Chapter 3
M. Bagioli , l'un des principaux commentateurs du Dante, le
poëte veut nous avertir qu'il ne faut pas regarder, même un instant, le vice, dont Méduse est l'image, sous peine de se perdre à jamais.
(3) ((Quoique le poëte nomme ici les hérésiarques, il ne veut pas dire les sectaires , les fondateurs de religion ou les schis- matiques qui ont divisé ou troublé le monde par leur imposture, puisque ce n'est qu'au XXYIIIe chant qu'il les classe : il veut indiquer seulement les incrédules, esprits forts, athées, maté- rialistes , épicuriens , hérétiques de toute espèce , à qui on ne peut reprocher que l'erreur et non la mauvaise foi. »
(RlVAROL.)
ARGUMENT DU CHANT X.
Au milieu des tomlicaux hrùlaiils où soiil plongés les parti- sans (l'ftpicurc, un laiilôiiH' s'est dressé: c'est l'ombre de Fari- nata Cherti , ce héros (|ui, à la léte des Ciheliiis , j^aj^Mia la fa- meuse bataille de Moiit-Apeiti. !*rès de lui se soulève en même temps l'ombie d(* Cavalcanli, père dr. (luido, l'ami du Dante, ([ui clierclie en vain son (ils à côté du poi'te, et, U\ croyant mort, retombe désolé dans son sépulcre. 1/autre fantôme tout entier à l'amour de la patrie, au souvenir des luttes auxquelles il a été mêlé, et anxiiuelles Dante sera mêlé ù son tour, prédit au poëtc ses malheurs et son exil.
CANTO DECIMO.
Ora sen va per uno stretto calle, Ira '1 muro délia Terra e gli martiri , Lo mio Maestro, ed io dopo le spalle.
0 virtù somma , che per gli empj giri Mi volvi, cominciai, come a te place, Parlami, e soddisfammi a' miei desiri.
La gente, che per 11 sepolcri glace,
Potrebbesi veder? già son levati
Tutti i coperchi, e nessun guardia face.
Ed egli a me : tutti saran serrati, Quando di losaphat qui torneranno Coi corpi, che lassù hanno lasciati.
CHAM DIXIÈME.
l*ar un étroit sentier où le pied s'euibarrasse, Mon maître s'avançait et je suivais sa trace, Marchant le long du mur à côté des martyrs.
— « 0 vertu souveraine, ô maître,» m'écriai je, «Qui m'entraînes ainsi dans l'Knfer sacrilège, RépoiitJs, et, si tu peux, contente mes désirs!
Ne puis-je en ces tombeaux voir ceux (jui les habitent? Les couvercles levés à regarder m'invitent, Et personne, je crois, ne fait la garde autour?»
— «Ces tombes,» me dit il, ((seront toutes fermées, Lors(|ue dans Josaphat les âmes ranimées
Auront repris leurs coips au teiiestre st^jour.
9.
54 TA MO X.
Siio cimiloro da questa parte hanno Con Epicuro tutti i suoi seguasi, Che r anima col corpo morta fanno.
Perù alla dimanda, che mi faci, Quinc' entro soddisfatto sarai tosto, Ed al disio ancor, che tu mi taci.
Ed io : buon Duca, non tegno nascosto A te mio cor, se non per dicer poco; Et tu m' hai non pur ora a ciô disposto.
0 Tosco, fche per la Città del foco Vivo ten vai cosi parlandi onesto , Piacciati di restare in questo loco.
La tua loquela ti fa manifesto Di quella nobil patria natio , Alla quai forse fui troppe molesto.
Subitamente questo suono uscio
D' una deir arche: perô m' accostai,
Temendo, un poco più al Duca mio.
Ed ei mi disse : voltigi , che fai? Vedi là Farinata , che s' è dritto : Dalla cintola in su tutto '1 vedrai.
cil A. M X. 155
Par ici sont couchés dans même scpiillurc Kpicure et tous ceux qui, suivant l^picuiv, Disent qu'avec le corps l'àme aussi doit mourir.
A ton désir ici tu pourras satisfaire,
Comme au vœu plus secret que lu voudrais me taire
Et qu'au fond de ton cœur je sais bien découvrir.»
— « Si je n'ai pas ouvert, maître, le cœur qui l'aime, C'est pour être plus bref en paroles; loi-mênie, Tout à l'heure, à parler tu ne m'engageais pas.»
— « 0 Toscan qui , vivant, dans la cité funeste T'avances en tenant ce langage modeste,
Un instant dans ce lieu daigne arrêter tes pas!
Ton langage te fait clairement reconnaître. C'est mon noble pays qui doit t'avoir vu naître, Cette patrie à qui j'ai dû sembler pesant.»
Ainsi retentissait au fond des catacombes
l ne voix qui soilait de l'une de ces tombes :
Je me serrai plus près de mon maître en tremblant.
— « Contre moi, » me dit-il , « quelle terreur le presse? Vois, c'est Farinata, son ombre (lui se dresse
De la ceinture au front, dans toute sa hauteur.»
466 CANTO X.
lo avea già '1 mio viso nel suo fitto : Ed ei s' ergea col petto o con la Ironie, Corne avesse lo 'nferno in gran dispitto :
E r animose man del Duca e pronte Mi pinscr tra le sepolture a lui, Dicendo : le parole tue sien conte.
Tosto ch' al piè délia sua tomba fui, Guardommi un poco ; e poi , quasi sdegnoso , Mi dimando : clii fur gli niaggior tui?
lo, ch' era d' ubbidir disideroso, Non gliel celai, ma tutto gliele apersi; Ond' ei levô le ciglia un poco in soso.
Poi disse : fieramente furo avversi
A me , ed a miei primi, ed a mia parte;
Si che per due fiate gli dispersi.
S' ei fur cacciati, ei tornar d' ogni parte, Risposi lui, e V una e 1' altra fiata; Ma i vostri non apreser ben queir arte.
Allor surse alla vista scoperchiata
Un' ombra lungo questa infino al mento :
Credo che s' era inginocchion levata.
cil A M" X. 157
Sur cette ombre déjà ma vue était li\ée. De la tète et des reius elle s'était liaussée, Kt semblait dédaigner l'Enfer et sa douleur.
A travers les tombeaux, d'une main co^ilianle,
Mon guide nje poussa vers l'ombre impatiente :
(i \a, (lit-il, (jue tes mots soient comptés, si lu peux.»
A peine j'arrivais au pied du sarcophage, Abaissant un instant ses yeux sur mon visage :
— « Tes aïeux, (jucls sont-ils?» lit res4)rit dédaigneux.
Empressé d'obéir et de le satisfaire , Je répondis sans lien déguiser, ni rien taire. . Il me parut lever des yeux plus courroucés:
— «Ta race fut,» dit-il , «au sein de ma patrie. De moi-même et des miens l'implacable ennemie; Mais aussi par deux fois ce bras les a chassés (1). »
— « S'ils ont été chassés , les hommes de ma race,
i*ar deux fois, » répondis-je , « ils sont rentrés en masse : Les vôtres ont appris cet art moins bien que nous. »
In autre esprit sorlant de cette sépulture
Panil; on ne voyait de lui ([iie sa ligure;
Je crois bien (pi'il s'élait levé sni' ses genoux.
l]^ CAM'O X.
D' intorno mi guardù, corne talento Avesse di veder s' altri era rrieco; Ma, poi clic '1 suspicar fu tutto spento,
Piangendo disse : se per qiiesto cieco Carcere vai pcr altezza d' ingegno, Mio figlio ov' è, c perciic non è teco?
Ed io a lui : da me stesso non vegno : Colui, ch' attende là, per qui me mena, Forse cui Guido vostro ebbe a disdeguo.
Le sue parole, e 'l modo délia pena M' avevan di costui gia letto il nome; Pero fu la risposta cosi piena.
Di subito drizzato grido : come
Dicesti : egli ebbe? non viv' egli ancora?
Non fiere gli occhi suoi lo dolce lome?
Quando s' accorse d' alcuna dimora, Ch' io faceva dinanzi alla risposla. Supin ricadde, e più non parve fuora.
Ma queir altro magnanimo, a cui posta Restato m' era, non mutô aspetto, Ne mosse collo, ne piegô sua costa :
rnAM X. I 59
Autour (le moi ses vimix avec iiKiuiétude Clieirliaient quelqu'un, et quand il eut la cerliludo Que celui
Il me (lit en pliMirant : « Si c'est par ton génie Que tu viens aux cachots d'éternelle agonie, Mon lils, où donc est-il? pounjuoi pas avec toi?»
— ((Je ne viens pas ici par moi-même, )> lui dis-je, 0 (lehii {jui m'attend là me mène et me dirige;
l'our (jui votre Guido peut-être eut peu d'amour (i!). »
Ses paroles autant que son genre de peine M'avaient fait deviner le nom de l'ombre humaine, l'^t j'avais répondu sans etloil ni détour.
— «Comment! » cria l'esprit, se dressant dans sa bière, « N'as-lu pas dit : il na'f Est-il mort? La lumière ^'éclaire-t-elle plus les regards de mon lils?»
Kt comme ma réponse à venir était lente , l/ombre accablée au fond de sa prison brûlante Tombait à la renverse, et plus ne la revis.
Mais cet autre héros de la tombe infernale Kt près de qui j'étais resté dans l'intevallc, 11 n'avait pas plié ni le cou ni le flanc:
{,{) CANÏO X.
E se, continuando al primo dctto,
Egli han quell' arte, disse, maie appresa,
Cio mi tormenta più che questo letto.
Ma non cinquanta volte fia raccesa La faccia délia Donna che qui regge, Che tu saprai quanto quell' arte pesa
E se tu mai nel dolce mondo regge, Dimmi : perché quel popolo è si empio Incontr' a' miei ciascuna sua legge?
Ond' io a lui : lo strazio, e '1 grande scempio, Che fece V Arbia colorata in rosso, Taie orazion fa far nel nostro tempio.
Poi ch' ebbe sospirando il capo scosso : A ciô non fu' io sol, disse, ne cerlo Senza cagion sarei con gli altri mosso;
Ma fu' io sol cola, dove sofferto
Fu per ciascun di torre via Fiorenza ,
Colui, che la difese a viso aperto.
Deh se riposi mai vostra semenza, Prega' io lui, solvetemi quel nodo, Che qui ha inviluppata mia sentenza.
CHANT X. 161
— «Si,») (lit-il, relevant ma dernière parole,
« Les miens ont mal appris cet art à votre école, Tu me fais plus de mal que ce lit tout brûlant.
Mais avant que Fa reine Hécate, la fatale,
Ait pu cinquante fois rallumer son front paie ,
De cet art malaisé tu connaîtras le prix.
Et dis-moi qu'en retour tu vives au doux monde! D'où vient que contre moi la liaine est si profonde, Le peuple si cruel à tous les miens proscrits?»
Je répondis : « Le sang qu'a versé votre rage , Les flots de l'Arbia rouges de ce carnag»; Font maudire vous mort et les vôtres absents.
Alors en soupirant l'ombre pencha la tète :
— « .le n'étais i)as le seul à celte horrible fête, » Dit-il, «et n'y fus pas sans des motifs puissants.
Maïs je me montrais seul dans la même occurrence, Quand , chacun proposant de détruire Florence, Moi je la défendis, visage découvert. »
— M Dieu, » dis-je , « donne un jour la paix ù votre race! Défaites, je vous prie, un nœud qui m'embarrasse.
In doute dont je sens que j'ai l'esprit couvert.
162 CANTO X.
E' par che voi veggiate, se ben odo, Dinanzi quoi che '1 tempo seco adduce, E nel présente tenete altro modo.
Noi veggiam , come quel ch' ha mala luce, Le cose, disse, che ne son lontano; Cotanlo ancor ne splende '1 sommo Duce :
Quando s' appressano, o son , tutto è vano Nostro 'ntelletto, e s' altri nol ci apporta, Nulla sapem di vostro stato umano.
Perô comprender puoi, che tutta morta Fia nostra conoscenza da quel punto, Che del futuro fia chiusa la porta.
Allor, come di mia colpa compunto,
Diss' io : ora direte a quel caduto,
Che '1 suo nato è coi vivi ancor congiunto.
E s' io fu' dianzi alla risposta muto, Fat' ei saper, che '1 fei, perché pensava Già neir error, che m' avete soluto.
E già '1 Maestro mio mi richiamava : Porch' io pregai Io spirito più avaccio. Che mi dicesse, chi con lui si stava.
CHANT X. 163
Il paraît, si j'ai bien entendu, (jiie d'avaiiee
\ons pouvez pénétrer du temps la chaîne immense,
Tandis que le présent reste voilé pour vous?»
— «Semblables au presbyte à la vue incertaine , Nous distinguons,» dil-il, (donle chose lointaine; C'est un dernier rayon que Dieu jette sur nous.
Ouand un événement s'approche ou (ju'il existe, \iiiuc. est cette clarté; si nul ne nous assiste, Nous ne savons plus rien de votre humanité.
Par ainsi ces lueurs à jamais seront mortes, Lorsque de l'avenir Dieu fermera les portes Et fixera le monde en son éternité (3). »
Lors je sentis ma faute et dis : «Faites connaître A celui que j'ai vu si vite disparaître, Que son fils est encore aux vivants réuni.
Si je restai muet au moment de répondre. Dites lui que déjà je me sentais confondre Sous ce doute qu'enfin vous avez éclairci. »
Comme je m'entendais rappeler par mon guide.
Très de Farinata j'insistai, plus avide,
Pour savoir quels étaient ses autres compagnons.
64 CAISTO X.
Dissemi : qui con più di mille giaccio : Qua entro ô lo secondo Federico , E '1 Cardinale, c degli allri mi taceio :
Indi s' ascose; ed io inver 1' antico
Poeta volsi i passi, ripensando
A quel parlar, che mi parea nemico.
Egli si mosse; e poi, cosi in andando, Mi disse : perché se' lu si smarrito? Ed io gli soddisfeci al suo dimando.
La mente tua conservi quel ch' udito Hai contra te, mi comandô quel Saggio, Ed or altendi qui; e drizzô '1 dito.
Quando sarai dinanzi al dolce raggio Di quella, il cui bell' occhio tutto vede, Da lei saprai di tua vita il viaggio.
Appresso volse a man sinistra il piede; Lasciammo il muro, e gimmo inver lo mezzo Per un sentier, ch' ad una valle fiede,
Che 'nfin lassù facea spiacer suo lezzo.
CHANT X. 165
«Je suis couché,)) dit-il, «parmi des milliers d'àuies : Le second Frédéric (4) ^\i ici dans ces flammes, Et là, le cardinal (5). Je tais les autres noms. )>
Il disparut, et moi, vers l'antique poëte Je revins, repassant dans mon âme inquiète Cet oracle ennemi que j'avais entendu.
Virgile s'était mis en marche, et dans la route : «Qu'est-ce donc qui si tort te trouble et (e déroute? » A cette question lorsque j'eus répondu :
(i Prends soin de retenir cet hostile présage
Kt dans ton souvenir grave-le,» dit le sage;
«Mais pour l'heure marchons;» et puis, le doigt levé,
« Quand tu seras devant le doux regard de celle Dont le bel œil voit tout (G), tu connaîtras par elle De tes jours tout entiers l'oracle inachevé.))
Nous laissâmes alors le mur à notre droite. Vers le centre marchant par une pente étroite. In nouveau cercle ouvert tout à l'extrémité
Exhalait jusqu'à nous un miasme empesté.
NOTES DU CHANT X.
(1) La famille de Dante était guelfe : lui-même l'était peut- être encore à l'époque oîi il est censé descendre en Enfer, c'est- à-dire en 1300. Mais il ne l'était plus quaml il écrivait son poëme, et sa préférence se trahit assez dans la noble et superbe attitude qu'il prête au héros florentin.
(2) Guido, l'ami du Dante, (juoique à la fois poète et philo- sophe, s'adonna plus à la philosophie qu'à la poésie.
(3) Idées théologiques que l'on trouve dans saint Augustin et plusieurs des pères de l'Église.
(4) L'empereur Frédéric 11, épicurien, souvent en guerre avec les papes, excommunié par Grégoire IX.
(5) Ottaviano degli Ubaldini de Florence , cardinal et pour- tant du parti des empereurs. C'est lui qui disait que s'il avait une urne, il l'avait perdue pour les Gibelins; pour un cardinal le mot est d'un assez bon matérialisme, et l'on ne s'étonne pas que Dante ait donné à ce personnage une place parmi les in- crédules.
(6) Béatrix. ^
ARGUMENT DU CHANT XI.
f.os (l(Mix poi'les arrivent au bord du scplièMio c.orcln. Les ox- lialaisoiis fétidos qui st)rlpnt de ral)îuH! h's forcont do ralentir leur luaichc. Virf,Mlo prolito do co tonips d'arrôt jxiur fairo à Dauto la topoj^rapliic dos lieux qu'ils ont encore à parcourir. Ils vont doscoudrc dans trois cercles pareils à roux qu'ils ont tra- V(M-sés : dans \o. prouiier (le soptiônio de tout rEufor), sont les violents; mais coinine il y a trois sortes de violence, selon inènie, le premier cercle est divisé en trois degrés. Dans le se- cond cercle sont les fourbes ; dans le dernier, ces doubles fourbes, les traîtres. Dante hasarde quelques questions : Pour(|iu)i les voluptueux, les furieux, les i^lontons, les intemi)érants de toutes sortes ne sont-ils pas dans la cité de feu? C-onnuent Vir- j^ile a-t-il pu dire (|ue l'usure^ est une violence contre Dieu ? — Virgile répond à tout, appuyant à la fois ses raisonnements sur la philosophie d'Aristole et sur les saintes Écritures.
CANTO UNODECIMO.
In su r estremiLà d' un' alla ripa, Che facevan gran piètre rotte in cerchio Venimmo sopra più crudele stipa.
E quivi per 1' orribile soperchio
Del puzzo, che '1 profonde abisso gitta,
Ci raccostammo dietro ad un coperchio
D' un gran' avello, ov' io vidi una scritta, Ciie diceva : Anastasio Papa guardo , Lo quai Irasse Fotin délia via dritta.
Le nostro scender conviene esser tardo, Si che s' ausi in prima un poco il senso Al triste fiato, e poi non fia riguardo.
CHANT ONZIEME
Tout à rextréniilé d'une rive escarpée Que formait une roche en cercle découpée, ÎNous vînmes au-dessous d'un abîme nouveau.
Et, pour nous garantir du souffle délétère
Qui montait jusqu'à nous de ce profond cratère,
^ous cherchâmes abri derrière un grand tombeau.
Sur son couvercle ouvert on lisait cette phrase: «Je porte dans mes flancs le pontife Anastase (I), Que le diacre Photin entraîna dans l'erreur. »
— «Descendons lentement cette pente inégale, Pour nous accoutumer aux vapeurs qu'elle exhale, l']t nous pourrons après avancei' sans horreur.»
•10
4 70 CANTO XI.
Cosi '1 Maestro; ed io : alcun compenso, Dissi lui, trova, chè 'I tempo non passi Perduto; ed cgli : vedi ch' a ciô penso.
Figliuol mio, dentro da cotesti sassi, Cominciù poi a dir, son tre cercliietti Di grado in grado, corne quel che lassi.
Tutti son pien di spirti maladetti : Ma perche poi ti basti pur la vista, Intendi corne, e perché son costretti.
D' ogni malizia, ch' odio in Cielo acquista,
Ingiuria è il fine, ed ogni fin cotale
0 con forza, o con frode altrui contrista.
Ma perché frode è dell' uom proprio maie, Più spiace a Dio ; e perô stan di sutto Gli frodolenti, e più dolor gli assale.
De' violenti il primo cerchio è tutto : Ma perche si fa forza a tre persone, In tre gironi è distinto e costrutto.
A Dio, a se, al prossimo si puone
Far forza : dico in loro, e in le lor cose,
Corne udirai con aperta ragione.
CHANT XI. ni
Ainsi parla le maître, et moi : l' Par ta parole,
Fais que le temps au moins sans prolit ne s'envole. »
— « Oui , » reprit-il , « tu vois que j'y pense , mon fils ! »
Puis, après une pause : «En ces rocheux abîmes Sont trois cercles, pareils aux autres que nous vîmes, Ëtagés l'un sur l'autre et toujours plus petits.
Tous sont chargés d'esprits que le Ciel dut maudire. Poui' ([u'uii simple coup d'œil puisse après te sutlire. Apprends quel est le crime, et quel le châtiment!
Des péchés que poursuit la colère céleste L'injustice est le terme, et, ce terme funeste, On l'atteint par la fourbe ou bien violemment.
La fourbe, vice propre à l'humaine nature.
Fait plus horreur à Dieu : les hommes d'iniposture
Gisent donc tout en bas et sont plus torturés.
Ce premier cercle entier est pour les violences; Mais comme dans ce crime il est des différences. Ainsi que le péché, le cercle a trois degrés.
On agit en effet contre l'fttre suprême
Ou contre le prochain ou bien contre soi-même,
Frappant personne et biens, comme tu vas le voir.
172 CANTO XI.
Morte per forza, e ferute dogliose
Nel prossimo si danno ; e ricl suo avère
Ruine, incendii, e collette dannose:
Onde omicidi, e ciascun che mal fiere, Giiastatori, e predon tutti tormenta Lo giron primo per diverse schiere.
Puoto uomo avère in se man violenta, E ne' suoi béni; e perô nel secondo Giron convien che senza pro si penta
Qualunque priva se del vostro mondo, Biscazza, e fonde la sua facultade; E piange là dove esser dee giocondo.
Puossi far forza nella Deiîade,
Col cuor negando e bestemmiando quella
E spregiando Natura, e sua boutade:
E pero lo minor giron suggella
Del segno suo e Soddoma, e Caorsa,
E chi, spregiando Dio, col cuor favella.
La frode, ond' ogni coscienza è morsa, Puô r uomo usare in colui, che si fida, E in quello che fidanza non imborsa.
CHANT XI. 173
On donne à son prochain d'une main violente Le coup de mort, souvent la blessure plus lente. Feu, rapt, exactions, attaquent son avoir.
Or, ceux qui se sont teints de sang, les homicides, Les hommes de ravage et les brigands avides, Souffrent séparément dans le premier degré.
L'homme peut, sur soi-même usant de violence, Sur son corps ou ses biens exercer sa démence: C'est au second degré que gît désespéré
Quiconque s'est privé d'une vie importune,
Ou bien aux quatre vents a jeté sa fortune
Et pleuré dans le monde au lieu d'y vivre heureux.
L'homme fait violence à Dieu quand en soi-même Il l'ose renier ou tout haut le blasphème, Qu'il blesse la nature et ses dons généreux.
Donc le plus bas degré renferme en son orbite L'usurier de Cahors avec le sodomite. VA tous les cœurs par qui Dieu fut injurié.
Pour la fourbe, remords de toute conscienre, Tantôt elle trahit la sainte coniiance, Tantùl elle surprend qui ne s'est pas fié.
10.
/|74 CANTO XI.
Questo modo di rctro par ch' uccida Pur lo vincol d' amor, cho fa Natiira ; Onde nel cerchio secondo s' annida
Ipocrisia, liisinghe, c clii affattura, Falsità, ladroneccio, e siraonia,
Ruffian, baralti, e simile lordura.
Fer r altro modo quell' amor s' obblia, Che fa Natura, e quel, ch' e poi aggiunto, Di che la fede spezial si cria :
Onde nel cerchio minore, ov' è '1 punto Dell' universo, in su che Dite siede, Qualunque trade in eterno è consunto.
Ed io : Maestro, assai chiaro procède La tua ragione, et assai ben distingue Questo baratro, e '1 popol, che '1 possiede.
Ma dimmi : quel délia palude pingue, Che mena '1 vento, e che batte la pioggia, E che s' incontran con si aspre lingue.
Perche non dentro délia Città roggia
Son ei puni'i, se Dio gli ha in ira?
E se non gli ha, perche sono a tal foggia?
CHANT XI. 175
l'.'llc ne l)ris(' iiloi's, moins coiipiihlc imposture,
Que ce lien (r;iiiioiii' l'orgi' p;ii' l:i nature.
Or donc lo second cei'cle cnlcrme en son ijiron
I/hypocrisie iniïime avec la flattcrio, Simonie et larcin, faux et sorceilei-ie, l'.'scrocs, entremetteurs, et semi)lai)le limon.
Mais la pi'emiùre fourbe atlaiiue plus impure, Outre ce nœud d'amour qu'a fori^é la nature, Cet autre (jui s'y joint plus doux et plus sacré.
Aussi c'est tout au fond de l'enceinte profonde, Dernier cercle où Dite siège au cenlre du monde, C'est là (pie gît le traiire à jamais torturé!»
— «Tes explications sont précises, ù maître,» Dis-je alors; otu m'as fait on ne peut mieux connaître Les cercles de ce goullre avec ses habitants.
Mais, dis-moi, ceux (jui son! dans le grand lac de boue, (.eux (pi'al) iiie la pluie ou don! le veni se joue, Qui se heurtent avt'c des accents insultants,
rounpioi, s'ils ont de Dieu soulevé la justice, Dans la cité du feu n'ont-ils pas leur supplice? Sinon, ces malheui'eux, pouniuoi sont-ils fiapjtés?»
176 CANTO XI.
E(l egli a me : perché tanto dfjlira, Disse, lo 'ngegno tuo (la quel cli' e' suole, Ovver la menle dove altrove mira?
Non ti rimembra di quelle parole, Con le quai la tua Etica pcrtratta Le tre disposizion, clie '1 Ciel non vuole;
Incontinenza,malizia, e la matta
Bestialitade? e corne incontinenza
Men dio offende, e raen biasimo accatta?
Se tu riguardi ben questa sentenza, E rechiti alla mente chi son quelli , Che su di fuor sostengon penitenza,
Tu vedrai ben perche da questi felli Sien dipartiti , e perché men crucciata La divina Giustizia gli martelli.
0 Sol, che sani ogni vista turbata,
Tu mi contenti si, quando tu solvi ,
Cbe , non men che saver, dubbiar m' aggrata.
Ancora un poco 'ndietro ti rivolvi, Diss' io, là dove di', ch' usura offende La divina Bontade , e '\ groppo svolvi.
CHANT XI. 177
l']| lui me répondit : (t^'l'aimerlt, c'est chose rare
Que ton esprit délire à ce point et s'éjj'are:
A moins que tes pensers ailleurs soient occupés.
Ne te souvient-il plus déj i de ce passage Du li'aité de VKtliiqnc où disserte le sage Des (rois mauvais peiicliants (juc réprouve le Ciel :
Malice, incontinence et fureur bestiale.
Et que l'incontinence est toujours moins fatale,
Moins maudite de Dieu, quoique péché mortel?
Si tu veux bien peser de près cette sentence Et te rappeler ceux qui font leur pénilence Hors d'ici, dans les lieux que nous avons passés,
'\\\ comprendras pourquoi de la race perlidc
Dieu les a séparés, justice moins rigide
Qui du marteau pourtant frappe ces insensés.»
— «0 soleil qui toujours as brillé sur ma route, Tu m'éclaires si bien, quand lu lèves un doute, Que j'aime presque autant douter que de savoir!
Tue pensée encore est demeurée obscure : C'est à Dieu, disais-tu, que s'attaciue l'usure; Explique cette énigme où je ne saurais voir. »
178 CANTO XI.
Filosofia, mi disse, a chi 1' attende, Nota, non pure in una sola parte, Corne Natura lo suo corso prende
Dal divino 'ntelletto, c da sua arte: E se tu ben la tua Fisica note, Tu troverai non dopo moite carte,
Che r arte vostra quella, quanto puote, Segue, corne '1 maestro fa il discente. Si che vostr' arte a Dio quasi è nipote.
Da queste due, se tu ti rechi a mente Lo Genesi dal principio , convene Prender sua vita, ed avanzar la gente.
E perche V usurière altra via liene, Per se Natura, e per la sua seguace. Dispregia, poichè in altro pon la spene.
Ma seguimi oramai, che '1 gir mi piace, Che i Pesci guizzan su per V orizzonta, E '1 Carro tutto sovra '1 Coro giace,
E '1 balzo via là oltre si dismonta.
CHANT XI. 179
— «De la philosophie, à qui bien l'étiKlie, il ressort, » nie dit-il , « et dans mainte partie, oue la mère ^■al^re est émanée un jour
De rinteliect divin et de son art unique;
\ii si tu veux jeter les yeux sur ta Pfifjs.ii/ue (2),
Dès les premiers feuillets tu verras qu'à son tour
La Nature est le sein d'où l'Art mortel dut naître, Qu'il la suit comme fait un élève son maître, Si bien que l'Art humain est petit-lils de Dieu.
A ce double loyer de l'Art, de la Nature, Connue lu l'as pu voir dans la sainte Écriture, L'homme doit se nourrir en aniassant un peu.
Par un autre chemin l'usurier marche et gagne ; Dédaignant la Nature et l'Art (jui raccompagne. Sur d'autres fondements son espoir est placé.
Mais suis-moi, nous pouvons marcher en confiance : Le signe des Poissons à l'horizon s'avance (3); Le Chariot sur Corus est couché renversé,
Et, plus loin, le rocher semble comme abaissé..)
NOTES DU CHANT XI.
(1) Co fut l'empereur Anastase, non le pape du même nom et son contemporain, qui adopta l'hérésie du diacre Photin. Les commentateurs ont relevé cette erreur historique et supposent que Dante a été trompé par la chronique du frère Martin de Pologne.
(2) La Physique d'Aristote.
(3) Le poëte est entré en Enfer le Vendredi-Saint 1300. 11 y est entré le soir (voir chant ii, p. 19), Maintenant il annonce l'aurore. Le soleil était alors dans le Bélier , signe qui suit celui des Poissons. Les Poissons, se levant à l'horizon, annonçaient donc le lever du soleil ; et le Chariot ou la Grande-Ourse se renversait sur le Corus, c'est-à-dire se plaçait au nord-ouest, où souffle ce vent.
ARGUMENT Dli CllAiNT XII.
Kiilrôe dans le premier des trois degrés qui divisent le sep- tième cercle; le Miiiotaure qui en garde les abords est écarté par Virgile, Là, les âmes de ceux qui furent violents contre le prochain sont plongées dans une fosse remplie de sang bouil- lant. Au bord courent les Centaures tout armés, et percent de leurs nèches celles ([ui tentent d'en sortir, l/uu d'eux accom- pagne les deux poètes le long des rives, leur nommant çà et là les coupables damnés, brigands, assassins et tyrans, et leur fait passer à gué la fosse sanglante.
t. I. M
CANTO DECIMOSECONDO.
Era lo loco, ove a scender la riva
Venimnio, alpestro e per quel cli' iv' er' anco,
Tal, ch' ogni visla ne sarebbe scliiva.
Quai' è quella ruina, clie nel fianco Di qua (la Trente 1' Adice percosse , 0 per tremuoto, o per sostegno manco ;
Che da cima del monte, onde si mosse, Al piano è si la roccia discoscesa, Ch' aleuna via darebbo a chi su fosse;
CHANT DOUZIEME.
La (losconte du roc à peine pralicable
Nous oflVait un obstacle encor plus redoiilable,
Tel qu'on ne peut le voir sans épouvantement.
Comme cette ruine, incroyable prodige,
Qui soudain j)rès de Trente au liane frappa l'Adiré,
S'elVondrant d'elle-même ou par un tremblement;
De la cime du mont cette roche écroulée Descend tout escarpée au fond de la vallée , El le paire au sommet hésite suspendu;
/)84 CANTO XIF.
Cotai (li quel burralo era la sccsa : E 'n su la punta délia rotta lacca V infamia di Creti era distcsa,
Che fu concetta nella falsa vacca : E quando vide nol, se stcssa morse, Si corne quel, cui V ira dentro fiacca.
Lo Savio mio in ver lui grido : forse Tu credi, che qui sia '1 Duca d' Atene, Che su nel mondo la morte ti porse?
Partiti, bestia, che questi non viene Ammaestrato dalla tua sorella, Ma viensi per veder le vostre pêne.
Quai è quel toro, che si slaccia in quella Ch' ha ricevuto già '1 colpo mortale, Che gir non sa, ma quà e là saltella;
Vid' io lo Minotauro far cotale.
E quegli accorto grido : corri al varco ;
Mentre ch' è 'n furia, è buon che tu ti cale.
Cosi prendemmo via giù per lo scarco Di quelle piètre che spesso moviensi, Sotto i mie' piedi per lo nuovo carco.
CHANT XII. ISf
Ainsi le précipice où nous devions dcscendie; Et, sur le roc béant, comme pour le défendre, Le fléau des Cretois (I) se tenait étendu.
Ce monstre que conçut une fausse génisse, Kn nous voyant venir au bord du précipice, Comme un liomme étoullant dans sa rage, il se mord.
Mon sage lui cria de loin : «Tu crois peut-être Que tu vois devant toi ton vainqueur appaïaîlre. Le monarque athénien qui t'a donné la mort?
Fuis, monstre! A ce mortel que dans ces lieux je guide. Ta sœur ne donna point de leçon homicide. Il vient ici pour voir vos justes châtiments.))
Comme un taureau blessé lléchit, tète abbattue, Du côté qu'a frappé la hache (jui le tue, Kt bondit convulsif à ses derniers moments;
Tel je vis chanceler l'horrible Minotaurc. Et Virgile aussitôt : « La fureur le dévore. Profitons-en, cours vite à l'entrée, et descends.»
Nous avançâmes donc par l'atlVeusc carrière;
Sans cesse sous mes pieds s'ébranlait (piehiuc piene,
Quelque amas de cailloux sous mon poids s'alTaissants
/|86 CANTO XH.
lo già ponsando: c quoi disse : tu pciisi Forse a quesla rovina, ch' è guardala Da queir ira bestial, ch' io ora spensi.
Or vo' che sappi, che 1* altra fiata,
Ch' io discesi quaggiù nel basso 'nfcrno,
Questa roccia non era ancor cascata.
Ma certo poco pria, se ben discerno, Che venisse Colui, che la gran preda Levô a Dite del cerchio superno,
Da tutie parti 1' alta valle feda Tremô si, ch' io pensai che 1' universo Sentisse amor, per lo quale è chi creda
Più volte '1 mondo in caos converso : Ed in quel punto questa vecchia roccia Qui, ed altrove più, fece riverso.
Ma ficca gli occhi a valle; chè s' approccia La riviera del sangue, in la quai bolle Quai, che per violenza in altrui noccia.
0 cieca cupidigia, o ira folle, Che si ci sproni nella vita corta, E neir eterna poi si mal c' iinmolle !
tllAM Xll. 187
Je iiiar(;liais tout rêveur, et lui : «Je le devine,» Dit-il, ' Que garde ce démon à ma voix muselé.
Or, il te taut savoir que, du temps où mon ombre Pour la première fois dans l'Enfer le plus sombre Descendit, ce rocher n'était pas écroulé.
Peu de temps seulement, si j'ai bonne mémoire. Avant que le Sauveur resplendissant de i^loire Ne vînt ravii' du Limbe une proie à Dite,
De toutes parts trem])la celte vallée immonde, l"]t si profondément, (|ue je crus bien le monde En proie au mal d'amour, qui fait qu'on a douté
Si dans le noir chaos plusieurs fois il ne rentre. C'est dans ce moment-là que , s'écroulant sur l'antre, Tomba ce vieux rocher que tu vois aujourd'hui.
Mais plonge maintenant tes yeux dedans le goulfre ! Vois ce lleuve de sang dans lequel bout et soulfre Tout mortel violent qui lit soulfrir autrui.
Oh, folle passion! oh! l'aveugle colère
Qui nous subjugue ainsi dans la vie éphémère,
Et pour jamais nous trempe en ce goulfre maudit! »
88 CANÏO XII.
lo vidi un' ampia fossa in arco torta, Corne quella, cho tullo il piano abbraccia, Secondo ch' avea dctto la niia scorla :
E tra '1 piè délia ripa ed essa, in traccia Correan Centauri armati di saette, Coma solean nel mondo andare a caccia.
Vedendoei calar, ciascun ristette ,
E délia schiera tre si dipartiro
Con archi , ed asticciuole prima elette.
E r un gridô da lungi : a quai marliro Venite voi, clie scendete la costa? Ditel constinci, se non, 1' arco tiro.
Lo mio Maestro disse : la risposta Farem noi a Chiron costà di presso : Mal fu la voglia tua sempre si tosta.
Poi mi tentô , e disse : quegli è Nesso , Che mori per la bella Deianira, E fe' di se la vendetta egli stesso.
E quel di mezzo, che al petto si mira, È il gran Chirone, che nudrio Achille : oueir altro è Folo, che fii si picn d' ira.
CHANT XII. 480
J'aperçus une fosso énoniie, en are tendue,
Du gouffre tout entier enserrant l'étendue,
Et telle, en ses contours, que mon guide avait dit.
Au l)ord, au pied du roc, les Centaures agiles, De leurs tlèches armés, couraient en longues iiles, Ainsi que sur la terre ils chassaient dans les bois.
En nous voyant descendre, ensemble ils s'arrêtèrent; Trois d'entre eux de la bande alors se détachèrent, L'arc en main et le trait déjà hors du carquois.
I/un d'eux cria de loin : «Quelle fut votre faute? Et pour quel châtiment descendez-vous la côte? Dites, sans faire un pas, ou je tire à l'instant. »
— «Je vois le grand Chiron , ici près,» dit mon maître. «A lui dans un moment nous nous ferons connaître; Tu sais bien ce que t'a coûté ce cœur bouillant! »
Et du coude il me pousse, et tout bas de me dire : «C'est Nessus, qui ravit la belle Déjanirc Et de sa propre mort fut un cruel vengeur.
Et cet autre au milieu, (jui le front penché rêve, C'est Chiron, dont Achille autrefois fut l'élève;
Le troisième est Tholus, terrible en sa fureui-
M
190 CANTO MI.
JJiiitonio al fosso vanrio a mille a mille,
Saettancio quale anima si svcilo
Del sangue più che sua colpa sortille.
Noi ci apprcssammo a quelle fiere snelle : Cliiron prcse uno strale, e con la cocca Fece la barba indietro aile mascelle.
Quando s' ebbe scoperta la gran bocca, Disse a' compagni : siete vol accorti, Che quel di rétro muove ciô che tocca?
Cosi non soglion fare i piè de' morti.
E '1 mio buon Duca, che già gli era al pcUo,
Ove le due nature son consorti,
Rispose : ben è vivo, e si soletto Mostrargli mi convien la valle buia : Nécessita '1 c' induce, e non diletto.
Tal si parti da cantare alléluia, Che mi commise quest' uficio nuovo. Non è ladron , ne io anima fuia.
Ma per quella virtù , per eu' io muovo
Li passi miei per si selvaggia strada,
Danne un de' tuoi , a cui noi siamo a pruovo ,
cil AMT Ml. rjl
A reiilour de la fosse ils vont par mille et mille , Transperçanl de leurs Iraits tout pécheur indocile Qui sort plus qu'il ne doit du sanglant réservoir. »
Lors mon guide avec moi de ces monstres s'approche. Chiioii prend une flèche en main, et, de la cociie. Il relève sa barbe au poil épais et noir,
Et découvrant avec lenteur sa large bouche :
« Compagnons, l'un des deux fait mouvoir ce qu'il touche,»
Dit-il, (( le voyez-vous? Il marche le second. »
Or ce n'est pas ainsi qu'un pied d'ombre chemine.
Mon guide (\m louchait à peine à sa poitrine
Où riiomme, dans le monstre, au cheval se conJoml,
Hépondit : « Iji cfl'et, c'est qu'il est bien en vie. C'est moi qui le dirige en la vallée impie; Et la nécessité l'a conduit aux Enfers.
Quelqu'un sortit du chœur de la sainte milice Tour venir me commettre à ce nouvel office; Ni ce mortel ni moi ne sommes des pervers.
Mais, par ce pouvoir saint La route si teriible où tu nous vois descendre. Donne-nous un des tiens pour avec nous aller!
\^fi CAWTO XII.
E che ne inostri là dovc si guada,
E che porti costui in su la groppa,
Ch' ei non c spirto, che per 1' acre vada.
Chiron si volse in su la désira poppa, E disse a Nesso : torna, e si gli guida, E fa cansar, s' altra schiera s' inloppa.
Or ci movemmo con la scorta fida Lungo la proda del bollor vermiglio, Ove i bolliti facean alte strida.
lo vidi gente sotto infino al ciglio;
E '1 gran Centauro disse : ei son tiranni,
Che dier nel sangue, e nell' aver di piglio.
Quivi si piangon gli spietati danni : Quiv' è Alessandro, e Dionisio fero, Che fe' Cicilia aver dolorosi anni :
E quella fronte, ch' ha '1 pel cosi nero, È Azzolino; e quell' altro, ch' è biondo, È Obizzo da Esti, il quai per vero
Fu spento dal figliastro su nel mondo, Allor mi volsi al Poeta , e quel disse : Questi ti sia or primo , ed io secondo.
CUAMT Xll. i93
Oui nous nionlro l'endroit où le ilcuvo est guéaijle,
Ou tende à mon ami sa croupe secourabie!
Ce n'est pas un esprit, pour dans les airs voler.»
Alors Cliiron : «Eh bien, toi, conduis ce voyage! Fais ranger qui voudrait leur barrer le passage ! » Dit-il, eu se tournant à droite vers Nessus.
Confiés à ce guide, alors nous avançâmes,
En côtoyant les bords de ce lleuve où les âmes,
Écumant dans le sang, poussaient des cris aigus.
Plusieurs étaient plongés jusques à la paupière :
— «Ce sont,» nous dit Nessus, «les tyrans, cœurs de pierre,
De sang et de rapine ils ont vécu toujours.
C'est ici (|ue gémit le crime impitoyable : Alexandre (2), et Denys le tyran intraitable Et sous qui la Sicile a vu de sombres jours.
Ce crâne dont tu vois la chevelure noire C'est Ezzelin (3), et là dans la même écumoire Obizzo d'Est (4), celui dont le crâne est tout blond.
11 fut vraiment tué par un bras parricide.»
.le regardai \irgile; il dit : «Crois-eii ce guide;
Je ne suis maintenant ton maître (lu'en second. >♦
194 CAMO Ml.
Poco [)iii oitrc 'I Cenlauro s' afîisso Sovr' una gcnte, cli 'nfino alla gola Parea che di quel bulicame uscisse.
Mostrocci un' ombra dair un canto sola,
Dicendo : colui fesse in grembo a Dio
Lo cuor, che 'n su '1 Tainigi ancor si cola.
Poi vidi genti , che fuori del rio Tenean la testa, e ancor tutto '1 casso : E di costoro assai riconobb' io.
Cosi a più a più si facea basso
Quel sangue si, che copria pur li piedi:
E quivi fu del fosso il nostro passo.
Siccome tu da questa parte vedi Lo bulicame, che sempre si scema, Disse '1 Centauro, voglio che tu credi,
Che da quest' altra più e più giù prema Il fundo suo , infin che si raggiunge Ove la tirannia convien che gema.
La divina Giustizia di qua punge Queir Attila, che fu flagello in Terra, E Pirro, e Sesto; ed in eterno munge
CHANT XII. 195
A (iiicNiucs pas plus loin le Ceiilaurc s'arrèio Devant d'aulres dainiiés dont on voyait la Irle Saillir entièrement hors du tleuve éeunieux.
— «Cette ombre, nous dit-il, qui pleure solitaire (5) A percé devant Dieu le cœur que l'Angleterre Garde sur la Tamise avec un soin pieux.»
Et puis d'autres damnés venaient; la tête entière Kl la moitié du corps sortaient de la rivière. Je reconnus ainsi les traits de plus d'un mort.
Et le niveau de sang, déclinant davantage, Ne couvrit à la tin que leurs pieds : du rivage iNous pûmes sans danger passer à l'autre bord.
— «Par ici, tu le vois, de ce torrent (|iii gronde
Le lit monte toujours, et l'onde est moins i)rolonde, » Dit le Centaure ; « eh bien , il te reste à savoir
Que de l'autre côté l'eau descend davantage Jusqu'à ce fond sanglant où, noyé dans sa rage, Le tyran condamné doit pleurer sans espoir.
C'est là, dauG cet endroit de l'immense cratère Que Dieu plonge Attila, le fléau de la terre, Et Pyrrhus et Sexlus (6), et pour rétcrnilé
06 CANTO Xll.
Le lagrime, che col bolior disserra A Rinier da Corneto, a Uinier Pazzo, Che fecero aile strade tanta guerra:
Poi si rivolse, e ripassossi '1 guazzo.
CIIAM XII. 197
Clia(jue bouillonnonionl arracliu iiii (loi (\v. larmes A lit'iK' (l(! Coiiiùli' cl l*az/.i, IVùrcs (rai'iucs, Hni-aiids duiil loii pays luL l()iii;lt'iiJj)S iiilcslé. »
Il (lit, cl ivpassa le lleiivc ciisaiiglaiilé.
NOTES DU CHANT X.1I.
(1) Le Minolaurc, tué par Thésée.
(2) Alexandre de Plières, tyran de Tliessalic.
(3) Ezzelin, seigneur de la Marche de Trévise, mort en 1200.
(4) Obizzo d'Est, marquis de Ferrare, étouffé, dit-on, par son propre fils.
(5) Gui de Montfort, qui, pour venger la mort de Simon son père, tué par Edouard, assassina, en 1271, dans une ég:lise de Yiterbe, Henri, frère d'Edouard, pendant la célébration de la messe, au moment où le prêtre élevait l'hostie. On érigea, en Angleterre, une statue au prince assassiné. Sa main droite tenait un vase qui renfermait son cœur.
(6) Sextus, fils de Tarquin, ou Sextus, fils de Pompée?
AKGCMENT DU CHANT XIII.
Eiilrcc dans le second degré du cercle delà violence, où sont chùtirs vmx (|ui furent violents contre oux-n)rnies : suicides et dissipateurs insensés. Les âmes des suicides sont emprisonnées dans des arbres et dans des buissons où les Harpies l'ont l(!ur nid et dont elles dévorent le reuillai;e. En elVet , Daide ayant arraché une branche d'un de ces arbres, le tronc saigne et uiu; voix plaintive s'en échappe, la voix de, Pierre des Vignes qui raconte son histoire , sa mort volontaire et son ciiàtinient. Un peu plus loin, le itoëlc voit des ombres poursuivies et mises en pièces par des chiennes furieuses : c'est le supplice iidligé aux dissipat(Mirs; il reconnaît le Siennois Lano et le Padouan .laccpies (h; Saint-André. Ce dernier a cheiché un vain refuge derrière un buisson. Le buisson, qui renferme un suicide, devient lui- même la proie des chiens.
CANTO DECIMOTERZO.
Non era ancor di là Nesso arrivato, Quando noi ci mettemmo per un bosco, Che da nessun sentiero era segnato.
Non frondi verdi, ma di color fosco; Non rami schietti, ma nodosi e 'nvolti; Non pomi v' eran, ma stecchi con tosco.
Non han si aspri sterpi, ne si folti Quelle fiere selvagge, che 'n odio Iianno Tra Cecina e Corneto i luoghi colti.
Quivi le brutte Arpie lor nidi fanno, Che cacciâr délie Strofade i Troiani, Con (risto annunzio di futuro danno.
CHANT TREIZIEME.
Nessus ne touchait pas encor l'autre rivage, Quand nous pénélrions dans un bois tout sauvage, Et qui ne paraissait nianjué d'aucun sentier.
La couleur du feuillage était sombre et foncée; Ciia(iue branche de nœuds, d'épines hérissée, Portait, au lieu de fruits, un poison meurtrier.
Ils n'ont pas de fourrés si profonds, ni si rudes,
Les animaux qui vont chercher les solitudes
Non loin de la Cécine (I) et de ses bords ombreux.
C'est lù que font leur nid ces monstres, les Harpies Qui chassèrent jadis des Strophades fleuries Les Troyens effrayés de leur présage aflVeux.
202 CANTO XIII.
Ali lianno latc, e colli, e visi iimani, Piè con arligli, e pennuto 'I gran ventre : Fanno lamenti in su gli alheri strani.
E M buon Maestro : prima che più entre,
Sappi che se' nel seconde girone,
Mi cominciô a dire, e sarai, mentre I
Che tu verrai neir orribil sabbione Perô riguarda bene, e si vedrai Cose che daran fede al mio sermono.
lo sentia già d' ogni parte trar guai , E non vedea persona, che '1 facesse : Perch' io tutto smarrito m' arrestai.
lo credo , ch' ei credette^ ch' io credesse, Che tante voci uscisser tra que' bronchi Da gente, che per noi si nascondesse.
Pero disse 'l Maestro, se tu tronchi Qualche fraschetta d' una d' este piante, Li pensier, ch' liai, si faran tutti monchi.
Allor pors' io la mano un poco avante, E colsi un ramicello d' un gran pruno, E '1 tronco suo gridô : perché mi schiante?
CHANT xiir. 'i03
On peut les reconnaître à leurs ailes énormes, A leur col, ù leur ventre, à leurs serres diO'ormes; Sus ces arbres hideux elles poussent des cris.
I']t mon bon maître : «11 faut tout d'abord te l'apprendre: Au deuxième degré nous venons de descendre; Il nous faudra rester sous ses tristes abris
Jusqu'au seuil plus horrible où commencent les sables. Regarde! tu verras des choses effroyables. Kl tu croiras peut-être à tout ce que j'ai dit. »
Déjà, de tous côtés, l'air de plaintes résonne. J'écoutais, je cherchais, et ne voyais personne. Et ce bruit me faisait m'arréter, interdit.
Il crut (|ne je croyais (2) que ces cris ineffables Retentissaient, poussés par des ombres coupables Qui se cachaient de nous dans le branchage épais.
Et, dans cette croyance, il me dit : «Si tu cueilles In rameau seulement au milieu de ces feuilles. Tu verras tes pensers étrangement trompés.»
Moi, la main étendue en avant, je me penche,
Et détache d'im -.whw une petite branche;
Le tronc crie aussitôt : «Ah! pouniuoi m'arracher?»
204 CANTO xni.
Da che falto fu poi di sangin; linino, Ricominciô a gridar : perché mi scorpi? Non liai tu spirto di pictate alcuno?
Uomini fummo, ed or sem fatti stcrpi: Ben dovrebb' csser la tua man più pla, Se stati fossim' anime di serpi. I
Corne d' un stizzo verde, ch' arso sia Dali' un de' capi, che dall' altro geme, E cigola per vento che va via ;
Cosi di quella scheggia usciva insieme Parole, e sangue; ond' io lasciai la cima Cadere, e stetti corne 1' nom, che terne.
S' egii avesse potuto creder prima ,
Rispose '1 Savio mio, anima lésa,
Ciô, ch' ha veduto pur con la mia rima ,
Non averebbe in te la man distesa; Ma la cosa incredibile me fece Indurlo ad ovra, ch' a me stesso pesa.
Ma dilli chi tu fosti, si che 'n vece
D' alcuna ammenda , tua fama rinfreschi
Nel mondo su, dove tornar gli lece.
CHANT XIII. 205
Tandis ((ue (rmi sang noir lï'corce se colore, «l^ourqnoi me (lécliircr?» répète-t-il encore; «0 cruel, et ton cœur est-il donc de rocher?
Nous fûmes autrefois des hommes, tes sembiahles, Va plus (|ue des serpents fussions-nous méprisables, Tu devais être encor pour nous compatissant. »
Ainsi qu'un tison vert qu'on présente à la flamme: Tandis (pie, sous le vent, un bout pétille et braiiu^ La sève à l'autre bout dégoutte en gémissant;
Ainsi tout à la fois, et le sang et la plainte S'échappaient de ce tronc, et, comme pris de crainte. Je laissai de mes mains retomber le rameau.
Mon sage répondit : «0 pauvre Ame blessée,
S'il eut pu tout d'abord admettre en sa pensée
Ces tourments dont mes vers lui faisaient le tableau.
il n'aurait pas sur toi porté sa main cruelle ; Mais cette étrangeté d'une douleur réelle M'a fait lui conseiller un coup dont je gémis.
Va, dis-lui qui tu fus, et, sachant ton histoire. En échange il pourra rafraîciiir la niémoirc Dans le monde où pour lui le rcloiir est permis.»
206 CANTO XIII.
E '1 tronco : si col dolco dir m' adeschi, Ch' i' non posso tàcerc; c voi non gravi Perch' io un poco a ragionar m' invesclii.
lo son colui, che tenni ambo le chiavi Del cuor di Fedcrigo, c clic le volsi, Serrando e disserrando, si soavi,
Che dal segreto suo quasi ogni uoin tolsi :
Fede portai al glorioso ufizio ,
Tanto, eh' io ne perdei lo sonno e i polsi,
La meretrice, che mai dall' ospizio Di Cesare non torse gli occhi putti, Morte comune, e délie Corti vizio,
Infîammo contra me gli animi tutti , E gl' infiammati infiammàr si Augusto, Che i lieti onor tornaro in tristi lutti.
L' animo mio per disdegnoso gusto, Credendo col morir fuggir disdegno, Ingiusto fece me contra me giusto.
Per le nuove radici d' esto legno
Vi giuro, che giammai non ruppi fede
Al mio Signor, che fii d' onor si degno.
cnAM Mil. "nn
— «l*nis-jo me taire après la parole eiigatieaiiley» Hcpondil l'arbre, «et soit votre oreille indulf^eiite, Si je m'oubliais trop à vous entretenir.
Ami (le Frédéric (3), j'ai tenu sur la terre
Les deux clefs de son cœur, et d'une main léi;ère
Si douces les tournai, pour fermer, pour ouvrir,
Que personne après moi n'approchait de son âme. Honneur dont j'étais lier! De mon zèle la llannne Me faisait oublier dormir et respirer.
Mais cette courtisane, odieuse et funeste, A l'œil louche et vénal, cette commune peste Qu'au palais des Césars on vit toujours errer (4),
Contre moi dans les cœurs sema la haine injuste. Cette haine alluma la haine aussi d'Auguste, Et mes riants honneurs se changèrent en deuil.
Mon âme à ce moment se dégoûta du monde. Je crus fuir dans la mort cette douleur profonde. Et m'ouvris, innocent, un coupable cercueil.
Par ces tendres rameaux, jamais, je vous le jure, Je n'ai brisé le nœud de cette foi si pure Que j'ai donnée au prince illustre et respecté.
208 CANTO XIII.
E se di voi alcun ncl mondo riede, Conforti la memoria mia, che giace Ancor del colpo, che 'nvidia le diede.
Un poco attese, e poi : da ch' ei si lace, Disse '1 Poeta a me, non perder V ora, Ma parla, e chiedi a lui, se più ti piacc.
Ond' io a lui : dimandal tu ancora
Di quel, che credi, ch' a me soddisfaccia,
Cil' io non polrei, tanta pielà m' accora.
Perô ricominciô : se 1' nom ti faccia Liberamente cio, che i tuo dir prega, Spirito 'ncarcerato, ancor ti piaccia
Di dirne corne 1' anima si lega
In questi nocchi; e dinne, se tu puoi,
S' alcuna mai da tai membra si spiega.
Allor soffio Io tronco forte, e poi Si conventî quel vente in cotai voce : Brevemente sarà risposto a voi.
Quando si parte V anima féroce
Dal corpo, ond' ella stessa s' è disvelta,
Minos la manda alla settima foce.
CIIAM XIII. 2{)[)
Kt si l'mi do vous deux sur la ievvo remon(e, Qu'il relève mon nom do cette injuste honte; Car il gît sous le coup (pie renvie a porté!»
Le poëte attendit un instant en silence.
— «Si lu veux lui parler, » dit-il, (d'heure s'avance; Satisfais sans tarder ta curiosité.))
— « Ah ! s'il est une chose encore rjue j'ignore, Parle toi-niênio, » dis-jo, «et l'interroge encore, Car moi je no pourrais, tant je suis attristé!))
Mrgile alors reprit : «Si, de retour sur terre, Cet homme dignement exauce ta prière. Esprit captif, veux-tu de même l'obliger?
Dis-nous comme il se fait que des âmes coupables Se peuvent enfermer dans ces nœuds misérables, Et si nulle jamais ne peut s'en dégager?»
Alors le tronc souffla bruyamment : souffle étrange !
Cette haleine exhalée en parole se change.
— «Je vais à votre vœu répondre en peu de mots:
L'âme, quand elle (piiltc, en sa fureur extrême, Le corps dont elle s'est anMciiéc elle-même. Choit au sei)tième cercle où l;i plonge Minus.
12.
210 CANTO XIII.
Cadc in la sclva, e non V è parle scella; Ma là, (love Fortuna la haleslra, Quivi germoglia, corne gran di spella.
Surge in vermena, ed in planta silvestra: V Arpie, pascendo poi dclle sue foglie, Fanno dolore, ed al dolor finestra.
Corne r altre , verrem per nostre spoglic ;
Ma non perô ch' alcuna sen rivesta ;
Chè non è giuslo aver ciô cli' uom si loglie.
Qui le strascineremo, e per la mesla Selva saranno i nostri corpi appesi , Ciascuno al prun deir ombra sua modesta.
Noi eravamo ancora al Ironco attesi , Credendo ch* altro ne volesse dire, Quando noi fummo d' un romor sorpresi,
Similemenle a celui, che venire
Sente '1 porco, e la caccia a la sua posta,
Ch* ode le bestie e le frasche stormire.
Ed ecco due dalla sinistra costa Nudi, e graffiati, fuggendo si forte, Che délia selva rompieno ogni rosta.
CII.VM XllI. ^\i
Elle lonibe en ce bois, dans tel lieu, dans tel autre, Et tombée, elle germe ainsi qu'un grain d'épeautre, Dans le premier endroit où la jette le sort.
Sa tige croît : bientôt c'est un arbre sauvage
Dont la Harpie accourt dévorer le feuillage ;
Et l'arbre souflfre et geint sous l'oiseau qui le mord.
Un jour nous chercherons nos corps comme les autres; Mais nous ne pourrons pas nous revêtir des nôtres, Pour expier le tort de les avoir perdus.
Il faudra les traîner ici dans ce bois sombre Nous-mêmes, jusqu'à l'arbre où soupire notre ombre. Et là, tristes lambeaux, nous les verrons pendus.»
Nous écoutions encor cette âme, tronc sauvage. Croyant (ju'elle voulait en dire davantage, Quand nous fûmes surpris par un bruit effrayant.
Tel un chasseur distrait entend à l'improviste Le sanglier qui vient et les chiens sur sa piste, Le branchage qui craque et la meute aboyant.
Sur la gauche, voilà que deux ombres sanglantes, Le corps nu, dépouillé, s'enfuyaient haletantes A travers les rameaux et les ronces brisés.
212 CANTO XIII.
Quel (linanzi : ora accorri, accorri, Morte; E I' altro, a cui pareva tardar troj)po^ Gridava : Lano, si non furo accorte
Le gambe tue aile glostre del Toppo :
E poichè forse gli fallia la lena,
Di se e d' un cespuglio fece un groppo.
Dirietro a loro era la selva piena Di nere cagne, bramose e correnti Corne veltri eh' uscisser di catena.
In quel che s' appiatto miser li denti, E quel dilaceraro a brano a brano; Poi sen portâr quelle membra dolenli.
Presemi allor la mia Scorta per mano , E menommi al cespuglio, che piangea, Per le rotture sanguinenti, invano.
0 lacopo, dicea, da Sauf Andréa Che t' è giovato di me fare schermo ? Che colpa ho io délia tua vita rea?
Quando '1 Maestro fu sovr' esso fermo , Disse : chi fusti, che per tante punte ^offi col sangue doloroso scrmo ?
ciiAM XIII. i\:\
Le proiiiier s'écriait : « Viens, Moii, viens loiii de suite!» l/;iiih'(', (iiii lui semblait ne pas fuir assez vite, Criait: «Lano, tes pieds furent moins avisés
Au combat de Tappo, la terrible bataille (5)!... « Mais le souffle lui manque, et dans une broussaille .le le vis tout A coii|) tomber et se cacber.
Derrière eux la tbrét de cbiennes élait pleine, Noires, et qui couraient avides, liors d'baleiuc. Comme des lévriers que l'on vient de làcber.
Et tout droit au buisson, sur l'ombre infortunée,
Se jette à belles dents celte meute acbarnée,
Et la met en lambeaux qu'elle emporte en burlant.
Mon guide alors me prend par la main, et me mène Au buisson qui poussait aussi sa plainte vaine, Tout mutilé lui-même avec l'ombre et sanglant.
— «Jacques de Saint-André (6), quel espoir inutile T'inspirait de venir me prendre pour asile?» Disait-il, « de tes torts suis-je pas innocent? »
Mon maître vint à lui : «Pauvre ombre qui murmures. Ton nom?» lui dit-il, «toi, (jui par tant de blessures Exhales ces accents plaintifs avec ton sang!»
214 CAMO XIII.
E quegli a noi : o anime, dm t^UmUi
Siete a veder lo slrazio disoncsto,
Ch' ha le mie frondi si da me disgiunte,
Raccoglietele al piè del tristo cesto :
lo fui délia Città. che nel Dattista
Cangiô '1 primo padrone, ond' ei per qucsto
Sempre con 1' arte sua la farà trista. E se non fosse, che 'n sul passo d' Arno Rimane ancor di lui alcuna vista,
Quel citadin, che poi la rifondarno Sovra i cener, che d' Attila rimase , Avrebber falto lavorare indarno.
lo fei giubbetto a me délie mie case.
CFFANT xm. 215
Le buisson répondit (7) : «Est-ce, Ames inconnues, Pour ce speclacle alïVeux ((uc vous êtes venues? Vous voyez loin de moi loul mon feuillage épars.
Rassemblez à mes pieds cette dépouille triste. Je suis de la cité qui pour saint Jean-Baptiste A quitté son premier père, le grand dieu Mars (8).
11 la fera toujours gémir de cet outrage. N'était qu'elle a gardé sur l'Arno son image Qui reste encor debout, dernier culte rendu;
Les citoyens qui l'ont relevée et bâtie,
Des cendres d'Attila l'auraient en vain sortie,
Et leur sublime elfort aurait été perdu.
Dans ma propre maison, las! je me suis pendu. »
NOTES DU CHANT XIII.
(1) La Césinc, rivière de Toscane qui se jette dans la mer entre Livourne et Piombino.
(2) Le scher%>o que j'ai cru devoir rendre , est encore plus marqué dans le texte.
(3) L'ombre qui parle est Pierre des Vignes, chancelier et favori de Frédéric II. Accusé de trahison , il fut condamné à avoir les yeux crevés , et de désespoir il se brisa la tête contre les murs de son cachot.
(4) L'Envie.
(!S) Lano de Sienne, qui dissipa tous ses biens. Vaillant guer- rier d'ailleurs , et qui préféra la mort à la fuite au combat de la Pierre ciel Toppa^ où les Siennois s'étaient engagés au se- cours des Florentins. C'est à cette circonstance que ces deux vers font allusion.
(6) Jacques de Saint-André était un gentilhomme de Parme , grand dissipateur. Un jour allant à Venise par la Brenta , il s'amusa à jeter dans le fleuve des pièces d'or et d'argent.
(7) Les commentateurs hésitent sur le nom de l'ombre qui parle ici. Peut-être Dante lui-même n'a-t-il eu personne en vue. En eff'et , il faut remarquer que l'ombre de Pierre des Vignes était emprisonnée dans un arbre, et le poëte enferme peut-être à dessein dans un buisson le suicide vulgaire.
(8) Florence, d'abord dédiée à Mars, dont la statue se voyait encore en 1337 sur le Ponte-Vecchio.
AKGLMENT DU CHANT XIV.
Tn.isièiuc de-ré .lu septième rercle, séjour des violents de la tioisicine espèce , de ceux iiui ont t'ait violence aux lois de Dieu, de la Nature et de l'Art. C'est une lande aride , couverte d'un sable brûlant; une pluie de llanunes y tombe sur les dam- nés. Dante aperroit l'impie Capanée, dont les tortures n'ont pas brisé l'orjîucil et qui blaspbèmc encore. Tandis ciue les poètes, poursuivant leur route, suivent la lisière de la lurèt, un ileuve' rou-e et bouillant jaillit devant eux : c'est le IMdéyétlion. Virgile explique à Dante l'origine merveilleuse de ce ileuve et des aut'ies Meuves de l'Enfer. Ils sont formés des larmes de l'Humanité ou du Temps, symbolisé sous la ligure d'un vieillard. Les deux poètes marchent sur la berge du Ileuve, où la pluie de feu s'amortit.
T. I.
13
CANTO DEGIMOQUARTO.
Poichè la carità del natio loco
Mi strinse, raunai le fronde sparte,
E rendele a colui, ch' ara già fioco;
Indi venimmo al fine, ove si parte Lo seconde giron dal terzo, e dove Si vede di Giustizia orribil' arte.
A ben manifestar le cose nuove , Dico , che arrivammo ad una landa , Che dal suo letto ogni planta rimove.
La dolorosa selva V è ghirlanda Intorno, corne '1 fosso tristo ad essa : Qiiivi fermaninio i piedi a randa a randa.
CHANT QUAT0RZ1È)IE.
Vav l'ainoiir du pays l'àme émue, oppressée,
Vite je rassemblai la feuille dispersée
Pour la rendre au buisson , dont la voix s'altérait.
De là nous arrivions à la limite extrême Où le seeond ^^ron aboutit au troisième. La Justice de Dieu, terrible, s'y montrait.
Nous avions devant nous, pour essayer de peindre Cette enceinte nouvelle où nous venions d'atteindre, Une lande effrayante, un sol aride et nu.
La tbrêt douloureuse enserre cette lande, Comme elle-nuMue avait le fossé pour guirlande. INous fîmes halte au bord de ce sol inconnu.
^20 CANTO XIV.
Lo spazzo era una rena arida o spessa, Non d' altra foggia falla, clio colei, Che da' pie' di Caton già fu oppressa.
0 vendetta di Dio, quanto du dei Esser temuta da ciascun, che legge Ciô, che fu manifesto agli occhi niiei!
D' anime nude vidi moite gregge, Che piangean tutte assai miseramente , E parea posta lor diversa legge.
Supin giaceva in terra alcuna gente : Alcona si sedea tutta raccolta : Ed altra andava continovamente.
Quella che giva intorno, era più molta, E quella men, che giaceva al tormento; Ma più al duolo avea la lingua sciolta.
Sovra tutto '1 sabbion d' un c|^er lento Piovean di fuoco dilatate falde, Come di neve in alpe senza vento.
Quali Alessandro in quelle parti calde D' India vide sovra lo suo siuolo Fiamme cadere infino a terra salde ,
CHANT XIV. â21
C'était mi cliainp immonde cl toul coiiveiL de sable, Sable brûlant, épais et tout à fait semblable A celui qui jadis fut par Caton foulé (I).
0 vengeance de Dieu , connue tu dois paraître Kpouvantablc à qui me lit, et va connaître Le terrible spectacle à mes yeux révélé !
J'aperçus devant moi des troupeaux d'àmes nues,
Qui misérablement sanglotaient éperdues.
Elles ne semblaient pas souHrir même tourment:
Les unes sur le dos gisant et renversées, D'autres s'accroupissant et comme ramassées, Et d'autres qui marchaient continuellement.
Celles-ci, qui tournaient, étaient les plus nombreuses; Mais celles qui gisaient semblaient plus malheureuses. Et leur douleur avait des accents plus profonds.
Sur tout le champ de sable où se tordaient ces âmes, Lentement, par flocons, tombaient de larges flammes. Comme par un temps doux la neige sur les monts.
Ainsi , sur ses soldats, autrefois Alexandre ,
Dans les plus chauds déserts de l'Inde, vit descendre
Des flammes qui brûlaient les sables en tombant;
CANTO XIV.
Perch' ci provvide a scaipitar lo suolo Con le sue schicre, perciocchè 'I vapore Me' si stingucva, mentrc ch' era solo;
Taie scendeva 1' eternale ardore : Onde la rena s' accendea, coin' esca Sotto '1 focile, a doppiar lo dolore.
Senza riposo mai era la tresca
DcUe misère mani, or qiiindi, or quinci,
Iscotendo da se 1' arsura fresca.
lo cominciai : Maestro, tu, che vinci Tutle le cose , fuor che i Dimon duri . Ch' ail' entrar délia porta incontro uscinci,
Chi è quel grande , che non par che curi Lo 'ncendio, e giace dispettoso e torto Si, che la pioggia non par che 'I maturi?
E quel medesmo , che si fue accorto , Ch' io dimandava '1 mio Duca di lui, Gridô : quai io fui vivo , tal son morto.
Se Giove stanchi il suo fabbro , da cui Crucciato prese la folgore acuta. Onde r ultimo di percosso fui;
CHANT XIV. 223
Et, faisant aussitôt piéliiier son armée Sur le sol menacé de la |)luie enllammée. Prudent, il étouffait la Damme en l'isolant.
Ainsi le feu maudit tombait dans la carrière. Comme on voit s'allumer l'amorce sous la pierre, J.e sable prenait feu, doublant les cris des morts.
Leurs misérables mains s'épuisaient à la tâche, Allant de ci, de là, secouant sans relâche Chaque tison nouveau qui leur brûlait le corps.
— « 0 maître, esprit puissant et fécond en miracles, » Dis-je, «et qui fais céder les plus rudes obstacles. Hors pourtant les démons qui t'ont barré le seuil !
Quelle est cette grande ombre à la flamme insensible? Ce damné (jui gît là dédaigneux et terrible, Sans que la pluie ardente ait brisé son orgueil? y
Le pécheur à ces mots, ([u'il entendit peut-être. Devançant aussitôt la réponse du maître. Cria : « Tel je vécus , tel je suis resté mort.
Quand même Jupiter lasserait le ministre Qui lui forge sa foudre et dans un jour sinistre Arma pour me frapper son furieux transport;
224 CANTO XIV.
E s' cgli stanclii gli allri a muta a muta In MonglbcUo alla fiH'.ina negra; Cridando : buon Viilcano, aiuta, aiuta,
Si corn' ci fece alla pugna di IHegra,
E me saetti di tutta sua forza.
Non ne potrebbe aver vendetta allegra.
Allora '1 Duca mio parlo di forza Tante , ch' io non V avea si forte udito : 0 Capeneo, in ciô che non s' ammorza
La tua superbia , se' tu più punito : Nullo martirio, fuor che la tua rabbia, Sarebbe al tuo furor dolor compito.
Poi si rivolse a me con miglior labbia ,
Dicendo : quel fu un de/ sette Régi ,
Ch' assiser Tebe, ed ebbe , e par ch* egli abbia
Dio in disdegno, e poco par che '1 pregi : Ma, corn' io dissi lui , gli suoi dispetti Sono al suo petto assai debiti fregi.
Or mi vien dietro , e guarda , che non metti Ancor li piedi nella rena arsiccia; Ma sempre al bosco gli ritieni stretti,
CHANT XIV. 225
Oiiand il fatiguernil (oiir i\ tour mains cl forges, Tous les marteaux qu'Etna renferme dans ses i^orges, En criant: Bon Vulcain, au secours, au secours!
Tomme il fit au combat de Phlégra; fureur vaine! Quand il épuiserait ses flèches et sa haine, La joie à sa vengeance aura manqué toujours! »
Mon guide alors d'un ton plus haut, d'une voix forte :
(Il n'avait pas encore parlé de telle sorte)
« Capanée! orgueilleux qui ne veux pas fléchir,
Connais dans ton orgueil ta plus grande torture. Il n'est pas dans l'Enfer de soufl'rance si dure Que celle que la rage à ton cœur fait souffrir. »
Puis, se tournant vers moi, d'une voix adoucie : «C'est un des chefs tués à Thèbc en Béotie; Il méprisait Dieu; mort, il garde ses mépris;
Au lieu de supplier, insolent, il blasphème. Mais, je le lui disais, cette insolence même De son cœur indomptable est le plus digne prix.
Allons, viens après moi, sur ma trace suivie, Prends garde de fouler cette arène havie, Et près de la forêt marche toujours scri'é. »
13.
226 CANTO XIV.
Taoendo divenimmo là 've spiccia Fiior dclla selva un picciol fiumicello, Lo cui rossore ancor mi raccapriccia.
Quale del Bulicame esce 'I ruscello, Che parton poi tra lor le peccatrici; Tal per la rena giù sen giva quelle.
Lo fondo suo , ed ambo le pendici Fatt' eran pietra, e i margini da lato; Perch' io m* accorsi, che il passo era lici.
Tra tutto V altro, ch' io t' ho diraostrato, Posciachè noi entrammo per la porta, Lo cui sogliare a nessuno è negato ,
Cosa non fu dagli tuoi occhi scorta Notabile, com' è '1 présente rio, Che sopra se tutte fiammelle ammorta.
Queste parole fur del Duca mio : Perch' io pregai, che mi largisse '1 pasto, Di cui largito m* aveva '1 disio.
In mezzo 'I mar siede un paese guasto , Diss' egli allora, che s' appella Creta, Sotto '1 cui Rege fu già '1 mondo casto.
ciiAM XIV. '227
En silence du bois nous suivions la lisière, Lorsque j'en vis jaillir une étroite rivière; Son flot rougo me fit frémir tout atterré.
Semblable à ce ruisseau sorti du Bulicame (2) On les filles du lieu vont puiser un dictame, Sur l'arène on voyait le lleuve s'épancher.
Le fond, les deux côtés de l'étrange rivière,
Les bords dans leur largeur étaient construits en pierre:
Je vis que c'était 1;\ que je devais marcher.
— (( De tout ce que je t'ai montré dans notre route, Depuis que nous avons franchi la triste voûte Dont le seuil à personne, hélas! n'est interdit,
Tes yeux n'avaient rien vu, » me dit alors mon guide, « Kien d'aussi merveilleux que ce courant rapide. Il passe, et sur ses flots la flamme s'amortit. »
Ainsi parla le maître, et moi j'ouvris l'oreille. Avide , et le priai de dire la merveille Qui tenait en arrêt ma curiosité.
— «Au milieu de la mer,» dit alors le poète,
« Est un pays détruit (pie l'on nomme la Crète. Il vit le monde enftint, dans sa simplicité.
228 CAMo XIV.
Una njontagna v' o, che già fu lioia D' acqua c di frondi . chc si cliiania Ida; Ora è diserta come cosa vicia.
Rea la scelse già per cuna fida
Del suo figliuolo; c, per celarlo nieglio,
Quando piangea , vi facea far le grida.
Dentro dal monte sta dritto un gran veglio, Che tien volte le spalle inver Damiata, E Roma guarda si, come suo speglio.
La sua testa è di fin' oro formata,
E puro argento son le braccia e '1 petto ;
Poi è di rame infino alla forcata :
Da indi in giuso è tutto ferro eletto,
Salvo che '1 destro piede è terra cotta,
E sta 'n su quel, più che 'n sull' altro, eretto.
Ciascuna parte, fuor che 1' oro, è rotta D' una fessura, che lagrime goccia. Le quali accolte foran quella grotta.
Lo corso in questa valle si diroccia : Fanno Acheronte, Stige, Flegetonta; Poi sen van giù per questa stretta doccia
CHANT \1V. m^J
Là règne un nionl jadis couvert d'eaux, de leuillai^es : L'Ida, c'est sou doux nom, souriait aux vieux âges; Ce n'est plus aujourd'hui qu'un désert, qu'un débris.
Rliéa l'avait choisi pour le berceau fidèle
De l'enfant que cachait sa crainte maternelle,
Et dont elle étouflait les pleurs avec ses cris.
Dans les lianes de ce mont, connue un anachorète, Se lient debout, le dos tourné vers Damiclle, Un vieillard (3) l'œil fixé sur Rome, son miroir.
En or fin est son col , et sa tète divine ; D'argent pur sont pétris ses bras et sa poitrine, Son tronc jusqu'à la fourche est de cuivre plus noir,
Le reste de son corps de fer indélébile, Excepté son pied droit lequel est fait d'argile, Et c'est sur celui-là que pèse tout son corps.
Argent, airain et fer ont tous quelque brisure, Et distillent des pleurs qui par chaciue fissure Filtrent dans la montagne et s'épanchent dehors.
Ils forment en coulant dans ces vallons sans bornes Le Phlégélhon, le Styx, l'Achéron, fleuves mornes; Par ce conduit étroit ils vont toujours plus bas,
230
CVNTO MV
Jnlin là, ovc più non si dismonta : Fanno Cocito; e, quai sia qucllo sla;,'no, Tu M vederai, perô qui non si conta.
Ed io a lui : se 'I présente rigagno Si dériva cosi dal nostro mondo , Perché ci appar pure a questo vivagno?
Ed egli a me : tu sai , che '1 luogo è tondo E tutto che tu sii venuto molto Pur a sinistra giù calando al fondo,
Non se' ancor per tutto '1 cerchio volto; Perche, se cosa n' apparlsce nuova, Non dee addur maraviglia al tuo volto.
Ed io ancor : Maestro, ove si truova Flegetonte, e Letè; chè delP un taci, E r altro di' che si fa d' esta piova?
In tutte tue question certo mi piaci, Rispose; ma 'I boilor deir acqua rossa Dovea ben solver V una, che tu faci.
Letè vedrai, ma fuor di questa fossa. Là dove vanno I' anime a lavarsi, Quando la colpa pentuta è rimossa.
CHANT \IV. 231
Et, coulaiil jusqu'au fond de rcnceinto proloiide, Engendrent le Cocyte; or tu verras cette onde. Ainsi pour le moment je ne t'en parle pas. »
— «Mais si ce courant d'eau que je vois là,» lui dis-je, « Vient de notre univers , dis-moi par quel prodige
Il n'apparaît qu'ici dans ce gouffre profond?»
— «Tu vois,» répondit-il, «que ronde est cette voûte; Et quoique nous soyons avancés dans la route,
En descendant toujours à gauche vers le fond,
Nous n'avons pas du cercle achevé l'étendue ; Si donc chose nouvelle apparaît à ta vue, Garde, en la regardant, ton œil accoutumé.»
— «Où donc le Phlégéthon et le Léthé, mon maître?» Dis-jc encore, «de l'un tu ne fais rien connaître,
Et de l'autre tu dis qu'il est de pleurs formé. »
— «Te répondre,» dit-il, «est toujours chose douce; Mais le bouillonnement pourtant de cette eau rousse T'aurait bien dû pour moi répondre cette fois (4).
Tu verras le Léthé, mais hors de ces abîmes, Aux lieux où les esprits se lavent de leurs crimes, Quand le pardon de Dieu leur en remet le poids.
232 i.wio XIV.
Poi (lisso : ouiai è loiiipo da scoslarsi Dal bosco; fa che di rotro a ino vcgne Li margini fan via, che non son arsi,
E sopra loro ogni vapor si spegne
CHANT XIV. 233
Or laissons là ce bois,» dit ensuite le sage,
« Suis moi toujours; ces bords nous olïrent un passage,
Ils ne sont pas brûlés connue ce pauvre champ;
Toute flamme s'éteint et meurt en les touchant. »
NOTES DU CHANT XIV.
(1) Les sables de la Libye, «[uc Caton d'Utique traversa avec les débris de l'armée de Pompée pour rejoindre Juba.
(2) Sources d'eaux minérales à deux milles de Viterbe, où les prostituées allaient prendre des bains.
(3) Le Temps ou l'Humanité tourne le dos à Damiette, c'est- à-dire à l'Orient, au passé idolâtre et païen; son visage est tourné vers Rome, c'est-à-dire vers l'Occident, vers le présent clirétien. Son corps est composé de quatre métaux, symboles des premiers âges ; il s'appuie sur un pied d'argile qui présage la fin prochaine du monde. Par les fissures de ces métaux coulent les pleurs du vieillard. L'or seul ne leur livre aucun passage, car l'âge d'or n'a connu ni le crime ni les larmes. Quelle touchante mélancolie dans cette idée des fleuves de l'En- fer, nés des larmes de tous les hommes!
(4) «Tu aurais dû comprendre que c'est ce fleuve bouillon- îiant qui est le Pblégéthon.» L'étymologie grecque du mot indique en eflet un fleuve bridant.
ARGtMENT DU CHANT XV.
lue nouvelle troupe de (Janinés lixc r;ittoiiliou de Dante. Ce sont les Sodomiles, ('(uipaliles du iirclir ([ui o\drai;(' violenniUMit les lois de la Nature. Parmi eux il reconnaît avec rniolion son vieux maître IJrunetto l.alini, qui Ini prcdit sa i-loire et son exil, et, au milieu de ses com|ta savants docteurs pour la plupart, lui désij^ne les plus fameux.
CANTO Df:GlMOOUlNTO.
Ora cen porta V un de* diiri margini,
E '1 funinio del ruscel di sopra aduggia
Si, che dal fuoco salva V acqua, e gli argini.
Quale i Fiamminghi tra Guzzante e Bruggia, îemendo '1 fiotto che in ver lor s' avventa, Fanno lo schermo, perché '1 niar si fuggia;
E quale i Padovan lungo la Brenta, Per difender lor ville, e lor castelli, Anzi che Chiarentana il caldo senta;
A taie immagine eran fatti quelli, Tutto che ne si alti, ne si grossi. Quai che si fosse, lo Maestro felli.
CHANT QUINZIÈME.
Or nous marcliions, suivant un de ces bords de pierre.
Une épaisse vapeur qu'exlialait la rivière
Les couvrait, préservant du feu l'onde et les bords.
Ainsi que les Flamands, entre Cadsant et Bruge, Craignant le flot qui monte, opposent au déluge La digue où de la mer expirent les efl'orts ;
Et tels les Padouans, tremblants pour leurs rivages, Le long de la lirenta construisent leurs ouvrages, guand fondent les glaciers de la Chiarentana:
Un puissant maître avait ainsi créé ces marges. Hormis qu'elles étaient moins hautes et moins larges Les berges que ce bras inconnu façonna.
^38 CANTO XV.
(iià (îravam dalla selva rimossi Tanto, ch' io non avrei vislo dov' cra, Pcrcir io 'ndiolro rivolto nii fossi;
Quando inconlrammo d' anime una scliiera, Che vcnia lungo 1' argine, e ciascuna Ci riguardava, corne suol da sera
Guardar 1' un V altro sotto nuova Luna; E si ver noi aguzzavan le ciglia, Come vecchio sartor fa nella cruna.
Cosî adocchiato da cotai famiglia, Fui conosciuto du un, che mi prese Per Io lembo, e gridô : quai maraviglia?
Ed io, quando '1 suo braccio a me distese, Ficcai gli occhi per Io cotto aspetto, Si che 'I viso abbruciato non difese
La conoscenza sua al mio 'ntelletto : E chinando la mia alla sua faccia Risposi : siete voi qui, ser Brunetto?
E quegli : o figliuol mio, non ti dispiaccia
Se Brunetto Latini un poco leco
Bitorna in dietro, e lascia 'ndar la traccia.
CHANT XV. 239
bu bois derrière nous s'elTaçail la lisière;
Déjà, si j'eusse osé regarder en arrière,
Mes yeux l'auraient au loin cherché sans le revoir.
Quand vint à notre encontre un essaim pressé d'ombres Qui côtoyaient le bord; chacune en ces pénombres Semblait nous regarder, comme souvent le soir
On se cherche aux lueurs de la nuit qui scintille; Comme un vieil artisan sur le chas de l'aiguille, Elles écarquillaient leurs yeux fixés sur nous.
Tandis que je servais de mire à cette bande,
Par le pan de ma robe un d'entre eux m'appnhendc.
Il m'avait reconnu ; «Ciel!» cria-t-il, « c'est vous ! »>
Tandis qu'il étendait les bras sur mon passage. Je tixais mes regards sur ce pauvre visage; El si déliguré qu'il parût à mes yeux,
A mon tour cependant je pus le reconnaître; Kl m'inclinant vers lui, je répondis : « 0 maître, 0 messer Brunetto! vous ici, dans ces lieux !
Et lui : « Permets, mon fils, (ju'un instant, en arrière. Et laissant cette lile aller dans la carrière, Brunello Latini (I) s'en vienne près de toi.»
240 CANTO XV.
lo (lissi lui : qiianto posso, ven' preco; E se voJote clic con voi m' assoî;;gia, Farôl, se place a costui; cliè vo seco,
0 Figliuol, (lisse, quai di questa greggia S' arresla punto, giace pol cent' aniii Senz arroslarsi quaiido '1 fuoco il feggia.
Perô va oltre : io ti verrô a' panni , E poi rigiugnerù la mia masnada , Che va piangendo 1 suoi eterni danni.
Io non osava scender délia strada, Per andar par di lui ; ma '1 capo chino Tenea, coin' uom che riverente vada.
Ei cominciô : quai fortuna, o destino
Anzi r ultimo di quaggiù ti mena?
E chi è questi, che mostra '1 cammino?
Lassù di sopra in la vita serena, Rispos' io lui, mi smarri' in una valle, Avanti che 1' età mia fosse piena
Pur ier mattina le volsi le spalle : Questi m'apparve, tornand' io in quella, E riducemi a ca per questo calle.
CHANT XV. 241
Je répondis : «C'est là ma plus vive prière. Voulez-vous nous asseoir ici sur cette pierre? Si cet liouiuie y consent, car il est avec moi. »
— «Mon fils, celle,» dit-il, «de ces ombres damnées, Qui s'arrête un instant, demeure cent années
Gisant sans se tourner sous ce feu dévorant.
Va donc; nous marcherons tous les deux côte à côte. Et puis, je rejoindrai mes compagnons de faute. Condamnés éternels ((ui s'en vont on pleurant.»
Pour moi, je n'osais pas descendre la chaussée Pour marcher près de lui, mais, la tète baissée, J'allais respectueux et suivais sans péril.
— «Quelle chance,» dit-il, «douce ou bien inhumaine Avant le jour suprême en ces bas lieux te mène ?
Et ce guide avec qui tu marches, quel est-il?»
Je répondis : «Là-haut, sni' la terre étoilée, J'élais perdu. J'errai au fond d'une vallée, Avant d'avoir atteint le sommet de mes jours.
Mais hier au matin , je faisais volte face ;
Il vint à moi, tandis que je cherchais ma trace.
Et me ramène au monde en suivant ces détours. »
242 CANTO XV.
Ed ogli a mo : so tu segui tua Stella, Non poi faliire a glorioso porto, Se ben m' accorsi nella vi(a bella :
E s' io non fossi si pcr tempo rnorto, Veggendo '1 Cielo a te cosi benigno, Dato t' avrei ail' opéra conforto.
Ma quello ingrato popolo maligno,
Che discese di Fiesole ab antico,
E tiene ancor del monte e del macigno.
Ti si farà per tuo ben far nimico : Ed è ragion ; chè tra gli lazzi sorbi Si disconvien frultare il dolce fico.
Vecchia fama nel mondo li cliiama orbi ; Gente avara, invidiosa, e superba: Da' lor costumi fa che tu ti forbi.
La tua fortuna tanto onor ti serba, Che r una parte e V altra avranno famé Di te; ma lungi fia dal becco 1' erba.
Faccian le bestie Fiesolane strame
Di lor medesme, e non tocchin la planta,
S' alcuna surge ancor nel lor letame,
ciiAM XV. 243
L'ombre reprit alors : «Si lu suis ton étoile,
(ilorieux est le port où doit entrer ta voile,
Si j'ai bien dans le monde interrogé ton sort (2);
VA si je n'étais mort avant l'âge à la terre, ^ oyant le Ciel pour toi si doux et si prospère, Je t'aurais au travail donné cœur et confort.
Mais cette nation mécliante, ingrate et folle, Ce peuple qui sortit autrefois de Fiésole (3) Et qui de ses rochers a gardé l'àpreté ,
l*ayera tes bienfaits par sa haine et sa rage ; Quoi d'étonnant? Jamais près du sorbier sauvage Le doux liguier fut-il impunément planté?
Aveugles (4), comme dit leur vieille renommée,
Hace avare, d'envie et d'orgueil consumée,
De leurs mœurs, ô mon fils, garde-toi pour toujours!
Ton destin te promet des grâces si splendides, Que tous les deux partis de toi seront avides. Mais demeure à l'écart, loin du bec des vautours!
Brutaux, que de leurs corps ils se fassent litière ! Ils le peuvent, mais non toucher la plante altière. S'il est un rejeton sur leur fumier resté
244 CANTO XV.
Jn cui riviva la scmonla santa
Di quoi Roman, che vi rimaser quando
Fu fatto '1 nidio di malizia tanta.
Se fosse pieno tutto '1 inio diinando, Risposi io lui, voi non sareste ancora Deir umana natura posto in bando :
Che in la mente m' è fitta, ed or m' accuora,
La cara e buona immagine paterna
Di voi, quando nel mondo ad ora ad ora
M' insegnavate corne V nom s' eterna :
E quant' io 1' abbo in grado, mentre io vivo
Convien che nella lingua mia si scerna.
Cio che narrate di mio corso, scrivo, E serbolo a chiosar con altro testo A Donna, che '1 saprà, s' a lei arrivo.
ïanto vogl' io, che vi sia manifesto, Pur che mia coscienza non mi garra. Ch' alla Fortuna, come vuol, son presto.
Non è nuova agli orecchi miei taie arra:
Perô giri Fortuna la sua ruota ,
Come le piace, e '1 villan la sua marra.
ciiAM \v. 245
En qui revive cncor la semence sacrée
Dos Uoniains demeurés dans leur trisle contrée,
Quand fut construit le nid de leur perversité ! (5)»
Je lui répondis : «Ah ! si le Ciel que j'implore Exauçait tous mes vœux, vous ne seriez encore Loin de l'iiumanité mis à ce ban cruel;
Car je garde en mon âme, à présent déchirée, Votre image excellente et chère et révérée! 0 mon père, c'est vous, dans le monde mortel.
Qui m'appreniez comment l'homme s'immortalise ! Et je veux qu'on le sache et que ma bouche dise Tout le gré que j'en ai , jusqu'à mon dernier jour !
Votre prédiction, je la garde fidèle,
Pour la faire expliquer, avec une autre (6), à celle
Qui le peut, si j'arrive à son divin séjour.
Seulement, Brunetto, connaissez ma pensée: Que notre conscience en rien ne soit blessée : Aux caprices du sort je suis tout préparé.
D'un augure pareil j'ai déjà reçu l'arrhe. Que le paysan donc en paix tourne sa marre, Et la fortune aussi notre roue à son gré ! »
14.
240 CAMO XV.
Lo mio Maestro aliora in su la j^ola Destra si volse 'ndielro, o riguardonimi ; Poi disse : beri ascolta chi la nota.
Ne per tanto di men parlando vommi Con ser Brunetto, e dimando, chi sono Li suoi compagni più noti e più somrai.
Ed egli a me : saper d' alcuno è biiono ;
Degli altri fia laudabile tacerci,
Chè '1 tempo saria corto a tanto suono.
Li somma sappi, che tutti fur cherci, E letterati grandi, e di gran fama, D' un medesmo peccato al mondo lerci.
Priscian sen va con quella turba grama, E Francesco d' Accorso anco ; e vedervi , S' avessi avuto di tal tigna brama ,
Colui potèi , cbe dal Servo de' servi Fu trasmutato d' Arno in Bacchiglione, Ove lasciô li mal protesi nervi.
Di più direi; ma 'I venir, e 'I sermone
Più lungo esser non puô, perô ch' io veggio
Là surger nuovo fummo dal sabbione.
CHANT XV. 247
Mon inaitre, à ce moineiil, sérieux, me regarde, Et tournant en arrière à droite : «Prends y garde,» Dit-il, «bon souvenir fait le bon entendeur.»
Près de l'ombre toujours le long des bords funèbres Je marchais, demandant les noms les plus célèbres Parmi ces compagnons de la même douleur.
Brunelto dit : «Plusieurs valent bien qu'on les cite; Mais il nous faut passer ceux de moindre mérite, Car le temps serait court pour de si longs récits.
Bref, apprends qu'ils sont tous gens de robe ou d'Église, Et, malgré le renom qui les immortalise, Par le môme péché dans le monde noircis.
Vois dans ces tristes rangs Priscien (7) qui chemine Avec François d'Accurse, et de telle vermine Si tes yeux un instant pouvaient être alTamés,
Vois celui que le pape éloignant de son trône Fit des bords de l'Arno partir au Bacchiglione Où rinfàmo a laissé ses membres déformés (8).
Mais je voudrais en vain t'en dire davantage. Je me tais, car je vois monter, comme un nuage, Pc nouvelles vapeurs hors du sable de feu;
248
CWÏO XV.
Cionte vien, con la qunle osser non deggio:
Siati raccoinandalo 'i mio Tcsoro,
Nel quale io vivo ancora, e più non cheggio.
Poi si rivolse, e parve di coloro, Che corrono a Verona 'i drappo verde Per la canipagna ; e parve di costoro
Quegli che vince, e non colui che perde.
CIIAM w. 249
h'i près (U) nous arrive une nouvelle bande; Je ne puis m'y mêler. Va, je le reconnïiande Mon Trésor où je vis eneor, c'est mon seul vœu.»
Alors il se tourna courant à perdre haleine. Tels, à \érone, on voit élancés dans la plaine Les coureurs dispulei' la pièce de drap vert:
Il semblait le vainqueur et non celui qui perd.
NOTES DU CHANT XV.
(Ij Brunctto Latini, poëte, orateur et savant, était à la tète d'une école célèbre d'où sortirent Guido Cavalcante et Dante. Exilé et reçu à Paris ù la cour de saint Louis , il composa en français un livre intitulé le Trésor, véritable encyclopédie, dont il parle avec orgueil un peu plus loin.
(2) Brunetto Latini était aussi astronome et astrologue.
(3) Petite ville située au-dessous de Florence et regardée comme son berceau.
[i) Allusion à une épithète donnée aux Florentins. Les Pisans , leurs alliés, leur avaient envoyé, en leur laissant le choix, deux colonnes de porphyre et deux portes de bronze travaillées avec art. Les Florentins préférèrent les colonnes qui étaient enve- loppées de riches étoffes ; mais quand on les eut dépouillées de leur enveloppe, on vit trop tard qu'elles étaient à demi-brûlées.
(3) Dante prétendait descendre des plus anciennes familles romaines qui avaient conservé leurs titres au milieu des dif- férentes invasions dos Barbares.
(6) La prédiction de Farinata (au chant X) , qui sera expliquée par Béatrix. z' ^' y
(7) Priscien, grammairien de Césarée. François d'Accurse, jurisconsulte de Florence.
(8) André de Mozzi , dépossédé de révèchô de Florence pour ses mœurs dépravées , et envoyé à Vicence où coule le Bac- chiglione.
AKGLMniNT DU CHANT XVI.
Parveiiii itrcs(|iie aux limites du troisiùiuc et dernier degré, où (Irjù il entend le fracas de l'eau qui tombe en bouillonnant dans le huitième cercle , le poëte rencontre les ombres de quel- ques guerriers llorentins qu'a souillés aussi le péché contre nature. Ils l'interrogent avec in([uiétude sur le sort de leur patrie et Dante leur conlirnie la triste vérité. Puis il continue sa route; le bruit de l'eau se rapproche; enfin il arrive au bord d'un gdullre proComl. Virgile y jett(; une corde; à ce signal un monstre, épouvantable apparition, se lève du goulTre.
CANTO DEGIMOSESTO.
Già era in loco, ove s' udia '1 rimbombo Dell' acqua, che cadea neir altro giro, Siinile a quel, che V arnie fanno, rombo;
Quando tre ombre insienie si partiro, Correndo, d' una torma che passava Sotto la piogga deir aspro martiro.
Veniam ver noi ; e ciascuna gridava : Sostati tu , che ail' abito ne sembri Essere alcun di nostra Terra prava.
Aimé, che piaghe vidi ne' lor membri, Recenti e vecchie dalle fiamme incese ! Ancor men' duol, pur ch' io me ne rimembri.
CHANT SEIZIÈME,
Déjà nous entendions le bruit confus de l'onde Qui tombait dans une autre enceinte de ce monde, Et pareil à celui de ruclies bruissant,
Quand trois ombres ensemble, et formant comme un groupe, Sortirent en courant du milieu d'une troupe Qui sous le feu maudit passait en gémissant.
Et de venir vers nous, et de crier ensemble : («Arrête! à tes habits, à ton air, il nous semble Qu'à notre ingrat pays tu dois appartenir. «
Ah! quels sillons je vis sur leurs chairs enflammées! Que de blessures, ciel! ouvertes ou fermées! J'en suis encor navré, rien qu'à m'en souvenir.
T. I. \y>
2o4 CA.NTo xvr.
Aile lor grida il iiiio iJollor s'altese; Volse 'I viso ver me, e : ora aspetla, Disse ; a costor si vuole esser corlese :
E se non fosse il fuoco, che saetta
La natura del luogo, i' dicerei,
Che nieglio stesse a te, cb' a lor, la fretta.
Ricominciâr, corne noi ristemmo , ei L'antico verso; e quando a noi fur giunti , Fenno una ruota di se tutti e trei.
Quai suolen i campion far nudi ed unli , Avvisando lor presa e lor vantaggio , Prima che sien tra lor battuti e punti ;
Cosî, rotando, ciascuno il visaggio Drizzava a me, si che 'n contrario il collo Faceva ai piè continovo viaggio.
E, se miseria d' esto loco sollo Rende in dispetto noi e nostri preghi, Cominciô l'uno, e '1 tinto aspetto e brolîo,
La fama nostra il tuo animo pieghi A dirne, chi tu se', che i vivi piedi Cosi sicuro per lo 'nferno freghi.
CHANT XVI. 255
Mon iiiaUre, à cet appel que nous venions d'entendre, S'arrête et nie regarde : « Il nous faut les attendre, » Me dit-il, «si pour eux tu veux être courtois.
Kt, sans ces traits brûlants, sans les morlelies flammes Qui tombent dans ces lieux, je dirais qu'à ces âmes 1/empressenient, mon fils, convient bien moins qu'à toi.»)
Nous voyant arrêtés, elles recommencèrent
Leur complainte, et, vers nous dès qu'elles arrivèrent.
En cercle toutes trois se mirent à tourner.
Comme on voit les lulteurs, le corps nu, trotté d'huile, Pour trouver le point faible et la prise facile, Avant les premiers coups, longtemps s'examiner.
Elles tournaient, sur moi dirigeant leur visage,
Et faisaient de la sorte un étrange voyage,
Leurs pieds tournant de ci, tournant de là leurs cous.
L'une alors commença : « Si cet horrible sable , Nos traits noircis, brûlés, notre aspect misérable. Condamnent au mépris nos prières et nous,
Qu'à notre renommée au moins tu t'attendrisses! Quel es-tu pour venir aux éternels supplices Poser tes pieds vivants de cet air assuré?
2Î>C rwio x\i.
Qiiosli, l'ormo di cm pcshir irii vofJi,
Tutto chc nudo c dipolalo vada,
Fu di grado maggior, che tu nor) credi :
Ncpote fu délia buona Guaidrada : Guidoguerra ebbe nome , cd in sua vita Fece col senno assai , e con Ja spada.
L' altro, eh' appresso me la rena trila, È Thegghiaio Aldobrandi, la cui voce Nel raondo su dovrebbe esser gradita :
Ed io, che posto son con loro in croce,
lacopo Rusticucci fui ; e certo
La fiera moglie, più ch' altro, mi nuoce.
S' i' fussi stato dal fuoco coverto ,
Gittato mi sarei tra lor di sotto ,
E credo, che '1 Dottor 1' avria sofferto;
Ma perch' i' mi sarei bruciato e cotto,
Vinse paura la mia buona voglia.
Che di loro abbracciar mi facea ghiotto.
Poi cominciai : non dispetto, ma doglia La vostra condizion dentro mi fisse Tante, che tardi tutta si dispoglia;
CIlAiNT XVI. 257
Qu()i(iiril aille tout uu, tout éecrclié se traîne, Fut, plus (jue tu ne ci'ois. p:ran(l et considéré.
Petit-fils de (lualrade, il eut nom (;ui(loi;ueiio (I), I']t ce lut un guerrier vaillant. (|iii sur la terre S'illusti'a par la lét^ autant (pie i)ar le bras.
FA cet autre, après moi, broyant l'arène ardente, C'est Aldobrandini (i), dont la voix tut prudente, Mais donna des conseils que l'on ne suivit jias.
I\Ioi qui porte avec eux cette croix nn'sérable, Je suis Husticucci (3); ma femme détestable Fut l'artisan du mal que l'on m'a reprocbé. »
Si j'avais i)u me mettre à couvei't (h' leurs flammes, .le me serais du bord jeté paimi ces âmes, Fl mon maître, je crois, ne m'en eût empèclié;
Mais j'eusse été brfdé, calciné par la pluie, l'^t la peur l'emporta sur cet c bonne envie Qui m'avait pris soudain d'aller les embrasser.
— «Ce n'est pas le mépris qu'en mon cœurjesens naître,» Dis-je alors, «votre sort de douleur me pénèlie, Ft cette émotion ne pourra s'etl'acer.
i'')H rwro xvi.
Toslo clic qucsto inio Signor mi disse Parole, \)vr Ui quali io mi pensai, CIio quai voi sietc, lai gente venisse.
Di voslra Terra sono : c sempre mai L'ovra di voi , e gli onorati nonji Con affezion rilrassi , ed ascoltai.
Lascio Io fêle , e vo pei dolci pomi Promessi a me per Io verace Duca, Ma fino al centro pria convien che tomi.
Se lungamente 1' animo conduca
Le membra tue, rispose quegli allora,
E se la fama tua dopo te luca;
Corfcesia e valor, di', se dimora Nella nostra Città, si corne suole, 0 se del tutto se n' è gito fuora?
Chè Guglielmo Borsiere, il quai si duole Con noi per poco, e va là coi compagni, Assai ne crucia con le sue parole.
La gente nuova, e i subiti guadagni Orgogiio, e dismisura han generata, Fiorenza; in te, si che tu già ten piagni.
nr.vM' XVI. 259
J'en lus saisi silùt qu'aux paroles du inaîU'C
Je compris, même avant de vous bien reconnaître,
Que dos morts tels que vous allaient se présenter.
Je suis de votre terre, et votre œuvre accomplie, I^t vos noms, honorés toujours dans la pairie. Tendrement je les cite ou les entends citer.
Je vais par ramerlumc au jardin angéliquc Qu'a promis à mon cœur ce guide véridique; Mais je dois jusqu'au fond descendre auparavant. »
— «Que la vie en ton corps longtemps reste allumée, »> Ucpartit l'ombre alors, «et que ta renommée Resplendisse durable après ton corps vivant!
Mais dis-nous, le courage et la chevalerie
Ont-ils continué d'habiter la patrie?
Se peut-il qu'ils en soient tout à fait exilés?
Car Borsière, nouveau venu dans ces campagnes. Qui là-bas suit, pleurant, ces ombres nos compagnes. De ses navrants récits nous a bien désolés. »
— «Ah! tes nouveaux colons, tes fortunes rapides Ont tant produit d'orgueil, tant (ra|)pétils avides, Florence, (pi'à la lin loi-même l'en émeus! »
260 fANTO XVI.
Cosi gridai con la faccia levata : I'] i (ic, che cio inteser per riposta, (iualàr r un 1' altro, comc al ver si guata.
Se r altre voile si poco ti costa, Risposer tutti, il soddisfare altrui, Felice te , che si parli a tua posta!
Pero, se canipi d' esti luoghi bui, E torni a riveder le belle stelle, Quando ti gioverà dicere : i' fui,
Fa che di noi alla gente favelle : Indi rupper la ruota, ed a fuggirsi Aie sembiaron le lor gambe snelle.
Un amen non saria potuto dirsi Toslo cosi, corn' ei furo spariti : Perche al Maestro parve di partirsi.
lo le sçguiva , e poco eravam iti,
Che '1 suon delP acqua n' era si vicino,
Che per parlar saremmo appena iiditi.
Corne quel fiume, ch' ha proprio cammino Prima da monte Veso in ver levante Dalla sinistra costa d'Apennino ,
CHANT XM. 261
Ainsi criai-je, au ciel on levant mon visage.
Les trois morts, comprenant le sens de ce langage,
Tristement éclairés, se regardaient entre eux.
— « Si tu réponds toujours avec même franchise, Et toujours sans péril t'exprimes à ta guise, Bienheureux, toi qui peux parler comme cela!
C'est pourquoi , si tu sors de la sombre carrière , Si tu revois le ciel et la belle lumière, Alors qu'avec plaisir tu diras : J'étais là !
Fais au moins que de nous l'on parle dans le monde!» Les esprits, à ces mots, interrompant leur ronde. Fuirent comme emportés sur des ailes d'oiseau.
Ln timcn est plus long dans la bouche du prêtre Qu'il ne leur a fallu de temps pour dispara. tre : Ft mon maître se mil en marche de nouveau.
Moi, je suivais ses pas; nous commencions à peine Quand le bruit retentit de l'onde si prochaine. Que le son de nos voix se perdait tout à fait.
Tel ce fleuve qui prend au mont Viso sa source. Et, laissant l'Apennin à gauche, suit sa course, Fuyant vers l'Orient par le lit (lu'il s'est fait :
lo.
2()2 cKxro XVI.
(;ii(; si cliiaina Acquacheta siiso , avanie Clic si (livaili {^'lù nel hasso icito . E a l'orW di quel nome è vacante,
Riiîibomba là sovra san licnctlclto Dair alpe, per cadere ad una scesa, Dove dovria per mille esser ricctto ;
Cosi giù d' una ripa discoscesa ïrovammo risonar quel!' acqua tinta, Si che n poc' ora avria 1' orecchia offesa.
lo aveva una corda intorno cinla . E con essa pensai alcuna volta Prender la lonza alla pelle dipinta.
Posria che 1' ebbi lutta da me sciolta, Si corne '1 Duca m' avea comandato, Porsila a lui aggroppata e ravvolta;
Ond' ei si volse inver lo destro lato, E alquanto di lungi dalla sponda La gitto giuso in quell' alto burrato.
E pur convien che novita risponda, Dicea fra me medesmo, al nuovo cenno, Che M Maestro con V occhio si seconda.
CHANT XVI. 2G3
Acqiiacliète est le nom (iii'aiix hauts lieux ou lui donne, Avant (|u'cn la vallée il descende el bouillonne; Bientôt il a perdu ce nom près de Forli,
Et mugissant il tombe en une seule masse Auprès de Saint-Benoît, ce beau séjour de grâce, Où mille hommes au moins devraient trouver abri (4);
Pareillement au pied d'une roche escarpée, J'entendais retentir cette eau de sang trempée. Et j'en fus assourdi dès le premier moment.
Or, je portais sur moi la corde que naguère Je voulais employer pour prendre la panthère Dont j'avais convoité le pelage charmant.
De mes reins aussitôt que je l'eus dépouillée, Sur l'ordre de mon guide, et l'ayant repliée, Je la lui présentai comme il me l'avait dit.
Lors il se tourne à droite, et, prenant sa distance. Tient par-dessus le bord la corde, et puis la lance Assez loin de la rive en ce gouffre maudit.
Quelque prodige encor sans doute va paraître. Me disais-je en moi-même, à ce signal du maître; Il semble (pi'il l'appelle el l'assiste des yeux.
iÇ)^ (;\M() XVI.
Ahi (|iiaiilo cauli i,^li iioniini esser denno Presse a color, clie non vcgjjioii pur 1' opra , Ma per oiilro i pcnsicr iniraii col seiiiio I
E disse a me : tosto verra di sopra
Cio ch' io attendu; c clie 'I tuo pensier sogna;
Testo convien ch' al tuo viso si scuopra.
Sempre a quel ver, ch' ha faccia di nienzogna, De' r uom chiuder le labbra quanto puote. Perô che senza colpa fa vergogna.
Ma qui tacer noi posso; e per le note Di questa commodia, Lettor, ti giuro, S' elle non sien di lunga grazia vote,
Ch' io vidi per quell' aère grosso e scuro Venir notando una figura in suso, Meravigliosa ad ogni cuor sicuro,
Si corne torna colui, che va giuso Talvolta a solver 1' ancora , ch' aggrappa 0 scoglio, od altro, che nel mare è chiuso,
Che' n su si stende, e da piè si ratlrappa.
CIIAIST \M. 265
Ah! que l'on devrait être avisé près d'un sage! 11 ne nous juge pas seulement à l'ouvrage, 11 lit dans nos pensers les plus mystérieux.
11 me dit : «A l'instant de ce gouffre se lève
Ce que j'attends, et toi, ce que ton esprit rêve •
Va tenir dans l'instant ton regard attaché. »>
De toute vérité qui semble une imposture ,
Il faut, autant qu'on peut, garder sa lèvre pure,
Car c'est gagner la honte encor qu'on n'ait péché.
Et pourtant je ne puis me taire ici, moi-même. Je le jure , lecteur, la main sur ce poëme. Ote-lui, si je mens, ta durable faveur!
.le vis, dans l'épaisseur de ratniosphère obscure, Arriver, en nageant vers nous, une (igure Monstrueuse vraiment pour le plus ferme cœur;
Tel revient le plongeur descendu sous les ondes, Pour détacher une ancre au sein des mers profondes, Ft, (juand il l'a reprise à quelque écueil perdu,
Monte, pieds ramassés, et le bras étendu.
rs'OTES DL' CHANT XVI.
(1) riiiidogncrra, (lolit-fils de la bnllo (iualrade, lui un valeu- reux chevalier. A la bataille de lîeiievenlo, entre Charles l'f et Manfrcdc, il fut iéj)uté le iniMcipal iiiotil' «le la victoire. (Grangier).
(2) Teggliiajo Aldohrandini , de la famille des Adirriar, dé- conseilla l'entreprise des Florentins contre les Siennois, qui eut pour résultat la malheureuse défaite d'Arbia,
(3) Jacopo Rusticucci touche ici en mauvaise part de sa femme pour ce qu'elle fut si meschante qu'il fut forcé de se séparer d'elle. (Grangier).
(4) Trait de satire. Il y avait là une abbaye qui eût pu rece- voir mille religieux, si ses biens avaient été honnêtement ad- ministrés.
ARGIMENT DU CHANT XVll.
Descriplion du monstre Géivoii , qui vionl d'appaiiiîtrc , coiiMiie uih; ininj^c de la Foiirho. Tandis (|ii(! Vii;;il(! s'arriMe auprès de lui pour réclamer le secours de ses lari^cs rpaules, Dante s'avance mi jieu |»lus loin pour considrrer les usuriers, ces pécheurs qui ont outragé violeunnent la Nature et l'Art, et Dieu par conséquent. (>ouclics misérablement sur le sal)le brû- lant et sous la pluie de feu, ils portent à leur cou une bourse dont ils sendilent repaître leur vue. Cluuiue bourse est mar(|uée des armoiries du damné et sert à le faire reconnaître. Dante rejoint Virii^ilcet, non sans cllroi, descend avec lui dans le buitiénu' cercle sur le dos de Géryon.
CANTO DECIMOSETTIMO.
Ecco la fiera con la coda aguzza,
Che passa i monti, e rompe mûri ed armi
Ecco colei, che tutto il mondo appuzza;
Si comincio lo mio Duca a parlarmi, Ed accennolle, che venisse a proda, Vicino al fin de' passeggiati marmi :
E qiiella sozza immagine di froda
San venne, ed arrivé la testa e 'i busto:
Ma in su la riva non trasse la coda.
La faccia sua era faccia d' uom giusto , Tanto benigna avea di fuor la pelle, E d' un serpente tutto 1' altro fusto.
CIlAiNT DIX-SEPTIEME.
«Voici qu'il vient, le monstre à la queue affilée, Qui passe monts, (iiii brise armes, tour crénelée, Et de son souille impur pourrit le monde entier.»
Mon maître, en même temps qu'il me tint ce langage, A la bête du geste indiqua le rivage, L'invitant à monter jusqu'au pierreux sentier.
Et de la Fourbe alors cette hideuse image S'en vint; elle avança le torse et le visage. Laissant pendre sa queue en arrière des bords.
Ses traits semblaient d'abord les traits d'un homme lion néle, Tant douce était la peau (\m recouvniil sa (élc: En serpent s'allongeait le tronc el tout le corps.
270 (;a.nto xvii.
Duo branche avea pilosc infin 1' asccllo; Lo (Josso, c' 1 pello, od ainbcduc; le costo Dipinte avca di riodi o di rotclle.
Con più color sommesse e soprapposle Non fèr mai in drappo Tartari, ne Turchi, Ne fur mai tele per Aragne imposte.
Come talvolta stanno a riva i burchi, Chc parte sono in acqua, e parte in terra; E come là Ira li Tedeschi lurchi,
Lo bevero s' assetta a far sua guerra;
Cosi la fiera pessima si stava
Su r orlo che, di pietra, il sabbion serra.
iNel vano tutta sua coda guizzava, Torcendo in su la venenosa força, Ch' a guisa di scorpion la punta armava.
Lo Duca disse : or convien che si torca La nostra via un poco , infino a quella Bestia malvagia, che cola si corca.^
Pero scendemmo alla destra mammella, E dieci passi femmo in su lo stremo, Per ben cessar la rena e la fiammella :
Elle avait deux grands bras velus juscpi'aux aisselles, El des nœuds laclielés en l'orme de rondelles Émaillaient sa poitrine et son dos et ses lianes.
Avec tant de couleurs jamais Turcs ni l'arlares ÎN'ont brodé le dessin de leurs étoiles rares; Même Arachné lilait des tissus moins brillants.
Comme on voit quelquefois une barque captive: La poupe est dans les Ilots, la proue est sui' la rive; Ou connue sous le ciel du voracc Germain
Le castor pour chasser s'accroupit au rivage;
Ainsi vint s'aplatir cette bête sauvage
Sur le roc qui bordait le sablonneux chemin.
Elle tordait sa queue énorme dans le vide Et dressait une fourche au venin homicide. Vrai dard de scorpion à sa queue attaché.
— « Il faut nous détourner un peu,» dit le poëte, «Et marcher jusqu'auprès de la cruelle béte, De ce monstre là-bas sur la berge couché. »
Nous descendîmes donc en tournant vers la droite, Et faisant quelques pas sur la margelle étroite Pour éviter la flamme et le sable brûlant.
272 CANTO XVII.
E qiiando fioi ;i Ici vcriiili scino, Pooo più ollrc voggio in su la r(;iia Gente seder propinciiia al Inogo sccmo.
Oiiivi '1 Maestro : acciocchè lutta piena Esperienza cl' osto giron poili, Mi disse, or va, e vcdi la lor mena.
Li tuoi ragionanienti sien là corti : Mentre chc torni, parlerô con questa, Chc ne concéda i suoi onieri forti.
Cosi ancor su per la strema testa Dl quel settimo cerchio tutto solo Andai, ove sedea la gente mesta.
Per gli occhi fuori scoppiava lor duolo : Dl qua, di là soccorrien con le mani, Quando a' vapori, e quando al cado suolo.
Non altrimenti fan di state i cani
Or col ceffo, or col piè, quando son niorsi
0 da pulci, 0 da mosclie, o da tafani.
Foi che nel viso a certi gli occhi porsi,
Nei quali il doloroso fuoco casca,
Non ne conobbi alcun; ma io m' accorsi
CHANT XVII. 273
Près du monstre hideux lorsque nous arrivâmes, J(; vis un |)(mi i)Iiis loin, sur le sai)Ie, des ûmcs Assises prescjue au bord de l'abîme béant.
— «De ce giron du cercle, il faut que tu connaisses
Et tous les habitants et toutes les tristesses, »
Dit mon mnîli'e,
Mais dans cet entretien trop longtemps ne t'arrête!
I']t moi dans l'intervalle irai sommer la bête
De nous prêter l'appui de son dos souple et fort. »
Je m'avançai donc seul sur le rebord extrême De ce cercle d'IÎInfor. lequel est le septième, Allant où se tenaient les malheureux pécheurs.
Leurs pleurs qui jaillissaiiHil traiiissaieiit leurs tortures. En s'aidant des deux mains, ces pauvres créatures Luttaient de ci, de là, contre sable et vapeurs.
Tels on voit les grands chiens pendant la canicule. De mouches et de taons lorsque (oui leur corps brûle, Fatiguer grilfe et dents contre l'immonde essaim.
En vain j'en regardais quelques uns au visage. Sous le feu qui pleuvait sur eux comme un orage, Je n'en pus reconnaître aucun; mais à leur sein,
Î74 CANTO XVM.
Clie (ial collo a ciasnin |)(;ri(l('a una tasca, Cil' avoa cerlo colon;, e corto segno; E quindi par clie 'I lor occliio si pasca.
E com' io riguardando tra lor vegno,
In una borsa gialla vidi azzurro,
Che d' un lione avea faccia e contegno.
Poi procedendo di mio sguardo il curro, Vidine un' altra corne sangue rossa, Mostrare un' oca bianca più che burro.
Ed un, che d' una scrofa azzurra e grossa Segnato avea le suc sacchetto bianco , Mi disse : che fai tu in questa fossa ?
Or te ne va : e perche se' vivo anco, Sappi, che '1 mio vicin Viialiano Sederà qui dal mio sinistro fianco.
Con questi Florentin son Padovano : Spesse fiate m' intronan gii orecchi , Gridando : vegna il cavalier sovrano ,
Che recherà la tasca con tre becchi. Quindi storse la bocca, e di fuor trasse La lingua, corne bue che '1 naso lecchi.
CHANT XVII. 275
Au cou de chacun d'eux, j'aperçus suspendue Une bourse; ils semblaient en repaitre leur vue. Chacun avait un signe autrement coloré.
Pour les considérer, je m'avançai plus proche, Kt du premier d'entre eux regardant la sacoche, J'aperçus sur champ d'or un lion azuré (I).
Et poursuivant, j'en vis, à nulle autre pareille, Une qui paraissait comme du sang vermeille. Une oie y ressortait blanche comme du lait (i).
Un troisième portait sur sa besace blanche Une truie azurée et grosse (3); or, il se penche Ut me dit : «Que fais-tu sur ce pierreux ourlet?
Va-t'en, et souviens-toi, pour le dire à la terre,
Que Vilaliano, mon voisin, comme un frère,
Un jour à mon flanc gauche, ici viendra s'asseoir.
iMèlé, moi Padouan, à ces morts de Florence, Je les entends aussi crier pleins d'espérance : Vienne le chevalier! Quand pourrons-nous le voir,
Et sa bourse aux trois becs! » Au bout de sa harangue L'ombre tordit sa bouche et puis sortit sa langue, Ainsi (juc fait un bcruf pour lécher ses naseaux.
270 CANTO XVII.
E(l io, toincndo no 'I pin star crucriasso Lui, Tornai indictro dall' anime lasse.
Trovai il Duca niio, cir era salito Già su la groppa del Hero animalo, E disse a me : or si e forte et ardilo.
Omai si scende per si fatle scale : . Monta dinanzi, ch' i' voglio esser me?zo, Si che la coda non possa far maie.
Quai è colui , ch' ha si presso '1 riprezzo Délia quartana, ch' ha già 1' unghie smorte E tréma tutto, pur guardando il rezzo;
Tal divenn' io aile parole porte: Ma vergogna mi fèr le sue minacce, Che 'nnanzi a buon signor fa servo forte.
r m' assettai in su quelle spallacce : Si volli dir, ma la voce non venue Com' io credetti : fa che tu m' abbracce.
Ma esso, ch' altra vol ta mi sovvenne
Ad alto forte, tosto ch' io montai,
Con le braccia m' avvinse e mi sostenne ;
CHANT XVII. 277
Et moi , me souvenant des paroles du sage , Craignant de l'irriler en restant davantage, Je laissai ces damnés à leurs terribles maux.
Kn arrivant, je vis déjà le doux poëte l'.labli sur le dos de la farouche béte, Et qui me dit : «Allons, viens vite, et point d'elTroi !
On ne descend ici que par semblable échelle. Monte au cou de la bête, et, pour être sur d'elle, Moi je vais me placer entre la queue et toi.
Tel un homme aux accès de la fièvre quartaine, Les ongles déjà bleus, grelottani, sans haleine, Hien qu'à voir l'ombre, est pris d'une froide sueur;
Un frisson à ces mots agita tout mon être ; Mais devant lui ma peur eut honte de paraître : Un maître courageux impose au serviteur.
Force fut de m'asseoir sur cette large échine. J'essayai de parler : la voix dans ma poitrine Manqua; je murmurai : « Par grâce, tiens-moi bien ! »
Mais lui, le guide tendre et toujours secourable, Dès que j'eus enfourché le dragon redoutable, M'entoure de ses bras qui me font un soutien.
278 CAN'K» XVll.
E disse : Gorïoii, inuoviti ouiai:
Le riiote larglie, c lo scendcr sia poco:
l*cnsa la nuova soma che tu liai.
Corne la navicella esce di loco
In dietro in dietro, si quindi si toise;
E poi ch' al tutto si senti a giuoco,
Là 'v' era '1 petto la coda rivolse, E quella tesa, como anguilla, mosse, E con le branche i' aère a se raccolse.
Maggior paura non credo che fosse Qiiando Fetonte abbandonô gli freni, Perche '1 Ciel, corne appare ancor, si cosse:
Ne quando Icaro misero le reni Senti spennar per la scaldata cera, Gridando il padre a lui : mala via tieni;
Che fu la mia, quando vidi ch' io era Neir aère d' ogni parte, e vidi spenta Ogni veduta, fuor che délia fiera.
Ella sen va notando lenta lenta;
Ruota, e discende, ma non me n' accorgo,
Se non ch' al viso e di sotto mi venta.
CHANT wii. 279
Et dit: «Va, fiéryon; d'une aile obéissante,
l'ar de lar^^es circuits adoucis la descente :
Songe au fardeau nouveau dont tu t'en vas chargé. >
r.oininc une l)ar(iue à Ilot (jni s'éloigne de terre, l.e monstre lentement de la rive en arrière Uecule, et quand du bord il se sent dégagé,
Il se tourne à demi, puis semblable à l'anguille,
11 agite sa queue allongée, et frétille.
Et de sa double grille il fend l'air embrasé.
riiaéton trembla moins dans les célestes plaines, Quand de ses faibles mains laissant tomber les rênes, Il mit en feu le Ciel, encor cicatrisé (6);
Icare eut moins d'effroi, moins d'angoisses mortelles, Sentant fondre la cire et s'échapper ses ailes, Son père lui criant : a Tu te perds, malheureux!»
Que je ne tremblai, moi, quand je sentis la terre Autour de moi manquer, et que dans l'atmosphère Plus rien ne vis, plus rien, que le monstre hideux!
Lentement, lentement il nage dans le vide
Et descend en tournant, car je sens l'air humide
Qui me frappe au visage et qui souille sous moi.
280 CAISTO XVM.
lo seritia gia dalla man dostra il j,'org() Far sollo noi un orribilc stroscio ; Perché con gli occhi in giù la lesta sporgo.
Allor fu' io più timido aiio scoscio : Perrocch' io vidi fuochi, c senti' pianti ; Ond' io tremando tutto mi raccoscio.
E vidi poi, che no '1 vedea davanti, Lo scendere c '1 girar, per li gran mali Che s' appressavan da diversi canti.
Corne '1 falcon, eh' è stato assai su 1' ali, Che, senza veder logoro o uccello. Fa dire al falconiere : oimè tu cali ;
Discende lasso, onde si niuovo snello Per cento ruote, e da lungi si pone Dal suo maestro disdegnoso e fello ;
Cosi ne pose al fondo Gerïone A piede a piè délia stagliata rocca, E, discarcate le nostre persone.
Si dileguô, come da corda cocca.
(:ii\.M XMi. 28 I
Lt dt'ja j'enlolidais coimiii; un hâtas iionible,
A ma droite, monter de l'abîme invisible.
Je plongeai dans le goulFre un regard plein d'émoi.
Ce coup d'œil dans l'abîme augmenta bien mes craintes! J'avais vu si grands feux , ouï si grandes plaintes Que je me ramassai sur moi-même en tremblant.
Et je vis, jusqu'alors resté dans l'ignorance. Que j'étais descendu dans plus vive soutlVance Qui de tous les côtés venait se rapprochant.
Tel un faucon lassé de déployer son aile
Sans découvrir d'oiseau, sans qu'un leurre l'appelle.
En vain le fauconnier lui crie : «Ah, scélérat! »
Il descend fiitigué de ses hauteurs limpides. Et, traçant dans les airs mille cercles rapides. Maussade et révolté loin du chasseur s'abat;
Tel Géryon au pied de la roche brûlée Descend, et nous dépose aux ci'eux de la vallée: ]]t délivré du poids qu'il portait à regret.
Il s'enfuit, et dans l'air s'échappe comme un trait.
16.
ÎSOTES DU CHANT XVII.
(1) C'étaient IcS armoiries des CiaMnt,Miazzi de Florence.
(2) L'oie blanche rappelle les armes de Ibriacclii.
(3) L'écusson des Scrovigni.
(4) Vitaliano del Dente, insigne usurier de Padoue.
(5) Cet autre usurier est le Florentin Buiamonte.
(6) Allusion à la voie lactée.
FIN DU TOME PREMIER.
^ 0. M. I.
TABLE DES ARGUMENTS.
Pages
(liiANT I. — Danto, ('garé dans une lorèt obscure, s'ol- force, pour en sortir de gravir une colline lumineuse. Lue panllièrc, un lion, une louve, s'opposent tour à tour à son passage et lui font rebrousser chemin. Paraît Virgile, qui le persuade, pour échapper à ces périls, de visiter les royaumes éternels. Il ollVc de le conduire lui-même dans l'Enfer et dans le Purgatoire, et Héatrix lui montrera le Paradis 3
("iiANT 11. — Dante s'arrête: il s'inquiète des dilTicultês et des périls du voyage entrepris. « Pour dissiper tes craintes, lui dit Virgile, apprends (ju'on s'intéresse à toi dans le Ciel, l'ne vierge sainte, ange de sensibilité et de clémence, voyant ton égarement, t'a recommaiulé à Lucie; Lucie, à son tour, s'est adressée ù Béatrix, qui elle-même est venue me trouver dans les Limbes pour me prier de courir à ton secours.» Dante, ras- suré, se remet en route avec plus il'ardeur sur les pas de son guide 19
Chant 111. — Dante arrive avec Virgile à la porte de l'Enfer. Après en avoir lu l'inscription terrible, il entre. Dès les premiers pas, en quehiue sorte dans les corridors de l'Enfer, dont les abîmes leur sont fermés comme le Ciel, il rencontre les âmes de ces hommes également incapables de bien et de mal, (jui ont tenu leur
«84 TAiir.i: dis mk.i mi;.nt.s.
Page». existence neutre et làclic ù l'écart de tous les partis, loin (le tous les p«;rils. Dans ce lieu de leur abjection, ils courent à la suite d'un étendard emporté dans un tour- billon. Des insectes les harcèlent, et des vers boivent à leurs pieds le santç qui coule des piqûres. — Dante arrive ensuite au bord de l'Acbéron, où il trouve le nocher Caron et les âmes qui traversent le fleuve dans sa nacelle. Succombant à tant d'émotions, il tombe et s'endort 37
Chant IV. Dante descend avec Virgile dans le premier cercle de l'Enfer, où sont les Limbes. Là sont renfer- mées, sans autre tourment qu'une sourde langueur, qu'un désir de bonheur sans espérance, les Ames de tous ceux qui n'ont pas reçu le baptême. C'est le séjour habité par Virgile. Les ombres des grands poètes pro- fanes, Homère en tête, viennent à sa rencontre. Dante partage les honneurs qu'on rend à son maître , et, mêlé à cette glorieuse troupe, il est conduit dans une enceinte particulière du Limbe où sont rassemblées à part les ombres des grands hommes. Il les contemple avec ad- miration. Virgile l'entraîne hors du Limbe .... 38
Chant V. — Au seuil du second cercle, Dante trouve Minos qui juge toutes les âmes coupables. Il entre dans le cercle où sont punis les voluptueux. Ils sont em- portés dans un éternel ouragan. Dante reconnaît Fran- çoise de Rimini; elle lui raconte son histoire. A ce récit, Dante, sous l'empire d'une émotion trop forte, tombe comme inanimé 71
Chant VI. — Arrivée au troisième cercle , où sont punis les gourmands. Le monstre Cerbère est commis à leur garde; il les assourdit de ses aboiements, les harcèle et les mord. En même temps sur les ombres péche- resses tombe une pluie éternelle mêlée de grêle et de neige. Dante rencontre parmi les danmés un Florentin fameux par sa gourmandise, et l'interroge sur l'issue des discordes intestines qui déchirent Florence ... 89
TABLE «ES AllGL'MEMS. iS.'i
Pages.
Chant VII. — Au seuil ilu (lualriOuic ccnh! Daulc est arrêté par IMutus, iléuiou de l'avarice et j,'ardieu île ce séjour. Le ïuoustrc s'apaise à la voix de Virj^ile, et Dante s'avance dans le cercle. L'enceinte est occupée, moitié par les avares , moitié par les prodigues. Ils poussent devant eux d'énormes poids de tout l'ellort de leur poitrine , courant à la rencontre les uns des autres . s'entrelieurtant et se leprocliant le vice contraire ([ui les sépare. En présence des tourments de ces âmes que la richesse a perdues, Viri^ile dépeint à Dante les vicis- situdes de la Fortune. — Ils passent au cimiuième cercle et arrivent au bord des eaux stagnantes du Styx, où sont ijlongées les ondires de ceux (jui se sont livrés à la colère ou ù la paresse. Les colériques, tout nus dans le marais fétide, luttent ensemble et s'entre- décliirent. Les paresseux, ])longés dans la vase, sou- pirent une plainte étoulVée. Les deux poètes arrivent au pied d'une tour 103
Chant VUI. — Une barfpie paraît sur le lac, répondant à des signaux partis de la tour. C'est la barque du démon Phlégias. Virgile et Dante y montent et traversent le Styx. Pendant le trajet ils rencontrent l'ombre de Phi- lippe Argenti, Florentin fameux par ses cnq)ortcments. Il est assailli par les auttes ombres furieuses, et dis- paraît bientôt dans la bourbe. Les deux poètes dé- barquent devant la cité de Dite. Des démons mena- çants en défendent le seuil ; mais Virgile rassure Dante on lui annonçant un divin auxiliaire qui triomphera de leur résistance 119
Chant IX. — Arrêtés devant les portes de Dite , effrayés par rai)parition dos Furies, les deux poètes sont enfin secourus par l'ange envoyé du Ciel. Ils entrent dans la cité. C'est le séjour où sont punis les incrédules , jtlongés dans dos tond)eaiix brûlants. Daide s'avance avec Virgile entre ces tombes et les murailles de la cité. 1.3.'i
Chant X. — Au milieu des tombeaux brûlants où sont
T\j{i,i; i)i;s Aiu;r mi.ms.
|il pi(;iirc, un lanloinc s'est dros*'»'-: c-'ost l'onibro do l'arinala (Micrti, ce, liôros rpii, à la U-lc (les Gibelins, gaj,'na la faniense Ijataille de Monl-Aperli. Près de lui se soulève en rnèrne tcrn|)S l'ondjrc de Ca- valcanti, père de Ouido , l'ami du Dante, qui cherche en vain son (ils à coté du poète, et, le croyant mort, retombe désolé dans son sépulcre. L'autre fantôme, tout fnti.or à l'amour de la patrie, au souvenir des luttes .'nix(iuellcs il a été mêlé, et auxquelles I)ante sera mêlé à son tour, prédit au poète ses malheurs et son exil . 151
Chant XI. — Les deux poètes arrivent au bord du sep- tième cercle. Les exhalaisons fétides qui sortent de l'abîme les forcent de ralentir leur marche. Virgile profite de ce temps d'arrêt pour faire à Dante la to- pographie des lieux qu'ils ont encore à parcourir. Ils vont descendre dans trois cercles pareils à ceux qu'ils ont traversés: dans le premier (le septième de tout l'Enfer), sont les violents; mais comme il y a trois sortes de violence, selon qu'elle s'exerce contre Dieu, contre le prochain ou contre soi-même, le premier cercle est divisé en trois degrés. Dans le second cercle sont les fourbes; dans le dernier, ces doubles fourbes, les traîtres. Dante hasarde quelques questions : Pour- quoi les voluptueux , les furieux , les gloutons , les intempérants de toutes sortes ne sont-ils pas dans la cité de feu ? Comment Virgile a-t-il pu dire que l'usure est une violence contre Dieu? — Virgile répond à tout , appuyant à la fois ses raisonnements sur la j'hi- losophie d'Aristote et sur les saintes Écritures . . . 167
Chant XII. — Entrée dans le premier des trois degrés qui divisent le septième cercle; le Minotaure qui en garde les abords est écarté par Virgile. Là, les âmes de ceux qui furent violents contre le prochain sont plongées dans une fosse remplie de sang bouillant. Au bord courent les Centaures tout armés , et percent de leurs flèches celles qui tentent d'en sortir. L'un d'eux
TAHLF DFS AUGUMKNT.S. 287
l'Qges. accompagne les deux poêles le loiij;' des rives, leur iiominaiit rà et là les coujtables dainués , brijçands , assassins et tyrans, et leur lait passer à {;ué la fosse sanglante 181
Chant XllI. — Entrée dans le second degré du cercle de la violence , où sont châtiés ceux (|ui furent violents contre eux-nièines : suicides et dissipateurs insensés. Les îlmes des suicides sont emprisonnées dans des arbres et dans des buissons où les Harpies font leur nid et dont elles dévorent le feuillage. En ell'et, Dante ayant arraché une branche d'un de ces arbres, le tronc saigne et une voix plaintive s'en échappe , la voix de Pierre des Vignes (pii raconte son histoire, sa mort vo- lontaire et son châtiment. In peu plus loin , le poète voit des ombres poursuivies et mises en pièces par des chieimes furieuses : c'est le supplice inlligé aux dissi- pateurs ; il reconnaît le Siennois Lano et le Padonan Jacques de Saint-André. Ce dernier a cherché un vain refuge (lcrrièr(î un buisson. I^c buisson , qui renferme un suicide, devient lui-même la proie des chiens . . 199
Chant "XIV. — Troisième degré du septième cercle, sé- jour des violents de la troisième espèce, de ceux qui ont fait violence aux lois de Dieu, de la Nature et de l'Art. Ci'est une lande aride, couverte d'un sable brû- lant ; une pluie de llanmies y tombe sur les damnés. Dante aperçoit l'impie Capanée, dont les tortures n'ont pas brisé l'orgueil et qui blasphème encore. Tandis que lesi)oëtes, |)oursuivant leur route, suivent la lisière de la forêt, un lleuve rouge et bouillant jaillit devant eux: c'est le Phlégéton. Virgile explique à Dante l'origine merveilleuse de ce lleuve et des autres fleuves de l'Enfer, ils sont formes des larmes de l'Humanité ou du Temps , symbolisé sous la figure d'un vieillard. Les deux ^)oëtes nuu-chent sur la berge du fleuve, où la pluie de feu s'amortit 217
Chant XV. — Tue nouvelle troupe de damnés fixe l'at-
288 lAIlLK uns AlUilTMENTS.
Psgei.
tenlioii de Daiito. Ce sont les Sodgmitcs, coujjahles du p6ch6 qui outrage violemment les lois de la Nature. Parmi eux il reeormaît avec émotion son vieux maître iirnnettoLutini , (jui lui prédit sa gloire et son exil , et, au milieu de ses compagnons de douleur, clercs et sa- vants docteurs pour l;i i)liipart, lui désigne les plus fameux ^35
Chant XVI, — Parvenu presque aux limites du troisième et dernier degré, où déjà il entend le fracas de l'eau qui tombe en bouillonnant dans le huitième cercle, le poëte rencontre les ombres de quelques guerriers flo- rentins qu'a souillés aussi le péché contre nature. Ils l'interrogent avec inquiétude sur le sort de leur patrie, et Dante leur confirme la triste vérité. Puis il continue sa route; le bruit de l'eau se rapproche; enfin il arrive au bord d'un gouffre profond. Virgile y jette une corde ; à ce signal un monstre, épouvantable apparition, se lève du gouffre 251
Chant XVII. — Description du monstre Géryon , qui vient d'apparaître, comme une image de la Fourbe. Tandis que Virgile s'arrête auprès de lui pour réclamer le se- cours de ses larges épaules , Dante s'avance un peu plus loin pour considérer les usuriers, ces pécheurs qui ont outragé violemment la Nature et l'Art , et Dieu par conséquent. Couchés misérablement sur le sable brûlant et sous la pluie de feu , ils portent à leur cou une bourse dont ils semblent repaître leur vue. Chaque bourse est marquée des armoiries du damné et sert à le faire reconnaître. Dante rejoint Virgile et, non sans effroi , descend avec lui dans le huitième cercle sur le dos de Géryon 26 ^
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