Chapter 24
M. Dulaure (0), cependant , pense que celte légende et un grand
nombre d'autres ont figuré le triomphe de la religion chrétienne
sur la religion des Romains et sur celle des druides. L'incrédulité ,
en. effet, est le pire des vices aux yeux des chefs d'une religion ;
on est souvent corrompu à la fois et superstitieux, et par consé-
(i) Gregor. Turon. De Miracul., lib. i, cap. 99.
(2) Mezerai. Abrégé chronologique de V Histoire de France , armée 741.
(3) Guill. Durant Rationale divinorum officiorum , rolio 226 recto.
(V,) Description des Beautés de Gènes , iu-8°. Gênes, 1781 , pages 3g-4i. — Millin.
Voyage en Savoie et en Piémont , tome II , page 239.
(5) Les Fies des Saints pour tous les jours de l'année, tome II , page 84.
(6) Dulaure. Histoire physique , civile et morale de Paris , ire (dit. y pages 161-162,
et ! 85- 186.
DES DRAGONS ET DES SEfcPENTS MONSTRUEUX. 4^9
que ni soumis aux prêtres; on n'est jamais soumis quand on ne
croit pas.
Le dragon que vainquit saint Julien (1; avait son repaire près d'un
temple de Jupiter : sa chute a pu figurer celle du polythéisme , lors-
qu'à la voix de l'apôtre du Mans, les adorateurs renversaient les
autels du dieu détrôné et laissaient son temple désert.
Aux lieux où fut jadis Épidaure , on voit une caverne que la tradi-
tion a désignée quelquefois comme la retraite de Cadmus métamor-
phosé en serpent , mais plus souvent comme le séjour du serpent d'Es-
culape. Quand saint Jérôme raconte comment , à Épidaure, saint
Hiiariou triompha d'un serpent dévastateur que recelait cette même
caverne, les érudiîs semblent en droit de voir dans son récit l'em-
blème de la victoire du prédicateur de l'évangile sur le culte d'Es-
culape (2). Ils expliqueront par une allégorie semblable le miracle
qui rendit saint Donat, évèque de Corinthe, vainqueur d'un serpent
tellement énorme , que huit paires de bœufs avaient peine à traîner
son corps privé de vie (3). La date du miracle , l'an 399 .rappelle en
effet l'époque où le paganisme succomba sans retour sous les coups
redoublés que lui portaient à Fenvi les deux fils de Théodose.
Un dragon monstrueux désolait les environs de Theil , près de la
Roclie-aux-Fées (département d'Ille -et-Vilaine) : saint Arnel, apôtre
de cette contrée, le traîna avec son étole jusqu'au sommet d'un
mont, et lui ordonna de se précipiter dans la rivière de Seiche.
