Chapter 6
VI. Jusqu'où n'ira pas une curiosité crédule qui admet
toutes les explications , et recherche de préférence les plus
merveilleuses? L'enveloppe d'une allégorie ou d'un apo-
logue , quelque transparente qu'elle soit, arrête invinci-
blement son regard.
Le chant du coq met le lion en fuite Au retour du
jour qu'annonce le chant du coq, les animaux carnassiers
rentrent volontiers dans leurs tanières.
Des proverbes moraux, cachés sous un déguisement
aussi transparent, n'en ont pas moins passé pour des
axiomes de physique. Le besoin de l'amour soumet
tout, et même la force la plus redoutable. La férocité
du lion s'apaisait, dit-on, à la vue d'une femme sans
voile (1).
Malgré la facilité de s'assurer du contraire , Élien rap-
porte que , de l'équinoxe de printemps à celui d'au-
tomne, le bélier dort couché sur le côté droit; et sur le
côté gauche , de l'équinoxe d'automne à celui de prin-
temps (2) : erreur ridicule en histoire naturelle, vérité
évidente dans le langage allégorique de l'ancienne astro-
nomie.
On raconte que , dans l'armée que conduisait Xerxès
contre les Grecs, une jument enfanta un lièvre; prodige
qui présagea l'issue de cette entreprise gigantesque (3) ; ce
n'est là pourtant que la fable de la montagne qui accouche
dune souris , améliorée , peut-être , par un moindre éloi-
(1) Leonem aiunt conspectis mulieribus pudendis désordre.
(2) JElian. de Nat. anim. lib. x, cap. 18.
(3) Valer. Maxim, lib. i, cap. 6, § 10.
52 DES SCIENCES OCCULTES.
gnement des convenances physiques , et par l'allusion pi-
quante d'un lièvre à une armée de fuyards.
Quand on a dit pour la première fois que des rats in-
nombrables, rongeant les cordes des arcs et les courroies
des boucliers des soldats de Sennacherib , opérèrent la dé-
livrance du roi d'Egypte qu'il tenait assiégé (i), voulait-on
raconter un prodige? Non; mais peindre d'un seul trait
une armée que l'indiscipline et la négligence, poussées au
comble , rendirent incapable de résister à l'attaque subite
des Éthiopiens venus au secours du roi d'Egypte, et firent
tomber presque entière sous le glaive des vainqueurs. Mais
les prêtres, à la caste desquels appartenait le roi, laissè-
rent volontiers prendre les expressions allégoriques dans
le sens direct, et s'accréditer la croyance d'un miracle
qu'ils attribuaient à leur divinité tutélaire , et qui dispen-
sait l'orgueil national de la reconnaissance due à des alliés
libérateurs. La tradition d'une délivrance miraculeuse s'é-
tendit plus loin que l'apologue qui l'avait fait naître ; Bé-
rose, cité par Josèphe (i) , dit que l'armée d'Assyrie fut
victime d'un fléau, d'une peste envoyée par le ciel, et
qui moissonna sur-le-champ cent quatre-vingt-cinq mille
hommes. Ainsi la vanité chaldéenne couvrait du voile d'un
malheur inévitable, l'opprobre d'une défaite méritée. Les
Hébreux, instruits aux mêmes sources que Bérose, et d'ac-
cord avec lui sur le nombre des victimes (3) , remercièrent
le Dieu d'Abraham et de Moïse, qui n'avait envoyé Y ange
exterminateur contre l'armée du conquérant que pour
(i) Hcrodot. lib. n, cap. \l\i.
(2) FI. Joseph. Ant. jud. lib. x , cap. 2.
(3) Reg. lib. iv, cap. 19. v. 35. Paralip. lib. 11, cap. 32, v. 21.
Isaïe. cap. 37. v. 36.
DES SCIENCES OCCULTES. 53
l'empêcher de détruire Jérusalem après avoir subjugué
l'Egypte.
De la même manière , des fictions purement morales,
et qui ne se rattachent à aucun fait , deviendront des tra-
ditions historiques. Je pourrais citer la parabole touchante
du Samaritain secourant le blessé qu'avaient négligé le
prêtre et le lévite. Elle passe aujourd'hui dans la Palestine
pour une histoire véritable ; des moines montrèrent le lieu
de la scène au voyageur Hasselquist (1). Le fait, après
tout, n'a rien d'extraordinaire, rien qui révolte la raison ;
et le cœur, qu'il intéresse, est tenté de croire à sa réalité.
Moins soigneux de la vraisemblance, un sage voulut, dans
un apologue, consacrer cette maxime, que c'est peu de
sacrifier au salut de la patrie le luxe , les plaisirs, les ri-
chesses; qu'il faut encore, et quoiqu'on soit retenu par les
affections les plus chères, lui immoler sa vie : il feignit
qu'au milieu d'une ville s'était ouvert un gouffre épouvan-
table que rien ne pouvait combler; les dieux consultés ré-
pondirent qu'il ne se refermerait que quand on y aurait
jeté ce que les hommes possèdent de plus précieux; on y
précipita vainement l'argent, l'or, les pierreries Enfin,
s'arrachant à un père, à une épouse, un homme généreux
s'y lance volontairement, et l'abîme se referme sur lui.
Malgré l'invraisemblance évidente du dénouement , cette
fable, inventée en Phrygie ou empruntée d'une civilisation
plus ancienne, passe dans l'histoire. On nomme le héros :
c'est Anchurus, fils de Midas, l'un des rois des temps hé-
roïques (2). Tel est le charme du merveilleux que Rome,
(i) Hasselquist , Voyage, dans le Levant , tome I, page 184.
(2) Parallèles d'histoires grecques et romaines, § x. Cet ouvrage ,.
faussement attribué à Plutarque, mérite, en général , peu de confiance :
mais on peut, ce me semble, admettre son témoignage, quand il s'agit
54 DES SCIENCES OCCULTES.
quelques siècles après, s'appropriera ce récit, qui, au lieu
d'un précepte général , n'offre plus ainsi qu'un exemple
particulier. Ce ne sera point le chef sabin Métius Curtius
qui, au milieu de Rome presque conquise, aura laissé son
nom à un marécage illustré par sa défense vigoureuse
contre les efforts de Romulus (1); ce ne sera point un
consul (2) chargé, suivant l'usage, par le sénat, d'encein-
dre d'une muraille ce marais sur lequel est tombée la fou-
dre. Pour citer un patricien, un Curtius, qui, au même
lieu, se précipita tout armé dans un gouffre miraculeuse-
ment ouvert et refermé non moins miraculeusement (3),
Rome emprunte à la Phrygie l'apologue d'Anchurus et
l'introduit dans sa propre histoire.
On sent que le désir d'augmenter l'illustration du pays a
favorisé un tel emprunt. Ce serait ici le lieu de montrer
combien de fois, secourant la vanité d'une nation ou d'une
famille, l'imposture officieuse a semé l'histoire de prodi-
ges, pour en effacer une tache ou y ajouter un ornement :
dans un grand nombre d'exemples , nous n'en choisirons
qu'un seul. En vain la tradition, conservée par deux his-
toriens graves (4), rapporte que le féroce Amulius fît via--.
de faire disparaître de l'histoire un fait évidemment fabuleux, et sur
lequel les anciens annalistes de Rome sont loin de s'accorder. Callisthène,
cité par Stobée {sermon XLV11I) , racontait de même le dévouement du
fils de Midas , qu'il appelait iEgystheos.
(1) Telle était la véritable origine du nom de Lacus Curtius , suivant
l'historien L. Calpurnius Piso , cité par Varron {Farro , Delinguâ latinâ,
lib. iv, cap. 32). Voyez aussi Tite-Live ( lib. i,cap. j 2 et i3).
(2) Celte opinion était celle de C. iElius et de Q. Lutatius ( Varro 9
loc. cit. )
(3) Varron (loco citatoj rapporte aussi cette tradition; mais c'est du
ton d'un homme peu persuadé , puisqu'il appelle le héros qui se précipita
dans le gouffre , un certain Curtius, quemdam Curtium.
(4) C. Licinius Macer et M. Octavius , cités par Aurélius Victor, De
origine gentis romance, cap, 19.
DES SCIENCES OCCULTES. 55
lence à sa nièce Rhéa Sylvia, et la rendit mère de Romu-
lus et de Rémus. On répétera constamment que des
amours du dieu de la guerre naquirent les fondateurs
d'une cité que devait élever au suprême pouvoir la faveur
du dieu de la guerre.
5(5 DES SCIENCES OCCULTES,
CHAPITRE IV.
Phénomènes réels, mais rares, présentés comme des prodiges dus à
l'intervention de la divinité, et présentés avec succès, parce qu'on
ignorait qu'un phénomène fut local ou périodique ; parce qu'on avait
oublié un fait naturel qui, dans le principe, aurait écarté l'idée du
merveilleux; souvent enfin parce qu'il eût été dangereux de chercher
à détromper une multitude séduite. L'observation de ces phénomènes
étendait les connaissances scientifiques des prêtres. Véridiques sur ce
point , les écrivains anciens le sont aussi dans ce qu'ils disent des
œuvres magiques.
Si un grand nombre de merveilles mentionnées dans
les écrits des anciens n'ont existé ou n'ont pris dé l'im-
portance que pour l'enthousiasme, l'ignorance et la cré-
dulité, d'autres, au contraire, telles que les chutes d'aéro-
lithes, sont reconnues aujourd'hui pour des phénomènes
réels, qu'une physique éclairée ne rejette plus, quoiqu'elle
ne parvienne pas toujours à les expliquer d'une manière
satisfaisante.
L'histoire naturelle de notre espèce présente plusieurs
singularités , que des observateurs circonscrits dans leur
étroit horizon ont regardées comme chimériques, et dont
une observation plus exacte a confirmé l'existence.
Des écrivains grecs très anciens , tels qu'ïsigonus et
Aristée de Proconèse, ont parlé de Pygmées de deux pieds
et demi de haut , de peuples qui avaient les yeux dans les
épaules, d'anthropophages existant chez les Scythes septen-
trionaux; d'une contrée nommée Albanie, où naissent des
DES SCIENCES OCCULTES. 5 7
hommes dont les cheveux blanchissent dès l'enfance, et
dont la vue, très faible le jour, est très nette la nuit. Au-
lu-Gelle(i) traite ces récits de fables incroyables ; et pour-
tant, dans les deux premiers peuples, nous reconnaissons
les Lapons et les Samoièdes, quoiqu'on ait exagéré la pe-
titesse des uns et la manière dont les autres ont la tête en-
foncée dans les épaules (2). Marco-Polo affirmé que quel-
ques hordes tartares mangent les cadavres des hommes
condamnés à mort (3). Dans les indigènes de X Albanie
peut-on méconnaître les Albinos? Le nom de leur pré-
tendue patrie n'est que la traduction du nom qu'ont du
recevoir ces êtres si remarquables par la blancheur de
leur peau et de leurs cheveux.
Ktésias a souvent été accusé de mensonge, sur l'autorité
des Grecs , dont ses récits contrariaient les croyances et
les prétentions. Les Pygmées, que cet auteur place au mi-
(1) A, Gell. Noct. attic. lib. ix , cap. 4» Solin (cap. lv), copiant
sans doute les écrivains dont Aulu-Gelle rejette le témoignage, a parlé
d'une peuplade dont les hommes ont les yeux dans les épaules.
(2) Walter Raleigh , en 1095, et Keymis, en 1696, reçurent, des
indigènes de la Guiane, les renseignements les plus affîrmatifs sur l'exis-
tence d'une peuplade d'hommes qui avaient les yeux sur les épaules et la
bouche dans la poitrine [Relation de la Guiane , par W. Raleigh, trad.
franc., pages 67, 69 et 1 1 1 ). C'est-à-dire, comme l'a fort bien pensé le
traducteur français, que ces hommes avaient le cou très court et les
épaules extrêmement élevées. Le P. LaGteau (Les mœurs des Sauvages
américains , etc., tome I, pages 58 , 62) fait observer que la croyance à
l'existence d'une pareille race d'hommes est également répandue dans
diverses parties de l'Amérique, et parmi les Tatars voisins de la Chine.
Comme les Samoièdes en Asie , les Esquimaux et les peuplades observées
au cap Horn , à la Terre de Feu et dans les îles voisines , par Weddel
(A Voyage to the south pôle performed in the years , 1822, 1824...
Bulletin de géographie), ont fait naître cette erreur parmi les indigènes
du nord et du sud de l'Amérique.
(3) Peregrinatio Marci Pauli, lib. 1, cap. 64- Mémoires de la Société
de géographie , tome I , page 36 1 .
58 DES SCIENCES OCCULTES.
lieu de l'Asie, et qui avaient le corps couvert de longs
poils , rappellent les Aïnos des îles Kouriles ? hauts de
quatre pieds et couverts de poils très longs; Turner a vu
aussi, dans le Boutan, un individu d'une race extrême-
ment petite. Les Cynocéphales de Ktésias (JElian. de
Nat. animal, lib. iv, cap. 4-6) pourraient bien être les nè-
gres océaniques ? Alphouriens ou Haraforas de Bornéo et
des îles Malayes, et les singes à qui Bama fît la guerre dans
l'île de Ceylan, suivant les livres sacrés des Hindous (1).
Dans les Argippéens ou têtes chauves d'Hérodote , on
reconnaît les Mongoles et les Kalmouks, peuples chez
lesquels les moines ou Chelongs portent la tête rasée.
Chez cette nation , Hérodote entendit parler de peuples
situés beaucoup plus au nord et qui dormaient six mois
de l'année* Hérodote refusa d'admettre cette indication ?
qui n'est toutefois que celle de la durée de la nuit et du
jour dans les régions polaires (2).
Les anciens ont aussi placé des Pygmées en Afrique. Un
voyageur français en a trouvé dans le Tenda-Maié, sur les
bords du Bio-Grande : là, dit-il, habite une race que ren-
dent remarquable la petitesse de sa taille et la faiblesse de
ses membres (3).
Des généralités si nous descendons aux détails , nous
trouvons encore qu'on a trop souvent déprécié les faits ex-
traordinaires dont l'antiquité conservait le souvenir avec
(1) Malte-Brun, Mémoire sur l'Inde septentrionale d'Hérodote et de
Ktésias , etc. Nouvelles annales des Voyages 9 tome II , pages 355 , 357.
A El-Ramî , île voisine de Sérendib ( Ceylan ) on voit de petits hommes
d'un mètre de haut dont le langage est inintelligible , etc. ( Géographie
d'Edrisi. trad. fr. tome I, page 75.)
(2) Malte-Brun , Ibid.y Ikid., pages 372 ; 3y3. — Hérodol.
(3) Mollien , Voyage dans l'intérieur de l'Afrique, etc. (Paris, 1820)-
tome II , page 210.
DES SCIENCES OCCULTES. 5g
une fidélité religieuse. « Que Roxane, dit Larcher (1), ait
» accouché d'un enfant sans tête, c'est une absurdité , ca-
» pable elle seule de décréditer Ktésias. » Tous les diction-
naires de médecine auraient appris à Larcher que la nais-
sance d'un enfant acéphale n'a rien d'impossible h).
Le respect dû au génie d'Hippocrate a seul empêché, je
crois, qu'on ne le taxât de mensonge, quand il parle d'une
maladie à laquelle les Scythes sont sujets et qui les fait
devenir femmes (3). M. Jules Klaproth a vu, chez les Ta-
tars-Nogais, des hommes qui perdent leur barbe; leur
peau se ride, ils prennent l'aspect de vieilles femmes , et
sont, comme chez les anciens Scythes , relégués parmi les
femmes et bannis du commerce des hommes (4).
L'histoire des animaux, telle que les anciens nous l'ont
transmise , est remplie de détails en apparence chiméri-
ques. L'apparence quelquefois ne tient qu'à une dénomi-
nation fautive : le nom à'Onocentaure semble désigner un
monstre unissant les formes de l'âne et de l'homme ; ce
n'est qu'un quadrumane, qui tantôt court à quatre pattes,
et tantôt se sert, comme de mains, de ses pattes anté-
rieures ; un grand singe couvert d'un pelage gris, surtout
dans la partie inférieure du corps (5).
Dans les rats de Ljbie, qui marchent sur leurs pattes
de derrière , on a , mais assez récemment , reconnu des
Gerboises; et XErkoom ou Abbagumba de Bruce, dans
l'oiseau d'Afrique qui porte une corne au front (6). Mais
(i) Traduction d'Hérodote , i Ie édition , tome VI , page 166 ? note 35„
(2) Dictionnaire des Sciences médicales , art. Acéphale.
(3) Hippocrat. De Aère, Aquis et Locis.
(4) Jules Klaproth. Voyage au mont Caucase et en Géorgie en 1807^
1808. — Bibli. univ. littérature, tome VI, page /fo.
(5) JElian , de Nat. animal, lib. xvii , cap. 9.
(6) Ibid. lib. xv, cap. 26 et lib. xvu , cap. 10.
6o DES SCIENCES OCCULTES.
qu'était le Catoblepa{\), animal du genre des taureaux ou
des moutons sauvages, et doué, comme le basilic ou l'as-
pic, d'un souffle ou d'un regard homicide? c'était le gnou;
la description qu'en donne Élien , et la forme de la tête
d'un de ces animaux, que tuèrent les soldats de Marius,
mettent le fait hors de doute (2). Le gnou porte toujours
la tête baissée; ses yeux petits, mais vifs, semblent recou-
verts par la crinière épaisse qui charge son front ; on ne
peut guère apercevoir son regard ou sentir son souffle si
l'on ne s'approche beaucoup , assez même pour pouvoir
être frappé par cet animal farouche et peureux. L'expres-
sion proverbiale du danger auquel on s'expose, a été
transformée en phénomène physique par l'amour du mer-
veilleux.
Déjà M. Guvier (3) avait indiqué ce rapprochement ; et,
en discutant les anciens récits relatifs à des animaux re-
gardés comme fabuleux , il avait exprimé l'opinion que ce
que l'on y trouve d'incroyable ri est que le résultat de
mauvaises descriptions. Ces descriptions , d'abord exactes,
ont pu être viciées par des détails conservés imparfaite-
ment dans le souvenir des hommes , ou mal traduits sur
des mémoires écrits en langue étrangère et semés proba-
blement d'expressions figurées. Elles ont pu l'être aussi
par le penchant qu'avaient les anciens à faire rapprocher
l'animal de l'homme et à faire remonter les faits physiques
à des causes d'un ordre moral. Geoffroy- Saint-Hil aire a vu
le petit Pluvier à collier (4) délivrer le crocodile des in-
(1) Plin, Hist. nat. lib. vin, cap. 11. Mlian. de Nat. anim. lib. vu,
cap. 5. Athenœ. Deipnosoph. lib. v? cap. i5.
(2) Athenœ. Deipn. loc. cit. Mlian. De Nat. animal, loc. cit.
(3Ï Analyse des travaux de la classe des sciences de l Institut de
France en i8i5... Magasin encyclop., année 1816 , tome I, p. 44"46.
(4) Revue encyclop., mai 1828, pages 3oo-3oi.
• DES SCIENCES OCCULTES, 6l
sectes suceurs qui s'attachent à l'intérieur de sa gueule :
voilà précisément ce qu'ont jadis raconté les Égyptiens.
Leur récit nous semblait une fable, parce qu'ils suppo-
saient entre les deux animaux un pacte d'obligeance mu-
tuelle, que nous n'admettons pas, quoiqu'il ne paraisse
point que l'oiseau commette jamais une imprudence en
s'engageant dans la gueule de l'amphibie.
D'après ces observations, ne peut-on pas, sans témérité,
conseiller aux savants l'examen des prodiges que l'on pré-
sentait jadis aux princes et aux peuples comme les pré-
sages de l'avenir, comme les signes de la volonté des dieux,
la marque certaine de leur faveur ou de leur indignation ?
L'histoire naturelle s'y pourrait enrichir de notions inté-
ressantes ; la physiologie y trouver plusieurs cas rares qui
deviendraient , par cela même , moins problématiques et
plus faciles à rattacher à l'ensemble de la doctrine. Je citerai
d'abord le recueil de Julius Obsequens. Cet auteur paraît
s'être borné à extraire les registres où les pontifes romains
consignaient , chaque année , les prodiges qui leur étaient
dénoncés. Dans le fragment trop court qui nous reste de
son ouvrage , on trouve , outre la mention de fréquentes
pluies de pierres , la preuve , quatre fois répétée , que la
stérilité des mules n est pas une loi immuable de la nature;
l'indication d'une combustion humaine spontanée que l'on
crut déterminée par le reflet d'un miroir ardent ; deux
exemples d'un accouchement extra-naturel , dont la pos-
sibilité a été discutée et constatée de nos jours (1). On y
remarquera surtout l'observation faite, sur un animal,
(i) Scrvio Flacco , Q. Calpurnio , Coss. Remise puer solidus posteriore
nature parte genitus... Sergio Galba, M. Scauro , Coss. Idem (puer)
posteriore naturâ solidus natus , qui } voce missà, expiravit. Julius Ob-
sequens , de Prodigiis.
62 tfËS SCIENCES OCCULTES. *
d'un phénomène analogue à celui qu'ont présenté le jeune
garçon de Ferneuil (Amédée Bissieux) en 1814(1), et en
1826 , un jeune Chinois qui, sans être même notablement
incommodé , portait attaché à la poitrine et adhérent au
sternum , un fœtus acéphale (2). Au xvie siècle , si l'on en
croit le médecin Jean Lange, un cerf pris par Otto Henri ,
comte palatin , ayant été ouvert , on trouva dans ses en-
trailles un fœtus bien formé. La rencontre répétée de ces
monstres hètéradelphes (c'est l'expression dont se sert
