NOL
Des sciences occultes

Chapter 9

M. Drummond , croit ces traductions inexactes : suivant

lui , le texte ne parle que d'opérations secrètes et non ma-
giques ; le titre des prêtres, chartomi, dérivé d'un mot
qui signifie graver des hiéroglyphes , n'exprime que l'in-
telligence qu'ils possédaient de tous les hiéroglyphes sans
exception (5).

Qu'étaient les prophètes que Pythagore consulta à Si-
don , et dont il reçut des instructions sacrées ? Les descen-
dants, les héritiers de la science de Mochus le phjsiolo-
gue, d'un sage versé dans la connaissance des phénomènes
de la nature (6). Si Justin n'hésite pas à admettre comme
réels la plupart des miracles attribués à Apollonius de

(1) Diod. Sic, lib. n, cap i et 6.

(2) Euripid. Iphigen. in Aulid., vers 1 1-1 2. Cyclop., vers. 64'2.

(3) TheocriL, idyll. 11 , vers. 1 5- 1 G.

(4) £xod., cap. vu, vers. 22 ; cap. ym, vers. 7.

(5) W. Drummund. Me/noir on the antiquity oj the zodiacs of Esneh
and Dendera (8° London , 1823), pages 19-21 .

(6) $u<7(oXoyoç.... lamblich. de vita Pythag,, cap. 3.

I 1 2 DES SCIENCES OCCULTES.

Tyane, il n'y voit que des preuves éclatantes de la haute
science du thaumaturge ( i ).

Enfin le savant Moses - Maimonide (2) nous révèle que
la première partie de la magie des Chaldéens était la con-
naissance des métaux , des plantes et des animaux. La se-
conde indiquait les temps où les œuvres magiques pou-
vaient être produites , c'est-à-dire les moments où la
saison , la température de l'air , l'état de l'atmosphère ,
secondaient le succès des opérations physiques et chimi-
ques, ou permettaient à l'homme instruit et attentif de
prédire un phénomène naturel , toujours imprévu pour le
vulgaire.... Le mystère de la magie s'évanouit : introduits
dans le sanctuaire des sciences occultes , nous n'y voyons
qu'une école où l'on enseignait les diverses branches des
sciences naturelles. Et nous pouvons admettre dans le sens
littéral tout ce que racontent la mythologie et l'histoire,
d'hommes et de femmes que des instituteurs habiles
avaient investis de la possession des secrets de la magie ,
et qui souvent s'y montraient supérieurs à leurs maîtres.

II suffisait qu'après avoir subi les épreuves prescrites pour
s'assurer de sa discrétion , l'élève se livrât avec zèle à
l'étude de la science occulte , et que sa persévérance et sa
capacité lui permissent d'en reculer les bornes ; avantage
qu'il gardait ensuite pour lui-même ou qu'il ne communi-
quait partiellement qu'aux objets d'une bienveillance
particulière.

(1) S. Justin. Quœst. et Resp. ad orthodox.... Quœst. 24.

(2) Moses Maimonides. More nevochim., lib. ni, cap. 37.

DES SCIENCES OCCULTES.

CHAPITRE VII.

Erreurs mêlées aux connaissances positives : elles sont nées, tantôt d'im-
postures volontaires , et tantôt du mystère qui enveloppait la science
sacrée. Impostures, promesses exagérées des thaumaturges; charlata-
nisme, escamotage; tours d'adresse plus ou moins grossiers; emploi
du sort, et facilité d'en diriger le résultat. Oracles : à l'équivoque, à
l'imposture , se joignirent , pour assurer leurs succès, des moyens natu-
rels , tels que le prestige du ventriloquisme , les vertiges, etc. ; et enfin
des observations exactes, mais très simples.

Si les thaumaturges avaient cultivé la science pour le
noble plaisir de s'éclairer et de répandre parmi leurs
semblables de brillantes et utiles lumières, nous n'au-
rions plus à chercher dans leurs œuvres que des vestiges
de doctrines incomplètes sans doute, mais pures, mais
exemptes d'un vil alliage. Il n'en est point ainsi : conqué-
rir une vénération et une docilité sans bornes , tel était
le but de la magie; tout ce qui aidait à l'atteindre parut
légitime : le secours de l'adresse et les ruses de l'im-
posture , comme l'emploi des connaissances les plus su-
blimes.

Il fallait conserver le sceptre après l'avoir conquis; il
fallait montrer partout un pouvoir surnaturel , et cacher
la main de l'homme , lors même qu'il eût été glorieux à
l'homme de divulguer l'empire que son génie pouvait exer-
cer sur la nature. Un secret religieux enveloppa les prin-
cipes de la science ; une langue particulière , des expres-
sions figurées ? des allégories , des emblèmes en voilèrent

8

il 4 DES SCIENCES OCCULTES.

les moindres détails. L'espoir de deviner ces énigmes sa-
crées fît naître, parmi les profanes, mille conjectures
extravagantes; loin de les dissiper, le thaumaturge les
aida à se répandre : c'était autant de garanties de l'impé-
nétrabilité de son secret. Mais les opinions absurdes qui
en dérivèrent ne furent pas, nous le verrons, le seul mal
que la conservation de ce secret ait alors causé à l'esprit
humain.

Nous discuterons successivement ces deux sources d'er-
reurs : leurs conséquences font partie de l'histoire de la
magie et de l'histoire de la civilisation.

Le présent agit peut-être moins fortement que l'avenir
sur l'esprit humain. L'un, positif et limité, circonscrit la
crédulité dans ce qu'il présente de réel ; le vague de l'au-
tre la livre aux rêves indéfinis de la crainte, de l'espoir
et de l'imagination. Le thaumaturge pourra donc pro-
mettre ; il pourra faire croire des merveilles qu'il n'aura
pas lui-même l'espoir de réaliser.

Rien de plus absurde que les détails du rajeunissement
d'Eson par les enchantements de Médée ; mais avant les
Grecs , les Arabes et les Hébreux avaient cru possible cet
étrange miracle : suivant les traditions rabbiniques, Moïse,
près de mourir, demandait que son corps fût divisé en
morceaux , pour être ensuite ressuscité par un ange bien-
faisant (1).

N'assignant point de bornes au pouvoir des thaumatur-
ges , la crédulité dut par cela même les forcer souvent à
recourir à l'adresse , pour refuser , sans se compromettre ,
un miracle impossible. Un Cilicien vient implorer Escu-
lape dans son temple : de riches présents , de pompeux
sacrifices , des promesses magnifiques , des prières fer-

(i) Gaulmyn. De Vitâ et morte Mosis , noL, lib. n , page 328.

DES SCIENCES OCCULTES. 110

ventes pourront, il l'espère , déterminer le dieu à lui ren-
dre un œil qu'il a perdu. Instruit par des moyens usités
alors dans tous les temples , et aujourd'hui dans toutes les
institutions de Police , Apollonius de Tyane déclare que
cet homme n'obtiendra point ce qu'il demande ; il en est
indigne: la perte de son œil a été la juste punition d'un
adultère incestueux (i).

Lors même que la merveille demandée n'excède point
les ressources de la science, il importe d'occuper l'atten-
tion du spectateur , de lui dérober les opérations mécani-
ques des thaumaturges , ou l'embarras qu'ils éprouvent
quand le résultat désiré se fait trop longtemps attendre.
Cet art, si familier aux prestigiateurs modernes , ne l'était
pas moins à ceux de l'antiquité.

Ce que les premiers obtiennent par des plaisanteries
plus ou moins ingénieuses , les autres y parvenaient par
des cérémonies propres à inspirer le respect et l'effroi. La
troisième partie de la magie des Chaldéens appartenait
tout entière à ce genre de charlatanisme ; elle enseignait
les gestes , les postures , les paroles intelligibles ou inin-
telligibles qui devaient accompagner les opérations du
thaumaturge (2). Les prêtres de Baal , dans leur lutte
inégale contre le prophète Ëlie , se faisaient aux bras des
entailles plus visibles que profondes (3) ; le théurgiste de
Grèce et d'Italie menaçait les génies trop lents à lui obéir,
de les évoquer par un nom. redoutable pour eux (4) : de
l'une ou de l'autre manière on cherchait à gagner du
temps , à distraire l'attention. Pénétrés de compassion ou

(i) Philostrat. vit. Apollon., lib. 1, cap. 7.

(2) Muses Mai m ont de s. More nevochim., lib. m, cap. 37.

(3) Reg.j lib. 111, cap. 18, vers. 28.

(4) Lucan. Pharsal. , lib. vi, vers. 745. Stat. Thébaïd., lib. iv ,
vers. 1 56.

I 1 6 DES SCIENCES OCCULTES.

de crainte, les spectateurs fixaient un œil moins défiant
sur les pratiques secrètes propres à consommer une mer-
veille trop lente à s'opérer.

Mais nous l'avons déjà observé, ce n'était guère que
dans des luttes d'habileté élevées entre les thaumaturges
que l'on avait à combattre de pareils obstacles. Partout ail-
leurs , la crédulité allait au-devant du miracle. Combien
de récits , par exemple , ne nous présentent-ils pas des
empreintes de sang merveilleusement conservées depuis
des siècles , pour rendre témoignage d'un crime ou d'une
punition célèbre ! Introduits , en i8i5 , dans la chambre
où fut poignardé David iïizzio, des voyageurs rapportent
qu'on leur fit remarquer sur le plancher des gouttes de
sang, quon a soin, leur dit-on, de repeindre à neuf tous
les ans (1). Chaque année aussi, à Blois , à l'époque de
la foire , le concierge du château répand du sang dans la
chambre où fut massacré le duc de Guise ? et le montre
aux curieux, comme le sang de ce martyr de la ligue.
Voilà l'histoire de toutes les empreintes de ce genre , à
l'aveu près.

La tête dune statue a été renversée par la foudre , et
jetée dans le lit du Tibre; les augures indiquent l'endroit
où on la retrouvera, et l'événement confirme leur pré-
diction (2)..... Ils avaient pris, sans doute , pour être sûrs
de leur fait, des mesures infaillibles, les mêmes mesures,
qui en d'autres temps et en d'autres pays , ont fait ren-
contrer dans le lit des fleuves , dans les grottes, dans les
forêts, tant d'images saintes et miraculeuses (3)... Derniè-

( i ) Voyage inédit en Angleterre en i 8 1 5 et 1816 Bibliothèque

universelle. Littérature, tome vu, page 383.

(2) Cicer. De divinat,, lib. 1 , § 10.

(3) Swinburn (Voyage dans les Deux-Siciles , tome I, page 199)
suppose «pie , lors des invasions des Sarrasins en Italie , les chrétiens

DES SCIENCES OCCULTES. I 1 7

rement , je dirai presque hier , un lapin , un chien , deux
bœufs, n'ont-ils pas ainsi révélé à l'adoration des Portu-
gais une Madone que bientôt après on a remerciée solen-
nellement de la chute des hommes qui voulaient arracher
le peuple à l'esclavage de l'ignorance et du fanatisme ? Nul
n'a pu, sans courir risque de la vie, essayer de dévoiler
l'imposture... en 1822 (1).

A Témessa , une vierge , chaque année , devait être sa-
crifiée aux mânes de Lybas. L'athlète Euthy mus veut met-
tre un terme à cette barbarie. Il ose défier au combat le
spectre de Lybas , qui se présente à lui, noir, horrible,
vêtu d'une peau de loup. L'athlète intrépide triomphe, et
le spectre, de rage, se précipite dans la mer (2). Déguisé,
et tel qu'au moyen-âge on peignait les lonps-garous, qu'un
prêtre ait joué le rôle du spectre et n'ait pas voulu sur-
vivre à sa défaite , je penche d'autant plus à le croire, que
le vainqueur disparut bientôt après, sans que l'on ait

fugitifs cachaient souvent les objets de leur dévotion dans des endroits
peu accessibles, où, après un certain laps de temps, le hasard seul les
faisait retrouver. Mais, sur tous les points de l'Europe chrétienne, en des
pays que n'ont jamais envahis les musulmans, on a, dans les temps d'i-
gnorance, retrouvé des crucifix, des statues , des images, qui n'ont pas
manqué ensuite d'opérer des miracles. N'attribuons pas à un hasard trop
souvent répété, les œuvres d'une politique habile et persévérante ; et
souvenons-nous que d'autres cultes ont aussi offert à la vénération des
hommes des images merveilleusement retrouvées. Ainsi, Ton adorait à
Patras une statue de Vénus que des pêcheurs avaient retirée de la mer, en
ramenant leurs filets {Pausanias Achaïc., cap 21). Des pécheurs de
Méthymne amènent à terre une tête sculptée en bois d'olivier : l'oracle
prescrit aux Méthymnéens d'adorer cette tète sous le nom de Bacchus Cé-
phallénien. [Pausanias. Phocic., cap. 19.)

(1) Mss Marianna Baillie. A sketch of the ma/mers and eus to m s of
Portugal, etc. London , 1824.... Nouvelles annales des Voyages , tome
XXX, page 4o5.

(2) Pausanias. Eliac., lib. 11, cap. 6.

Il8 DES SCIENCtS OCCULTES.

jamais connu le genre de sa mort. Les collègues du spectre
étaient probablement sur ce point mieux instruits que le
public.

Sinan-Raschid-Eddin ( i ) , chef des B athéniens ou Is-
maélites de Syrie , cacha dans une cavité un de ses affî-
dés , dont la tête seule paraissait au dehors : entourée d'un
disque de bronze figurant un bassin , et de sang nouvel-
lement répandu , elle semblait récemment coupée. Il dé-
couvre la tête devant ses disciples , et somme le mort de
lui répondre sur ce qu'il a vu depuis qu'il a cessé de vi-
vre. Le docile interlocuteur fait , comme il lui a été pres-
crit, une brillante peinture des célestes délices ; il déclare
qu'il aime mieux continuer à en jouir que de revenir à la
vie ; il recommande , comme le seul moyen d'y parvenir ,
l'obéissance la plus aveugle aux ordres de Sinan. Cette
scène redouble l'enthousiasme , le dévouement, le fana-
tisme des auditeurs... Après leur départ, Sinan tue son
complice et met en sûreté le secret de son miracle.

A quoi bon rapporter en détail des supercheries si vi-
sibles, que la plus adroite mérite à peine le nom ïï esca-
motage ?

L'art d'en imposer à nos sens , malgré notre attention
et notre incrédulité , l'art de Y 'escamoteur , répondrai-je,
n'est point étranger au sujet que je traite, s'il a pu servir
l'intérêt, l'ambition , la cupidité, la politique des hommes
qui mettent à profit la crédulité de leurs semblables.

Il l'a pu , et dans tous les temps , puisque très ancien-
nement comme aujourd'hui , il a existé avec les raffine-

(i) Mines de l'Orient, tome IV, page 377... Fragment traduit des au-
teurs originaux , par M. Hammer.... Sinan,... mort en 1192.... B athé-
niens , internes, intérieurs, cachés; ainsi appelés par allusion à leurs
doctrines secrètes et à leurs dogmes mystérieux. {Anthologie arabe,
pajje 275.)

DES SCIENCES OCCULTES. II9

ments les plus propres à commander la surprise et l'ad-
miration. C'est ainsi qu'il a toujours fleuri dans l'Hindous-
tan ; et à tant d'autres traits caractérisques qui attestent
l'origine hindoue des bohémiens (gypsies, zingari), on peut
ajouter leur perfection connue dans les tours d'adresse de
tout genre.

Il l'a pu , et dans tous les pays , puisque les merveilles
dont il étonne les hommes peu éclairés, ont partout figuré
parmi les œuvres des prétendus possesseurs d'une science
surnaturelle. Les faits que nous discuterons nous en offri
ront assez de preuves chez les peuples civilisés : bornons-
nous ici à citer les magiciens qui , au sein d'une horde
demi-sauvage , réunissent les fonctions de prêtres , de
magistrats et de médecins. Les magiciens osages doivent
surtout leur influence à l'éclat de leurs prestiges : on en
voit qui s'enfoncent dans le gosier un énorme couteau de
boucher ; le sang !en sort à gros bouillons , comme si la

blessure était véritable (1) Quelle confiance au milieu

des indigènes de l'Amérique , quel respect ne commande
point le mortel privilégié dont le pouvoir ne laisse pas sub-
sister la moindre trace d'une lésion si épouvantable ! Des
escamoteurs , en Europe , donneront le même spectacle
pour nous amuser; et des personnages qui ne veulent
point passer pour escamoteurs , opéreront quelque chose
de semblable dans une autre intention. Des pénitents , en
Italie , paraissent se flageller cruellement avec les dis-
ciplines de fer, et ne se font pas le moindre mal : c'est
ce qu'un prêtre, un religieux atteste comme témoin
oculaire (2).

(1) Nouvelles Annales des Voyages, tome XXXIV, page 263.

(2) Le P. Labat. Voyages d'Espagne et d'Italie , tome VII, p
3i-32.

l'iO DES SCIENCES OCCULTES.

Au xve siècle , dans les églises de Bohême , lorsqu'on
excommuniait solennellement les hussites , les cierges
allumés s'éteignaient tous spontanément au moment pré-
cis où le prêtre achevait de prononcer la formule d'excom-
munication : cet escamotage remplissait d'effroi les assis-
tants, qui y voyaient tous un miracle opéré par la puis-
sance divine (1).

Pour montrer comment, d'une manière plus directe
encore , la poli tique sacerdotale peut changer, au nombre
de ses ressources , un art en apparence futile , indiquons
rapidement quelques exemples. Dans l'épreuve judiciaire
de te au froide, où tout dépendait de la manière de gar-
rotter l'homme qu'on y soum ettait , les liens dont il était
chargé pouvaient également le submerger ou le faire sur-
nager, selon le rapport de leur pesanteur spécifique à la
pesanteur de l'eau. Le collier de fer de saint Sané, en Bre-
tagne, servait d'épreuve à la vérité des serments : il étran-
glait infailliblement l'homme coupable de parjure (2) : le
prêtre qui attachait le collier était à coup sûr maître d'opé-
rer le miracle comme il le voulait. Le lodhan-Moran, collier
qu'au commencement de notre ère portait le grand-juge
d'Islande , n'était pas moins redoutable , si l'on en croit
les traditions conservées dans ce pays. Mis au cou d'un
témoin trompeur ou réfractaire, il le serrait jusqu'à lui
ôter la respiration ; il était impossible de le rouvrir avant
d'avoir obtenu l'aveu de la vérité (3). Vous voyez , dans la

(1) Joachî'mi Camerarii... De Ecclesiis fratrum in Bohemiâ et Mora-
via, page 7 r.

(2) Cambry. Voyage dans le département du Finistère, tome I,
page 173.

(3) G. Higgins. The celtic druids. Introduction, page lxix. Lelodhan-
Moran devait aussi étrangler le juge qui rendait un jugement injuste : mais
on doute que ce miracle se soit jamais opéré.

DES SCIENCES OCCULTES. 121

place publique , les plateaux d'une balance perdre leur
équilibre et alternativement s'élever et s'abaisser à l'or-
dre d'un escamoteur. Cette jonglerie vous amuse : dans
l'Hindoustan, elle met la vie d'un accusé au pouvoir des
prêtres qui dirigent l'épreuve judiciaire de la balance. S'il
est coupable, disent-ils, son crime se manifestera, en ajou-
tant visiblement au poids déjà connu de son corps. Après
quelques préparations religieuses , on le pèse donc avec
soin , puis on lui attache sur la tête son acte d'accusation
et on le pèse de nouveau. S'il est plus léger qu'aupara-
vant, on le déclare innocent ; s'il est plus lourd, ou si la ba-
lance se rompt, le crime est avéré. S'il reste en équilibre,
il faut recommencer l'épreuve ; « alors , dit le livre sacré ,
» il y aura certainement une différence de pesanteur (i).»
Quand on promet un miracle d'une façon si positive , on
est sûr d'avance des moyens de l'opérer.

Empruntons un exemple d'un autre genre à un peuple
que l'on ne soupçonnait pas d'un tel raffinement d'adresse.
Chez les Soulimas, près des sources du Dialliba, un voya-
geur, anglais , le premier homme blanc qui ait paru dans
le pays, a vu des soldats d'élite, armés de fusils, tirer
sur un chef qui leur opposait ses talismans ; les fusils fai-
saient tous long feu , quelque bien qu'ils eussent été amor-
cés. Ensuite, et sans aucune préparation, les soldats tirè-
rent d'un autre côté, et toutes les armes partirent. Ces
hommes ont donc l'adresse d'ouvrir et de fermer la lu-
mière du fusil à volonté (2) ; et l'on ne peut apercevoir
quand ou comment ils exécutent cet escamotage , dont le
but est de persuader au peuple qu'on n'a rien à craindre

(1) Recherches asiatiques , tome I, page 472.

(2) Laing. Voyage dans le Timanni , le Kouranko, le Soulimana ,
etc., traduction française..., pages 211-212 et 234-

122 DES SCIENCES OCCULTES.

des armes de l'ennemi , quand on est muni des talismans
consacrés par les prêtres.

En Europe , et depuis plus longtemps que l'on ne serait
tenté de le croire , il a existé des hommes à qui il n'au-
rait fallu que de l'audace ou un intérêt dominant pour se
présenter à leurs admirateurs comme doués d'un pou-
voir surnaturel (1). Supposons à de tels hommes la seule
chose qui leur ait manqué ; et loin de se borner à l'amuse-
ment de quelques spectateurs oisifs , leur art , conservé
dans des mains plus respectées et dirigé vers un but moins
futile , commande l'adoration de ceux dont il excitait la
risée, et suffit à l'explication de miracles aussi nombreux
qu'imposants.

Ce rapprochement n'a rien de forcé. De nos jours , Co-
rnus (et lui seul à la vérité) savait , en écartant toute pos-
sibilité de connivence , annoncer en secret à une personne
la carte que pensait une autre personne. Il existe encore
des témoins du fait : Cornus, d'ailleurs, en Angleterre , a
souvent répété le même tour devant des spectateurs qui,
pariant fort cher contre la réussite , ne pouvaient être
soupçonnés d'y contribuer par leur complaisance. Le clair-
voyant Bacon affirme qu'il a vu exécuter le même tour dans
un temps où , en donnant une pareille preuve d'habileté ,
on risquait de se voir conduire sur les bûchers destinés
aux magiciens ; le jongleur (2) « dit tout bas à l'oreille d'un

fi) Fromann , qui avoue que beaucoup d'escamoteurs (cauculatores
aut saccularii) ont été pris pour des magiciens {Tract, de Fascin., pa-
ges 771 et seq. ) , n'en cite pas moins, comme des œuvres de sorcellerie ,.
les tours si connus de casser un verre , de couper une chaîne d'or ou
une serviette en plusieurs morceaux , et de faire ensuite reparaître ces
divers objets parfaitement entiers (Ibid., page 583).

(y) « He did Jirst whisper the man in thc car, that such a man
- shôuld think such à card. » Bacon. Sylva sylvariwi. Century x , 9^6.

DES SCIENCES OCCULTES. 123

» des spectateurs, que telle personne penserait telle car-
» te » Le philosophe ajoute qu'il chercha alors à s'ex-
pliquer le tour par une connivence , que de son propre
aveu il n'avait aucun droit de soupçonner.

Que des hommes si habiles , au milieu d'une population
peu instruite , veuillent se signaler par des miracles, en
trouveront-ils beaucoup d'impossibles ? Qu'on les charge |
par exemple , de diriger un tirage au sort , doutez-vous
que le sort devienne l'interprète de leurs volontés? Me-
surez dès lors l'étendue de la puissance ainsi remise entre
leurs mains. Quel rôle , de tout temps , le sort n'a-t-il pas
joué dans les plus grands événements comme dans les
moindres, là même où l'on ne pouvait supposer de super-
cherie î Combien de fois des hommes, se défiant de leur
prudence ou ne pouvant accorder leurs opinions diverses,
s'en sont remis à la décision du sorti Aux premiers jours
du christianisme, l'église eut recours au sort pour décider
qui de Joseph ou de Mathias succéderait dans l'apostolat
au traître Judas Iscariote ; et Origène loue les apôtres de
cet acte d'humilité , par lequel ils soumettaient à la puis-
sance céleste un choix qu'ils pouvaient faire eux-mêmes ( i ).
Aux yeux d'hommes incapables d'influer par l'adresse sur
le tirage au sort , son résultat paraît donc uniquement dû
à la volonté de Dieu.

Cette idée a paru assez plausible pour que des hommes,
d'ailleurs éclairés , la poussassent à l'extrême. Origène ne
craint pas d'avancer que les anges dans le ciel tirent au
sort (2) pour décider de quelle nation ou de quelle pro-
vince chacun d'eux prendra soin , ou de quelle personne

(1) Jet. apost., cap. 1, vers. 24 et seq. — Origen. Homil. , xxm, in
lihr. /es. TSave.

(2) Ofigm Homil., xxm , in libr. Jcs. Navc.

1^4 DFS SCIENCES OCCULTES.

il sera le gardien. Un ministre protestant qui soutenait , il
y a un siècle, la doctrine que le sort est une chose sacrée,
a été entraîné jusqu'à dire que « les plus petits jeux, ceux
» où il y a le moins à gagner ou à perdre , sont par cela
» même les plus profanes (1). »

La question a été envisagée autrement par un écrivain
qui a fait servir sa haute éloquence à introduire dans la
philosophie et la politique l'esprit et les doctrines des
temples. Platon (2) veut que, dans sa république, les ma-
riages des citoyens soient déterminés par une espèce de
sort. Mais en même temps, les chefs de l'État doivent avoir
soin de diriger le sort par quelque artifice , en sorte qu'il
ne décide rien que conformément à leurs vues; et que
néanmoins l'artifice soit si bien caché, que les personnes
qui se croiront mal assorties ne s'en prennent qu'au ha-
sard et à la fortune.

A l'une ou à l'autre opinion , l'on peut rapporter les
événements où le sort a dû manifester la volonté de Dieu
et révéler ses arrêts , et où le même moyen de décision
a été employé tour à tour par la crédulité et par la po-
litique.

Un crime secret a allumé contre Israël le courroux
du Seigneur : le Seigneur a livré Israël au glaive de ses
ennemis. Pour découvrir le coupable, on jette le sort entre
les douze tribus ; entre les familles de la tribu qu'il a
désignée; entre les membres de la famille qu'a frappée le
sort. Le sort tombe sur Achan ; et Achan avoue le crime
dont il va subir la peine (3). Instruit par des voies se-

(i) Dejoncourt. Lettres (quatre) sur les jeux du hasard. (La Haye,
I7i3,page 19.)

(2) Plato in Timœo.... et Republic. , lib. v.

(3) J'osué., cap. 7, vers. 1 4—2.3.

DES SCIENCES OCCULTES. 1 2D

crêtes dont la police moderne donne facilement une idée,
Josué profitait de la conjoncture pour effrayer et convain-
vre ceux qui eussent osé douter de son infaillible inspi-
ration ; et le miracle , en même temps , devait relever le
courage des Juifs, en leur montrant et en séparant d'eux
l'homme sacrilège, cause unique de leur honteuse dé-
faite.

C'est par le sort aussi que Saûl est appelé à régner sur
les Hébreux (1) ; ou plutôt c'est ainsi que Samuel sanctifie
le choix qu'il a déjà fait d'un jeune homme obscur (2), en
qui il espère trouver moins un rival de pouvoir qu'une
créature soumise et un ministre dévoué.

Par un vœu solennel (3) , Saûl astreint son armée à un
jeûne absolu, jusqu'à ce qu'il ait coupé la retraite aux
Philistins. Consulté sur le succès de ce dessein par le
grand-prêtre, le Seigneur ne rend point de réponse. Saûl
veut qu'on jette le sort pour savoir qui a violé son vœu ;
et le sort tombe entre lui et son fils Jonathas ; il insiste :
le sort désigne Jonathas , et Saûl n'hésite point à l'envoyer
au supplice. Mais le peuple entier s'oppose à cette consé-
quence atroce d'un vœu absurde, dont les prêtres de Dieu
ne réclament point l'exécution. Saûl, découragé, renonce
à une poursuite téméraire. Les sages qui dirigèrent le sort
voulaient probablement amener ce résultat.

Nabuchodonosor a mêlé ses flèches contre Ammon et
contre Jérusalem; la flèche sort contre Jérusalem; et le
terrible conquérant ne tarde point à accomplir l'arrêt du

(1) Reg., lib. i,cap. 10, vers. 20-21.

(2) Reg.j lib. \, cap. 10 , vers. 1.

(3) Reg.,\\b. 1, cap. i4, vers. 24-46. — Théodoret et saint Chrysos-
tome condamnent le vœu de Saiil comme contraire à la prudence et à la
raison.

126 DES SCIENCES OCCULTES.

destin (1). Le même genre de divination était usité chez
les Arabes au temps de Mahomet : le prophète le proscrit
comme un péché abominable (2). Les hordes tatares
que guidait Gengis à la conquête de l'Asie, s'en servaient
pour connaître d'avance l'issue d'une bataille. Un tour
d'adresse en rendait l'effet plus frappant. Les magiciens
écrivaient sur deux flèches les noms des deux armées
rivales. Sans qu'ils parussent y toucher, les flèches s'a-
gitaient, s'approchaient, se combattaient; l'une enfin se
plaçait sur l'autre : celle ci désignait l'armée qui de-
vait succomber (3). Les escamoteurs qui, à quelque dis-
tance, font mouvoir des cartes au moyen d'un cheveu ou
d'une soie imperceptible, opéreraient facilement le miracle
tatare.

Les chrétiens eux-mêmes ne se sont point abstenus de
cette pratique superstitieuse. Alexis Comnène, pour savoir
s'il doit ou non attaquer les Comanes, s'il livrera bataille
ou marchera au secours d'une ville assiégée, place deux
tablettes sur un autel. La première qui frappe ses yeux,
après une nuit passée en prières, lui paraît, dans les deux
cas, exprimer la volonté du ciel (4). Les sénateurs de
Venise, sous le règne du doge Dominique Micheli (5), ne
pouvaient tomber d'accord sur la désignation de la ville
qu'il convenait d'attaquer la première : on eut recours au
sort, et l'on s'en tint à sa décision.

Quoique le sort ait été employé souvent, et à Venise
plus qu'ailleurs, pour modifier les élections ou départa-

(1) Ezéchiel , cap. xxi , vers. 19-22.

(2) Le Coran. Sourate v, verset 99.

(3) Petis de la Croix. Histoire de Gengis-Khan , pages 65-67.

(4) Anne Comnène. Histoire d'Alexis Comnène , liv. x , chap. 2 • liv.
xv , chap. 5.

(5) D. Micheli, 35e doge Hadrian. Barland. De ducib. venet.

DES SCIENCES OCCULTES. 127

ger les suffrages , on peut douter qu'on lui accordât sé-
rieusement une égale influence sur un plan de campagne,
et cela dans un sénat renommé pour sa politique et rem-
pli alors d'habiles guerriers. N'était-ce pas plutôt un
moyen adroit d'entraîner un peuple brave, mais encore
peu soumis à ses chefs , à une expédition dont les dan-
gers et les fatigues lui dérobaient peut-être la gloire et
la nécessité ?

Dans l'état misérable où languissait l'empire grec, ce
n'était point l'honneur ou l'intérêt national , ce n'était
point la religion , c'était la superstition qui pouvait inspi-
rer quelque énergie à une population dégradée : ce fut
elle que mit en oeuvre Alexis , prince fort au-dessus de
son siècle et surtout au-dessus de sa nation.

Et quoique de mille manières, dans l'antiquité, le sort
rendît des oracles , consultés avec une avidité et reçus
avec un respect également aveugles, nous pensons de
même que le roi de Babylone, certain d'avance de ses
opérations, ne chercha dans cette cérémonie supersti-
tieuse que le secret d'en assurer le succès en le mon-
trant comme infaillible , comme garanti par la volonté des
dieux , à l'enthousiasme de ses soldats.

Conduire les hommes par leur crédulité, en feignant de
la partager, est une ruse que, sur tous les points du globe
et dans tous les temps, la politique a employée, sans autre
soin que d'en varier les formes , pour l'assortir aux habi-
tudes et à la mesure d'intelligence des hommes qu'elle de-
vait mettre en mouvement.

Le chef d'une tribu brésilienne, ayant pris les armes à
l'instigation des Hollandais, qui lui avaient promis un
puissant secours, eut quelque sujet de croire que ses al-
liés voulaient le laisser combattre seul l'ennemi commun
et recueillir ensuite le fruit de ses travaux. En présence

128 DES SCIENCES OCCULTES.

de leur envoyé il consulta à plusieurs reprises la divi-
nité. De la hutte du sacrifice sortent des voix qui prédi-
sent la défaite et la fuite si l'on combat avant l'arrivée du
secours promis ; elles annoncent que Ton n'est pas encore
près de le recevoir, et ordonnent, en l'attendant, de re-
culer devant l'ennemi. D'accord avec ses guerriers , le
chef proteste qu'il obéira et se retirera jusque sur le ter-
ritoire des Hollandais : c'était un moyen sûr de mettre
un terme à leurs lenteurs. L'envoyé hollandais, Baro,
crut fermement que l'oracle avait été prononcé par le
diable (1). Nous l'attribuerons, avec plus de vraisem-
blance, à des prêtres cachés dans la hutte du sacrifice.
L'artifice était grossier; la politique ne Fêtait pas.

L'augure Naevius , après avoir osé combattre , au nom
de la religion , les altérations que Tarquin l'Ancien vou-
lait apporter à la constitution romaine, est sommé de
donner une preuve de sa science , en déclarant si un des-
sein conçu en secret par le monarque n'a rien que de pos-
sible. Il répond affirmativement. Ce dessein est de cou-
per une pierre avec un rasoir ; et le miracle s'opère ,
dit-on, aux yeux de tout le peuple (2). L'oracle de Del-
phes indique avec précision ce que , au moment même où
on l'interroge , fait à Sardes Crésus renfermé au fond de
son palais. Nous soupçonnerons que Tarquin, embarrassé
pour abandonner sans honte un projet dont il sentait trop
tard le danger, suscita l'opposition de l'augure et concerta
avec lui le miracle qui devait la faire triompher, afin de
se conserver l'honneur de ne céder qu'à l'ordre des dieux.
Nous savons que les ambassades religieuses du roi de
Lydie avaient pour prétexte de consulter sur ses projets

(1) Voyage de Roulox Baro au pays des Tapayes en 1647.

(2) Dionys. Halic., lib. ni, cap. 24.

DES SCIENCES OCCULTES. 1 29

les divinités fatidiques, et pour but réel d'amener les peu-
ples à s'allier avec lui , et surtout de les y déterminer par
les promesses brillantes que devait lui faire le plus célè-
bre des oracles.

Ces promesses furent mensongères : et l'équivoque à la
faveur de laquelle le dieu de Delphes sauva sa réputation
d'infaillibilité, se présente si naturellement à la mémoire
et réveille le souvenir de tant d'événements semblables,
que pour expliquer presque tout le merveilleux des ora-
cles il suffirait de rappeler cet usage qu'ils faisaient con-
stamment de termes ambigus, et la connivence dont ils
s'assuraient souvent le secours , et les inventions mécani-
ques dont ils empruntaient les prestiges, et les hasards ( i )
dont la simplicité des consultants leur permit sans cesse
de se prévaloir, et tant d'oracles enfin qui ne se sont
trouvés vérifiés que parce que la crédulité voulait abso-
lument qu'ils le fussent... Mais tout le monde a lu l'excel-
lente Histoire des oracles, extraite de Van Dale par Fon-
tenelle (a). Elle nous laisse bien peu de chose à ajouter
touchant une erreur presque universelle sur la terre, et
qui ne semble guère cesser sous une forme que pour se
reproduire sous une autre : tant sont faibles l'expérience

(1) Lavater avait promis au métaphysicien Bonnet qu'une devineresse
demeurant à Morat annoncerait, quatre fois par jour , ce qu'au même
moment, lui Bonnet, ferait à Genève. Deux prédictions se trouvèrent
d'abord en partie exactes; les suivantes furent toutes absurdes. (DumonL
Traité des preuves judiciaires , de J. Bentliam , tome II, pages 233-234.)
Dans un autre âge, on se serait arrêté aux deux premières épreuves; et
leur succès fortuit aurait prouvé une science surnaturelle.

(2) Voyez aussi Clavier, Mémoire sur les oracles anciens, in-8°,
1818. — Lucien ( Alexandre ou le Faux prophète, OEuvres de Lucien ,
tome III, pages i8-23 et 42-46 J donne une idée des artifices employés
de son temps par les prêtres des oracles : on y remarque le secret de
décacheter les lettres, si familier aux gouvernements modernes.

l3o DES SCIENCES OCCULTES.

el la raison pour combattre l'ardeur qu'a l'homme pas-
sionné de s'élancer dans l'avenir.

Ce ne sera donc qu'en passant que nous rappellerons
Apollon n'accordant aux êtres qu'il favorise le don de di-
vination , qu'à la condition de ne le point interroger sur
ce qu'il n'est pas permis de savoir (i); précaution sage
pour éviter des questions trop difficiles; la sibylle écrivant
des oracles sur des feuilles (2) que le vent disperse , arti-
fice qui , rendant facilement l'oracle obscur et incomplet,,
laissait toujours après l'événement une porte ouverte à
l'équivoque; nous ne ferons, de même, que citer une
statue colossale de Shiva (3) , derrière laquelle des mar-
ches conduisent à un banc commode situé sous le bonnet
du dieu, banc où s'asseyait sans doute le prêtre chargé
de rendre en son nom des oracles. Des considérations
plus générales nous arrêteront davantage.