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Les Misérables

Chapter 28

M. Leblanc en jetant les yeux sur la Jondrette, qui, debout

entre lui et la porte, comme si elle gardait déja l’issue, le considérait dans une posture de menace et presque de combat.
— Elle est mourante, dit Jondrette. Mais que voulez- vous, monsieur! elle a tant de courage, cette femme-la! Ah! c’est que nous avons toujours fait bon ménage, cette pauvre chérie et moi! Qu’est-ce qu’il nous resterait, si nous n’avions pas cela? Nous sommes si malheureux, mon respectable monsieur! On a des bras, pas de travail | On a du cceur, pas d’ouvrage! Tenez, exemple, j’ai voulu faire apprendre le métier de cartonnage: a mes filles. Vous me direz: Quoi! un métier? Oui! un métier! un simple métier! un gagne-pain! Quelle chute, mon bien- faiteur! Quelle dégradation quand on a été ce que nous étions! Hélas! il ne nous reste rien de notre temps de prospérité! Rien qu’une seule chose, un tableau auquel je tiens, mais dont je me déferai pourtant, car il faut vivre ! item, il faut vivre! ~ Pendant que Jondrette parlait, avec une sorte de désordre apparent qui n’6tait rien a l’expression réfléchie et sagace de sa physionomie, Marius leva les yeux et apercut au fond de la chambre quelqu’un qu’il n’avait pas encore vu. Un homme venait d’entrer, si doucement qu’on n’avait pas entendu tourner les gonds de la porte. II s’était assis en silence et les bras croisés sur le lit le plus voisin, et comme il se tenait derriére la Jondrette, on ne le distinguait que confusément.
— Qu’est-ce que c’est que cet homme? dit M. Leblanc.
— Ca? fit Jondrette, c’est un voisin. Ne faites pas attention.
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