» ront chrétiens comme nous, et nous serons juifs comme liii%
Quand les enGuts seront auesi expérimentés que les pères, quand les hommes naîtront to«t sages et tout formés, quand il n'y aura plus d'es- prita faibles et tno(Ma|ileta, la hiérarchie, n'exis- tant plus dans la nature, eessere d'être nécessaire danarÉglise. La liberté de consoieacasera alors
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seulement une vérité, et Ton pourra se passer de prêtres et de pape. Mais quel est donc le père de famille qui, sans être un monstre, permettrait i ses enfants de s'empoisonner sous prétexte qu'ils sont libres? Non, celui-là n'est pas libre, qui, si on l'abandonne à lui-même, fera nécessairement le mal. Ne pas empêcher, même par la force, un fou de se tuer^ c'est être soi-même un assassin.
Savez-vous quel est le crime des chrétiens de nos jours? C'est de n'être pas assez chrétiens. Celui des catholiques est également de n'être pas assez catholiques. Les yraîs protestants doivent se croire plus chrétiens et plus catholiques que le pape. Ils sont alors archi-papistes, ou ils ne sont rien.
L'homme ne peut se passer d'autorité, et tel qui croit au-dessous de sa raison de consulter l'Église, ira gravement consulter son guéridon ou son chapeau.
Le spiritisme est une photographie des idées courantes. Les livres d'Allan Kardec sont farcis de saint-simonisme, de swedenborgisme et de
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mormonisme ; mais c'est moins savant que Saint- Simon, moins élevé que Swedenboi^g, moins lo- gique que Joê Smith. Il faudrait donc croire qu'on vieillit encore après la mort et qu'on rejette sur la terre les radotages d'outre-tombe. Quelle triste perspective pour les grands hommes! Quelle triste aubaine pour les vivants !
BeUe et sainte monarchie du ciel, Jésus homme-Dieu, et Marie mère de Dieu I Anges de fra Angelico, saints de la légende dorée, vierges du paradis de Dante, combien vous êtes plus grands, plus poétiques, plus beaux que les spectres de Gahaguet et les larves errantes d' Allan Kardec I Dogme sévère et incorruptible, belle et sainte charité qui distribue^: les élus sur l'échelle d'or de la hiérarchie, doctrine profonde pleine de lumière pour la douceur d'esprit et de ténèbres pour l'oigueil, soleil de gloire et de justice, les honmies ne vous voient plus parce qu'ils ont les yeux malades. Qu'ils reviennent à la raison, et ils reviendront à la foi, car la foi et la véritable raison sont sœurs, et toutes deux sont les filles chéries de Dieu. Malheur à celui qui ne les dis-
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tingne pas, nuds trois fois malheur à ealiu qui ¥oudndt les séparer!
Nous sommes à la ipeîtle d'une transformation rriigieuse, le eomte de Maistre la dit et tout k nomde le sait ; mais quelle sera cette transfor*
mation?
La science et la foi nous le disent assez, ce sera le passage de l'analyse à la synthèse, du christianisme au messianisme, du catholicisme aTeugle à la catholicité écfeîrée.
Ce sera la réconciHation de la raison judaïque avec la foi chrétienne : le retour aux études kalh balistiques préparera ce grand événement prédit partes apôtres, et attendu généralement partons les pères de l'ïîgKse. Les juife les pins éclairés, ceux qui connaissent et qui étudient le Soliar, s*attendent à ce rapprochement. M. Franck, dans son Kvre sur la Kabbale, parle d*une école de Soharites qui presque tous se sont faits chré- tiens; mais, ajottte-t-il, \h ne considératent ïe fhristimisme actuel que comme une transMoU nécessaire de Fancim degme de Moïse à wie syar- thèse rsligie«se uaii«Hi^e.
Cette syntlrèse, toutes les ^telKg^mees éleite
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de notre temps la pressentent. Gœthe l*a ms^i- fiquement rêvée ; Lamennais voulait la feire ac- cepter par l'Église officielle; Chateaubriand la laisse deviner sous les voiles de poésie dont il couvre la prêtresse d*Homère, la chrétienne Cy- modocée; Michelet la chante en prose rhythmée dans la Bible de Thumanité, mais on sent trop en lui Fenfantde Voltaire aigri contre le christianisme par les barbaries théologiques du moyen-âge. Quoi qu'il en soit, la synthèse se fait. Michelet ex- plique les symboles de l'Inde, de la Perse et de la Grèce, mais il comprend moins ceux de la Rome chrétienne, peut-être parce que la Rome chré- tienne en est venue à ne plus les comprendre elle-même. L'esprit qui inspirait les évangiles apocryphes s'est perdu avec les mystères du gnos- ticisme, et la critique ecclésiastique moderne, tyrannisée par la froide et étroite raison protes- tante, a mieux aimé mutiler les légendes ou les effacer que d'en chercher la portée allégorique.
Nous en avons retrouvé une parmi les petits livres de la bibliothèque bleue, et cette légendCt évidemment ancienne, parait remonter jusqu'à Tépoque des évangiles gnostiques; elle est pleine d'allégories touchantes et de noms qui viennent
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du grec. C'est la l^nde de sainte Anne, mère de la sainte Vierge ; Anne, dont le nom signifie h gracieuse ou la grâce. Sa naissance est annoncée par un vieillard nommé Archos, nom qui signifie le principe ou le commencement; elle natt d'une dame nommée Émérantiane, ou la dame de nos jours. Sa légende est une yéritable épopée allégo- rique , et nous la donnons ici comme le complé- ment de notre travail sur les évangiles apocryphes, et comme une pièce justificative en faveur de notre opinion sur le génie des premiers âges chré- tiens et sur la signification philosophique de nos livres sacrés.
LA
VIE DE SAINTE AMNE
MÈRE DE LA SAINTE VIERGE.
DS QUELS PARENTS EST ISSUE SAINTE ANNE.
Au temps passé, au pays de Judée, en une ville nommée Zéphor, située à deux lieues de Naza- reth, il y avait une fille appelée Émérantiane, qui était issue de la lignée de David, laquelle était dé- vote à Notre-Seigneur.
Cette fille proposait en son cœur de vivre en la crainte de Dieu avec pureté corporelle, et seule durant sa vie, en cas qu'elle fût agréable à Notre- Seigneur.
Elle avait accoutumé de visiter les personnes dévotes, les prophètes Élie et Elisée, lesquels habitaient au mont de Carmel, et conférait avec eux de la vie spirituelle et des choses pro- digieuses que Notre-Seigneur a faites au' temps passé es douze lignées d* Israël, semblablement
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des divers prophètes par lesquels Notre-Seîgneur a fait maintes promesses, mèmement comme le Fils de Dieu,- pour remédier à la nature hu- maine, devait naître d'une jeune Vierge, et pour- quoi il a si loiifguement différé à laet^omplir.
Quand Émérantiane eut ainsi conféré avec les disciples d'Élie et d'Elisée, advint un jour qu'elle parlait à un desdits disciples, nommé Archos, âgé de cent trente-trois ans, disant : 0 vénérable Père ! je désire de ta paternité que je te puisse demander une chose dont mon cœur est en doute et en souci.
Il répondit : Émérantiane, ina douce fille, de- mande hardiment et ne me cèle rien, car ta douce parole me plaît fort et me réjouit.
Alors elle lui dit : Père vénérable, mon cœur ne peut comprendre si jamais en ce monde tran- sitaire sera trouvé quelque fenune en l'état de maria$i^« de laquelle sera procréée la sainte fille qui luéritera d enfanter le Fils de Dieu, lequel le oiol et la terra ne peuvent environner, et comme olle le porten en corps en son sein et tendre wrpî^.
Or. OL^uuuent ic^la se peut-il compr^idns? car il iii\>$t ;iiti;i^ ^on mda atteDdemeiit^ s*il est pos-
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sible que la sainteté de tous ceux qui ont été de- puis le commencement du monde, et seront en- core jusqu'à la fin d*icelui, fût accumulée en une seule personne, qu*icelle ne serait pas à comparer à telle femme, de laquelle procédera la Mère fu- ture du Fils de Dieu.
0 mon cher père , quand je réfléchis à tout cela, je suis en grande admiration ; je ne puis toutefois penser pourquoi est-ce que notre Ré- dempteur ait attendu à venir plus de quatre mille ans?
Et ainsi que les larmes tombaient des yeux de cette fille, elle parla derechef, et dit : Hélas 1 je crains que plusieurs années ne s'écoulent en- core avant que Ion puisse trouver un si saint mariage sur la terre.
Le saint père Archos , entendant ces paroles, considérant la profonde pensée de cette sainte fille, s'émerveilla; et, par long espace de temps, la rqgarda comme s'il avait été ravi, et de grande admiration ne put proférer aucune parole. Peu après la parole lui revint, et dit :
0 Émérantianel trèe-noble dame, jeune d'âge, mais ancienne de sens et d'entendement, vous me semblés être la racine dudit saint et inconlaminé
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lit du mariage dont vous avez parlé , de laquelU' cette sainte fille, mère future, doit naître le Fils de Dieu. Avant que nous partions de ce monde il procédera ; car je le dis eu vérité qu'entre les filles de Jérusalem n*a été semblable à toi, ayant congitation de telle profondité comme tu as eu, pour ce tu t'en dois réjouir; car le Saint-Esprit repose en toi ; en toi seront bénies toutes puis- sances dessus la terre.
Émérantiane, entendant cet ancien parler, fut consolée, et, en pleurant, se mit à genoux et dit : 0 Dieu d'Israël! combien sera à nous votre face cachée, et à nos pères constitués aux lim" bes, criant à vous incessamment en grand ennui, attendant de vous ce qui nous a été promis par les prophètes et saiqtes Écritures.
Nous avons contracté la tache du péché ; qui nous relèvera, sinon vous, Vierge prédite? Quand sera-ce que nous pourrons passer les portes des ténèbres franchement ? 0 mon Dieu ! quand vien- dra l'agneau immaculé qui effaéera les péchés des hommes et paiera les dettes de nos premiers pères, ce fort lion qui déchirera les portes de métal et rompra les portes de l'enfer? Quand chanterons-nous en jubilation : Notre-Seigneur
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est venu, et toutes obscurités ténébreuses sont
éclairées? Je suis pauvre pucelle, bien certaine
qu'il nous faudra descendre vers nos pères aux
limbes, lesquels toutefois ont été plus parfaits
de leur vivant que moi ; cependant une chose me
réjouit, car j'ai confiance que ceux qui de mon
lignage seront procréés, n'approcheront le lieu
des ténèbres de Tenfer, d'autant qu'après moi
une clarté infaillible s'élèvera, qui éclairera toute
obscurité.
Quand les disciples d'Élie et d'Elisée, avec l'ancien père Archos, eurent entendu les paroles de la jeune Émérantiane, ils furent fort joyeux avec elle en Jésu&-Christ, en lui rendant louange, dont il est fait mention au livre des miracles.
DES MŒURS ET EXERCICES D'ÉMÉRANTIANE.
Émérantiane était d'une grande beauté et bien formée de corps ; elle était aussi fort riche en biens temporels, noble de lignée, mais plus noble de vertus; car avec pénitence elle châtiait son corps, et gardait tel silence que, depuis l'heure de vêpres jusqu'au lendemain à l'heure de
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none, ne volait parler un seul mot; trois jours chaque semaine elle s'abstenait de Tîande, et ne buvait ni mangeait que dures et amères ra- cines d'herbes qui croissaient dans les déserts; eHe ne fréquentait nulle personne vicieuse; elle ne cherchait que les personnes vertueuses et spi- rituelles, fussent hommes ou fenmies étant dé- vots ; elle visitait mêmement les prophètes Élie et Elisée, résidant au mont Carmel, vivant anslè- rement.
Souvent ati^i servait et priait Dien, en la chambre enfermée, et fuyait toute oîsivrté, per- sistant au service divin, assistait tes pauvres soi- gneusement depuis son bas âge qu^elle vint à avoir entendement, jusqu'au temps que, par le conseil de ses parents, elle eut pris mari et n'eût jamais r^[ardé nul homme en face que les per- sonnes pieuses et dévotes, auxquelles elle par- lait les yeux baissés vers la terre. C'est pourquoi le bruit de sa saîntefté fut répandu par toute la Judée.
n n'est point de merveille que de bon arbre et de bonne racine il ne soit procédé de bon frait; car c'est ce qui est dit dans l'Évangile, qu'im bon arbre ne peut produire de mauvais fruit.
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coMia jtniiumun jqt ]&*iu*ii.
Quand cette fille Émérantiane fut en Tâge de dix-huit ans, ses parents et amis s'assemblèrent et consultèrent de la marier à un honnête hoqune, laqiielle cho^ ne voulut promettre. Ayant d'y consentir, elle requit, par lemoyei;! des serviteurs de pieu, d'en savoir sa volonté; car elle avait proposé auparavant de demeurer en chasteté sa vie durant ; et parce qu'elle ne savait quel état Dieu voulait qu'elle acceptât, elle s'en alla au n^ont Qarmel consulter les saints personnages^ afin qu'ils voulussent prier Dieu, pour qu'il lui vou- lût manifester par quelques signes sa divine vo- lonté. Lors les saints pères le firent et prièrent Dieu, persévérant en continuelles oraisons. Au bout du troisième jour, il leur apparut une grande branche d'arbre, ayant seulement en elle un ^éul fruit, et sitôt que le fruit en était cueilli, ladite branche séchait. Incontinent après fut vu qu'un fruit très-beau à voir fut mis à ladite branche séchée et environnée de grande clarté divine, le- quel fruit semblait, à voir ^i lucide, que la vue humaine ne pouvait regarder, de laquelle vision
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lesdits saints pères furent émus en admiration ; car en signes miraculeux ne pouvaient nullement entendre le vouloir divin, et ce dont ils avaient fait leurs oraisons, priant Dieu de leur manifester ce que c'était de ce signe.
Il arriva encore au troisième jour qu'ils étaient en prières, qu'une voix fut ouïe du ciel, décla- rant la signification du signe, en disant : La branche verte signifie le mariage qui sera con^ sommé en Émérantiane ; le fruit en procédant démontre l'enfant qu'en brief jour d'elle nattra; la sécheresse de la branche dénote la stérilité ; la clarté par laquelle le fruit est attaché à la branche signifie la puissance divine, par laquelle Émé- rantiane, en sa vieillesse inféconde par-dessus le cours de la nature, concevra et produira un fruit, lequel apportera le sauvement au monde univer^ sel, le nom duquel chassera les esprits mauvais, et les bons anges l'auront en grande révérence, sera manifesté et annoncé par tout le monde.
Et quand les saints pères eurent ouï cette voix miraculeuse, ils rendirent louange et bénédiction à Dieu le Créateur en pleurant de joie, et don- nèrent à connaître à Émérantiane, connoue en peu. de temps, par la volonté divine eA conseil de se^.
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amis, elle prendrait mari, et comme, au moyen de son mariage, il youlait montrer au monde sa grande miséricorde.
Emérantiane, voyant cela, rendit grâces à Dieu, le priant très-humblement qu'il plût à sa béni- gnité la conjoindre par mariage ft un bon, juste et loyal mari, qui fût craignant Dieu, et non autre chose demandait-elle, que ce qu'à l'état de mariage appartient à la louange de Dieu, pour multiplier lignage à l'honneur du Créateur. En- fin, elle se rendit à toutes ces pressantes sollici- tations.
DU U6MÀ0E DE SAINTS ANNE.
En ce temps-là, il y avait un jeune homme riche et de bonne estime, nommé Stolano, issu du sang royal, noble dès le commencement de son enfance, nourri en la crainte de Dieu, lequel fut donné, par les amis d'Émérantiane à icelle, en légitime mariage, duquel elle eut une fille qui fut appelée Ysmaria. Quand elle eut quinze ans, elle fut mariée à Élinde, qui eut une fille appelée Elisabeth, qui eut pour mari Zacharie, le souve-
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rain f rètre dcmt eat descendu Joan-Baptiste, et
en iMitreccMiçut encore Ismaria une fille nominée
Enim, mère du saint évèque Servais. Dans la
suite, quand tmérwiimue eut saixwte et ub ans,
elle pensait pour certaw de Jà en avant, selon le
cours dénature, qu'elle n'aurait pbfs d'e^^^^
néanmoins elle était attendant, suivant la pco-
messe qui lui avait été faite par le saint père
Archos. Quelques jours aprèis, étant dans la
dbambne en oraison, elle fut environnée d'une
grande clarté., el ouït une voix qui lui dit : Émé-
rantiane, je t'annonce aujourd'hui une grande
joie à venir en ce monde, car Dieu tout-puissant
veut montrer sa bonté infinie aux enfants du
genre humain; le temps est proche qu'il a promis
par les prophètes ; car la racine de Jessé fleurira,
et la semence d'Âbrahaoi recevra hénédicticn, le
tr6ne de David aura qui en lui s'asseûîra. Par quoi,
chère amie, écoutez-moî, car l'esprût de Dieu
vivant est en mcn,
DE LA MERVEILUEUSE SàXVnTÈ DE SàDTES INK.
Alors qu'Ésaérantiane eut vu la grande clarté, eUe fut fort épouvantée, elle onît une voix, lui di-
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saut ainsi : ^éimutiane, n'aie ni peur niccainte, mais honore ton Créateur de tout ton pouvoir; car par sa giAot tu concevras par-deiaas le cours de nature, de Stolano ton mari, et enfianèeras une fille, de laquelle naîtra une fille qui a été prédestinée avant la création du monde, précieuse par-dessus toutes créatures kumaines; car Dieu veut opérer en elle des choses incompréheasibias^ excédant les entendements angéliqneset humains, par-
Lors Émérantiane répondît : iesuisfilte d'Adam, ancienne d'âge, le fruît 4e mariage moi; c'est pourquoi natureUement je ne puis concevoir ; néanmoins je sais bien et confessequ'à Dieu rien n'est impossible. Faites de moi aekm votre bon ptaisir et selon vos grandes miséri- cordes; car nos parents ^t moi nous vous avcms grièvement offimsé, et ne méritons rien. Lors elle oQlt derechef la \oix, Ini disant : Fille, d^ meure en paix, car il faut que je fasse savoir la puissance et volonté divine aussi pareillenMmt à Stohtno, ton mari. En ce temps-là, Stolano était allé dehors voir ses bestiaux allant pattre aux champs ; ainsi comme il était en son oraison, su- bitement fut environné d'une lumière, et oolt une
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voix qui lui dit : Stolano, paix soit avec toi, lève- toi, et t*en va en ta maison, et couche avec ta femme Émérantiane, laquelle le nom sera mani- festé par le monde universel.
Quand Stolano ouït cette voix, il en fut fort épouvanté, et s*étonna beaucoup ; car il était en l'âge de soixante-dix ans, et que tous deux étaient inhabiles pour avoir génération selon le cours de la nature. Lors il ouït derechef la voix, disant : Stolano, ne veuille douter, car il n est rien d'im- possible à Dieu, et pour signe de ce que je dis, quand tu entreras dans ta chambre, là oii tu dois coucher, regarde vers le chevet du lit, et tu trou- veras en écrit quatre lettres d'or que nulle per- sonne n'a écrites. Et ayant dit cela, la clarté s'évanouit de lui. Quand Stolano eut entendu, il se leva de sa cellule, louant Dieu, puis s'en alla vers sa femme Ëmérantiane, et se contèrent l'un à l'autre ce qu'ils avaient vu et oui, allèrent en ladite chambre, et trouvèrent le signe de quatre lettres d'or écrites au chevet du lit, conmie deux A et deux iV, lesquelles jointes ensemble font Anna, laquelle Ëmérantiane concevrait en bref et enfanterait, dont ils louèrent et remer- cièrent Dieu, attendant la promesse du Créateur
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à eux faite. Peu de temps après, Éoiérantiane conçut, de Stolano son mari, un fruit par la grftce spéciale de Dieu, et en grand désir attendait le temps de l'enfantement.
Quand le temps s'approcha, elle alla vers les disciples, priant très*humblement qu'ils vou* lussent faire oraison pour elle envers Dieu, afin qu'il lui plût préserver de l'ennemi le fruit qu'elle portait, et qu'en temps et lieu elle pût enfanter salutairement. En ce temps, il y avait un disciple nommé François, lequel, quand il vit Éméran- tiane, se mit à genoux, criant à haute voix, et disant : Qui est cette sainte matrone qui est auprès de moi? Émérantiane lui répondit : Très-véné- « rable père, ne me connais-tu pas? Je suis la vieille Émérantiane, ta très-humble servante. Il lui dit : Émérantiane, je vois en toi grand mystère par- dessus le cours de la nature. Je te dis, en vérité, que, comme uncieiigeou une lampe rend clarté es ténèbres, ainsi je pénètre au milieu de ton sein une fille resplendissante en clarté, dont je ne puis assez m'émerveUler, car elle excelle l'entendement humain.
Émérantiane lui dit : Révérend Père, les œuvres de Dieu sont incompréhensibles, et ses oûséri-
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eorâm sodI mpésétrables, et ce qa'îl vent mon* trer dans fm de t^tips à son peuple. Veuillez prier pour moi ; car la bonté divine se veut mani* fester, laquelle nous est promise depuis long* temps.
Quand le bon père François et ses compagnons entendirent C(da, ils prièrent ajec ferveur pour elle; ils lui dirent : Émérantiane, réjouis-toi , car ta prière sera etaucée; retourne en ta maison, et fais tes apprêts pour enfanter.
tut QUSL TEMPS 8AIN1% kSM FtJT RÉK.
Quand le tempâ fut venu suivant la promesse de Tange, enfanterait one fille, cela arriva ainsi qu'il avait été prédit ; et il parut sur là poitrine dudit enfant quatre lettres d'or, faisant le nom d'Anne. Ce nom était res- plendissant fioiUme pierres précieuses.
Quand ce beau miracle de ce nom fut vn par les femmes qui avaient assisté à renftudtenie&l, le bruit de cette merveille se ré)^dtt de toutes part»,
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aveugle; et se fit conduire par son serviteur Jérusalem, lieu de sa demeure.
OOMlfE SAUms ÂSHE FUT L BSPAGX BE GIHO AUB SEEVAim ▲U TEMPLE DE JÉEU8ALEM AVEC LES AtTEES FILLES.
Après qu'Émérantiane et Amie sa fille vinrenl demeurer en Bethléem, vinrent neuf prêtres au temple de Jérusalem qui reçurent sainte Anne de sa mère en grands honneurs, qui n'avait que trois ans, la menèrent en grande révérence dans le temple de Jérusalem, pour y servir les autres dévotes qui y demeuraient, entre lesquelles Anne profitait et croissait en Tamour de Dieu et en toutes sortes de vertus; jour et nuit dévote en toutes ses prières, elle était aussi diligente aux œuvres manuelles qui lui étaient ordonnées, car les jeunes filles servant au temple, devaient laver, coudre et nettoyer les ornements du temple.
Lorsqu'elle se trouvait seule, elle se jetait à genoux pour prier Dieu en grande dévotion, ce qu'un des prêtres du temple s apercevant, s'é- tonna de la grande dévotion de cette jeune fille. Afin d'en être encore mieux informé, il se cacha secrètement en la chambre où il avait accoutumé
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de faire cette dévotion , afin qu'il pût voir et oiilr la manière de ses prières. Et quand se vint h, minuit , Anne se leva de son lit à la ma- nière accoutumée, priant à mains jointes, les genoux en terre, les yeux fixés vers le ciel, et disant :
O Dieu d'Israël I ma conscience me donne té- moignage que nous vous avons grandement offensé, à cette cause vous vous êtes éloigné de nous; certes, Seigneur, combien de temps se passera-t-il encore jusqu'à la délivrance de notre dur esclavage? Nous sonunes dans cette attente, suivant les promesses que vous en avez faites à notre père Abraham, de nous donner un libéra- teur. Seigneur, ne vous ressouvenez point de nos fautes passées ; mais souffrez que votre miséri- corde nous vienne consoler.
Souvenez-vous de nos pères Abraham, Isaac et Jacob, et de la miséricorde que vous leur avez promise.
Je vous prie, Seigneur, de vouloir exaucer la prière de mon tendre cœur, et ne rejetez point mon oraison, car vous êtes mon Père qui m'avez créée; c'est pourquoi mes lèvres vous loueront en ma jeunesse, et quand j'aurai plus d'âge, je
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feus donnerai de plus grandes louanges, ea vous confessant , et aurai mémoire de votre su- séricorde, et la prêcherai à ceux qui en vous ne croient.
Quand Anne eut ainsi prié, elle se prosterna sur la terre, et prit un peu de repos.
Le prêtre, qui s'était caché pour voir et en- tendre les ferventes prières de cette jeune fille, fut ravi d'étonnement à la vue d'une si grande dévotion ; il disait en lui-même :
Si tous les sages de Jérusalem voyaient la piété de cette pucelle, ils n'en seraient pas moins étonnés que moi. Et parce que le jour approchait, ledit prêtre n'osa demeurer plus longtemps, de peur d'être aperçu, mais secrètement se retira. L'eippressement qu'il avait de savoir qui était cette sainte fille, fît qu'il y alla tant de fois qu'il vit Anne en face, joignant les mains, dit :
0 Dieu tout-puissant! je ne pouvais vivre en repos jusqu'à ce que j'eusse connu cette sainte pucelle, et je crois que c'est cette fille dont il est dit qu'une pucelle parviendra à un émînent d^i*é de sainteté.
Anne continua ses exercices de dévotion, et st rendit de plus en plus agréable à Dieu.
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GOMHB ÉMÉRAHTUIIB tfOOttlT ST FOT XIHI BN «AfQLTUM FBÂS m STOLANO SON MARI.
Quand Émérantiane, mère de Huiiito Aiints mi septanle-huit ans, elle dit à sa iillu Aniio : Ho- gardez, mes jours sont passés, il est tempM qiio jn me repose avec mes père et mère et d'Atri) on sépulture auprès de Stolano, votns |>èro. 0 iim trèsH^hère fille! ayez mémoire de la mtiUivivnvdu que Dieu nous a montrée et fait encore ulUmAm patiemment le temps de grâee que Diiru non*» u promis. Gardez les commaxukmimtA di5 flii5U, ayit/ compassion d^ pauvre», a^uf^iUfi Ut% iUmiUm^ demandCT cmiseil aox gens pi^^ux ^ hashuU, Dmv la sainte Écriture, reod^ ^tiiâ'ji% ^j lUi^U'.ur iU*. Ums les biem qu J fMj% a f^iU. ^ ;« t/^j« ((^^o*
lillr. ia sai'.*^ ^ .• • .. t» • Jr »--.
ALIat 54KlL.*l lOU^^^m^^'jf. ^ AU.'»*
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auprès de son mari, comme elle avait demandé. Anne pleura sa mère autant de joui-s qu'elle avait d'années.
COMME SAIIS'TE AiN.NE, A L AGE DE DIX-HUIT AWS, PRIT MARI.
Alors qu'Anne eut dix-huit ans, par le conseil de ses amis, elle prit mari, un homme craignant Dieu, noble de sang, comme de la lignée du roi David, appelé Joachim, lequel vivait saintement en la crainte de Dieu, et gardait ses commande- ments, et était miséricordieux envers les pauvres; car on dit de lui que quand il eut quinze ans, il partagea son bien en trois pails, en donna une partie aux pauvres, l'autre au temple, et la troi- sième part fut pour subvenir aux besoins de sa maison.
Quand il eut vingt-un ans, il épousa Anne et la prit pour femme, laquelle était fort charitable, faisant du bien aux pauvres, et même aux malades et affligés; elle habitait en Nazareth, petite ville de Galilée, en laquelle l'ange Gabriel annonça à Marie sa fille qu'elle concevrait et enfanterait le tUs de Dieu ; ainsi donc Anne menait une vie très-
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sainte. Il lui arriva une fois quelle lisait comme Tobie instruisait son fils, en cas que Dieu lui en- voyât largement des biens temporels, qu'il en donnât librement aux pauvres, lesquelles paroles Tépouvantaient en soi-même, pensant en son cceur : 0 Dieu ! combien j'ai de biens et pourvue de toutes choses nécessaires ! hélas ! j'ai été ingrate et n'ai pas accompli mon pouvoir comme cet écrit lordonne. Pendant qu'elle était ainsi pensive, il y survint Joachim, son mari, et la voyant triste, lui dit : 0 ma très-chère aimée! pour quelle cause êtes-vous triste? Elle répondit : Parce qu'il y a longtemps que nous n'avons satisfait aux ordon- nances de la sainte Écriture, et lui fît lire ce qu'elle avait lu de Tobie. Quand il eut lu, il lui dit : Que te semble-t-il que nous devons faire? Elle lui répondit : Il me semble que puisque Dieu nous a pourvus de biens, que nous les partagions en trois parts, que les deux premières parties soient dis- tribuées à l'honneur de Dieu, et la troisième pari nous la garderons pour nos besoins. Il lui répon- dit qu'ainsi ferait, car il désirait faire le sem- blable, avant qu'ils fussent conjoints ensemble. Quand Anne ouït cela, elle fut réjouie, et se fit préparer un mulet, s'assit dessus, et s'en alla avec
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ses serviteurs aux champs et es lieux oii élaieiil les bestiaux paissants, pour les ramènera la mai- son. Le nombre était de deux mille àena cents. Et quand ils les eurent ramenés, ils les parta- gèrent tous en trois parts égales; l'une des parts fut donnée au temple, l'autre aux pauYres, et la troisième ils la conservèrent pour se nourrir, et dont elle aidait encore les pauvres yeuyes et or- phelins, là où elle savait les trouver, et le faisait par le consentement de son mari Joachim, car il était semblablement miséricordieux envers les pauvres, et en ce point ils vivaient en la crainte de Dieu, en paix et amour ensemble, gardant les commandements de Dieu soigneusement.
Hélas! combien s'en faut-il aujourd'hui que les personnes conjointes en mariage se condui- sent en cette sorte ! Dieu y veuille pourvoir. Ainsi soit-il.
gomme anne fut avec joagillm £n l'état pe habiâgi vingt ans sans avoir fr9it, et gomme il fut ashlo- ghé audit joaghm du souverain prêtre, allant a l'offrande.
Quand Joachim eut été avec Anne en ma- riage l'espace de vingt ans, vivant sdon Dieu,
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ils n eurent aucun fruit, ce qui était grand opprobre devant les gens, car, en ce temps- là, on se moquait de ceux qui étaient infruc- tueux et qui n'augmentaient point le peuple, et, pour cette cause, furent méprisés de plu- sieurs.
C'est pourquoi ils firent leur oraison à Dieu avec ferveur qu'il lui plût regarder ce reproche, et leur ^ivoyer du fruit, lequel lui offriraient pcNir le servir au temple de Jérusalem.
Un jour que Joachim en une grande fête vint avec les autres de son lignage en Jérusalem pour faire offrande selon la loi, comme il approcha de l'autel, il mit l'offrande dessus.
Le prêtre le prit de mauvaise part, jetant l'offrande hors de l'autel en présence de tout le peuple, lui repr«icha son infructuosité, di- sant :
Qu'il n'était pas décent de recevoir son of- frande avec ceux qui étaient fructueux, à cause qu'en son état de mariage il ne multipliait pas la lignée du peuple d'Israël.
A ces paroles, Joachim fut triste et ennuyé, iadinant la tôte, n'osait de honte regarder per- somieanfaoB.
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GOMME JOAGHIM S'EN ALLA VOIR SES BERGERS ET PAâTOC- REAUX GARDANT SON BÉTAIL^ ET GOMME l'aNGE LE CON- FORTA.
Gomme Joachim en la présence de ses amis et de tout le commun peuple avait en cet état été rejeté, car c'était sa coulpe, et de chagrin il n'osait retourner en Nazareth, craignant que ses voisins ne lui reprochassent ce qui lui était arrivé au temple, il s'en alla vers ses pastoureaux, et délibéra de demeurer avec eux sans se trouver à Nazareth, comme il fit, attendant que Dieu le consolât et lui donnât à entendre ce qu'il avait à faire.
Et quand il eut été là quelque temps, il ar- riva une fois qu'étant seul, l'ange de Dieu, avec une grande clarté, le vint visiter, en le consolant et l'exhortant qu'il ne fût épouvanté, et lui dit : Je suis l'ange de Dieu, par lui envoyé pour fan- noncer que ton oraison est exaucée de Dieu, et que tes aumônes sont montées jusqu'au ciel ; il a vu la honte et le reproche de ton infructuosité; car Dieu est le vengeur des péchés, et non point de la nature. Kt quand il rend une femme infé-
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condi), il fait cela afin que plus miraculeusement il lai rende la fécondité quand il lui plaira, comme il fut fait de Sara, femme d'Abraham, laquelle en sa vieillesse enfanta Isaac. Semblable- ment Rachel fut inféconde, et en vieillesse enfanta Joseph, qui devint grand Seigneur en Egypte. Puis Samson et Samuel, qui eurent tous deux des mères qui furent longtemps stériles; ainsi il faut croire que les nativités différées sont d'au- tant plus merveilleuses qu'elles ont été différées. Sache que ta femme concevra une fille que tu nommeras Marie. Cette fille consacrée à Dieu, et au ventre maternel sera remplie du Saint-Esprit ; c'est pourquoi elle ne demeurera entre le peuple commun; mais au temple, afin que nul n'ait suspicion d'elle, et ainsi qu'elle sera née d'une femme infertile; ainsi d'elle naîtra le Fils de Dieu, qui s'appellera Jésus ^ et par lui recevra toutes créatures à sauvement. Pour signe de vé- rité, ta femme Anne te rencontrera en Jérusalem à la porte dorée, car elle a dessein que tu t'en retournes.
Quand l'ange eut ainsi parlé à Joachim, il se ré- jouit; et comme Anne, sa femme, était ennuyée, attendant sa venue, ledit ange s'apparut à elle.
et la consola, lui dit ce qu'il avait annoncé à Joachim, et qu'elle allât w Jérusalem à la porte dorée, où elle le rencontrerait, ce qu'elle fit.
Et quand ils se rencontrèrent, ils fur^it rem- plis de joie de la promesse de l'ange, touchant la fille qu'ils devaient avoir. Quand ils eurent été au temple servir Dieu dévotement, ils retournè- rent ensemble à Nazareth, où ils attendaient en grande liesse la promesse divine. Aussitôt après Anne conçut, et neuf mois après enfanta une fille, laquelle fut appelée Marie^ conune l'ange avait ordonné. Or, quelle joie fut au ciel et sur la terre de cette nativité! Qui pourrait expliquer le bonheur que reçurent les humains!
DE Ul nativité de MARIE.
Le jour qu'Anne devait enfanter le bienheu- reux enfant que l'ange avait annoncé à Joachim. son mari, celui-ci s'en alla quérir une partie des sage^femmes, pour assister Anne à son enfante- ment, pareillement s'en alla en la montagne quérir Elisabeth, la femme de Zacharie, et Ys- maria, sœur d'Anne, ayant quatre-vingt-un ans. Quand elles furent venues en la chambre d'Anne,
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il leur sonblait qu'elles sentaient une grande Joie au cœur, et plus elles approchaient Anne de près, plus elles sentaient de joie et d'odeur. Quand vint l'heure qu'Anne devait enfanter, elle fut subitement environnée d'une grande clarté, et enfanta une belle fille, luisante connue le soleil, et incontinent vint une multitude d'esprits céles- tes, chantant mélodieusement : Voyez ici la reine des cieux et mère à venir du Fils de Dieu. Quand les sages-femmes furent assemblées en la chambre d'Anne, et y eurent été six jours, virent choses merveilleuses, et rendirent louange à Dieu.
UN MIRACLE.
Au même instant que Marie fut née, vint in- continent un aigle volant sur la maison où Anne était accouchée, tenant en son bec plusieurs ra- meaux, et fit un nid dessus ladite maison, lequel dura depuis plusieurs années, mêmement après la résurrection de Jésus-Christ.
▲CTAE lURÀCUI.
Au même temps dans un désert, près de là, était une licorne fort grande, dont Ton n'avait
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jamais vu sa pareille, et qui souvent avait été chassée des rois, mais ils ne la purent prendre; hors que quand Marie fut née, elle venait devant la porte, et nul ne pouvait la chasser. Alors ud chevalier nommé Adrianes, demeurant près de Nazareth, la perça d'une lance et la tua, et loffrit au souverain prêtre de Jérusalem, qui l'en re- mercia grandement.
AUTRE AIIRAGLE.
En ce temps, tous ceux des environs de Jérusa- lem et du pays de Judée étaient oppressés de mauvais esprits, et jetaient des cris si horribles, que le peuple fut fort étonné, craignant que Dieu voulût confondre tout le pays. Alors il y avait en Jérusalem un saint homme, lequel conjura Tun des oppressés de lui dire pourquoi ce tumulte se faisait. Alors le mauvais esprit dit par la bouche d'un démoniaque : qu'en ce jour était née à Naza- reth une fille dont les anges étaient fort réjouis, et qu'ils ne pourraient plus demeurer en posses- sion des corps, et qu'ils seraient obligés d'en sor- tir pour être mis au profond de l'enfer par la vertu de cette divine créature.
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AUTR£ MIRACXE.
En ce temps furent délivrées de lennemi deux cent cinquante personnes démoniaques au pays de Judée et en Samarie.
COMME l'ange AN.NONCA A JOAGHIM LA NATIVITÉ DE
Pendant qu'Anne enfanta Marie, Joachim était hors de la maison, attendant les joyeuses nou- velles de Fenfantement. Sitôt que Tenfant fut venu, l'ange s'en vint à lui, disant : Joachim, je t'annonce grande joie, car aujourd'hui est né le fruit qui t'avait été promis, et je te commande que de seize jours tu n'entres où Anne est accou- chée, afin que les sages-fenmies qui y sont as- semblées ne soient troublées au lieu de réjouis- sance; ce jour sera ta joie et à tout le monde.
Cela dit, l'ange disparut, et Joachim se pros- terna incontinent en terre, remerciant Dieu ; après il se leva et vint en sa maison, rempli de joie, et commanda à tous ceux de sa famille que de seize
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jours personne n'entr&t où sa femme était en couche.
Après cela Joachim se vêtit de ses meilleurs habits, et prit don et offrande avec lui, et s'en alla avec sa famille à Jérusalem offrir à Dieu son offrande. Quand les prêtres du temple ouïrent que Dieu leur avait envoyé une fille, ils en furent bien réjouis, louant Dieu par des cantiques, et faisant à Joachim et à sa famille honneur et révé- rence. Joachim s'arrêta au temple avec sa fa- mille Tespace de huit jours, pour solenniser la naissance de la fille nouvellement née, puis après se tournèrent à ThôteL Et quand les seize jours furent passés, Joachim envoya une de ses ser- vantes en la chambre d*Anne, où étaient encore les sages-femmes, et leur fit savoir que les seize jours étaient passés; ce qu'elles ne pouvaient croire, car il ne leur semblait pas qu'elles y eus- sent été un demi-jour; aussi n'avaient-elles point aperçu de nuit, en sorte qu'elles ne pouvaient croire ce que la servante leur disait; mais pour en être plus assurées, elles le demandèrent à Joachim, lequel leur dit que les seize jours étaient passés. Lors elles sortirent, et chacune retourna en sa maison.
ET BABA. KK «AAiOC MiB SA ffllU aOUTBiJDBRT
HtE.
Après qae les sages-femmes eurent été dieac Amie pendant scâze jours, elles s en retourné- nent. Au moment Joachim s'en alla vers Anne, sa feomie, et la salua. Incontinent elle lui donna entre ses bras sa fille, laquelle il reçut joyeuse- ment en louant Dieu, et de grande joie se mit à pleurer en voyant la beauté de cet enfant, puis la rendit à Anne, et la nomma Marie, comme Tange lui avait ordonné. Quand ils lui eurent imposé et' nom, il vint neuf anges, lesquels se prosternè- rent neuf fois à genoux, disant : Béni est le doux nom de Marie; aujourd'hui nous est manifesté le nom de notre reine ; c'est pourquoi réjouissons- nous en attendant ce doux nom. Alors ils dispa- rurent en chantant mélodieusement.
Ouand Marie entendit le mélodieux chant des anges, elle les regarda d'une face riante, dont ses parents en eurent grande joie, s'étonnant des choses mervetUeuses que Dieu faisait eu
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terre, et lors ouïrent une voix du ciel, disant : Joachim et Anne, ne soyez point surpris de ce que vous avez vu et ouï, comme si c'était chose nouvelle, car cela a été prévu de la Sainte-Trinité, et pour le présent arrivé selon le vouloir de Dieu, pour être manifesté à toutes les créatures sur la terre. Desquelles choses Joachim et Anne s'éton- naient; ils se mirent à genoux, rendant bénédic- tion et louange à Dieu tout-puissant.
GOMME MARTE EST PRÉFIGURÉE EN l'aNGIEN TESTAMEOT.
Saint Jérôme disait en un sermon de TAssomp- tion de Marie : Elle a été figurée des patriarches, annoncée des prophètes, montrée des évangélis- tes; Marie est cette dame de laquelle est fait mention au premier livre de l'Ancien Testament, dit la Genèse^ qui a brisé la tète du serpent, c'est à savoir l'ennemi qui pousse à la concupiscence chamelle et à l'oi^ueU du cœur; elle est aussi la lumière que Dieu commanda d'être faite, de la- quelle il en sortit.
Elle est la fidèle copie de Jésus en plénitude des grâces de Dieu, lequel homme eut quand elle
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ooDçut du Saint-Ebprit, et l'enfanta sans peine, et demeura Viei^ mmaculée. C'est pourquoi aussi Eve n'est appelée qu'une mère des morts, amie des mourants, tant de la mort de l'âme que de celle du corps; mais Marie nous a tous déli- irrés de ces deux morts, car Jésus, son Fils, est la ▼raie vie de l'ftme et du corps des fidèles, qui, par lui, ont été sauvés et seront ci-après ; mais elle est aussi l'arche de Noé, qui est faite d'un tH>is incorruptible, du vrai Noé Jésus-Christ, qui a été trouvé seul juste en sa nativité ; elle est cette Rebecca dont le fils Jacob luttait contre l'ange qui a procuré et obtenu la bénédiction pa- ternelle pour tous ceux qui lutteront contre le mauvais ennemi. Elle est aussi l'échelle que vit Jacob le bon patriarche en vision, et par laquelle les anges montaient et descendaient. Elle est aussi la belle Rachel, dont Dieu a été amoureux comme fut Jacob, et est descendu du ciel pour prendre chair humaine, et s'est humilié prenant grande peine pour l'amour d'elle. Elle est aussi la belle Rachel ayant enfanté le vrai Joseph, lequel n'a seulement pas été seigneur de ses frères, mois de toute l'Egypte, et aussi il est le prince des anges, Seigneur de toutes créatures, Jésutr-Chritt
^ éM —
toujoun^ béni. £lle est aussi Ugur^ par la huisr son ardent de Moïse qui semblait brûler, toute- fds ne brûlait pas, car elle a conçu un Fils, et demeurée Yieiige. inunaculée. Elle est encore fi- gurée par la verge florissante d' Aaron avec humi- lité, car elle a produit Jésus-Christ. Elle est aussi figurée par la toison deGédéon, auquel descen- dit la rosée de nuit sans humecter la terre; car le Fils de Dieu est descendu en elle sans nulle fraction ni souillure de sa pudicité. Elle est en- core figurée par la verge de Moïse qui sépara la mer en deux parties par où les enfants d'Israël passèrent à pieds secs, et dont icelui Moise frappa la pierre qai donna grande abondance d*eau, dont le peuple et tout le bétail burent et furent rassasiés. Elle est aussi figurée du vrai écu de Josué, duquel il vainquit les ennemis de Dieu; car elle seule a exterminé toutes les hénésies. Marie est aussi le trône du vrai roi Salomon, et un siège d'ivoire; car sa pure virginité a préparé à Jésus-Christ un trône et un siège en son ventre virginal, où il a reposé l'espace de neuf mois. Elle est encore le renom du temple de Jérusalem, qu'on édifia sans outils, hoches ni marteaux, car «Ue enfanta Jésus-Christ sans douleur. Marie eit
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aufifti la bienheureuse Vierge, de qui oat prophé- tisé Isaie et Jérémie ; le premier dit : Il sortira une verge de la racine de Jessé, et une fille enfan- tera un fils, et l'autre dit que le Seigneur ferait chose nouvelle sur la terre, car une fenune envi- ronnerait un homme. S'il eût dit un enfant, cela n'eût pas été chose nouvelle à s'étonner, si était Jésus-Christ un homme au ventre de sa mère, non point d'âge, mais de sagesse; non en force corporelle, mais en force spirituelle, tant posé en la crèche, tant en l'âge de trente-trois ans, qu'il prêcha et qu'il est à présent où il est assis à la droite de son père étemel; mais il n'a usé de cette sagesse pour un temps, comme de sagesse mondaine, pour faire voir que véritablement il avait pris nature humaine. Elle est aussi la mon-- tagne de la haute perfection, dont a été coupée une pierre sans mains d'hommes, et par laquelle pierre entendons Jésus-Christ, qui a été né par la Vieiige sans œuvre virile. £lle est aussi la porte close en qui le Seigneur seul a passé et repassé; car Marie est demeurée Viei^e en concevant et enfantant, et le demeurera toujours.
Marie est aussi le chandelier d'or, lequel » dit le prophète Zacharie, où il y avait sept lampes
ardentes au temple de Jérusalem, qui signifiaient les sept œuvres de miséricorde en Marie, et lexemple lumineux de sa 'sainte vie et bonnes mœurs. Elle est aussi larche du Testament où furent mis les commandements de la loi, et les deux tables de Moïse où furent écrits de la main de Dieu les dix commandements que Marie garda soigneusement, eu vivant selon iceux : eu ladite arche était aussi la verge d'Aarou, laquelle floris- sante produisait le fruit de vie, Jésus-Christ qui nous nourrit de sa divine chair et précieux sang au saint sacrement de Tautel ; ladite arche con- tenait aussi la manne, dont les enfants d'Israël furent reçus dans le désert, et Marie a porté la vraie manne du ciel pendant neuf mois, le vrai pain des anges, et la viande des malades ; ladite arche était aussi du bois imputride, ainsi a été Marie, sans corruption, transférée au ciel en corps et en âme; l'arche avait quatre anneaux d'or aux côtés, par lesquels on la portait; Marie a eu en elle les quatre vertus cardinales, qui sont les racines de toutes vertus.
L'arche avait deux fustes, lesquels on portait parmi les quatre anneaux d'or quand on les por- tait, lesquels sont figurés par la charité qui était
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en Marie, c'est, à savoir, Tamour deDieu et de son prochain. L arche était par dedans et dehors do- rée, ainsi Marie est décorée, étant luisante en tou- tes vertus. Marie est figurée par la fille du roi Astiages, lequel, comme est contenu en l'histoire scholastique, vit en vision comme si une vigne croissait du ventre de cette fille, qui s'étendit si fort, qu'elle environna tout son royaume, lui fut dit que de sa fille sortirait un roi, et après elle produisit le roi Cyrus, qui délivra les enfants d'Is- raël de la captivité de Babylone; ainsi fut dit par range à Joachim et Anne, que d'eux viendrait une fille qui nous délivrerait de la passion du dia- ble, aussi préfigurée par la fontaine sortant du jardin fermé; car elle était enclose au ventre de sa mère, elle fut sanctifiée du Saint-Esprit et de la Sainte-Trinité prémunie, que nul péché d'im- pureté ne pouvait entrer en elle; elle est encore figurée par le prophète Balaam, qui dit que de la lignée de Jacob il sortirait une étoile de la grande mer. à savoir de ce monde périlleux, sans aide de laquelle on ne peut passer sans naufrage, ni arriver au port du salut. La sainte Église la salue journellement par l'hymne : Ave, morts Stella, c est-à-dire, je vous salue, étoile de mor, dont
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aussi saint Bernard a écrit à Thomélie de i'aage, disant : Marie est l'étoile luisante de cette grande mer du monde, resplendissante par les ?wtus, œuvres et exemples de bonne yie et de bonnes mœurs. Marie est aussi figurée par le temple de Salomon, lequel on édifia à Dieu de pierre blan- che, de marbre, doré par-dessus; ainsi Marie est blanche et sainte de pureté, virginale en corps et en Ame, décorée d*amour et de charité.
GOnCE JOACmM ST AMNE NOURÎ^tSS AIENT MiftlS tSUR FDXE.
Quand Anne eut fait sa nmchp, et offert Marif au temple suivant la loi, et après Favoir ramenée à la maison, Anne et Joachim la nourrifitsaienÉsoi* gneusement en grande révérence, et ne la bis- saient toucher de personne, sinon d'eui et et Fine, la sœur d'Anne. Qui esl-œ qui poumit expliquer la grande joie qu'Us eurent en iiflV- dant ce béni enfant, en la baisant el jouaol avoel je crois que nul ne le peut exprimor. Joadûm qi Anne la regardaient avec tant d'Bfbnirattan, qu ilf oubliaient quelquefois mèiuf? le buitv i*i in man^ gsr, et leur semblait que ce temps m
qu*un moment. Ils avairat ordonné à leur la- flûlle que, qoand ils étaient ensmible a^ec leur enfant en la chambre, personne ne les troublftt; œ qui fut exécuté.
VB LA PRÉSENTATION DE VARIE A9 TEMPLE.
Lorsque Marie futàTâge de trois ans, Joachim dit à Anne : Ma chère Anne, souvenez-vous de la promesse que nous avons faite, parce que nous ne pouvions avoir fruit ensemble comme nous ftmes vœu à Dieu qu'il lui plût nous envoyer un fruit, que nous lui offrions au temple. Lors Anne lui ré- pondit : Mon cher ami, combien qu*ii nous soit dur de laisser notre fille, encore nous serait-il plus grief de rétracter notre promesse, et offen- ser Dieu. C'est pourquoi je suis prête à faire votre conseil et à l'accomplir. Il s'en alla apprêter, et fit assembler ses plus proches amis et honnêtes sages-femmes de son lignage, prenant avec lui de riches dons et un riche habit de couleur de miel, qui était travaillé en filets d'or luisant comme étoile du ciel, et avait fait une couronne de belles fleurs, que Marie portait sur sa tête, à laquelle furent mises cinq pierres précieuses, donnant
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splendeur parnlessus toutes pierres; et quand ils furent tous apprêtés, elle avec son mari, leur fille et leurs bons amis, tirèrent devers Jémsfr- lem, et furent trois jours en ch^mn : il y a de Nazareth à Jérusalem trente-cinq lieues ; ils firent ce chemin en grande joie, car leur compagnie était les anges.
Quand ils arrivèrent en Jérusalem, Joachim envoya dire aux prêtres du temple qu'ils s'apprê- tassent pour recevoir leur fille, dont ils furent ré- jouis ; ils s'apprêtèrent, prenant des riches ha- bits, dont ils se vêtirent.
GOMME MARIE FUT REÇUE AU TEMPIX.
Lorsque Joachim et Anne, avec Marie leur fille, et leurs amis, furent vètu$ de leurs meilleurs ha- bits, et eurent accommodé leur fille Marie de rhabit et de la couronne, ils allèrent ensemble devant le temple, parce que le temple était assis sur une montagne; il y avait quinze d^rés à monter.
Ainsi qu'ils commencèrent à monter, et qu'ils pensaient porter leur fille jusqu'au haut, ou la mener par la main, Marie monta les degrés toute
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seule, aussi vite comme si elle eût eu douze ans,
ce qui donnait grande admiration aux prêtres, à
ses parents et amis, et à tous ceux qui le virent et
ouïrait dire, car elle n'avait que trois ans. Quand
ils irirent s'approcher du temple, ils avaient leur
offrande toute prête, et entrèrent dedans vers le
prêtre, et lui présentèrent leur fille Marie avec
de riches dons, comme ils avaient voué. Alors le
prêtre la reçut en grande révérence, avec chants
de louanges, et la menèrent en la compagnie des
autres vierges demeurant au temple, servant nuit
et jour.
COMMB MAKIE A ÉTÉ PRÉS£NTÉ£ AU TEMPLE TROIS FOIS.
Toutefois, ainsi que disent les saints évêques îpiphanus, Garisius et Basilides, Marie a été pré- sentée au temple trois fois ; mais Vicentibus, au miroir des histoires, et plusieurs écrivent que quand elle eut trois ans, elle fut offerte au tem- ple, où elle demeura un bon espace de temps, car premièrement elle fut offerte au temple par sa mère quatre-vingts jours après sa nativité, avec don à la purification, suivant le commandement de la loi, que, quand une femme avait une fille,
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elle dejtteuraitquatre-vingls jours hors do temple, et si c'était un fils, die devait demeurer qua- rante jours, la cause pourquoi était-elle, ainsi qu'écrivent les maîtres de la nature, un fils reçoit la vie au ventre de sa mère, la moitié plus tôt qu'une fille. Quand Anne eut offert Marie au temple avec l'offrande accoutumée, elle la ra- mena incontinent avec elle à la maison. La se- conde présentation a été faite au temple, quand Marie était à l'âge de trois ans, comme il est dit ci-dessus. Peu de temps après fut encore rame- née en la maison de ses parents, et demeura jus- qu'à ce qu'elle eut sept ans ; et pour la troisième fois fut derechef offerte au temple, où elle de- meura jusqu'à l'âge de quatorze ans.
GOMMB UL PBÉSSNTATION DE MARIS AU TBMPLB ▲ KTÉ PRÉFIOVRÉE AUPARAVASIT.
La présentation de Marie est préfigurée au temple par la table qui fut trouinée au Sorbi(m, dont parle Scholastica Historia. Comme les pé- cheurs tendirent un jour leurs fil^s eo la mer, quand ils les tirèrent à bord, ils y trouvèrent une table d'or, qu'ils préseatèreot au soleil nartureU
car ils teaaient et adoraient le soleil poor lear
IKeu au temple du soleil, qui, sur la rive de la
mer, était édifié. Par laquelle table Marie est
pleinement préfigurée; par la fille de Jephté,
dont il est écrit en la Bible, au livre de Judieum,
qu'elle fut ofiferte indiscrètement, car elle ne
pouvait plus après servir Dieu ; mais Marie a été
offerte avec discrétion, servant Dieu tous les jours
de sa vie.
COMME MAIUE FUT PRÉSENTÉE AU TEMPUS, ET T DEXEimi JUSQU'A l'A«E de QUATOBZE AlfS.
Alors Marie fut présentée au temple; elle y de* meara jusqu'à l'Age de quatorze ans, et fut col- loqnée avec les autres pucelles, qui aussi étaient agréables à Dieu ; elle apprenait la loi de Moïse, serviteur de Dieu. Elle délibéra en son cœur de prendre Dieu pour son père et ses parents, et pouvoir dire avec David : Père et mère m'ont dé- laissée, mais le Seigneur m'a reçue. Elle se laissa enseigner des prêtres en la loi mosaïque, pensa en son cœur quelle chose elle pourrait faire ponr être plus agréable à Dieu, et à cet an pria inces- samment le Seigneur qu'il lui ftt et donnât la
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grâce de faire sa volonté, qu'elle pût garder les commandements de la loi, et que sa volonté fût unie à la sienne, et pût aimer tout ce que Dieu aimait, et aussi haïr ce qu'il hait, et avait en elle toutes les vertus par lesquelles elle pouvait plaire à Dieu, poursuivait et croissait journellement en toutes vertus et en sagesse par-dessus toutes les jeunes vierges, qui étaient là; toujours contem- plait Tinfinie bonté divine sur la réparation da genre humain. Elle priait Dieu souvent et parfois lisait la sainte Écriture, d'autres fois cousait aui vêtements du temple, comme faisant nouveaux ornements, et raccommodant les vieux habits, et les nettoyant selon que les prêtres du temple lui ordonnaient; car en semblable ouvrage s'exerçaient les pucelles du temple. Quand elles; venaient en Tâge d'être mariées, comme de qua- torze ans, on les envoyait à leurs parents pour être mariées. Marie avait aussi coutume de s'exer- cer à la lecture de l'Écriture sainte et de la venue de Notre-Seigneur, dont elle fut trouvée la plus sage de toutes celles qui étaient au temple, aug- mentant en humilité, plus haute en charité, plus servante en chasteté, et plus parfaite en toutes vertus ; elle était aussi constante en tous bien-
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faits, et immuable en courage. Jamais on ne la vit en colère, ses paroles étaient pleines de douceur; en sorte que par la langue on la pouvait connaî- tre de Dieu. Elle était soigneuse de ses compa- gnes, en les gardant qu'elles n'offensassent Dieu ou leur prochain, ou donnant de mauvais exem- ples, ou provoquassent quelqu'un à dire, ou fis- sent tort à personne. Sans cesse louait Dieu, et priait pour le salut du genre humain ; et quand ou la saluait, elle répondait : Deo grattas. Il est vraisemblable que d'elle est venu cet usage, que quand les gens de bien sont salués, ils répondent : Deo gratias. Marie voua aussi à Dieu sa chas- teté, dont il n'y avait point eu d'exemple, car aucunes filles, dès le conunencement du monde, n'avaient fait le semblable, en sorte qu'elle fut la première vouant à Dieu sa chasteté. Elle se con* duisait en toutes ses affaires si sagement, que sa vie était à toutes gens un miroir de bonnes mœurs et vertus, comme écrit d'elle saint Am- braise, croissant journellement en sainteté, et fut tous les jours visitée des anges, et eut visions divines. Saint Jérôme écrit en une épltre aux saints évêques Cramario et Heliodato, que Marie s'était réglée tellement, que depuis le matin jufr*
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qu'à prime, elle était en oraison, et après oUe vaquait à faire quelques œuvres manuelles jus- qu'à rheure de tierce et de sezte, que l'ange lui apportait sa réfection; après elle retour- nait à son oraison, tellement que jamais elle n'était oisive, soit qu'elle priât Dieu, méditât ou fit quelques bonnes œuvres; elle demeura au temple dans cet exercice jusqu'à l'âge de qua- torze ans.
▲PRÈS QUE JOACmM ET ANNE EOEENT PRÉSENTÉ LEUR FILLE AU TEMPLE^ ILS RETOURNÈRENT EN NAZARETH.
Après que Joachim et Anne eurent présenté leur fille Marie à Dieu, au teiD|>le, et demeuré uu peu près d'elle, louant et bénissant le Seigneur de ses bénédictions qu'il leur avait montrées, retournèrent en Nazareth, et avaient été trois jours en chemin, allant à Jérusalem, ils fu- rent sembiablement trois nuits, et prirent uu même logis que devant; en chemin il arriva plu- sieurs miracles, lesquels semblaient être contre le cours de la nature, je les passerai sous le silence.
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COMME JOAGHIir TRÉPASSA LA MÊME ANNÉE QV'ïL EVT PRÉSENTÉ MARIE AU TEMPIE.
lucootinent que Joachim et Anne eurent pré- senté leur fille Marie à Dieu au temple, et furent retournés à la maison, la même année Joachim devint malade, et pria Dieu qu'il le voulftt rece- ^ir comme il avait fait de ses prédécesseurs; ainsi qu'il était au lit malade et sentait approcher la mort, il appela Anne sa femme, disant : Ma femme Anne, l'heure est venue que je prendrai repos avec nos pères. Je te prie de me faire met- tre dans le tombeau de mon père Barphanter, et de cheminer le reste de ta vie dans les comman- dements du Seigneur. Ayez souvent mémoire avec gratitude envers Dieu des bienfaits qu'il nous a montrés ici-bas ; ayez aussi souvenance de la promesse de notre fruit au salut de tout le monde, car je m'en irai aux limbes et annoncerai à nos pères la miséricorde de notre Dieu, afin qu'ils soient consolés, attendant leur délivrance, et quand tu feras savoir mon trépas à notre fille Marie, dis-lui qu'elle prenne la mémoire de moi gravée en son cœur comme le soleil au fimia-
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ment. Et quand il eut dit cela, il rendit sod esprit à Dieu ; ce qu'Anne voyant, elle se pros- terna en terre, pleurant de bonne affection et amour cordial dont elle l'aimait. Elle ordonna qu'il fût oint de précieux onguents, et le fit met- tre près de son père, suivant son ordre, et de- meura sur sa sépulture, se lamentant et r^ret- tant son trépas, et après retourna en sa maison^ où elle continua à pleurer l'espace de quarante jours.
GOMM£ ANNE. ÂPRES LE TRÉPAS DE SON MARI, PAR L£ COMMANDEMENT DE I/ANGE, PRIT UN AUTRE MARI, NOMMÉ GLÉOPHAS.
Un an après le trépas de Joachim, Anne prit ses habits solennels, les voulant défaire et don- ner aux pauvres, disant : Dorénavant ne seront trouvés de moi aucuns habits solennels, ainsi vêtirai habits viduaux et de deuil, pleurant le tré- pas de mon mari ma vie durant. Et conome elle prit un couteau pour couper ses vM^nents, l'ange s'apparut à elle, disant : Anne, tu ne rom- pras point tes vêtements, mais tu auras souve-
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nance comme Dieu t'a rendue féconde lorsque tu étais stérile, et envoyé un fruit très-salutaire, dont n*a été et ne sera jamais le semblable, du- quel sortira le Fils de Dieu étemel, au salut de tout le monde. Par ainsi te faut être obéissante à Dieu, et prendre à mari celui que je te nom- merai, lequel devant Dieu est trouvé juste, ap* pelé Cléophas; tu auras une fille dont seront nés de grands honmies, qui soutiendront la foi chré- tienne, et combattront jusqu'à l'effusion de leur sang, après recevront la couronne du martyre, lesquels il veut faire premiers de tout le monde; ils seront assis sur des sièges, jugeant les douze lignées d'Israël. Anne, crois-moi et suis mon conseil, car pour cela Dieu m'a envoyé vers toi, ôte tes habits de deuil, et habille-toi solennelle- ment, et tu accompliras le vouloir de Dieu. Quand Anne eut oui ce que l'ange lui avait dit, elle se mit à genoux en remerciant Dieu, et épousa Cleo» phas, duquel elle conçut et enfanta dedans l'an- née une fille, comme l'ange lui avait prédit, qui fut nommée Marie^ pour la révérence de sa pre- mière qu'elle eut de Joachim ; et avant qu'elle accoucfaflt, Cléophas, son second mari, trépaita, laissant sa femme enceinte. Anne, voyant cela, fut
remplie de tristesse, disant : 0 (jne j|a $>tti& déso- lée ! quand serai-je réjouie du fruit que je porte? Il me survient grand ennui, car la fille qui de moi naîtra ne cannattra et ne yerra jamais son père^ et en cet ennui fut Anne, attendant le jour de son accouchement, et Theure venue, elle ea- fajata une fille qu'elle fit nommer Marie. Quand cette fille fut en âge de se marier, et par le con- seil de sa mère, prit un homme de bien craignant Dieu, nommié Alphéus, duquel sont issus saint Jacques le Mineur, saint Alphéus, pu Judas son autre nom, et Joseph le juste, qui furent apôtres de Jésusr-Christ. £t ainsi pleurait Aime derechef la mort de son mari Gléophas, et un an après elle dit en soi-m.êmo ; J'ai maintenant accompli la volonté de Dieu, et dorénavant ne veux être en wmpagme d'homme. Et incontinent qu'elle eut dit Gi^la, range vint à elle, disant : Anne, tu sais bien que tout ténv)igiiageest posé en nombre ter- naire; pour ce, qu'il te faut prendre un troisième mari, qui a été trouvé juste devant Dieu, nommé Salomé, duquel tu concevras et enfanteras une fiUoque tu Aommeras M^ti^^ conune les autres ; d'elle naîtront deuxprin€«s qui régneront sur les douze lignées d'Israël, et Dâeu fera d^ choses
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merveilleases par eux devaut tout le mon(ie, C'est pourquoi, Anne, réjouis-toi de tas enfantjs; car Dieu ^put faire des choses piervexlleuse^ mv \?i terre par eux, et ce qui descendra de toi receyi^ bénédiction étemelle; par quoi consens à m^s paroles, car après le trépas de trois maris tu res- teras yeuTO comme il ta été ordonné.
GOMME ANNE FRIT SON TROISIÈME MARI, NOMMÉ SALOMÉ^ SUIVANT LE COMMANDEMENT DE l'aNGE.
QuaD4 Anne eut entendu l'ordonnance de 1 ange, elle béait Dieu, qui en toutes ses œuvres est merveilleux, prit le troisième mari, nommé SalofTié, et vivaient ensemble justement et en la crainte de Dieu, gardant ses commaIldem^nts. Quan4 ils eurent été un an epsemble, Apae cpf^- Qut et enfanta pne ^lle, qu'elle fit nommer èfarifi, qijii, étai^^ en âge de se ifmvàv^ oij la ma- ria à un piersoflinage très-pieu^, nommé Zie- bedms^ dont elle conçut et enf^pta deu:i^ en- tants, cotres de Di^u, Japqi^Qs le Maj.eur et saint jQ9ja révangiélisje. Quelque temps *près, Sa- lomé trépassa, et Anne le pleura comm^ eUe
avait fait de ses autres maris ; après la mort du- quel Anne quitta tous ses joyeux et beaux habits, proposant de vivre le reste de sa vie en austère pénitence, comme elle fit.
GOMME MAK1£ FUT DONNÉE EN MAAIA6E ▲ JOSEPH.
Marie étant à Tâge de treize ans, jusqu'alors elle avait servi au temple, où elle avait été offerte, le souverain prêtre commanda que toutes les filles venues audit âge se retirassent, ce qu'elles firent en général, excepté Marie, fille d'Anne, et le souverain pi'ètre demanda à Marie pourquoi elle n'obéissait pas à son commandement. Elle répondit qu'elle avait voué sa virginité, c'est pourquoi elle ne pouvait prendre mari. Le sou- verain prêtre, entendant cela, fut surpris, car il savait que l'Écriture commande de tenir à Dieu les vœux et promesses ; mais il n'y voulait point consentir, parce que c'était chose nouvelle; c'est pourquoi il était en doute de ce qu'il ferait. Il demanda Anne, la mère de Marie, pour prendre son conseil, car il la savait être femme selon Dieu ; et quand elle fut venue devant lui, elle lui donna
à connaître plusieurs faits miraculeux qui lui étaient arrivés au retour dernier, qu'elle offrit sadite fille au temple, dont le prêtre conçut en- core plus grand doute sur ce qui devait faire; enfin il résolut de faire venir les prêtres du tem- ple, et s'en alla avec eux audit temple, se pros- ternant contre terre, priant Dieu qu'il lui plût leur inspirer ce qu'ils devaient faire. Lors vint une voix du grand autel nommé Sancta Saficto- rum^ disant : Il sortira une fleur sur laquelle se reposera le Saint-Esprit, ainsi qu'Isale a prophé- tisé. Quand le prêtre entendit tout cela, il fit as- sembler tous les hommes à marier étant de la lignée de David, leur commandant que chacun d'eux apportât une verge au temple, et la verge de celui qui produirait une fleur sur laquelle pose- rait le Saint-Esprit, il aurait Marie en mariage; œ que chacun fit, excepté Joseph. Et parce qu'il n'y eut aucune vei^ qui fleurit, il fut dit à Jo- seph qu'il apportât sa verge, et en la mettant avec les antres sur l'autel, incontinent elle produit une fleur, sur laquelle descendit le Saint-Esprit, en forme de colombe blanche. Quand Anne sut que Joseph aurait sa fiUe Marie en mariage, elle e n fut fort joyeuse, car elle savait qu'il était cra
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gtiaût Dieu et qu'il la toUlàil Hohortf , et que bien soiitétit ba^il el mangeait aVec eHe ; après Te trét)2tô âë Ê(m ttiàri, il l'allàit souTent sôalager m shn besoin, comme s'il eût été sofi ëutànt; ànssî elle avait encore une fille vivante, et à cette caiise Tamitié entre Anlie et Joseph fut plus foffe l^'aaparavsffiit.
fSOmtB lUBlE FOT DOMHÉE EN HlMAftE ▲ JOdVfi PAE LE SOmrSBAIN PEÊTEE.
JdséjjR tojrânt qnê la divine ProvideAce rôrilait qu'il eût en inanagë Marié, et sacHailt qu'dle avait voué à Dieu sa chasteté, il Ait réjoui, louant Dieu qui l'avait conjoint à une telJe pei^ sonne qui avait été par ses parents offerte et pré- sentée à Dieu le créateur, et lui avait offert sa virginité, afin de vivre en chasteté, et qui loi âVàit aussi proposé de demeurer et vivre en chasteté.
Quand Marie vit que fe souVeraiti prêtre et te amis de Joseph parlaient de ftîre te mariage en- tt^ lui et ^te, elle pensa au vœd qii'eile avait fiiil, et baissa les yetil. Qbatid A une râj^erçtit. elfe la
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tira ft Técâft avec tine quantité de filles dn tem- ple qui désiraient être «es compagnes, et allèrent ensemble en Nazareth où elle demeurait. Joseph se retira en son logis pour préparer ce qui était nécessaire pour les tioces. Certains jours après, le souverain prêtre les maHa. Quand Marie fut donnée à Joseph en mariage, ils s'en allèrent airec lent mère Anne en Nazareth, y demeurant assez bon espace de temps, pendant lequel temps ils devment se préparer pour célébrer les noces, Jos^h se retira en diligence, et se prépara pour recevoir Marie, son épouse, en sa maison.
l'ange GASRIEL annonça a MAIIB w'eUJ& QOIIGI- VRAIT LE FHJi DE DIEU.
Ainsi comme loseph se préparait en diligence de reccvdr Marie, son épouse, en sa maison, lange Gabriel vint, comme le témoigne saint Loc, eti- ▼oyé de Dieu à Nazareth à la vierge épousée à nn nommé Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie. Il est vmisembla- Me, comme écrit saint Bernard, que la vierge Marie était en sa chambre enfeimée, et s'exerçait
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à la lecture de la sainte Écriture : l'ange Gabriel entra vers elle, et lui dit : Je te salue, Marie nleine de grâce, le Seigneur est avec toi : tu es bénie entre toutes les femmes.
Quand elle eut ouï cette parole, elle fut trou- blée, pensant quelle était cette salutation. L*ange lui dit : Ne crains point, Marie, tu as trouvé grâce envers Dieu, tu concevras et enfanteras un fils, que tu nommeras Jésus \ il sera grand, et se nom- mera le Fils du Très-Haut; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David, son père; il r^era en la maison de Jacob éternellement, et son rè- gne n*aura point de fin. Marie dit à Tange : Com- ment cela s'accomplira- 1- il, car je n ai aucune connaissance d'homme? L'ange lui dit : Le Saint- Esprit surviendra en toi, et la vertu du Souve- rain t'obombrera, et l'enfant qui nattra de toi s'appellera le Fils de Dieu; et Elisabeth, ta cou- sine, a conçu un fils en sa vieillesse, et voilà le dixième mois de sa grossesse : rien n'est impos- sible à Dieu. Lors Marie dit à l'ange : Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon ta parole. Ainsi, du consentement de Marie, cernes- sage fut mis à exécution par le Saint-Esprit, et Qlle conçut le Fils de Dieu.
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OOMMB MA&IE TISITA SA COUSINE ELISABETH.
Peu après que Marie eut été saluée de Fange Gabriel, et qu'elle se fut soumise à la volonté du Sdgneur, elle s'en alla, comme écrit saint Luc, airec empressement traverser les montagnes pour se rendre en la maison de Zacharie, pour saluer sa cousine. Elisabeth entendant cette salutation de Marie, l'enfant qui était en son sein tressaillit de joie, Elisabeth fut remplie du Saint-Esprit et s'écria à haute voix, disant : Bénie tu es entre les femmes, et béni est le fruit de ton ventre^ d'où me vient ce bonheur, que la mère de mon Sau- veur vient à moi? A ton entrevue, l'enfant qui est dans mon sein a tressailli de joie; tu es bien heureuse, car les choses prédites sont accom- plies. Lors Marie composa ce beau cantique, Magnificat. Marie demeura là près de trois mois, puis s'en retourna en sa maison.
JOSEPH, VOYAirr MAKIS, SON ÉPOUSE, ENGEUTTE, LA VOULAIT SEGRÈTEMENT ABANDONNEE, ET GOMME L^ANOE L'BN D^ TOUBNA.
Lorsque Marie fut donnée à Joseph en mariage, et qu*elle fut de retour de la maison d'Elisabeth,
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comme écrit saint Matthieu , Joseph, apercevant qu'elle était enceinte, ne la voulut point diffamer, mm résolut 4e la laisser ; et comme il a?ait cette tolofité , l'ange «'apparut à iei en songe, disttit : Joseph^ fils de DatiiJL, ne veuille craiiidre de rece- voir Marie^ td& épousiez car ce qui est en elle mtt II* Suint-Esprit^ eSe enfafitem un fih qu «b fiomnèft Jé^iS^ ^ mt9L eelid qui sauvera son peuple. À C0B paroles^ Joseph fut consolé de l'ange, et reçut soa âpouse Matie en sa maisoii^ iâ gardant soigcMMement.
^UTUBS, t^Vïïàt J6s£PH.
il faut aavoir^ pour pliisieors raiscms, que Notre-âeigaeur voulait que sa mère épousât un ami. Prem^rement, coimne écrit saint Ambronn^ pour éviter toute mauvaise suspicion en la voyast enceinte, si elle n'eût eu mari, Dieu voulant que
pou l' empêcher la calomnit* ; car l'ctu cmyîiiL Marie enceinte de sou mari Joseph ; aulœmeûj, sans ce mariâ^, les mauvais esprits eussent jtifté Marif être aduUire, et tout cela a élé affranchi par If
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iïloyëti du mariage, Ça été aa^i^i afiù qné JOséph fût époux secourable à Marié éf ft FËûfatit Jésoé, comme nous le soyons dans la fuite en Egypte, et pûf son refouf ajnts ta perséctitton dUéfôde, ainsi qu'écrivent saint Jérôme 6t saint Âmbroise, afin que ce mystère ne fût connu aux mauvais es- prits, afin qu'ils ne sussent au trai qu'il fût le Fils de Dieu.
QO^qO LB FILS DE DlSn.
Ouând Aïine eiitetidît parler de Wârie, «a fille, et aussi de la salutatioïi que l'ange lui àtait faite, et ctoiïinïé elle avait conçu le Fils de Dîêu, élite fût réjouie, donnant bénédiction au Sdgneur de tous ses dons et grâces, disant : 0 Dieu 1 si j^avais autant de langues comûie j'ai des parties en mon corps, je les emploiei^ais toutes ponr louer votre infinie bonté, pont lés grandes merveilles que Vous opérez eu ma fille pour le satut de tout le ittoûde. 0 Vous, ciel et tefre , efl toutes créatures qiii Y sont, et ceoi tp sont cowstrlués aui limbes et ténèbres, réjouissez-vous avec înoi , donnant
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louange et bénédiction à Dieu de son immense miséricorde envers nous.
GOimS ANNB, Lk NUTT QUE JÉSUS-CHRIST FUT JXÈ, GHEBCHi MAEIB, SA FnXE.
Ainsi qu'Anne en grand désir attendait l'heure que Marie, sa fille, enfanterait J.-C., elle était en grand soin pour préparer ce qu'il fallait. Elle prépara un riche lit pour Marie et son fils, elle fit aussi un berceau de bois de cèdre, que lui avait donné le Chevalier de Jérusalem, en recon- naissance d'avoir recouvré la vue à sa naissance, comme il est dit ci-devant. Enfin l'heure appro- chant que Marie devait enfanter, Anne alla en Jérusalem pour chercher tout ce qu'une femme a besoin quand elle est accouchée. Quand Anne fut allée en Jérusalem, il vint un édit de l'em- pereur Auguste, que tout le monde de son vaste empire fût mis en écrit, comme le récite saint Luc ; ainsi chacun se retira en la cité d'où il était natif, pour se faire mettre en écrit. A cet effet, Joseph se retira en Bethléem; parce qu'Anne n'était pas en sa maison, il n'osait laisser Bfarie, jspn i&pouse, seulq^ à cause qu'elle était au terme
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de son enfantement; il la mit sur un âne, parce qu'elle ne pouvait cheminer; il prit aussi un bœuf pour vendre , afin d'avoir leurs nécessités, tandis qu'ils seraient dehors, car ils ne savaient pas quand ils pourraient revenir ; et dnsi vint Joseph avec Marie en Bethléem. Lorsqu'Anne revint de Jérusalem à la maison , elle ne trouva pas liarie, ce qui l'affligea d abord. Ses voisins lui dirent qu'elle était avec Joseph en Bethléem, pour sati^ faire au mandement de César. Anne craignait que le jour de l'enfantement de sa fille ne vint à arriver en chemin, ou avant son retour en Naza- reth; c^est pourquoi elle se mit en chemin, et s'en alla vers Bethléem. 11 arriva qu*en chemin faisant, elle se trouva surprise et égarée de son droit chemin ; quand elle s'en fut aperçue, elle s'assit à terre pour se reposer; elle commença à pleurer très-amèrement, craignant qu'il ne fût arrivé quelque inconvénient, et fut en grande tris- tesse et ennui jusqu'à l'heure de minuit, qu'elle entendit un chant mélodieux, résonnant en l'air, et en outre elle ouil une grande joie : Gloria in excelsis Deo^ gloire soit à Dieu Très-Haut, et en la terre paix aux hommes de bonne volonté. Lors les anges la vinrent consoler, lui assurant que
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Marie, sa fille, était d^^^uQ mère du Vih de Dieo tout-puissant* À ces paroles, Anne fut merreil- leusement consolée et réjouie, bénissant Dieu de tout son cœur,
coma ANNC s'en AIM ¥N WmJtm pour qwei^CTraB MARIS, SA FIUJB, AVEC ftSTSS.
Aime ajant entendu des anges ce chant mélo- dieux et ces paroles de paii^ qu'ils annonçaient aux hommes, elle reprit le droit chemin qu'elle avait perdu, et s en alla vers Bethléem. Et étant arrivée, demanda de maison en maison, Marie et Joseph ; mais personne ne pouvait lui en rendre raison ; toutefois quelqu'un lui dit qu'on les avait vus, et qu'ils cherchaient à loger, et qu'ils ne pouvaient trouver logis, mais qu'ils ne savaient ee qu'ils étaient devenus. Anne, entendant cela, fut remplie de tristesse, et s'en retourna vers Na- zareth, croyant qu'ils y seraient retournés depuis qu'elle en était partie; y étant arrivée, elle ne les trouva pas ; elle ne savait que faire d'ennui ; elle s'en alla vers Jérusalem pour les chercher, pensant qu'ils pouvaient avoir été dévorés, ou qu'il était arrivé quelque chpse d'extraordinaire.
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Et quand Aaoe vint en Jérusalem, elle chercha par la cité Marie et Joseph, et elle n'en ouït nulle nouvelle, et se prit h se déconforter et à gémir, et ne savait que faire ni dire.
GOMME ANNE TROUVA LES TEOIS AOIS^ ET LEUR DEMANDA s'ils R^AYAnSNT POINT VU NI RENCONTRÉ 8A PILLE MARIE
ET XM^ra.
Or, ainsi qu Anne était fort déconfortée, et que si longuement avait cherché sa fille et ne Tavait point trouvée, ne se pouvait contenter, sans en- core les chercher jusqu'à ce qu'elle les eût trou- vés; c*est pourquoi elle s'en alla derechef en Bethléem, les cherchant à l'autre bout de la cité, où elle les avait déjà cherchés, elle rencontra les trois Rois auxquels elle demanda en pleurant : si en chemin ils n'avaient pas rencontré un homme et une femme, leur déclarant la forme et façon comme ils étaient, dont l'un d'eux considérant qu'Anne paraissait une femme pieuse et ver- tueuse, de compassion descendit de dessus sa monture, lui demandant la cause de son deuil. Lors Anne voyant qu'un grand personnage par
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compassion l'interrogeait, elle lui conta toute la qualité de Marie, dont incontinent il connut que Marie , dont elle parlait , était la mère du Roi nouveau-né, lequel lui et les deux autres, ses compagnons, avaient visité et offert de leurs dons et adoré, et ils étaient réjouis de Tavoir vu et parlé à elle, lui conta comme ils étaient venus d'un pays éloigné pour adorer le Roi nouvelle- ment né, et l'honorer de leurs offrandes; ils lui dirent aussi comme ils s'étaient assemblés tous trois par Tordre de Dieu. Anne, entendant réciter toutes choses, changea sa tristesse en joie, s'émer- veillant d'entendre annoncer la naissance de ce grand Roi, et il lui raconta comme tous les trois avaient connaissance de l'astronomie, et comme ils virent une étoile nouvelle, en laquelle virent un enfant nouveau-né, ayant une croix entre les épaules; et eux émerveillés, il leur fut dit qu'ils allassent au pays de Judée, là, trouveraient FEn- faut. Quand nous fûmes arrivés, nous tirâmes après notre guide étoile qui nous conduisit en Jé- rusalem ; nous demandâmes où était celui qui était né Roi des Juifs, connue le récite saint Mat- thieu; et outre, ledit Roi la mena au chemin, et lui montra lY'table où était né l'Enfant. Lors
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s'entrebaisèrent en grande révérence, et se sépa- rèrent Ton de Tautre, et Anne en grande admira- tion oublia à demander au Roi son nom.
ANNE TRODTA SA FIUE AVBG JÉSUS ET JOSEPH.
Lorsqu'Anne fut arrivée en Bethléem, elle s en alla en Tétable où Jésus était né, et le vit gisant en la crèche : et sitôt que Marie aperçut sa mère, elle alla au-devant d'elle et la reçut en grande joie, lui disant qu elle fût la bienvenue, aussi fit Joseph, et de grande joie commencèrent à pleurer. Marie et Joseph menèrent Anne à la crèche, où était le doux Jésus entre Tâne et le bœuf. Aussi- tôt qu'elle le vit, elle se prosterna à ses pieds, et ladora, disant: 0 mon Dieul 6 mon Sauveur! ô Fih de Dieu iout-puissafU l 6 mon Dieu mon créaieur 1 6 Roi des rois l 6 Seigneur des .seigneurs 1 quoi! cette étable est votre paiais? Cette crèche est-^Ue le précieux beixeau que je vous avais apprêté! Après elle leva les jeux vers le ciel, et pleurant tendrement, puis dit à Marie : O ma très^hère fille ! le reconfort de mon ihne, estH:e là le riche lit que je vous avais préparé? En i>utre regarda autour d'elle, et vit cette établo ou*
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verte et démolie de tous côtés, elle dît, les lames aux yeux : 0 mon enfmtl le cœwr me fend ëe la grande imies^e ou Je suis de voir €e précieux trésor de tout le monde être exposé dans ce lieu à [iniure du temps et de cette rude saison. Lofs Marie sa fille et Joseph la reconfortaient doucement, disant que c'était la volonté divine, et qœ IKeu Tatait ainN voulu ; lis lui dirent eswore plusiesrs astres raisoBs consolantes, de soirle qa eUe fui eooscdée. Lms elle prit Msus eixtre se& bra», le hgiwf eu gran^ dévotiea ; Jésus l'embrassa de sea petits bras, Vaccola, et lui montra signe d'anoour. EUe demeiitra avec eux, les assistant en ce qB'elle pon- vait, attendant le jour de la Purification, suivant la loi de Iftoïae:^ afin qu'après ils se puissent re- tirer vers elle en Nazareth en sa maison, et pen- sait choquer TEnfant Jiésus au riche berceaa qu elle lui avait fait iaire, et Marie au beau lit qa'etie lui avait préparé.
GOmOfr KAAIB, Ajnns ET JOSEPH AVEC JÉSUS ALtÈRfilT AU TSMFLS DE JÉAUSAUttL
Et quand le jour de la parification de Marie fut arrivé, savoir, quarante jours après la nativité de
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Jésus, Marie, Anne et Joseph furent tous en- semble avec Jésus en Jérusalem; et quand ils fu- rent arrivés, ils allèrent au Temple pour y faire leurs prières et offrandes selon lordonnaiice de la loi; puis ils retournèrent en Nazareth, et sif réjouit fort de ce qu'elle recouvrait Jésus en sa maison honnêtement, et s en alla devant, laissant les autres avec Marie, afin (|u'ils viassent à leur aise.
GOlOa l'aSBE S'APPAROT a lOStPH» É'eXHOUTA il M£KER l'enfant ST sa MÀUS en ÉOYfTS.
Quand Anne fut retournée ea Naaareth en sa maisc», Marie, Joseph et les autres étaient eacore en chemin, Tango vint à JosejAi en songe^ dksaat qu il se le^ât, et prit l'enfant a^iee sa mèra^ eC s'en aU&t en Egypte, et ne sortit de là que quand il lui dirait; car il était certain qu'Hérode ehar- chait 1 en£ant pour le laettie k miort. Jose^ dé leva vite, et avertit Marie, qui fut triste, d'autant qu'elle ne pouvait avertir Anae^ sa aère^ de leur départ. Joseph mit Marie siur soAi àm avee l'Eii^ fant-Jésus^ et Joseph les conduisait en eiraînte daM ce pénible voy^e.
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MIRACLE.
On trouva en écrit que quand Jésus arriva en Egypte, toutes les idoles qui y étaient tombèrent et se démolirent.
DE LA TRISTESSE D'ANNE A CAUSE QUE SA FILLE ÉTAIT DEMEURÉE DERRIÈRE.
Quand Anne vint en Nazareth dans sa maison, elle la prépara le plus honnêtement qu'il lui était possible, pour recevoir TEnfant-Jésus avec sa mère, et désirait fort leur arrivée : elle allait sou- vent Tarder si elle ne les verrait point; et n'a- percevant rien, elle s'en alla au-devant d'eux vers Jérusalem, craignant qu'il leur fût arrivé quelque inconvénient en chemin, d'autant qu'ils demeu- raient si longtemps; et quand elle eut beaucoup cheminé, elle demanda, de maison en maison, si on ne les avait point vus, les dépeignant comme ils étaient. Quand elle vit qu'elle n'en pouvait avoir des nouvelles, elle s'en alla en Jérusalem, étant fort désolée, et demanda partout si on ne les avait point vus ; elle fît le semblable en Bé-
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thanie, en Bethléem, en Jéricho, en Afrique, en Syrie, en Samarie, à Naïm, et en tous lieux où il était possible d'aller; mais, hélas! elle ne put découvrir où ils étaient.
Quand Anne eut cherché un an, et ne les pou- vait trouver, elle prit le chemin de sa maison, di- sant : Hélas ! que je suis désolée ! et quel précieux trésor ai-je perdu ! Plût au Seigneur de me priver de la vie, car je Fai bien mérité, puisque j'ai laissé ma mère Émérantiane l'espace de deux ans ainsi chercher en tout pays après moi en grande dou- leur de son cœur; j'aperçois à présent quel ennui elle pouvait avoir pour l'amour de moi. En cette tristesse, elle s'en retourna en Bethléem, afin qu'encore une fois avant sa mort elle pût voir le lieu et la crèche où Jésus avait reposé.
OUELUB FUT LA COMPASSION D'AMinB YENA1«T BN BETHLÉEM, VOYANT LE MASSACRE DES PETITS INNOGENTS.
Quand Anne, pleine d'ennui, fut venue près de Bethléem, elle ouït les cris perçants des Inno- cents, et les lamentations pitoyables des mères qui pleuraient de telle sorte, que non-seulement les personnes en étaient tristes, mais aussi les
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npimaiix, car le bruit était si graad, que toute la nature était dans la consternation ; les bœufs, les brebis et autres bestiaux étaient errants dans les campagnes, marquant par leur situation la trisr- tesse où Us étaient ; et lorsque Anne approcha de plu^ près la cité de Bethléem, elle ouït de plus en plus les clameurs; et entrant pn la oité, elle vit les petits innocents gisant par les rues, morts sans noipbre., et le sang qui coulait par les rues. Elle Yit aussi des enfants que les bourreaux in- humains avaient égorgés eutre les bras de leurs mères.
Plusieurs pères et mères suivaient leurs enflants, pleurant et s arrachant les cheveux ; d'autres of-^ fraient leur bien pour sauver la vie de leurs en^ fants ; mais rien n'était capable de les épargner de cette cruauté ; leur résistance leur faisait quel quefois perdre \^ vie e^yeç q^le 4e leurs anfsgiits; et généralem^it tout le monde était dans la cons- ternation dans ces villes affligées ; il y en avait ffiôme qui quittaient leur demeure, pour s'ar- guer 4^ voir une pareille cruimté. 0 Dieu tout- puissant I je cQm^aisi à oette heure que, depuis que je suis vivante, je n'ai vu semUaUe tyrannie. Seigneur tout miséricordieux, o^^usole» ees pan-
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▼res mènes désoiées, dont les petits enfante oat été Mastaorés. Je vous fMrie, ô Dîeu trèe-béoi, de prendre veogeanee Ae oeux q«i soat les auteurs de «et liorrible cama^; car le monde «iniiiersel ae aaurttt ré^panerune telle offMse; il n'y a que TOUS seul, non Dieu, qni la puissiez réparer.
AimK FIT EAHAiBSER UB8 PETITS B1IFANT5 MOKTB QUI ÉTAICHT DANS UB8 ftIJEB, ^LOffOÉS DAlf8 tSCK SAliO, PUIS IJ» HT
Quand Anne vit qu*Hérode eut mi» k mort les petits enfants, et que le peuple ému de pitié s'était retiré hors de Bethléem, elle fut touchée de com- passion à la vue de ces pauvres innocents qui étaient jetés çà et là dans les rues ; elle les mit daas un endroit pour les faire enterrer en grande rêvérenoe. Owasd, qiMtre jours passés, le peuple, qui s Méiait enfui, revint chacun en « onaison, et voyant Ia grande charité qu 'Anne avait montrée envers leurs «ufants morts, ils disaient l'un à l'autre : Anne nous a fait déjà beaucoup de bien au temps passé, en guérissant nos aveufdes, boi- teux, paralytiques et autres malades, et à nous, en donnant, la sépulbure à nos enfants, et noms en
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sommes ingrats , même voyant sa fille enceinte, n'y a eu nul d'entre nous qui lui ait donné le couvert ; ainsi il fallut prendre logis dans cette étable, où elle enfanta, et personne de nous ne la assistée ; c'est pourquoi il est à douter qu'à cause de notre ingratitude, Dieu nous a envoyé cette punition ; et en outre, dirent : Anne , dame pi- toyable entre les filles de Jérusalem, n'a été trouvée semblable à toi, nous te remercions de tes bienfaits ; nous confessons que nous sonmies insuffisants pour te remercier comme il faut. Anne alla consoler les pères et mères affligés.
ANNE FUT PRENDRE SON REPOS OU XÉSUS-CHRIST lYAIT ÉTÉ NÉ.
Six jours après, Anne s'en alla dans l'endroit qui avait servi d'asile à Marie pour enfanter le Fils de Dieu; elle était pour lors fatiguée et n'avait guère mangé ; elle se mit à genoux là oti Jésus--Ghrist avait été pour reposer , elle fit son oraison devant la crèche, puis prit un peu de foin de la crèche, où Jésus-Christ avait été né, et se mit dessus pour prendre repos, et étant en- dormie, elle fut ravie en esprit et vit toutes les
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vie austère, elle fut prendre congé des paavm malades qu elle axait ooutttmB de smilagi^, et «Tant de partir elle les oignit et leur dictriboa aussi le reste de ses biens. Cela fait, die prit congé d'eux et s'en alia dm» les déserts, i^uand tes pou^ vres le suneiit, Us coururent «près lalle, pleurait et émuxt : Notre mère et bîeiiAûtrîee nws a lats^ fiés. Oui s^a-ee qui aura soîa de nom ? qui nous assistera en aos oéeessités? qui nous donnera à fcoûreetàmaoger?
Soieil, éelaîreznDous, afin que nous puàrams trou^iïer Anae qui aous a fait tant de bien : Us ae lamentaient et oouraiewit par le 4ésert pour la ne- chercher ; nais ils ne pwrent la tnrai^er, 4ont phisieuns moururent de ehagdn.
U. VIE lUCSSTÈBE DB SAIKII àJXlit,
CkwKHe Anne avait proposéde là en aérant de me* ner une vie austère, elle le mit à efifet ; car depuis ce temps elle ne toucha point sur son lit, mais sur La terre ; et sa nourrituro était du pain et de Feau ; elle visita les malades et pansa les pauvres, et oignii les p^erins de précieux oignements. Elle faiaait le semblable auz iadres^ quoiqu'ils fissent
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difirormes; elle nettoyait et renouTelait leurs habits; de sorte que la renommée de sa sainte \ie 9e répandit par tout le pays, néanmoins elle eon-^ ser99L son humilité. Il serait à souhaiter que tes riches et les pauvres imitassent sa sainte vie. A râpe de cinquante ans, elle entreprit de vivre en* core plus austèrement ; c'est pourquoi elle s'en-- fonça dans le désert le plus secret qu'elle put trouver; elle s'arrêta dans un endroit où il y avait une caverne sur une hauteur, et en icelle s'en alla reposer, et ne mangeait que des racines; quand Aie avait soif, elle allait chercher de l'eau à deux lieues de là, et cette austérité continua plusieurs années.
UOTB ÉTÀJIT AU DÉSERT FUT TENTÉS DB L'XNKSMI.
L'ennemi, voyant qu'Anne vivait saintement dans le désert, en fut envieux ; il se transforma en un jeune homme, comme s'il eût été un ange en- \o\ô de Dieu, il vint à elle, disant : Anne, Ihe-toi f^omf)tenimt et viens avec moi; car Diett m'a en- rot/^ pnyr te mener mi est ta fille et non enfant , et ils te Mnt fmirmyéê au désert où ils sont entrés cherchant après toi. Anne se leva bien vite et le
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suivit, pensant que œ fût un Ange envoyé de bie^i. Il la mena au pied d'une montagne fort haute e( droite, de sorte qu on n'y pouvait monter qu'avec grande peine. Liors le malin esprit lui dit : Anne, ton va voir maintenant si tu aimes Dieu et si tu veux châtier ta chair pour Tamjour de hti, suù- moi. Anne répondit : Je monterai la montagne d'amertume. Mais ne regarde nullement derrière toi. Il monta le premier en haut, et elle après lai. Quand ils furent un peu montés, elle trouva des pierres tranchantes par où il fallait passer, de sorte que les pieds d* Anne se coupaient dessous, dont le sang en sortait de toute part. Anne, voyant cela, dit en se lamentant : 0 Marie, ma chère fille ! si tu passes par ici, considère ce chemin arrosé de mon sang en te cherchant. Lorsqu'elle s'efforça de monter encore plus haut, elle trouva encore des pierres plus aiguës, de sorte que ses pieds en étaient déchirés ; ce qui la fit tomber à terre de faiblesse : en cet état elle dit d'une voix plain- tive : L'esprit estpi*ompt, mais la chair est faible. Lors l'ennemi, qui était sous la figure d'un ange, lui dit : Si tu ne peux marcher, permets que je te traîne sur le sommet de cette montagne. Elle lui permit. Cet esprit malin tira Anne au haut de la
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montagne et heurta son corps contre les pierres tranchantes, de sorte que tout son corps était dé- coupé. Lors Anne dit: Mon Dieu, béni soyez-yous, qui ^m'avez donné une créature qui châtie mon corps et éprouve ma patience; je le souffre volon- tiers pour votre amour.
IN ASa CONSOLA ANNE , ET LA DÉLIVRA DE LA TYRANNIE DU MAUN ESPRIT.
Anne étant en grande peine et douleur, l'ange de Dieu vint à elle, lui disant : Je te salue, ftme généreuse, sache que Dieu a pour agréable tout ce que tu as souffert pour Tamour de lui, et tu en recevras la récompense ; car tu as enseigné à tout le monde comment il devait vivre en l'amour de Dieu et de leur prochain, et comment il faut cher- cher Dieu pour le trouver. Quand il eut dit cela, il la porta où Fennemi l'avait prise , et soudain tontes les plaies furent guéries, et fut aussi saine ({lie jamais.
JÉStS ET HARIE AVEC SES SCEDRS VISITÈRENT ANNE AU DÉSERT.
Après qu'Anne eut longuement continué sa vie austère au désert, et étant pour lors âgée de
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septante-uA ans, elle commraçaitàdéelhMr; dje avait toujours ¥écu en tnstesse depuis f o'eUe s'était vBeséparée de Jésos et de Marie, ne udianC où ils étaient. Maïs lésu», le Fila de Marîe^ qui connaissait tout selon sa dÎTinité, savait fawfi oh elle était ; il avait été témoin oenlaîre de se» souf- frances et de son austère pénitence ; il savait bien anssî qu'elle était près de son décès et qu'elle se préparait à la mort.
Jésus dit à sa mère : tout V Ancien TestaoBoii ne nous a pas fourni un plus parfait modelé do vertu que tasainte mère, qui incessamm^it est embrasée de Tamour divin, et doit bientôt passer de cette vie à l'autre pour y jouir du re^m étemel.
Pour ce, ma mère,, allons ensemble, tes sœurs et le«rs enfants, pour la voir, et la consoler avant sa mort. Quand Marie entendit ce discoups, elle fut réjouie de ee qu'eiftcore une fois eUe pour- rait voir sa mère et lui parier ;. die a^senabla ses sœurs et leurs enfants, puis s'en allèrent , Jésus avec eux, dans le désert, où saint Jean-Baptiste fit pénitence près du fleuve du Jourdain, lequel désert les enfants d'Israël passèrent avec Josué à b Terre promise, et parce qu'Elisabeth, mère de saint Jean,, était sœur d'Anne, Jésus lui dît:
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Vietts attss) voir une sainlft daina dans le désert, qui mène une vie angélicpiie dan» un corps mor- tel ; ma mère a reposé neuf mois dans son sein, sa grande sainteté attire sur elle les regards du ciel et de la terre ; et pour ce, il est convenable, vu que nous sommes encore sur la terre, que nous lui allions rendre visite. Quand saint Jean- Baptiste eut ce eikteodu, il tut réjoui, désirant de voir larbre qui avait porté de si précieux fruits.
JÉSUS VINT VISITER SAUfTS A>5£ i.V£G SX GOliPAONU , ET GOMME UJS FUEENT REÇUS.
Lorsque Jésus et sa compagnie furent arrivés vers Anne au désert, elle en fut jpjeuse; elle se leva, fut au-devant d'eux et les reçut en grande révérence. Jésus et Marie allaient devant les au- tres. Quand Anne fut auprès de Jésus,, elle se prosterna à ses pieds, et les baisa eu pleurant^ puis chantant le psaume , In te. Domine, spe^ ravi, etc. En vous. Seigneur, j'ai mis ma con- fiance, je ne serai point confondue éternellement. Ce psaume continua jusqu'à la fin. Puis après, elle embrassa sa bonne fille avec tendresse, et fit le semblable à ses sœui*s et à ceux de la suite.
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Après cela, Jésus et Marie s'assirent, et Anne an milieu d eux, et ceux de leur suite en firent au- tant avec leurs enfants.
LES BONS CONSEILS QU'ANNE DONNA A CEUX OUI LOI RENDAUSNT VISITE.
Lorsqu'Anne se vit au milieu de sa famille, elle leur paria avec tendresse, leur disant : Je vous prie, mes enfants, d entendre ce que je m en vais vous dire : C est que vous vous aimiez les uns les autres, de sorte qu'aucune adversité ou peine ne vous sépare de l'amour fraternel ; ayez mémoire que vous êtes issus d'une race telle que vous voyez devant vos yeux ; marchez dans les voies du Seigneur; soyez miséricordieux; ne condamnez personne; soyez charitables aux pau- vres ; menez une vie pure et paisible sur la terre ; ne soyez ambitieux des biens périssables de la terre, désirez seulement les biens étemels.
Je vous prie qu'au temps de la passion de Jésus, vous ne l'abandonniez pas ; car vous connaîtrez, après sa passion, qu'il est véritablement le Ré- dempteur des hommes. Quand Anne eut ainsi parié, elle sentit que la mort était proche, elle
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mit son chef sur la poitrine de Jésu8, disant Ayez soutenance de celle qui expire dans votre amour.
jiSUS WT T1S1TEE AUNE AVEC SA GOMPAGinX, IT GOMMB OS FURENT REÇUS.
Après cela, Jésus vit une grande clarté au ciel, où les anges étaient assemblés. Lors Jésus dit à Anne : Ma bien-aimée, ceux qui t'honoreront sur la terre et m'invoqueront en ton nom, seront exaucés. Ce mardi est le jour de ta naissance. Il est aussi celui de ton trépas ; c'est pourquoi je béiiis ce jour, et le consacre en ton nom, et tous ceux qui t'invoqueront en ce jour, je les exaucerai, parce que tu as saintement vécu et glo- rifié mon Père. Et de plus, à cause de la grande sainteté de ceux qui sont descendus de toi, tu se- ras assise sur un des trônes de mon Père céleste, afin que tu puisses voir toute la lignée ensemble, ( t aussi tous ceux qui te serviront dévotement. Alors Anne dit à saint Jean TEvangéliste. lequel était encore jeune : Mon cher enfant, il viendra un temps que Marie ma fille sera dans une grande
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afflicUon, et peu de gens alora confesseront la di- vinité de JéBuMillirist ; cesl pourquoi je yous la recommande, je vous prie de ne la point dé- laisser dans ce temps d'affliction, car elle sera plongée dans une extrême tristesse ; à peine eut- elle achevé ces paroles, qu'elle sentît approcher son dernier moment.
LE nÉPia DB 8AINTI ANNE.
Anne posa sa tête sur la poitrine de Jésus , et Jésus mit son chef contre le sein, parlant aimable* ment à elle. Dans le moment Anne étendit ses hra^, Marie les lui soutenait, les arrosant de ses laraies. Lors on aperçut une clarté qui descendait du ciel, laquelle environna Anne. Alors elle pro- nonça ce verset du psaume de David, disant : Gasmm le cerf lassé désire les fontaines rafraîchis^ santés^ ainsi mon âme sottpire après vous, 6 mon Dieu 1 qui êtes la fontaine de vie ; quand ofmarat- txai-jû devant la face du Père céleste? Bile conti- nua ce pftaume jusqu'à la fin ; étant à la fin, elle rendit l'esprit à Dieu ; et ceux qui y étaient as- sistants se prosternèrent à terre, rendant bénédic- tion à Dieu en diverses manières, par des psaumes
et des cantiquea; nuds par fragilité ordinaire ils fersèreot beaucoup de larmes.
LE CORPS D£ SAINTE AJNIŒ FUT ENTERRÉ.
Quand Jésus et Marie sa mère avec leur com- pagnie eurent été près d'Anne Téspace de vingt jours, et qu'elle fut trépassée, ils portèrent son corps en Nazareth, Teignirent d'onguents pré- cieux, parce que la mère du Fîls de Dieu était sortie de ses entrailles, Fenterrèrent auprès de Joachim son mari : ils demeurèrent jusqu'au di- manche au soir : étant enterrée, ils la pleurèrent pendant quarante jours.
CONCLUSION DE L AUTELU FOUR FORTIFIER CE QOi DE L4 YIE DB SAINTE
Comme rien n'est impossible à Oiea^ il m iMi nullement douter des grandes merveilles que Dieu a opérées en ceux qui ont vécu saîntemoMt sur la terre; c'est pourquoi nous voyons dans la vie des saints et saintes que Dieu leur a aoeorlé ie don de faire une ininité de miraclaSt et des extraordinaires par la vertu de soB aaiiii nom.
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Geax qui ont réclamé et qui réclament dévote- ment sainte Anne, ont ressenti les e£Fets de sa puissante intercession auprès de Dieu.
Ainsi, au commencement (Archos), était la lu- mière (la dame des jours, Émérantiana), et la lu- mière enfanta la grâce, et la grâce enfanta la beauté sans tache, qui fut nonunée Marie. Ainsi commence cette légende qu'on pourrait appeler TéYangile de la Vierge.
Anne, conune sa fille Marie, se sanctifie dans les douleurs, car le génie du christianisme c'est le sacrifice.
L'innocent sacrifié pour le coupable! Quelle injustice ! dira Michelet . 0 philosophe de l'amour I pouvez-YOus appeler injuste un sacrifice Yolon- taire?
Le christianisme, c'est la grâce, parce que c'est le sacrifice.
C'est le devoir préféré au droit, parce que l'homme, en effet, n'a pas d'autre droit que celui de faire son devoir.
Et le christianisme lui dit que son devoir, c'est de se sacrifier pour les autres.
C'est en cela que le christianisme est surhu- main.
C'est pour cela que si les fables païennes Jus- tement admirées par Michelet, sont la Bible de l'humanité, rÉvangile est et restera le Testament de la Divinité.
Michelet, dans son livre, affecte de diviser la grftce et la loi, et de les opposer l'une à l'autre.
Gomment ne comprend-U pas qu'au lieu de les diviser il faut les réunir, et que la grftce sans loi, mais aussi la loi sans grftce, sont deux souveraines injustices?
Son livre a toutefois ceci de grand et de vrai, qu'il démontre la grande et unique religion de l'humanité, toujours révélée à la foi par le génie, et toujours la même sous les voiles de toutes les mythologies et de tous les symboles.