NOL
Les Misérables

Chapter 30

M. Leblanc avec des yeux fixes et tendres assez semblables

aux yeux d’un serpent boa, je vous disais que j’avais un tableau 4 vendre.
Il se leva, alla & la muraille en bas de laquelle était posé
10 quelque chose en effet, qui ressemblait 4 un tableau, et que la chandelle éclairait 4 peu prés. Marius n’en pouvait rien distinguer, Jondrette étant placé entre le tableau et lui; seulement il entrevoyait un barbouillage grossier et une espéce de personnage principal enluminé avec la cru-
15 dité criarde des toiles foraines! et des peintures de para- vent.
— Qu’est-ce que c’est que cela? demanda M. Leblanc.
Jondrette s’exclama:
— Une peinture de maitre, un tableau d’un grand prix,
zo mon bienfaiteur! J’y tiens comme a mes deux filles, ils me rappelle des souvenirs! mais je vous l’ai dit et je ne m’en dédis pas, je suis si malheureux que je m’en déferais.
Soit hasard, soit qu’il y efit quelque commencement d’inqui¢tude, tout en examinant le tableau, le regard de M.
25 Leblanc revint vers le fond de la chambre.
Il y avait maintenant quatre hommes, trois assis sur le lit, un debout prés du chambranle de la porte, tous quatre bras nus, immobiles, le visage barbouillé de noir. Jondrette remarqua que l’ceil de M. Leblanc s’attachait A ces
30 hommes.
— C’est des amis, dit-il. C’est barbouillé parce que ca
travaille dans le charbon. Ce sont des fumistes.2 Ne
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vous en occupez pas, mon bienfaiteur, mais achetez-moi mon tableau. Ayez pitié de ma mistre. Je ne vous le vendrai pas cher. Combien l’estimez-vous ?
— Mais, dit M. Leblanc en regardant Jondrette entre les deux yeux et comme un homme qui se met sur ses gardes, c’est quelque enseigne de cabaret, cela vaut bien trois francs.
Jondrette répondit avec douceur :
— Avez-vous votre portefeuille 1a? je me contenterais de mille écus.