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Les Misérables

Chapter 8

M. Madeleine stupéfait ouvrit la bouche. Javert |’in-

terrompit.
— Vous direz, j’aurais pu donner ma démission, mais cela ne suffit pas. Donner sa démission, c’est honorable. J’ai failli, je dois étre puni. II faut que je sois chassé.
Et aprés une pause, il ajouta:
— Monsieur le maire, vous avez été sévére pour moi autre jour injustement. Soyez-le aujourd’hui justement.
Javert soupira du fond de sa poitrine et reprit toujours froidement et tristement :
— Monsieur le maire, il y a six semaines, a la suite de
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cette scéne pour cette fille, j’étais furieux, je vous ai dé noncé.
— Dénoncé !
— A la préfecture de police de Paris.
s M. Madeleine, qui ne riait pas beaucoup plus souvent que Javert, se mit a rire:
— Comme maire ayant empi¢té sur la police ?
— Comme ancien for¢at !
Le maire devint livide.
10 Javert, qui n’avait pas levé les yeux continua:
—Je le croyais. Depuis longtemps j’avais des idées, Une ressemblance, votre force des reins, l’aventure du vieux Fauchelevent, votre jambe qui traine un peu, est-ce que je sais, moi? des bétises! mais enfin je vous prenais
15 pour un nommé Jean Valjean.
— Un nommé?... Comment dites-vous ce nom-la ?
—Jean Valjean. C’est un forgat que j’avais vu il y a vingt ans quand j’étais adjudant-garde-chiourme! & Tou- lon. En sortant du bagne, ce Jean Valjean avait, a ce
20 qu’il parait, volé chez un évéque, puis il avait commis un autre vol 4 main armée dans un chemin public sur un pe- tit Savoyard. Depuis huit ans il s’était dérobé, on ne sait comment, et on le cherchait. Moi je m’étais figuré... — Enfin, j’ai fait cette chose! La colére m’a décidé, je
25 vous ai dénoncé a la préfecture.