Chapter 4
M. Durtal. »
C'était une liqueur épaisse, sucrée autant que l’anisette, mais encore plus féminine et plus douce; seulement, quand on avait avalé cet inerte sirop, dans les lointains des papilles, un léger fumet de céleri passait.
« Ce n’est pas mauvais, s'exclama l’astrologue, mais c’est bien moribond », et il versa dans son verre une vivante lampée de rhum.
« Quand on y songe, reprit Durtal, le troisième Règne est aussi annoncé par ces mots du Pater « que « votre Règne arrive! »
— Certes, dit le sonneur.
— Voyez-vous, jeta Gévingey, l’hérésie existerait surtout et alors elle deviendrait tout à la fois dé- mente et absurde, si l’on admettait, comme le font quelques Paraclétistes, une incarnation authentique et charnelle. Tenez, rappelez-vous le Fareinisnre qui a sévi, depuis le xvn? siècle, à Fareins, un village du Doubs, où se réfugia le jansénisme chassé de Paris, après la fermeture du cimetière de Saint-Mé- dard. Là, un prêtre, Francois Bonjour, recommence les crucifixions des miraculées, les scènes- galva- niques qui infestèrent la tombe du diacre Pâris: puis, cet abbé s’éprend d'une femme qui prétend être enceinte des œuvres du prophète Elie, lequel doit, d’après l’Apocalypse, précéder la dernière arrivée du Christ. Cet enfant vient au monde, puis
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un second qui n’est autre que le Paraclet. Celui-là exerça le métier de négociant en laines à Paris, fut colonel de la Garde Nationale sous le règne de Louis-Philippe et mourut dans l’aisance, en 1866. C'était un Paraclet de magasin, un Rédempteur à épaulettes et à toupet!
« vray, affirme à qui veut l’entendre que Jésus s’est réincarné en elle. En 1889, un bon fol du nom de David fait paraître à Angers, une brochure intitulée La Voix de Dieu, dans laquelle il se décerne le mo- deste titre de « Messie unique de lEsprit-Saint Créateur > et nous révèle qu’il est entrepreneur de travaux publics et qu’il porte une barbe blonde d’une longueur de 1 mètre 10. A l’heure actuelle, sa succession n’est pas tombée en déshérence; un ingénieur nommé Pierre Jean a récemment par- couru à cheval les provinces du Midi en annonçant qu'il était le Saint-Esprit; à Paris, Bérard, un conducteur d’omnibus, de la ligne de Panthéon- Courcelles, atteste également qu’il corporise le Para- clet, tandis qu’un article de revue avère que l’espoir de la Rédemption fulgure en la personne du poète Jhouney; enfin, en Amérique, de temps à autre, des femmes paraissent qui soutiennent qu’elles sont le Messie et qui recrutent des adhérents parmi les illu- minés des revivals.
— Cela vaut, fit Carhaix, la théorie de ceux qui confondent Dieu et la création. Dieu est immanent dans ses créatures; il est leur principe de vie su- prême, la source du mouvement, la base de leur existence, dit saint Paul; mais il est distinct de leur vie, de leur mouvement, de leur âme. Il a son Moi personnel, il est Celui qui est, dit Moïse. ;
/ « Le Saint-Esprit aussi, par le Christ en gloire, va être immanent dans les êtres. Il sera le principe qui les transforme et les régénère; mais cela n’exige oint qu’il s’incarne. Le Saint-Esprit procède du Père par le Fils; il est envoyé pour agir mais il ne eut se matérialiser; soutenir le contraire c’est de a folie pure! c’est choir dans les schismes des nostiques et des fratricelles, dans les erreurs de Pulcin de Novare et de sa femme Marguerite, dans les immondices de abbé Beccarelli, dans les abomi-
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nations de Ségarelli de Parme qui, sous prétexte de se rendre enfant pour mieux symboliser l'amour simple et naïf du Paraclet, se faisait emmailloter, coucher entre les bras d’une nourrice qu'il tétait, avant de se vautrer dans les bas-fonds!
— Mais enfin, dit Durtal, tout cela me semble peu clair. Si je vous comprends, l’Esprit-Saint agira par une effusion en nous; il nous transmuera, nous rénovera l’âme par une sorte de purgation passive, pour parler la langue théologique.
— Oui, il doit nous purifier et l'âme et le corps.
— Comment le corps?
— L'action du Paraclet, reprit l’astrologue, doit s'étendre au principe de la génération; la vie divine doit sanctifier ces organes qui, dès lors, ne peuvent plus procréer que des êtres d'élection, exempts des boues originelles, des êtres qu’il ne sera plus néces- saire d’éprouver dans le fourneau de l’humiliation, comme dit la Bible. Telle était la doctrine du pro- phète Vintras, cet extraordinaire illettré qui a écrit de si solennelles et de si ardentes pages. Elle a été continuée, amplifiée, après sa mort, par son succes- seur, par le docteur Johannès.
— Mais alors c’est le Paradis terrestre! s'écria des Hermies.
— Oui, c’est le règne de la liberté, de la bonté, de l'amour! ` — Voyons, voyons, fit Durtal, je my perds, moi. D’une part, vous annoncez l’arrivée du Saint-Esprit, de l’autre l'avènement glorieux du Christ. Ces deux règnes se confondent-ils ou doivent-ils se succéder?
— I convient de distinguer, répondit Gévingey,
entre la venue du Paraclet et le retour victorieux.
du Christ. Lune précède l’autre. Il faut d’abord qu’une Société soit recréée, embrasée par la troi- sième Hypostase, par PAmour, pour que Jésus des- cende, ainsi qu’il l’a promis, des nuées, et règne sur des peuples formés à son image.
— Et le pape, qu’en faites-vous dans tout cela?
— Ah! c’est là un des points les plus curieux de la doctrine Johannite. Les temps, depuis la première apparition du Messie, se divisent, vous le savez, en deux périodes, la période du Sauveur victimal et expiant, celle où nous sommes, et l’autre, celle que
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nous attendons, la période du Christ, lavé de ses crachats, flamboyant dans la suradorable splendeur de sa Personne. Eh bien, il y a un pape différent pour chacune de ces ères; les Livres Saints annon- cent, ainsi que mes horoscopes, du reste, ces deux Souverains Pontificats. :
_« Cest un axiome de la théologie que l'esprit de Pierre vit en ses successeurs. Il y vivra, plus ou moins effacé, jusqu’à l'expansion souhaitée du Saint- Esprit. Alors Jean qui a été mis en réserve, dit l'Evangile, commencera son Ministère d'amour, vivra dans l’âme des nouveaux papes.
— Je ne comprends pas bien lutilité d’un pape, alors que Jésus sera visible, fit des Hermies.
— Il n’a, en effet, de raison d’être et il ne peut exister que pendant l’époque réservée aux effluences du divin Paraclet. Le jour où, dans le tourbillon des glorieux météores, Jésus paraît, le pontificat de Rome cesse.
— Sans approfondir ces questions sur lesquelles on pourrait discuter pendant des ans, j'admire, s’écria Durtal, la placidité de cette utopie qui s’ima- gine que l’homme est perfectible! — Mais non, à la fin, la créature humaine est née égoïste, abusive, vile. Regardez donc autour de vous et voyez! une lutte incessante, une société cynique et féroce, les pauvres, les humbles, hués, pilés par les bourgeois enrichis, par les viandards! partout le triomphe des scélérats ou des médiocres, partout l’apothéose des gredins de la politique et des banques! et vous croyez qu'on remontera un courant pareil? Non, jamais l’homme n’a changé; son âme purulait au temps de la Genèse, elle n’est, à l'heure actuelle, ni moins tuméfiée, ni moins fétide. La forme seule de ses péchés varie; le progrès, c’est l'hypocrisie qui raffine les vices!
— Raison de plus, riposta Carhaix; si la Société est telle que vous la dépeignez, il faut qu’elle croule! Oui, moi aussi, je pense qu’elle est putréfiée, que ses os se carient, que ses chairs tombent; elle ne peut plus être ni pansée, ni guérie. Il est donc nécessaire qu’on l’inhume et qu’une autre naisse. Dieu seul peut accomplir un tel miracle!
___ Evidemment, fit des Hermies, si l’on admet
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que l’ignominie de ces temps est transitoire, l’on ne peut compter pour la faire disparaître que sur Pin- tervention d'un Dieu, car ce n’est pas le socialisme et les autres billevesées des ouvriers ignares et hai- neux, qui modifieront la nature des êtres et réfor- meront les peuples. C’est au-dessus des forces hu- maines, ces choses-là!
— Et les temps attendus par Johannès sont proches, clama Gévingey. En voici des preuves bien manifestes. Raymond Lulle attestait que la fin du vieux monde serait annoncée par la diffusion des doctrines de l’Antéchrist, et ces doctrines, il les définit : ce sont le Matérialisme et le réveil mons- trueux de la Magie. Cette prédiction s'applique à notre temps, je pense. D’autre part, la bonne nou- velle doit se réaliser, a dit saint Matthieu, lorsque « le comble de abomination sera constaté dans le « Lieu Saint ». Et il y est! voyez ce pape peureux et sceptique, plat et retors, cet épiscopat de simo- niaques et de lâches, ce clergé jovial et mou. Voyez combien ils sont ravagés par le satanisme, et dites, dites, si PEglise peut dégringoler plus bas!
— Les promesses sont formelles, elle ne peut périr », et, accoudé sur la table, d’un ton suppliant, les yeux au ciel, accordant murmura : « Notre Père, que votre règne arrive!
— Il se fait tard, partons », jeta des Hermies. Alors, pendant qwils endossaient leurs paletots, Carhaix questionna Durtal
« Quespérez-vous si vous n’avez pas foi dans la venue du Christ?
— Moi, je n’espère rien.
— Je vous plains alors; vrai, vous ne croyez à aucune amélioration pour lavenir?
— Je crois, hélas! que le vieux Ciel divague sur une terre épuisée et qui radote! »
Ve Sonneur leva les bras et hocha tristement la ête.
Lorsqu'ils eurent quitté Gévingey, au bas de la tour, des Hermies, après avoir marché quelque temps en silence, dit :
dont on a parlé, ce soir, se soient passés à Lyon? » Et comme Durtal le regardait :
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« Cest que, vois-tu, moi, je connais Lyon; les cerveaux y sont fumeux ainsi que les brouillards du Rhône qui couvrent, le matin, les rues. Cette ville semble superbe aux voyageurs qui aiment les longues avenues, les préaux gazonnés, les grands boulevards, toute l'architecture pénitentiaire des cités modernes; mais Lyon est aussi le refuge du mysticisme, le havre des idées prénaturelles et des droits douteux. C’est là qu’est mort Vintras, en le- quel s'était, paraît-il, incarné l’âme du prophète Elie; c’est là que les Naundorff ont gardé leurs der- niers partisans; là que les envoûtements sévissent, car à la Guillotière, on fait maléficier, pour un louis, les gens! Ajoute que c’est également, malgré sa foison de radicaux et d’anarchistes, un opulent magasin d’un catholicisme protestant et dur, une manufacture janséniste, une bourgeoisie bigote et grasse.
« Lyon est célèbre par ses charcuteries, ses mar- rons et ses soies; et aussi par ses églises! Tous les sommets de ses voies en escalade sont sillonnés par des chapelles et des couvents et Notre-Dame de Fourvière les domine tous. De loin, ce monument ressemble à une commode du xyi’? siècle, renversée, les pieds en lair mais l’intérieur qu’on parachève encore, déconcerte. — Tu devrais aller la visiter, un jour. — Tu y verrais le plus extraordinaire mé- lange d’assyrien, de roman, de gothique, tout un je ne sais quoi, inventé, plaqué, rajeuni, soudé, par Bossan, le seul architecte qui ait, en somme, su élever un intérieur de cathédrale, depuis cent ans! Sa nef fulgure d’émaux et de marbres, de bronzes et d’or; des statues d'anges coupent les colonnes, inter- rompues avec une grâce solennelle, les eurythmies connues. C’est asiatique et barbare; cela rappelle les architectures que Gustave Moreau élance, autour de ses Hérodiades, dans son œuvre.
« Et des files de pèlerins se succèdent sans trêve. On prie Notre-Dame pour l'extension des affaires; on la supplie d'ouvrir de nouveaux débouchés aux saucissons et aux soies. On fait l’article à la Vierge; on la consulte sur les moyens de vendre les denrées défraichies et d’écouler les pannes. Au centre de la ville même, dans l’église de Saint-Boniface, j'ai re-
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levé une pancarte où l'on invite les fidèles à ne pas distribuer, par respect pour le Saint Lieu, d'aumônes aux pauvres. Il ne convenait pas, en effet, que les oraisons commerciales fussent troublées par les ri- dicules plaintes des indigents!
— Oui, dit Durtal, et ce qui est bien étrange aussi, c'est que la démocratie est l’adversaire le plus acharné du pauvre. La Révolution, qui semblait, n'est-ce pas, devoir le protéger, s’est montrée pour lui le plus cruel des régimes. Je te ferai parcourir un jour un décret de l’an II; non seulement, il pro- nonce des peines contre ceux qui tendent la main, mais encore contre ceux qui donnent!
— Et voilà pourtant la panacée qui va tout gué- rir », fit des Hermies, en riant. Et il désigna du doigt, sur les murs, d'énormes affiches dans les- quelles le général Boulanger objurguait les Parisiens de voter, aux prochaines élections, pour lui.
Durtal leva les épaules. « Tout de même, dit-il, ce peuple est bien malade. Carhaix et Gévingey ont peut-être raison, lorsqu'ils professent qu'aucune o Tenge ne serait assez puissante pour le sau- ver! »
ii
XXI
DURTAL avait pris la résolution de ne pas répondre aux lettres que lui adressait la femme de Chante- louve. Depuis leur rupture, chaque jour, elle lui en- voyait une missive en ignition; mais, comme il put le constater bientôt, ces cris de Ménade s’apaisèrent et ce furent des plaintes et des roucoulements, des reproches et des pleurs. Elle l’accusait maintenant d’ingratitude, se repentait de lavoir écouté, de lavoir fait participer à des sacrilèges dont elle au- rait là-haut à rendre compte; elle demandait aussi à le voir, une fois encore; puis, pendant une se- maine, elle se tut; enfin, lasse sans doute du silence de Durtal, elle lui notifia leur séparation, dans une dernière épître.
Après avoir avoué qu'il avait, en effet, raison, que ni leur tempérament, ni leur âme ne s’accordaient, ironiquement, elle finissait par lui dire
« Merci du bon petit amour, réglé de même qu’un papier à musique, que vous m'avez servi; mais ce n’est pas là ma mesure, mon cœur gante plus
grand... > à En $ « Son cœur! » et il se mit à rire, — puis, il conti- nua :
« Je comprends certes que vous n’ayez pas pour mission et pour but de le combler, mais vous pou- viez au moins me concéder une franche camara- derie qui m’eût permis de laisser mon sexe chez moi et d’aller causer quelquefois, le soir, avec vous; cette chose si simple en apparence, vous l'avez rendue impossible. — Adieu et pour jamais. Je
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n’ai plus qu’à faire un nouveau pacte avec la soli- tude à laquelle jai tenté d’être infidèle... >
« La solitude! eh bien et ce cocu paterne et nar- quois qu'est son mari! Au fait, reprit-il, c’est lui qui doit être, à l’heure actuelle, le plus à plaindre! je lui procurais des soirées silencieuses, je lui resti- tuais une femme assouplie et satisfaite; il profitait de mes fatigues, ce sacristain! Ah! quand j'y songe, ses yeux papelards et sournois, quand il me regar- dait, en disaient long!
« Enfin, ce petit roman est terminé; la bonne chose que d’avoir le cœur en grève! l’on ne souffre ni des mésaises d'amour, ni des ruptures! Il me reste bien un cerveau mal famé qui, de temps en temps, prend feu, mais les postes-vigies des pom- pières l’éteignent, en un clin d'œil.
« Autrefois, quand j'étais jeune et ardent, les femmes se fichaient de moi; maintenant que je suis rassis, c’est moi qui me fiche d’elles. C’est le vrai rôle, celui-là, mon vieux, dit-il à son chat qui écou- tait, les oreilles droites, ce soliloque. Au fond, ce que Gilles . de Rais est plus intéressant que Mme Chantelouve; malheureusement mes relations avec lui tirent à leur fin aussi; encore quelques pages et le livre est achevé. — Allons, bon, voilà cet affreux Rateau qui vient troubler mon ménage. »
Et, en effet, le concierge entra, s’excusa d’être en retard, enleva sa veste, et jeta un regard de défi aux meubles.
Puis il s’élançca sur le lit, se colleta, comme un lutteur, avec les matelas, en prit un à bras-le-corps, le souleva de terre, se balança avec, puis d’un coup de reins, l’étala, en soufflant, sur le sommier.
Durtal passa, suivi de son chat, dans Fautre pièce, mais subitement Rateau interrompit son pugilat et vint les rejoindre.
« Monsieur sait ce qui m'arrive? balbutia-t-il, d’un ton piteux.
— Non.
— Mme Rateau m’a quitté.
— Elle vous a quitté! mais elle a au moins soixante ans! »
Rateau leva les yeux au ciel.
« Et, elle est partie avec un autre? »
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Rateau abaissa, désolé, le plumeau qwil tenait en main.
« Diable! mais, votre femme avait donc, malgré son âge, des exigences que vous ne pouviez satis- faire? »
Le concierge secoua la tête et il finit par avouer que Cétait tout le contraire.
« Oh! fit Durtal, en considérant ce vieil esco- griffe, tanné par l’air des soupentes et le trois-six. — Mais, si elle désire ne plus être abordée, pour- quoi s’est-elle enfuie avec un homme? »
Rateau eut une grimace de mépris et de pitié.
« C’est un impotent, un propre à rien, un feignant sur l’article qu’elle a choisi!
— Ah!
— C'est par rapport à la loge que c’est désa- gréable; le propriétaire, il ne veut pas d’un concierge qui soit sans femme! »
« Seigneur! quelle aubaine! >» pensa Durtal. « Tiens, j'allais me rendre chez toi, dit-il à des Hermies qui, trouvant la clef laissée sur la porte par Rateau, était entré.
— Eh bien, puisque ton ménage n’est pas fini, descends comme un Dieu de ton nuage de pous- sière et viens chez moi. »
Chemin faisant, Durtal raconta à son ami les mé- saventures conjugales de son concierge.
« Oh! fit des Hermies, que de femmes seraient heureuses de laurer l’occiput d’un vieillard si com- bustible! — mais, quelle dégoûtation! > reprit-il, en montrant, autour d'eux, les murs des maisons cou- verts d'affiches.
C'était une véritable débauche de placards; par- tout sur des papiers de couleur, s’étalaient, en grosses capitales, les noms de Boulanger et de Jacques.
« Ce sera, Dieu merci, terminé dimanche!
— Il y a bien une ressource maintenant, reprit des Hermies, pour échapper à l’horreur de cette vie ambiante, c’est de ne plus lever les yeux, de garder à jamais l’attitude timorée des modesties. Alors, en ne contemplant que les trottoirs, l’on voit, dans les rues, les plaques des regards électriques de la Compagnie Popp. Il y a des signaux, des blasons
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d’alchimiste en relief sur ces rondelles, des roues à crans, des caractères talismaniques, des pantacles bizarres avec des soleils, des marteaux et des ancres; ca peut permettre de s’imaginer qu’on vit au Moyen Age! f
— Oui, mais il faudrait, pour n'être pas dissipé par l'horrible foule, avoir des œillères comme des chevaux et en avant, sur le crâne, les visières de ces képis à la conquête d'Afrique qu'arborent mainte- nant les collégiens et les officiers. »
Des Hermies soupira. « Entre », dit-il, en ouvrant sa porte; ils s’installèrent dans des fauteuils et allu- mèrent des cigarettes.
« Je ne suis tout de même pas encore bien remis de la conversation qui eut lieu chez Carhaix, avec Gévingey, l’autre soir, fit Durtal, en riant. Ce doc- teur Johannès est bien étrange! Je ne puis pas m’em- pêcher d’y songer. Voyons, crois-tu sincèrement au miracle de ses cures?
— Je suis bien obligé d’y croire; je ne tai pas tout dit, car un médecin qui raconte de telles his- toires semble, quand même, fol; eh bien, sache-le, ce prêtre opère des guérisons impossibles.
« Je l'ai connu lorsqu'il faisait encore partie du clergé parisien, à propos justement d’un de ces sau- vetages auxquels j'avoue ne rien comprendre.
« La bonne de ma mère avait une grande fille paralysée des bras et des jambes, souffrant mort et passion dans la poitrine, poussant des hurlements dès qu’on la touchait. C’était venu, à la suite d’on ne sait quoi, en une nuit; elle était, depuis près de deux
années, dans cet état. Renvoyée comme incurable
des hôpitaux de Lyon, elle vint à Paris, suivit un traitement à la Salpêtrière, s’en alla, sans que per- sonne ait jamais su ce qu’elle avait et sans qu'au- cune médication ait jamais pu la soulager. Un jour, elle me parla de cet abbé Johannès qui avait, disait- elle, guéri des gens aussi malades qu'elle. Je n’en croyais pas un mot, mais, étant donné que ce prêtre n’acceptait aucun argent, je ne la détournai point de le visiter et, par curiosité, je J’accompagnai lors- qu’elle s’y rendit.
« On la monta sur une chaise et ce petit ecclésias- tique, vif, agile, lui prit la main. Il y posa une, deux,
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trois pierres précieuses, chacune à son tour, puis tranquillement il lui dit : « Mademoiselle, vous « êtes victime d’un maléfice de consanguini‘é, »
« Jeus une forte envie de rire.
« il y a deux ans, puisque vous êtes paralysée de- « puis cette époque, une querelle avec un parent ou « une parente. »
« C'était vrai, la pauvre Marie avait été indûment accusée du vol d’une montre provenant d’une suc- cession par une tante qui avait juré de se venger.
« — Elle demeurait à Lyon, votre tante? » « Elle fit signe que oui. « — Rien d'étonnant, continua le prêtre; à Lyon,
« dans le peuple, il y a beaucoup de rebouteurs qui « connaissent la science des sortilèges pratiquée « dans les campagnes; mais rassurez-vous, ces gens- « là ne sont pas forts. Ils en sont à l’enfance de cet « art; alors, mademoiselle, vous désirez guérir? »
« Et après qu’elle eut dit oui, il reprit douce- ment : « Eh bien, cela suffit, vous pouvez partir. »
mède. Je sortis, persuadé que cet empirique était ou un fumiste ou un fou, mais quand trois jours après. les bras se levèrent, quand cette fille ne souf- frit plus et qu’au bout d’une semaine elle put mar- cher, je dus bien me rendre à l'évidence; j'allai revoir ce thaumaturge, je découvris le joint pour lui être, en une circonstance, utile, et c’est ainsi que nos relations commencèrent.
— Mais enfin, quels sont les moyens dont il dis- pose?
— Il procède, ainsi que le curé d’Ars, par la prière; puis il évoque les milices du Ciel, rompt les cercles magiques, chasse, « classe », suivant son expression, les Esprits du Mal. Je sais bien que c’est confondant, et que, lorsque je parle de la puis- sance de cet homme à mes confrères, ils sourient d’un air supérieur ou me servent le précieux argu- ment qu’ils ont inventé pour expliquer les guérisons opérées par le Christ ou par la Vierge. Ça consiste à frapper l'imagination du malade, à lui suggérer la volonté de guérir, à le persuader qu'il est bien por- tant, à l’hypnotiser, en quelque sorte, à l'état de’
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veille, moyennant quoi, les jambes tordues se re- dressent, les plaies disparaissent, les poumons des phtisiques se bouchent, les cancers deviennent des bobos anodins et les aveugles voient clair! Et voilà tout ce qu'ils ont trouvé pour nier le surnaturel de certaines cures! On se demande vraiment pourquoi ils n’usent pas eux-mêmes de cette méthode, puisque c’est si simple!
— Mais est-ce qu'ils ne lont pas essayée?
— Oui, pour quelques maux. J’ai même assisté aux épreuves que le docteur Luys a tentées. Eb bien, c’est du joli! Il y avait, à la Charité, une mal- heureuse fille paralysée des deux jambes. On Pen- dormait, on lui commandait de se lever; elle se remuait en vain. Alors deux internes la prenaient sous les bras et elle pliait, douloureuse, sur ses pieds morts. Ai-je besoin de te dire qu’elle ne marchait point et qu'après l’avoir traînée ainsi, pendant quel- ques pas, on la recouchaïit, sans qu'aucun résultat fût jamais acquis?
— Mais voyons, le docteur Johannès ne guérit point indistinctement tous les gens qui souffrent?
— Non, il ne occupe que des maladies issues des maléfices. Il se déclare inapte à refréner les autres qui regardent les médecins, dit-il. C’est le spécialiste des maux sataniques; il soigne surtout les aliénés qui sont, d’après lui, pour la plupart, des gens véné- ficiés, possédés par des Esprits, et par conséquent rebelles au repos et aux douches!
— Et ces pierreries dont tu me parlais, quel usage en fait-il?
— Avant de te répondre, il me faut préalable- ment t’expliquer le sens et l'aptitude de ces pierres. Je ne t’apprendrai rien en te racontant qu’Aristote, que Pline, que tous les savants du paganisme leur attribuèrent des vertus médicales et divines. Sui- vant eux, l’agate et la cornaline égaient; la topaze console; le jaspe guérit les maladies de langueur; lhyacinthe chasse l’insomnie; la turquoise em- pêche ou atténue les chutes; l’améthyste combat l'ivresse.
« Le symbolisme catholique s'empare, à son tour, des pierreries et voit en elles les emblèmes des vertus chrétiennes. Alors, le saphir représente les
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aspirations élevées de l’âme; la calcédoine, la cha- rité; la sarde et l’onyx, la candeur; le béryl allé-
gorise la science théologique; l’hyacinthe, humi-
lité, tandis que le rubis apaise la colère, que l'émeraude lapidifie l’incorruptible foi.
« Puis, la magie... > — et des Hermies se leva et prit dans sa bibliothèque un tout petit volume, relié comme un paroissien, et dont il montra le titre à Durtal.
Celui-ci lut sur la première page : « La Magie nalurelle qui est les secrets el miracles de nature, mise en quatre livres par Jean Baptiste Porta, Néapo- litain. > Et, en bas : « à Paris, par Nicolas Bonfous, rue neuve Nostre Dame, à l'enseigne Saint Nicolas, 1584. »
« Puis, reprit des Hermies, en feuilletant ce bou- quin, la magie naturelle ou plutôt la simple thérapeu- tique de ce temps, prête de nouveaux sens aux gemmes; tiens écoute :
« Après avoir tout d’abord célébré une pierre inconnue, « l’Alectorius » qui rend invincible son possesseur, lorsqu'on l’a tout d’abord tirée du ventre d’un coq, chaponné depuis quatre ans, ou arrachée: du ventricule d’une géline, Porta nous apprend que la calcédoine fait gagner les procès, que la cornaline calme le flux du sang et « est assez utile aux femmes « qui sont malades de leurs fleurs », que l’hyacinthe garantit de la foudre et éloigne les pestilences et les venins, que la topaze dompte les passions lunatiques, que la turquoise profite contre la mélancolie; la fièvre quarte et les défaillances du cœur. Il at- teste enfin que le saphir préserve de la peur et conserve les membres vigoureux, alors que l’éme- raude, pendue au col, contre-garde le mal de saint Jean et se brise, dès que la personne qui la porte west pas chaste.
« Tu le vois, l'Antiquité, le Christianisme, la science du xvI° siècle ne s'entendent guère sur les vertus spécifiques de chaque pierre; presque par- tout, les significations, plus ou moins cocasses, dif- fèrent.
« Le docteur Johannès a revisé ces croyances, adopté et rejeté nombre d’entre elles; enfin il a, de son côté, admis de nouvelles acceptions. Pour
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lui, l’'améthyste guérit bien l'ivresse, mais surtout l'ivresse morale, l’orgueil; le rubis enraie les entrai- nements génésiques, le béryl fortifie la volonté, le saphir élève les pensées vers Dieu.
« Il croit, en somme, que chaque pierre corres- pond à une espèce de maladie et aussi à un genre de péché; et il affirme que lorsqu'on sera parvenu à s'emparer chimiquement du principe actif des gemmes, non seulement l’on aura des antidotes maïs encore des préservatifs à bien des maux. En atten- dant que ce rêve, qui peut paraître un tantinet lou- foque, se réalise et que des chimistes lapidaires fichent notre médecine en bas, il use des pierres précieuses pour formuler les diagnostics des malé- fices.
— Mais comment?
— Il prétend quen posant telle ou telle pierre dans la main ou sur la partie malade de l’envoûté, un fluide s'échappe de la pierre qu’il tient dans ses doigts et le renseigne. Il me narrait, à ce propos, qu’un jour, entre chez lui une dame qu’il ne connais- sait point et qui souffrait, depuis son enfance, d’une maladie incurable. Impossible d'obtenir d’elle des réponses qui fussent précises. En tout cas, il ne découvrait trace d’aucun vénéfice; après avoir essayé presque toute la série de ses pierres, il prit le lapis-lazuli qui correspond, selon lui, au péché de l'inceste; il le lui mit dans la main et le palpa.
« — Votre maladie, dit-il, est la suite d’un in- ceste. « — Mais, répondit-elle, je ne suis pas venue chez
« vous pour me confesser »; et elle finit néanmoins par avouer que son père lavait violée, alors qu’elle était impubère. Tout cela est désordonné, contraire à toutes les idées reçues, presque insane, mais, l’on ne s’en trouve pas moins en face d’un fait : ce prêtre guérit des malades que, nous autres médecins, nous jugeons perdus!
— Si bien que l’unique astrologue qui nous reste à Paris, l’étonnant Gévingey, serait mort sans son aide. C’est égal, dis donc, il est bien, celui-là. Com- ment, diable, se peut-il que l’impératrice Eugénie lui ait commandé des horoscopes?
— Mais je te lai raconté. L'on s'occupait fort de
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magie aux Tuileries, sous l'Empire. L'Américain Home y fut révéré à l’égal d’un Dieu; en sus de ses séances de spiritisme, c’est lui qui évoquait les esprits infernaux, dans cette Cour. Ça a même assez mal tourné, un jour. Un certain marquis l'avait supplié de lui faire revoir sa femme qui était morte; Home le mena vers un lit, dans une chambre et le laissa seul. Que survint-il? quels fantômes effrayants, quelles Ligeïa de sépulcre surgirent? toujours est-il. que le malheureux fut foudroyé au pied du lit. Cette histoire a été récemment rapportée par Le Figaro, d’après des renseignements incontestables.
« Oh! il ne faut pas jouer avec les choses d’outre- tombe et trop nier les Esprits du Mal. J’ai connu jadis un garçon riche, enragé de sciences occultes. Il fut président d’une société de théosophie à Paris et il écrivit même un petit livre sur la doctrine éso- térique, dans la collection de l’Isis. Eh bien, il ne voulut pas, comme les Péladan et les Papus, se contenter de ne rien savoir, et il se rendit en Ecosse où le Diabolisme sévit. Là, il fréquenta l'homme qui, moyennant finances, vous initie aux arcanes sataniques et il tenta l’épreuve. Vit-il celui que dans Zanoni Bulwer Lytton appelle « le gardien du seuil du mystère >? je l’ignore, mais ce qui est avéré c’est qu'il s'évanouit d'horreur et revint en France épuisé, à moitié mort.
— Diantre! fit Durtal. Tout n’est pas rose, dans ce métier; mais, voyons, lorsqu'on entre dans cette voie, l’on ne peut donc évoquer que les Esprits du Mal?
— T'imagines-tu que les anges qui n'’obéissent, ici-bas, qu'aux saints, reçoivent les ordres du premier venu?
— Mais enfin, il doit y avoir, entre les Esprits de Lumière et les Esprits de Ténèbres, un moyen terme, des Esprits ni célestes, ni démoniaques, mitoyens, ceux, par exemple, qui débitent de si fétides âneries dans les séances des spirites!
— Un prêtre me disait, un soir, que les larves indifférentes, neutres, habitent un territoire invi- sible et naturel, quelque chose comme une petite ile qu’assiègent, de toutes parts, les bons et les mauvais Esprits. Elles sont de plus en plus refoulées,
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finissent par se fondre dans l’un ou l’autre camp. Or, à force d'évoquer ces larves, les occultistes qui ne peuvent, bien entendu, attirer les anges, finissent par amener les esprits du mal et, qu’ils le veuillent ou non, sans même le savoir, ils se meuvent dans le diabolisme. C’est là, en somme, où aboutit à un moment donné, le spiritisme!
— Oui, et si l’on admet cette dégoûtante idée qu'un médium imbécile peut susciter les morts, à plus forte raison, doit-on reconnaître l’étampe de Satan, dans ces pratiques.
— Sans aucun doute; de quelque côté que l’on se tourne, le spiritisme est une ordure!
— Alors, tu ne crois pas, en somme, à la théurgie, à la magie blanche?
— Non, c’est de la blague! c’est un oripeau qui sert aux gaillards tels que les Rose-croix, à cacher leurs plus répugnants essais de magie noire. Personne n'ose avouer qu'il satanise; la magie blanche, mais malgré les belles phrases dont l’assai- sonnent les hypocrites ou les niais, en quoi veux-tu qu’elle consiste? où veux-tu qu’elle mène? D'ailleurs l'Eglise, que ces compérages ne sauraient duper, condamne indifféremment l’une et l’autre de ces magies.
— Ah! dit Durtal, en allumant une cigarette, après un silence, ça vaut mieux que de causer de politique ou de courses, mais quelle pétaudière! que croire? la moitié de ces doctrines est folle et l’autre est si mystérieuse qu’elle entraîne; attester le satanisme? dame, c’est bien gros, et pourtant cela peut sembler quasi sûr; mais alors, si on est logique avec soi-même, il faut croire au catholicisme et, dans ce cas, il ne reste plus qu’à prier, car enfin, ce n’est pas le bouddhisme et les autres cultes de ce gabarit qui sont de taille à lutter contre la reli- gion du Christ!
— Eh bien, crois!
— Je ne peux pas; il y a là-dedans un tas de dogmes qui me découragent et me révoltent!
— Je ne suis pas certain non plus de bien grand- chose, reprit des Hermies, et pourtant il y a des moments où je sens que ça vient, où je crois presque. Ce qui est, en tout cas, avéré pour moi,
Sel" À
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Cest que le surnaturel existe, qu’il soit chrétien ou non. Le nier, c’est nier l’évidence, c’est barboter dans l’auge du matérialisme, dans le bac stupide des libres-penseurs!
— C’est tout de même embêtant de vaciller ainsi! ah! ce que j’envie la foi robuste de Carhaix.
— Tu mnes pas difficile, répondit des Hermies, la foi, mais c’est le brise-lames de la vie, c’est le seul môle derrière lequel l’homme démâté puisse s’échouer en paix! »
XXII
« AIMEZ-VOUS cela? dit la maman Carhaix. Pour vous changer, j’ai mis le pot-au-feu, hier, et gardé le bœuf; de sorte que, ce soir, vous aurez un bouillon au vermicelle, une salade de viande froide avec des harengs saurs et du céleri, une bonne purée de pommes de terre au fromage et du dessert. Et puis, vous goûterez le nouveau cidre que nous avons reçu.
Oh, oh! s’exclamèrent des Hermies et Durtal qui savouraient, en attendant le repas, un petit verre d’élixir de longue vie; savez-vous, madame Carhaix, que votre cuisine nous induit au péché de gourman- dise; pour peu que cela dure, nous allons devenir des ventricoles et des Gamache!
— Vous voulez rire! — Mais que c’est donc en-. nuyeux, Louis qui ne revient pas.
— On monte, fit Durtal, qui entendait crier des semelles sur les marches en pierre de la tour.
— Non, ce n’est point lui, reprit-elle, en ouvrant la porte. C’est le pas de Gévingey. »
Et, en effet, vêtu de son caban bleu, coiffé de son chapeau mou, l’astrologue entra, salua comme au théâtre, froissa contre les bijoux de ses grosses pattes les doigts des assistants et demanda des nouvelles du sonneur. £
« Il est chez le charpentier; les sommiers de chêne qui soutiennent les grosses cloches se sont
fendus, si bien que Louis a peur qu’ils ne s’effon- drent.
LABAS 277
— Diantre!
— A-t-on des nouvelles de Yélection? » dit Gévingey; et il tira sa pipe et souffla dedans.
« Non, dans ce quartier, l’on ne connaîtra les résultats du scrutin que ce soir, vers les dix heures. Du reste, les votes ne sont point douteux, car Paris bat la breloque; le général Boulanger passera, haut Ja main, cela est sûr.
— Un proverbe du Moyen Age affirme que lorsque les fèves fleurissent, les fous se montrent. Ce n’est cependant pas l’époque! »
Carhaix entra, s’excusa de son retard et tandis que sa femme apportait la soupe, il chaussa ses galoches et répondit à ses amis qui le question- naient :
« Oui, l'humidité a rongé les frettes de fer et pourri le bois. Les poutres font ventre: il est temps que le charpentier intervienne; enfin, il ma promis qu'il serait ici, sans faute, demain, avec ses hommes. C'est égal, je suis content d’être rentré. Dans les rues, tout me tourne, je suis hébété, incertain, ivre; je n’ai vraiment mes aises que dans mon clocher ou dans cette chambre. — Tiens, soumets-moi cela, ma femme », et il empoigna pour la remuer la salade de céleri, de hareng et de bœuf.
: « Quel fumet! s'écria Durtal, en humant l'odeur incisive du hareng. Ce que ce parfum suggère! Cela m’évoque la vision d’une cheminée à hotte dans laquelle des sarments de genévrier pétillent, en un rez de-chaussée dont la porte s’ouvre sur un grand port! Il me semble qu’il y a comme un halo de goudron et d’algues salées autour de ces ors fumés et de ces rouilles sèches. C’est exquis, reprit-il, en goûtant à cette salade. = __ On vous en refera, monsieur Durtal, vous n'êtes pas difficile à régaler, dit la femme de Carhaix.
— Hélas! fit le mari, en souriant, il est de corps facile à satisfaire, mais d'âme! quand je songe à -ses désespérants aphorismes de l’autre soir! Nous prions cependant pour que Dieu l’éclaire. Tiens, dit-il soudain à sa femme, nous invoquerons saint Nolasque et saint Théodule que lon représente toujours avec des cloches. Ils sont un peu de la
PL LARBAK
partie, ils se feront certainement les intercesseurs de gens qui les révèrent, eux et leurs emblèmes!
— Il faudrait de fiers miracles pour convaincre Durtal, fit des Hermies. à
— Les cloches en ont pourtant suscité, proféra l’astrologue. Je me rappelle avoir lu, je ne sais plus où, que les anges sonnèrent le glas, au moment où saint Isidore de Madrid mourait.
— Et il y en a bien d’autres! s’écria le sonneur; les cloches ont carillonné, toutes seules, lorsque saint Sigisbert chantait le De Profundis sur le cadavre du martyr Placide; et quand le corps de saint Ennemond, évêque de Lyon, fut jeté par ses meurtriers dans un bateau sans rameurs et sans voile, elles retentirent également, sans que personne les mit en branle, au passage de l’embarcation qui descendait la Saône.
— Savez-vous à quoi je pense? dit des Hermies qui regardait Carhaix. Je pense que vous devriez travailler un compendieux recueil d'hagiographie ou préparer un savant in-folio sur le blason.
— Pourquoi cela?
— Mais parce que vous êtes, Dieu merci! si loin de votre époque; si fervent des choses qu’elle ignore ou qu’elle exècre, que cela vous exhausserait encore! Vous êtes, bon ami, l'homme à jamais inintelligible pour les générations qui viennent. Sonner les cloches en les adorant, et se Kvrer aux besognes désuètes de l’art féodal ou à des labeurs monastiques de vies de saints, ce serait complet, si bien hors de Paris, si bien dans les là-bas, si loin dans les vieux âges!
— Hélas! dit Carhaix, je ne suis qu’un pauvre homme et je ne sais rien, mais ce type que vous rêvez existe. En Suisse, je crois, un accordant collige depuis des années un mémorial héraldique. Reste à savoir, par exemple, reprit-il en riant, si l’une de ces occupations ne nuit pas à l’autre.
— Et le métier d’astrologue, pensez-vous donc qu'il ne soit pas encore plus décrié, plus aboli? dit Gévingey avec amertume.
— Voyons, et notre cidre, comment le trouvez- vous? demanda la femme du sonneur. Il est un peu vert, hein?
\
à LAS AS 279
— Non, il est de saveur gamine mais de lampée franche, répondit Durtal.
— Ma femme, sers la purée, sans m’attendre. Je vous ai mis en retard avec mes courses et l’heure de l’angélus est proche. Ne vous occupez pas de moi, mangez, je vous rattraperai, en descendant. »
Et, pendant que son mari allumait sa lanterne et quittait la pièce, la femme apporta dans un plat une sorte de gâteau couvert d’une croûte tachetée de caramel et glacée d’or.
« Oh! oh! fit Gévingey, mais ce n’est pas de la purée de pommes de terre! -
— Si, seulement le dessus a été gratiné au four de campagne; — goûtez-la; jai mis tout ce qu’il faut dedans, elle doit être bonne. »
Le fait est qu’elle était savoureuse et qu’ils l’accla- mèrent, puis ils se turent, car il devenait impossible de s'entendre. Ce soir-là, la cloche bôombait, plus puissante et plus claire. Durtal cherchait à analyser ce bruit qui semblait faire tanguer la chambre. Il y avait comme une sorte de flux et de reflux de sons; d’abord, le choc formidable du battant contre l’airain du vase, ensuite une sorte d’écrasement de sons qui se diffusaient, finement pilés, en rotondant; enfin le retour du battant dont le nouveau coup ajoutait dans le mortier de bronze d’autres ondes sonores qu’il broyait et rejetait, dispersées dans la tour.
Puis ces volées s’espacèrent; ce ne fut plus bien- tôt que le ronronnement d’un énorme rouet; quelques gouttes restèrent plus lentes à tomber, et Carhaix rentra.
« Quel temps biscornu! fit Gévingey, pensif; on ne croit plus à rien et l’on gobe tout. On invente, chaque matin, une science neuve; à l’heure actuelle, c’est cette lapalissade qu’on nomme la démagogie qui trône! Et personne ne lit plus cet admirable Paracelse qui a tout retrouvé, qui a tout créé! Dites donc aujourd’hui à vos congrès de savants, que, selon ce grand maître, la vie est une goutte de l'essence des astres, que chacun de nos organes cor- respond à une planète et en dépend, que nous sommes, par conséquent, un abrégé de la sphère divine; dites-leur donc, — et cela l’expérience
280 LÀ-BAS
l’atteste, — que tout homme né sous le signe de Saturne est mélancolique et pituiteux, taciturne et solitaire, pauvre et vain; que cet astre lourd, tardif en ses empreintes, prédispose aux superstitions et aux fraudes, qu’il préside aux épilepsies et aux avarices, aux hémorroïdes et aux lèpres, qu’il est, hélas! le grand pourvoyeur des hospices et des bagnes, et ils se gaudiront, ils lèveront les épaules, ces ânes assermentés, ces glorieux cuistres!
— Oui, fit des Hermies, Paracelse fut un des plus extraordinaires praticiens de la médecine occulte. Il connaissait les mystères maintenant oubliés du sang, les effets médicaux encore inconnus de la lumière. Professant, ainsi que les kabbalistes, du reste, que l’être humain est composé de trois parties, d’un corps matériel, d’une âme et d’un périsprit appelé aussi corps astral, il soignait ce dernier surtout et réagissait sur l'enveloppe extérieure et charnelle, par des procédés qui sont ou incom- préhensibles ou déchus. Il traitait les blessures, en soignant non pas les tissus mais le sang qui en sortait. On assure même qu'il guérissait certains maux!
— Grâce à ses profondes connaissances en astro- logie, dit Gévingey.
— Mais, demanda Durtal, si l'influence sidérale est si nécessaire à étudier, pourquoi ne faites-vous pas d’élèves?
— Des élèves! mais où dénicher des gens qui consentent à travailler pendant vingt années, sans profit et sans gloire? car avant d’être en mesure d'établir un horoscope, il faut être un astronome. de première force, savoir les mathématiques à fond et avoir longuement pâli sur l’obscur latin des vieux maîtres! — Et puis, il faut aussi la vocation et la foi, et c’est perdu!
— Comme pour les accordants, dit Carhaix.
— Non, voyez-vous, messieurs, reprit Gévingey, le jour où les grandes sciences du Moyen Age ont sombré dans l'indifférence systématique et hostile d’un peuple impie, ç'a été la fin de l’âme, en France! Il ne nous reste plus maintenant qu’à nous croiser les bras et à écouter les insipides propos d’une société qui, tour à tour, rigole et grognel
LÀ-BAS 281
— Allons il ne faut pas désespérer ainsi; ça ira mieux, dit la maman Carhaix, d’un ton conciliant; et, avant de se retirer, elle donna une poignée de main à chacun de ses hôtes.
— Le peuple, fit des Hermies, en versant de l’eau dans la cafetière, au lieu de l'améliorer, les siècles l’avarient, le prostrent, l’abêtissent! Rappelez-vous le Siège, la Commune, les engouements irraisonnés, les haines tumultuaires et sans cause, toute la démence d’une populace mal nourrie, trop désaltérée et en armes! — Elle ne vaut tout de même pas la naïve et miséricordieuse plèbe du Moyen Age! Raconte donc, Durtal, ce que fit le peuple, alors que Gilles de Rais fut conduit au bûcher. ~. — Oui, dites-nous cela, demanda Carhaix, ses gros yeux noyés dans la fumée de pipe.
— Eh bien vous le savez, à la suite de forfaits inouïis, le maréchal de Rais fut condamné à être pendu et brûlé vif. Ramené après le jugement dans sa geôle, il adressa une dernière supplique à l’évêque Jean de Malestroit. Il le pria d’intercéder auprès des pères et mères des enfants qu’il avait si féroce- ment violés et mis à mort, pour qu’ils voulussent bien l’assister dans son supplice.
le cœur, sanglota de pitié; il ne vit plus en ce seigneur démoniaque qu’un pauvre homme qui pleurait ses crimes et allait affronter l’effrayante colère de la Sainte Face; et, le jour de l’exécution, dès neuf heures du matin, il parcourut, en une longue procession, la ville. Il chanta des psaumes dans les rues, s'engagea, par serment, dans les églises, à jeûner pendant trois jours, afin de tenter d'assurer par ce moyen le repos de l’âme du maréchal.
— Nous sommes loin, comme vous voyez, de la loi américaine du lynch, dit des Hermies.
— Puis, reprit Durtal, à onze heures, il vint chercher Gilles de Rais à sa prison et il l’accom- pagna jusqu’à la prairie de la Biesse où se dres- saient, surmontés de potence, de hauts bûchers..
« Le maréchal soutenait ses complices, les embrassait, les adjurait d’avoir « grande déplaisance « et contrition de leurs méfaits » et, se frappant
282 LÀ-BAS
la poitrine, il suppliait la Vierge de les épargner, tandis que le clergé, les paysans, le peuple, psal- modiaient les sinistres et implorantes strophes de la Prose des Trépassés :
Nos timemus diem judicii Quia mali et nobis conscii Sed tu, Mater summi concilii, Para nobis locum refugii
O Maria!
Tunc iratus Judex… 2
« Vive Boulanger! »
Dans un bruit de mer montant de la place Saint- Sulpice à la tour, de longs cris jaillirent « Boulange! Lange! > puis une voix enrouée, énorme, une voix d’écaillère, de pousseur de charrette, s'entendit par- dessus les autres, domina tous les hourras; et, de nouveau, elle hurla : « Vive Boulanger! »
« Ce sont les résultats de l'élection que, devant la Mairie, ces gens vocifèrent », dit dédaigneusement Carhaix.
Tous se regardèrent.
« Le peuple d'aujourd'hui! fit des Hermies.
— Ah! il n’acclamerait pas de la sorte un savant, un artiste, voire même l'être supernaturel que serait un saint, gronda Gévingey.
— Il le faisait pourtant au Moyen Age!
— Oui, mais il était plus naïf et moins bête, reprit des Hermies. Et puis, où sont les saints qui le sauvèrent? On ne saurait trop le répéter, les soutaniers ont maintenant des cœurs lézardés, des âmes dysentériques, des cerveaux qui se débraillent et qui fuient! — Ou alors c’est encore pis; ils phos- phorent comme des pourritures et carient le trou- peau qu’ils gardent! ils sont des chanoines Docre, ils satanisent!
— Dire que ce siècle de positivistes et d’athées a tout renversé, sauf le satanisme qu’il n’a pu faire reculer d’un pas!
— Cela s'explique, s'écria Carhaix : le satanisme est ou omis ou inconnu, c’est le père Ravignan qui
TASB AS 283
a démontré, je crois, que la plus grande force du diable, c'était d’être parvenu à se faire nier!
— Mon Dieu! quelles trombes d’ordures soufflent à l’horizon! murmura tristement Durtal.
— Non, s'exclama Carhaix, non, ne dites point cela! Ici-bas, tout est décomposé, tout est mort, mais là-haut! Ah! je l’avoue, l’effusion de l'Esprit- Saint, la venue du Divin Paraclet se fait attendre! mais les textes qui l’annoncent sont inspirés; l'avenir est donc crédité, l’aube sera claire! »
Et, les yeux baissés, les mains jointes, ardemment il pria.
Des Hermies se leva et fit quelques pas dans la pièce.
« Tout cela est fort bien, grogna-t-il; mais ce siècle se fiche absolument du Christ en gloire; il contamine le surnaturel et vomit l’au-delà. Alors, comment espérer en l'avenir, comment s’imaginer qu’ils seront propres, les gosses issus des fétides bourgeois de ce sale temps? Elevés de la sorte, je me demande ce qu’ils feront dans la vie, ceux-là?
— Ils feront, comme leurs pères, comme leurs mères, répondit Durtal; ils s’empliront les tripes et
A
iis se vidangeront l’âme par le bas-ventre! »
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Le Livre de Poche historique
(Histoire, biographies)
Aron (Robert). Histoire de Vichy (t. 1), 1633**, Histoire de Vichy (t. 2), 1635**. Hist. de la Libération (t.1),2112**, Hist. de la Libération(t.2),2113**. Azeau (Henri). Le Piège de Suez, 2245**%, Bainville (Jacques). Napoléon, 427**, Histoire de France, 513**, Bellonci (Maria). Lucrèce Borgia, 679**, Benoist-Méchin. Ibn-Séoud, 890**. Mustafa Kémal, 1136**, Bertrand (Louis). Louis XIV, 728**, Blond (Georges). Le Survivant du Pacifique, 199**, Le Débarquement, 1246**. L’Agonie de l’ Allemagne, 1482**. Convois vers l'U.R.S.S., 1669*. Chaplin (Charles), Histoire de ma vie, 2000***, Chastenet (Jacques). Winston Churchill, 2176***, Daniel-Rops. - Histoire sainte, 624**, Jésus en son Temps, 626**, L'Eglise des Apôtres et des Martyrs, 606***, Dayan (Moshé). Journal de la campagne du Sinaï - 1956, 2320**, Delarue (Jacques), Histoire de la Gestapo, 2392***, Deutscher (Isaac). Staline, 1284***, Erlanger (Philippe). Diane de Poitiers, 342**, Le Régent, 1985**, Gaulle (Général de). Mémoires de Guerre : L'Appel (1940-1942), (t. 1), 389**, Mémoires de Guerre : L’Unité (1942-1944), (t. 2), 391**, Mémoires de Guerre : Le Salut (1944-1946), (t. 3), 612**, Gaxotte (Pierre). La Révolution française, 461**, Le Siècle de Louis XV, 702**,
Gimpel (Erich).
Ma Vie d’espion, 2236**, Grousset (René).
L'Epopée des Croisades, 883**, Hough (Richard).
La Mutinerie du Cuirassé
Potemkine, 2204*. Kessel (Joseph).
Mermoz, 1001**, Lapierre (D.) et Collins (L.).
Paris brûle-t-il? 2358***, Lenôtre (G.).
Napoléon : Croquis Epopée, 1301* Madariaga (Salvador de).
Hernan Cortès, 1184**%*, Maurois (André). ,
Histoire d’ Angleterre, 455**,
Les Trois Dumas, 628**,
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Histoire de Rome, 1161**, Ollivier (Albert).
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Vie et Mort de Jeanne d'Arc, 1801** Perruchot (Henri).
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La Vie de Gauguin, 1072**,
La Vie de Van Gogh, 457**,
La Vie de Toulouse-Lautrec, 565**, Pourtalès (Guy de).
Chopin ou le Poète, 979*, Renan (Ernest).
Vie de Jésus, 1548**, Ryan (Cornelius).
Le Jour le plus long, 1074**, Shirer (William L.). F
Le Troisième Reich (t. 1),1592***,
Le Troisième Reich (t. 2), 1608***, Thomas (Hugues).
Histoire de la guerre d'Espagne
(CAEN (12) 219228 Toland (John). :
Bastogne, 1450** Trotsky.
Ma Vie, 1726***, Wertheimer (Oscar de).
Cléopâtre, 1159**, Zweig (Stefan).
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Jourcin (Albert).
Prélude à notre siècle (1871-1918), 231677,
Dreyfus (François). ! Le Temps des révolutions (787-1871), 2315**,
Lafforgue (Gilbert). Les Débuts de l’Histoire (jusqu’au VIS s. av. J.C.), 2501**,
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Pernoud (Laurence). J'attends un enfant, 1938***, La Villehuchet (M.-F. de). Guide du tricot, 1939**. Guide de Coupe et Couture, 2265**. Mathiot (Ginette). La Cuisine pour tous, 2290***, La Pâtisserie pour tous, 2302**, Cuisine de tous les pays, 1940**° Gardel (Janine). Le Bricolage dans votre apparte- ment, 2101**, Chappat (D.). Dictionnaire du Nettoyage, 1944*, Éclairage et Décoration, 2242*. 150 bonnes idées pour votre mai- son, 2306*. Dumay (Raymond). Guide du jardin, 2138**. . Les Jardins d’agrément, 2253**, Merrien (Jean). Naviguez ! sans voile, 2276**, Naviguez ! à la voile, 2277**, Pierre-Meslier (Claude). Tout à crédit, 2255*, Duborgel (Michel). La pêche en mer et au bord de
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