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Metamorphoses

Chapter 3

I. Tenthits.]C'rfil'ordindtred^saffii^ei^ ii

quifoK t en fafchefie , defuyr U lumière O* '^'iure \\ en ténèbres, ^infi Ciceron rongeant fon frein du- jj' rantfon exil ylc hay les compagnies {ceditil j enefniuantà fin i/éttique) ie ruy les hom- mes, à peine puis ie regarder la lumière. ^AtnJiSyJjgamhis mère de Darius ayant ouj U mort d'^/exandre , s* enferma dans vne cham - hre y s*ahjlint cr du nungcr O" du iourinfc^u^i la mort ,
Ellesj
CI N C^yiESME^
LIVRE.
A R G V M E N T.
CE cinquième II me contient le io^ mtcïU de Pfjchê , les amcurs de Cti^ f'îdon , U 'vifttedesfctursde Flnfantet dont elles entf eï en i^lonjie'. pjr rinfli^d' tion de UcjHelle Vfychétrop crédule f.ntî 'vne petit e h hjfure À Jon niA ry Çuf ih n . ^tnft decheuë du comble de fd félicite , tUfieurs cala mtte-^ l accueillent. Et fan ennemie Fenm U truuatlle ejîrangemet^
Syche feant à fon ayfe en lieux herbus Se mollets ,n*ayac pour lia: que des mortes &: glasos rofoyas, après auoirvn peu reptins fcs ef-
prits, s'endormic tout doucement: puis quad elle eut ruffifammët re- poféjfetrouua le trouble de Ton a- me aijcunemcc efclaircy. Elle void vn bofcagc peuplé d'arbres hauts 6c branchus à merueilles:& au mi- lieu delà place , vne belle fourcc plus claire que criftal. Auprès du courant de la fontaine y auoix va palais royal , bafty non de main - /* - d homme.maisd vnaitihcediuin» -^ Des! entrée ont euftiuge que ce- . . ftoitThofteloumaifon deplaifan-^, , . ce de quelque Dieu. Carlespoul- ,. très &roiiues du plancher eftoient ^ ^ de bois, b de citron & d yuoire cu--^ — rieufemet erquarry,(ouftenuës par ^^* des colonnes d*or. Toutes les mu- railles accouftrees d'argét graué de toutes fortes d'animaux fe prefen- tans en apparence à ceux qui vou- loiêt entrer. Ce fut cercesvn hom- me dVn merueilleux arrifice,voire Demy-dieu,voirepluftoft vn Dieu toutàfaid, qui parla fubtilitéde fon artj eftoffa fi bien tout ceft ou- urage d'argent.^ Le paué mefmc
ClNQ^lESME LIVRE
cftoit bigarré de plufieurs diuerfes pietresprecieufcs taillées en forme de marqiictterie. Heureux & plu- fîeursfois heureux tous ceux qui ontl'honneiu de marcher fur ces perleSjdorures ik pierreries/Au de*- mcuiât toutes les autres parties de cefte maifon de lar^e &:lo2ue efté- duc, precieulc fans prix ,& toutes les murailles affermies de pilhers d'or maffifjrcluifoient de leur pro- pre fplendeur: de façon que quand bien le Soleil euftrefufc fa lueur à ce palais, il s'en faifoit aiTez de luy- mermejn fort efclatoient les cham- bres, les galeries, les portes ôc doi- fons.D'ailleurs les meubles corref- pondoient à l*cquipollent de la majefté du logis : tellement que ce palais ccleftc fembloit eftre bafty * tout exprés au grand Dieu lupiier pour conuetfer auec les hommes. Psyché conuiee par le plai- fant afpeâ: de ceftc place , s*en ap- Elle y proche plus prés , & s*en-hardir entre* d'entrer dedans .-paiserprife d'vne cxtrcme cnuie de celle belle veuc,
DE I*ASNE D*OR, IÇ^
elle confidere tout par le menu: Encr'ftutreschofeslcs magazin dc garderobesaccoplisd'vne tref-ex* qiiife architecture au plus haut cf- tage,rcmplies de loyaux & richef- fes incroyables. En femme il n'y a lien qui ne fuft là : mais outre tant de raritez dignes d'admiration , il y auoit ceft' autre merueille prîh-
; cipalc; que ce plus précieux thrc- for qui fuft au monde neftoit ma-
! ny ny de ferrure, ny de cloifon , ny degarde quelconque.
Comme l'Infante contemploit . toutes ces chofèsauecvn conten- ^^^'^^^ |
i tcment & plaifir indicible 5 voicy '^^^^^ \ fe prefenter vue voix fans corps. ^ ^^^^ êc; C^u'auez-vous Madame (ce dit- J^ ^fz \
I cllej à vous eftonner défi grandes Af^*
; richeffes? tout eft à vous. Retirez j
vous doncques en yne chambre, delalTez vous dans vn hd, & de-
; mandez tel baing qu'il vous plai- ra. Nousdefquelles vous ouyezla voix , fommcs vos feruantes, de vous ferons très humble feruiee,
puis fi loft que vous aurez penfé
j ClNQjrEJMElIVUl f
f( voftre corps, VOUS tfouuerez in-
; continent voftre table coaiiertc&
; feruie à la royaîe. Ainfi Pfyché
', Tencit l'heureux cfFed: de II proui-
I Elle les dence diuine ; & fuyuanc l'aduis I accepte, de ces voix, fans forme fe delalle ■•, ; premièrement entre deux draps;
puis s'en va prendre vn bain Ea fuite elfe apperceut auprès d'elle vne table demy-ronde , vne chai-
Seibdifi '^^ ' ^^°^ ^^^^ ^"^ *1^'^^ ^^^^ pour
' f^ de P''^"^^^ fa réfection; Se iugeanc le
i ^ladcs. tout ^ft^^^Pp^^^é pour elle , s'affic-
( volontiers à table. La voilà tout
, foudaincouuertedediuerfes vian-
, desexquifes, & le drclfor garny
de vins neftarez , fans qu'on ap-
perceufl aucune main d'homme,
, ains feulement apportez par 1 im*
pulfion de quelque efprir. Elle ne
, pouuoit voir^aucune pcrfonne -,
i maisoyoit feulement des paroles
en l'air, & n'auoitfinoa des voix
pour la feruir.
Et de QvAND la table fut fi richc-
muji^ ment couuertejVoicy venir vn cer^l
^He, tain qui fe prit à chanter inuilible;'
vn autrui
B E l'A S S E DO K» IJ7
' vn autre joiia du lac , lequel on ne ^1 Toyoic non plus que celuy qui le î| louchoir. Adonc veine heurter à i- ! Ces oreilles la mélodie d'vne trou - 15' pe de gents qui chantoient en t gros,& faifoient vn concert fort il délectable : de façon que bien a qu'homme viuant ne e paruft, il e /cmbloit neantmoins qu'on ouyft i Vn bon nombre de perlonncs.
A p R E s ces palTe-tempSjU nui lî|Ie requérant ainfî, Pfyché s'alla ^^^^^z 5|: coucher. Enuiron minuidtelle oit '^^! 11' quelque peu de bruit autour de 1. les oreilles. Alors fe voyant efïeu- i| , lce,& craignant qu'on vouluft fai- >' re quelque efK)rt à (a virginité ; cU ; I le eut peur , elle treflaillit d'eipou- j, liîantej Scptusquc tout autre mal ,; craint ce qu'elleignore . De(îà ceft inconu maris'eftoit prefeméjdefià eftoic-il monte deflus ion Iidt, & Deuict auoit defià faid Pfyché^ fa fem femme me; puis s*e(loit viftement retiré sasvek deuanc le leuer du Soleil: comme w4ry, les voix fufdides fe prefenterent enlachabre de l'Infante, 5c four-
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ClNC^lEJME tIVRI
nîrent à la nouuelle eipoufée I chofes ncceiîàirex pour penfer virginité qu'elle venoit de perdre, Plaiîeurs journées palTerenc en ccfte force: & comme il aduient ordinairement , la nouueautc de^U befongnepafTanc en accoutuman- ce , l'y fiaifoit trouuer du plaifir. D'ailleurs, le Ton de ces voix incer- taines la confoloit en fa iolicude.
Cependant les parens dï- celle vieillifToyent en ducil extrê- me & trifteflc incpuif*ble. Et com- me le bruit en couruft par pays. Ces CcsMs aifriées ayans apprins toute l'hiftoire, partirent inconci- nent de chez leurs marys,erplea- rces & dolentes , pour vifiter leur
Î>ere&mere. ^Or enceftcnui(5l U e marydePfychéluyteintce lan- gage ( car bien qu'elle ne le peuft voïr,(i le lentoic elle bien & dei mains ôc des oreilles) Plyché ma tref-douce ôc cref- chère erpoufe, Fortune la cruelle te menace d>- ne funede aduenture : ie fuis d'ad- cùsquc tu c'cQ cionnes fongneufc
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DI L*A SME D OR. 15*
^;irde.Tes focars troublées de l'o- Sonmxm , pinioquon a que tufoisdecedee, ri l'aJ* &te cerchans àlatrace^fontarri urrtic ueesenceftemonragne.-maisfifl Je ne les ce viennent faire des lamenta fArlcrk tions &gemi(remens,iîe leurrcl ps ponds mot,- voire ne les efcouteyâf/^r/. nullement. Autrement tu me cau- ^, feras vue g'âv^e fafcherici & à coy,
extrême confufion. j, E L L E y confent , & promet de j (faire tout ce qui plairoit à Ton ma- , ry: Mais fi toft qu'il fe fut éuanoUy , quant-& la nuid , la pauure mife- , lablepaflTa toute la journée en lar- mes & plaintifs ; réitérant à plu- fîeuts fois qu'alors elle eftoit en- , jtietement perdue (ans efpoir de 'reffource, puis qu'enfermée dans l'enclos dVnefi belle pri(on , &fc- yréc de toute conuerlâiion hu- maine,ellen*auoit feulement mo- yen dé donner quelque reconfort ^\ïft% fœars qu'elle fçauoit eftre ea ' exureme peine d'elle, ny meHne de les veoir. Ainfi fans prendre ny bâing, ni repas, ni viande quelcoa»
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CXKQ^IÏSMI LIVRl
qBe,& ne cédant de pleurer,çn fia le fommcil Tacrable.
SvB. le ehamp voici Ton mari ft rient couchf r auprès d'elle vn peu pluftoftquedecouftume, &I'cni braffanc ainfî baignée de larme» qu'elle eftoit : Eft-ce-là (luy replro- che-il) ce que vous m'auez promij o ma douce Pfychc? Que puirj déformais cfpcrer de vous? atten- du que ny ioar ny naiâ: ny mefme entre les brasdevoftremary vou ne celTcz de vous tourmenter? Oi fai£tcs ce que bon vous femblera, & contentez voftre appétit qui ne demande que^ fondômage. Sou uenez-Tous neantmoins du cer tain aduis que le vous ay donné quand vous viendrez ï vous en le pcntir f trop fur le tard.
A L o B. s à force de prières , &
menaçant de fe laifTer mourir, ell(
obteint de fon cfpoux l'entérine
EUfii" ment de fa reqiiefte , De voir fe
fireUs fcBurs, accoifer leur ennuy , corn
-Wr. muniquer auec elles: & d'abon
dant adjoufta permiffion de leu.
Il
DE l'AsNE d'or. ÏJf)
lonncr autant d'or ou de joyaux
]u*il luy plairoic. Mais ce ne fut
>asrans l'aduenir, voire auec ter-
eurj Qu^elle gardaft bien de (c
aiffer induire par le mauuais dc
^crnicicux c6feild*icellcs,dePen-
:jucrir quelle eO: la forme de Ton
nary^&rqueparvne facrilegecu-
'odicelie ne fedefnichaftdu fai-
^ ;lc de tant d'honneurs aufqueîs el-
' ^ elloit montée: qu'au demeurant
lie ne le veint iamais plus cm-
^ralTcr , Pfyché îe remercia, &
Cù plus conrcnre en Ton efpritj
Certes ( dit-elle) ie mourray plu*
^' jioft cent fois que de perdre vo-
^^ lire aggreable & douce compa-
^^' tnie. Carie vous aymejie vous ay-
1" jne ; dif-je , efperducment qui qu«
oyez , &L vous tiens aufîî cher que
-non ame , ny ne voudrois mefme
î ^ous préférer Cupidon. Maisad-
I' ouftez encore ie vous fupplie