Chapter 19
M. de Boucheporn. Celui-ci, écrivant, le 23 avril 1788, à M. Joli de
Fleury , alors ministre, rappelle avec détail la prédiction de M. Cadet ,
très antérieure à l'événement. M. Denon la rappelle aussi , dans un bil-
let adressé à M. Cadet, en date du «9 avril 1 783.
378 DES SCIENCES OCCULTES.
comté de Nice : la nature de la montagne rendait le sol
facilement pénétrable à la filtration des eaux. Le même
savant annonça l'éboulement très prochain du souterrain,
et sollicita la suspension des travaux : mais on ne songea
à profiter de ses conseils que lorsque l'événement eut
prouvé combien ils étaient fondés (1).
Anaximandre (2) prédit aux Lacédémonieus une com-
motion souterraine et la chute de la cime du Taygète ,
averti sans doute par des indices analogues sur la nature
du sol , en même temps que par l'observation des phéno-
mènes précurseurs d'un tremblement de terre. Anaximan-
dre et Phérécyde , l'observateur péruvien et notre com-
patriote, n'étaient que des philosophes: si l'un d'eux eût
été augure , à l'estime pour le savant aurait succédé l'a-
doration pour le thaumaturge.
(ï) Cadet de Metz. Histoire nutureile de la Corse. Note aa , pages
138-147-
(2) Plin. Hist. nat., lib. n, cap. 79. Cicer. De Divinat , lib. ff
cap. 5o.
DES SCIENCES OCCULTES. 3y(J
CHAPITRE XXIII.
Météorologie. Art de prévoir la pluie, les orages et la direction des vents ;
il se transforme, aux yeux du vulgaire, en une faculté d'accorder ou de
refuser la pluie et les vents favorables. Cérémonies magiques pour con-
jurer la chute de la grêle.
Difficiles à prévoir et suivis de résultats plus difficiles à
réparer , les éboulements de montagnes , les tremblements
déterre, les grandes convulsions de la nature sont heu-
reusement assez rares. Il n'en est pas de même des phé-
nomènes atmosphériques que renouvelle le cours des sai-
sons, des mois et des jours ; phénomènes dont l'avéne-
ment , la répétition, les variations promettent à l'espèce
humaine tant de jouissances ou tant de privations , et dont
les lois , impénétrables jusqu'à présent dans leur ensem-
ble , se révèlent partiellement à l'observation persévé-
rante et réfléchie. Le petit nombre de connaissances ac-
quises sur ce point constitue la météorologie ; et cette
science dénuée de principes généraux et pauvres de vérités
particulières , n'en a pas moins été de tout temps l'une
des plus propres à agir sur la crédulité des hommes. Il
s'agit du sort des travaux de l'année , de la subsistance du
lendemain , de celle du jour; stimulée par les souffrances
du présent ou l'inquiétude de l'avenir , la curiosité qu'é-
veille l'attente des phénomènes atmosphériques , devient
380 DES SCIENCES OCCULTES.
excusable dans son importunité et dans son abandon,
dans la vivacité de ses craintes et dans l'excès de sa recon-
naissance. Alors toutes les menaces seront écoutées avec
une soumission religieuse; tous les pronostics qui appel-
lent, contre de grands désastres, de salutaires précau-
tions, ou qui, dans un besoin pressant, raniment l'espé-
rance prête à s'éteindre , seront accueillis comme des
inspirations célestes.
Saûl a prouvé, par une victoire, qu'il n'est pas indigne
du trône ; et de l'aveu de Samuel , son élection a été con-
firmée par toutes les tribus d'Israël. Jaloux de son propre
ouvrage , et convaincu douloureusement de la nécessité
de se renfermer désormais dans les limites du pouvoir
sacerdotal, Samuel assemble les Hébreux; il leur repro-
che leur ingratitude ; et pour prouver lénormité du crime
qu'ils ont commis en demandant un roi, lorsqu'ils vivaient
sous le gouvernement de Dieu , il annonce que , bien que
l'on ne soit point dans la saison des orages , il va prier le
Seigneur , et le Seigneur fera gronder son tonnerre et
versera sur les moissons qu'ils doivent couper en ce jour
même une pluie abondante. A l'instant Dieu l'exauce; et
tout le peuple implore la clémence de Dieu et de son pro-
phète (1).
Après sept jours de marche dans le désert , l'armée de
Joram et de Josaphat était sur le point de périr de soif, au
bord d'un torrent desséché : « Creusez des puits nombreux
» dans le lit du torrent, dit aux rois de Juda et d'Israël le
» prophète Elysée , sans que vous ayez senti de vent , sans
» que vous voyiez de pluie, l'eau va bientôt les remplir; »
(i) Reg. , lib. I, cap. xn, v. i-'io. Saint Jérôme [Comment, in
Âmos., cap. iv, v. 8.) observe qu'il est très tare de voir tomber de la
pluie en Palestine aux mois de juin et de juillet.
DES SCIENCES OCCULTES. 38 1
et le lendemain, avant le point il a jour , les pluies qui
tombaient dans l'ïdumée supérieure , à trois journées de
chemin , avaient rempli les puits et le torrent (i).
Une longue sécheresse désole la terre. Élie est envoyé
parle Seigneur vers Achab, pour lui annoncer la pluie,
si vivement désirée , et que le prophète, non moins habile
que Samuel , avait sans doute su prévoir avant d'entre-
prendre ce dangereux voyage. Par un miracle que nous
rappellerons bientôt , il obtient du roi , ou plutôt du peuple,
le pouvoir d'immoler à la vengeance de son Dieu les pro-
phètes de Baal. Alors il promet affirmativement le phéno-
mène , de l'attente duquel il a tiré ce sanglant avantage; et,
impatient de voir la nature remplir sa promesse, il envoie
jusqu'à sept fois son serviteur, observer du côté de la mer,
si à l'horizon encore dégagé de vapeurs s'élève le signe pré-
curseur de la pluie. Le signe se montre enfin ; et le ciel f
obscurci tout-à-coup, verse des torrents de pluie, avant
que l'imprudent qui s'est ûé à la sérénité du jour ait eu le
temps de regagner le plus prochain asile (2).
La preuve de la science météorologique du prophète se
trouve moins , je crois , dans l'accomplissement de son
pronostic, que dans la confiance avec laquelle, sans autre
défense que ce pronostic , il osa affronter un roi qui le re-
gardait comme son ennemi mortel , et l'irriter encore par
le massacre des prêtres de Baal.
Le signe qu'attendait Êlie était l'apparition d'un petit
nuage , semblable , pour la forme et la grandeur, à l em-
preinte du pied d'un homme (3). Bruce a observé que les
débordemenls du Nil sont invariablement accompagnés
(1) Reg., lib. îv, cap. 3, v. 9-20. Joseph. Jnt.jud., lib. ix, cap. 1.
(2) Reg., lib. m , cap. xvm , v. 1-2 et 41 45.
(3) Ibid., ibid., v. 44.
38 2 DES SCIENCES OCCULTES.
d'une pluie qui s'annonce par le même signe , et tombe de
la môme manière que celle qui fut prédite par Élie (i)
« Le cap de Bonne-Espérance est fameux par ses tem-
» pêtes , et par le nuage singulier qui les produit : ce nuage
» ne paraît d'abord que comme une petife tache ronde
» dans le ciel ; et les matelots l'ont appelé œil de bœuf... .
» Dans la terre de Natal , il se forme aussi un petit nuage
» semblable à Y œil de bœuf au cap de Bonne-Espérance ,
» et de ce nuage il sort un vent terrible qui produit les
» mêmes effets... Près delà côte de Guinée... les orages...
« sont causés et annoncés, comme ceux du cap de Bonne-
» Espérance, par de petits nuages noirs; le reste du ciel
» est ordinairement fort serein , et la mer tranquille (2). »
Me défierai-je assez de l'attention du lecteur, pour lui faire
observer quelles prédictions merveilleuses la connaissance
de ces divers symptômes enfanterait au milieu d'hommes
qui n'en auraient aucune idée, ou pour demander s'il s'é-
tonnera que , par un temps serein , Anaxagoras et Démo-
crite (3) en Grèce , et Hipparque à Borne (4) , tous trois
sans doute habitués par l'observation à juger l'état de l'at-
mosphère , aient prédit des pluies abondantes , qui ne tar-
dèrent point, en tombant, à justifier la perspicacité des
trois physiciens (5) ?
Quand la sécheresse avait duré longtemps en Arcadie ,
le prêtre de Jupiter Lycéen adressait des prières et offrait
(1) Bruce. Voyage aux sources du Nil , tome VI , pag. 658-659.
(9,) Buffon. Hist. nat. Preuves de la théorie de la terre , arU xv.
(3) Diogen. Laert. in Anaxagor. Philostrat. Vit. J potion., lib. 1 ,
cap. 1. Plin. Hist. nat., lib. xviii , cap. 35.
(/,) jElian. de Nat animal., lib. vu, cap. 8.
(5) Plin. Hist. nat., lib. xvm , cap. 28. — Diogen. Laert. in Tha-
let. — Cicer. de Divinat., lib. 1 , cap. 3. — dristot. Polit., lib. 1 ,
cap. 11.
DES SCIENCES OCCULTES. 383
un sacrifice à la fontaine Hagno; pois, avec une branche
de chêne , touchait la surface de l'eau. Soudain s'en élevait
une vapeur, un brouillard, un nuage, qui ne tardait pas à
se résoudre en une pluie abondante (1). Le prêtre n'es-
sayait point sans doute d'opérer le miracle, avant que des
apparences plausibles lui en promissent le succès. Ainsi,
dans l'Europe moderne, on ne portait en procession les
châsses ou les images des saints , on n'ordonnait des prières
solennelles pour ramener le beau temps ou la pluie ,
qu'autant que l'on pouvait compter sur le retour prochain
de l'un ou de l'autre.
Les divers phénomènes atmosphériques exercent une
influence si grande sur les travaux de l'agriculture , qu'à
l'art de prévoir les uns se joint naturellement l'espérance,
la possibilité même de deviner le succès des autres. Il n'y
a rien d'improbable dans un fait que l'on raconte égale-
ment de Démocrite et de Thaïes, qui , dit-on , devinèrent
d'avance quel serait le produit des oliviers de la contrée.
Les philosophes n'usèrent de leurs succès que pour mon-
trer aux détracteurs de l'étude que la science peut con-
duire aux richesses. S'ils avaient prétendu prouver que le
ciel leur révélait ses secrets , ils auraient été écoutés avec
une plus grande admiration.
La science cultivée par les sectateurs de la sagesse ou
par les disciples du sacerdoce , a pu étendre plus loin sa
prévoyance ; et par suite d'observations sur la direction
habituelle des vents et des courants dans certains parages^
permettre à un oracle ou à un sage d'annoncer le succès
d'une navigation ou son issue malheureuse : ainsi, de nos
jours , on a prédit, plusieurs années d'avance, quel obsta-
cle le mouvement qui porte les glaces flottantes d'est en
(i) Pausanias. Arcadic., cap. xxxvm.
384 DES SCIENCES OCCULTES.
ouest , opposerait aux tenlalives des navigateurs pour ar-
river au pôle arctique, aussi longtemps qu'ils navigue-
raient d'occident en orient (1). Mais, à des peuples peu
éclairés et habitués à n'apercevoir les sciences physiques
que sous l'enveloppe du merveilleux, ces annonces cir-
conspectes d'une savante prévoyance n'auraient pas suffi;
pour satisfaire l'impatience du désir, il fallait transformer
les pronostics en assurances positives. Ainsi les prêtres de
Samothrace promettaient , à ceux qui se faisaient initier à
leurs mystères , des vents favorables et une heureuse na-
vigation. Si la promesse ne se réalisait pas , il était facile
de disculper la divinité, en alléguant soit les fautes com-
mises par les initiés , soit le tort qu'ils avaient eu de rece-
voir sur leur navire quelque coupable, ou, ce qui était
bien pire , quelque incrédule.
Les druidesses de l'île de Séna prétendaient également
au don de soulever ou d'apaiser les flots et les vents (2) ;
et elles conservaient sans doute par le même artifice
leur réputation d'infaillibilité.
Empédocle et lamblique ne faisaient que répéter le
langage des temples , quand l'un , dans ses vers , se van-
tait d'enseigner l'art d'enchaîner et de déchaîner les vents,
d'exciter la tempête et de rendre au ciel la sérénité (3) ;
quand l'autre attribuait à Àbaris et à Pythagore une puis-
sance non moins étendue (4).
De semblables promesses flattaient trop la crédulité
pour n'être point admises dans le sens le plus littéral. Les
(1) Cadet de Metz. Précis des voyages par le nord, pag. 9 3 et sui-
vantes. — Bulletin de la Société de Géographie , tome VI, pag. -iio.
(2) Pomponius Mêla , Mb. ni , cap. 6.
(3) Diogen. Laert., lib. vm , cap. 59. — S. Clément. Alex. Stro-
mat., lib. v.
(4) lamblich. VU. Pythagor., lib. i, cap. 28.
DES SCIENCES OCCULTES. 385
vents contraires au retour d'Ulysse furent renfermés dans
une outre par Ëole, et remis en liberté par les imprudents
compagnons du héros. Les Lapons croient encore que leurs
magiciens possèdent le pouvoir attribué par Homère au
dieu des vents. Ne nous hâtons pas de nous moquer de
leur ignorance : du moins elle ne les rend pas injustes et
cruels !
La croyance que la philosophie douait ses adeptes du
pouvoir d'arrêter ou de déchaîner les vents , subsistait au
ive siècle , chez les hommes éclairés des lumières du chris-
tianisme. Constantinople, encombrée d'une population in-
mense , souffrait de la disette ; les vaisseaux chargés de
blé s'arrêtaient à l'entrée du détroit ; ils ne pouvaient le
franchir que par le vent du sud, et ce vent propice se
faisait encore attendre. Jaloux de la faveur dont jouissait
près de Constantin le philosophe Sopater, les courtisans
l'accusent d'avoir enchaîné les vents et causé la famine ; et
le faible empereur l'envoie au supplice (îj. Peu importe
que les délateurs crussent eux-mêmes à la vérité de l'ac-
cusation : il est clair que le prince et le peuple regardaient
la chose comme possible , et comme un fait dont on con-
naissait déjà des exemples certains.
On n'en doutait pas non plus aux vine et ixe siècles : au
nombre des magiciens qu'il proscrit , Charïemagne place
les tempes tarii, les orages, les tempêtes et la chute de la
grêle (2).
Cette croyance superstitieuse et les fureurs qu'elle peut
allumer ont-elles disparu partout devant les progrès de la
(1) Suidas, verbo Sopater. Photius. Bibliothec..% cod. 141. Eunapius
in Mdesio. Sozumen. Hist. eccles., lib. I, cap. 5.
(2) De Auguriis et aliis maleficiis.... Capitula lib. 1, cap. 83. ( In-
12. Parisiis 1 588.) Voyez aussi Ducange, Glossar. verb., Tempestarii ', . .
Tempestuarii.
25
386 DES SCIENCES OCCULTES.
civilisation?... Dos pluies excessives contrariaient les tra-
vaux et détruisaient les espérances des cultivateurs on
s'avisa d'en attribuer la continuité aux sortilèges d'une
femme venue dans le pays pour y donner le spectacle cent
et cent fois répété d'une ascension aérostatique. Cette per-
suasion se répandit ; elle acquit une telle force que l'aéro-
naute dut prendre des précautions pour sa sûreté, sinon
elle risquait d'être immolée par des hommes aussi éclai-
rés que la populace qui applaudit jadis au meurtre de So-
pater. Quels étaient ces hommes? des paysans des envi-
rons de Bruxelles , des habitants de la ville même. Et la
date de l'événement? le mois d'août 1828 (1). Le même
exemple pourra se renouveler dans un siècle, dans trois,
aussi longtemps que ceux qui prétendent exclusivement
au droit d'instruire le peuple, penseront qu'il est de leur
intérêt de laisser croire à la magie et aux sorciers.
Quiconque accorde au thaumaturge le pouvoir de pro-
duire des fléaux, lui attribue, à plus forte raison , celui
de remédier aux fléaux qu'enfante la nature. Pour affermir
une opinion si favorable à leur crédit, les dépositaires de
la science sacrée revêtirent plus d'une fois d'une appa-
rence magique les opérations les plus simples. A l'agri-
culteur qui demandait que , dans la saison , ses arbres se
chargeassent de fruits , ils prescrivaient de les envelopper
d'un lien de paille dans la nuit où le polythéisme célébrait
la renaissance du Soleil invincible, et où l'église chré-
tienne solennise l'avènement du Sauveur (2) , nuit où le
soleil , enchaîné dix jours par le solstice d'hiver , com-
mence à remonter vers l'équateur , et où l'on a vu souvent
la froidure se développer avec une intensité soudaine....
(1) Le Moniteur universel , n° du 23 août 1828.
(2) Fronunann. Tract, de Fasc, pages 34 1-342.
DES SCIENCES OCCULTES. 38^
L'expérience a prouvé que cette précaution peut garantir
les arbres des effets malfaisants de la gelée.
On demande aujourd'hui à la physique des préservatifs
contre la grêle ; on les demandait jadis à la magie.
Les habitants de Cléone , en Àrgolide , croyaient recon-
naître , à l'aspect du ciel, l'approche de la grêle qui me-
naçait leurs champs ; et aussitôt ils s'efforçaient de la dé-
tourner en offrant des sacrifices aux dieux (i). D'autres
peuples opposaient au même fléau des chants sacrés (2).
Ce n'étaient là que des actes de piété , non plus que le se-
cret enseigné par quelques théologiens pour repousser la
grêle envoyée par maléfices , et qui consistait surtout en
signes de croix et en prières assez prolongées pour que la
grêle put cesser dans l'intervalle (3).
Mais dans l'ancienne Grèce , des hommes hardis pré-
tendirent obtenir, par enchantements (4), ce qu'ailleurs
on ne demandait qu'à la clémence du ciel. Pausanias af-
firme même qu'il a été témoin de l'effet heureux de leurs
opérations magiques (5). Jusqu'à ce qu'une expérience po-
sitive ait prouvé l'efficacité bien problématique encore des
paragrêles (6) , nous penserons que si les hommes qui se
vantaient d'un succès de ce genre ont quelquefois paru
l'obtenir, c'est qu'il ne devait point tomber de grêle, soit
que l'on recourût ou non à des cérémonies magiques pour
en conjurer la chute.
Ce n'est pas sans dessein que nous rapprochons les ten
(i) Senec. Quœst. nat., lib. iv, cap. 6.
(2) Carmina... Plin. Hist. nat., lib. xxviii , cap. 2.
(3) Wierius. De Prœstigiis Dœmon., lib. iv, cap. 32.
(4) S. Justin. Quœst. et Respons. ad Orthodox. Quœst, 3i.
(5) Pausanias. Corinthiac., cap. 34»
(6) Dans un rapport, lu à l'Académie des Sciences en 1826 , ! 'effica-
cité des paragrêles est présentée comme plus que douteuse.
388 DES SCIENCES OCCULTES.
danccs modernes des opinions anciennes. Dans le vme
siècle, on espérait détourner la grêle et les orages en
dressant vers les nuages de longues perches. Ce procédé
rappelle celui que récemment on a proposé , et que vou-
lut accréditer, il y a environ cinquante ans, le physicien
Berthollon. Mais comme à l'extrémité des perches on
plaçait des papiers chargés sans doute de caractères ma-
giques, cet usage parut entaché de sortilège , et fut pros-
crit par Charlemagne ( i ) .
Les sorciers de ce temps là ne faisaient-ils que renou-
veler les croyances , et peut être les pratiques adoptées
dans les âges antérieurs? Nous n'osons l'affirmer. Mais ce
qui nous paraît certain, c'est que des procédés tendant au
même but ont été très anciennement prescrits et expri-
més en hiéroglyphes ; et, chose digne de remarque , ils
ont donné cours à une erreur que nous avons déjà signa-
lée (2) : déçu par les emblèmes, l'homme ignorant a cru ,
en contrefaisant bien ou mal ce qu'ils représentaient , ob-
tenir l'effet attaché au succès d'une prescription à laquelle
ils servaient de voile. Nous expliquons de cette manière
deux exemples très ridicules as cérémonies toscanes que ,
suivant Columelle (3), les agriculteurs instruits par l'expé-
rience employaient pour apaiser les vents furieux et con-
jurer la tempête. Gaffarel nous fournit un troisième
( 1 ) Carol. Magn. Capital.
il) Ci-tlessus , chap. vin.
(3) ColumelL, lib. x, vers. 3 4 i - 3 4 5 . — Plus loin, l'auteur indique
un procédé probablement efficace, pour préserver les semailles de l'at-
teinte des insectes : c'est de mouiller le grain avec le suc de plantes acres,
avec de la saumure ou de la lessive de cendres {ibid., vers. 35i-35b).
Mais immédiatement après (vers. 357-364) vient un secret ridicule pour
obtenir la destruction des chenilles : ce secret, que le même auteur (lib. xi,
s ub fine m) prétend avoir été enseigné par Démocrile, n'est probablement
encore qu'un hiéroglyphe mis en action.
DES SCIENCES OCCULTES. 38g
exemple dans un secret magique , supposé propre à dé-
tourner la grêle (1). C'est le comble du délire ! et voilà
toutefois à quel point de stupidité l'homme a pu être con-
duit, chaque fois qu'on ne lui a présenté que les résul-
tats de la science , isolés de ses principes , et qu'on lui a
montré ces résultats , non comme des notions acquises
par l'union du raisonnement à l'expérience , mais comme
les effets d'un pouvoir surnaturel.
(i) Gaffarel Curiosités inouïes, chap. vu, § 1.
390 DES SCIENCES OCCULTES.
CHAPITRE XXIV.
Art de soutirer la foudre des nuages. Médailles et traditions qui en in-*
diquent l'existence dans l'antiquité. Voilé sous le nom de culte de Ju-
piter Elicius et tle Zcus Cataihatès , il a été connu de Numa et d'au-
tres personnages anciens. Les imitateurs du tonnerre s'en sont servis ;
îl remonte jusqu'à Prométhée : il explique le mythe de Salmonée; il
fut connu des Hébreux : la construction du temple de Jérusalem en
offre la preuve. Zoroastre s'en servit pour allumer le feu sacré, et opé-
rer, dans l'initiation de ses sectateurs, des épreuves et des merveilles.
Si les Chaldéens l'ont possédé, il s'est perdu entre leurs mains. Il en
subsistait quelques traces dans l'Inde, au temps de Ktésias. Miracles
analogues à ceux que cet art produisait, et qui pourtant méritent une
explication différente.
De tous les fléaux qui alarment l'homme, et pour la
conservation de ses richesses et pour la conservation de sa
vie , le plus effrayant , quoique le moins destructif peut-
être , c'est la foudre. Les nuages en feu , l'air mugissant ,
la terre comme ébranlée , les éclairs dont l'œil ne peut
supporter la vivacité, le tonnerre grondant en roulements
prolongés, ou, tout-à-coup, un éclat déchirant, présage
certain de la chute du feu céleste , et que redoublent , en
le répétant au loin , les échos des montagnes : tout ce spec-
tacle offre un ensemble si propre à frapper d'épouvante ,
que sa fréquente répétition ne familiarisera point avec lui
la timidité des peuples : réalisant tout ce que l'imagination
poétique et les menaces sacerdotales ont introduit de plus
DES SCIENCES OCCULTES. 3g 1
imposant dans les signes du courroux divin , il leur pré-
sentera toujours dans le sens le plus direct le ciel armé
contre la terre.
L'homme tremblant suppliera les dieux , il suppliera
les mortels privilégiés que les dieux ont daigné instruire,
de détourner loin de sa tête cet appareil de terreur... Le
miracle qu'il demande et qu'a opéré le génie du xvme siè-
cle , l'antiquité l'a-t-elle jamais connu ?
Au premier aspect, il semble absurde de le supposer :
ne sait-on pas combien les anciens , en général , étaient
peu familiarisés avec les moindres phénomènes de l'élec-
tricité? Le cheval qu'avait Tibère, à Rhodes, étincelait sous
la main qui le frottait fortement ; on citait un autre che-
val doué de la même faculté ; le père de Théodoric et
quelques autres hommes l'avaient observée sur leur pro-
pre corps (1); et des faits si simples n'en étaient pas
moins mis au rang des prodiges ! On se rappelle aussi
quels préjugés superstitieux étaient jadis réveillés par le
feu Saint-Elnie, brillant sur les mâts des vaisseaux, et
quelle place tiennent dans l'histoire des événements sur-
naturels les apparitions de lumières évidemment électri-
ques.
A ces preuves d'ignorance , ajoutons les croyances ab-
surdes sur de prétendus préservatifs de la foudre. Tar-
chon, pour se garantir des coups du tonnerre , enceignait
(i) Damascius in Isidor. Vit. apud Phot. Bibliothec, cod. '2l\2. —
« En hiver, à Stockholm , l'accumulation de l'électricité animale est sen-
b sible; il en reste une grande quantité qui se décharge d'une manière
» visible, quand on se déshabille dans une chambre chaude.» James.
Voyage en Allemagne et en Suède.... Nouvelles Annales des Voyages,
tome XXV, page i3. — J'ai fait souvent, à Genève, la même observa-
tion.
3g2 DES SCIENCES OCCULTES.
sa demeure de vignes blanches (1) !... Ici toutefois s'élève
un soupçon légitime. Tarcbon, le disciple du mystérieux
Tagès , Tarchon , le fondateur de la théurgie des anciens
Étrusques , a pu alléguer l'efficacité de ce moyen ridicule
pour mieux cacher le véritable secret qui préservait de la
foudre son habitation et son temple : une ruse semblable
a fait peut-être attribuer aux lauriers qui entouraient le
temple d'Apollon la vertu d'écarter la foudre ; vertu re-
gardée comme réelle , malgré l'évidence contraire, dans
toute l'antiquité , et consacrée presque jusqu'à nos jours
dans notre langue poétique.
Et de même, dans les apparitions d'auréoles lumineuses
dont nous entretiennent les anciennes histoires, tout peut
n'être pas faux , tout peut n'être pas fortuit : nous produi-
rions aujourd'hui ces brillants phénomènes; est-il sage de
nier qu'en d'autres temps on ait pu les produire?
Aux raisons de doute qui proscrivent une négation ab-
solue , s'en joindra-t il qui militent en faveur de l'affirma-
tion?Nousn'argueronspasdes traditions partout répandues
sur l'art de détourner la foudre. Nous ne rechercherons
point l'origine du précepte religieux qui ordonne aux Es-
thoniens de fermer les portes et les fenêtres lorsque le
tonnerre gronde, de peur de laisser entrer le malin esprit
que Dieu poursuit dans ce moment-là (2) ; et toutefois ce
précepte rappelle la croyance , peut-être fondée, qu'un
courant d'air, et surtout d'air chargé d'humidité, suffit
pour attirer et diriger l'explosion fulminante. Mais pour-
(1) ColumelL, lib. x ,. vers. 346-347* — Dans l'Hinclotistan , l'on at-
tribue aux plantes grasses la propriété d'écarter la foudre : aussi voit-on
de ces plantes sur toutes les maisons.
(2) Debray. Sur les 'préjugés et idées superstitieuses des Livoniens 9
Lcttoniens etjEsthoniens. — Nouvelles Annales des Voyages, tome XVIII?
page 123.
DES SCIENCES OCCULTES. 3cj3
quoi un autre précepte commande-t-il à ces peuples de
placer deux couteaux sur la fenêtre, afin de détourner la
foudre ( 1 ) ? D'où est née , dans le district de Lesneven (2) ,
l'habitude immémoriale de placer, quand il tonne , un
morceau de fer dans le nid des poules qui couvent? Ob-
servées en un seul endroit, les pratiques de ce genre ont
peu d'importance : mais retrouvées à des distances nota-
bles, chez des peuples qui n'ont point entre eux de commu-
nication , elles attestent , ce semble , que la science qui les
a dictées, fut autrefois possédée par des hommes qui por-
tèrent l'instruction chez ces peuples divers. « Au château
» de Duino (dit le P. Impérati, écrivain du xvne siècle, cité
» par Sigaud de Lafond ) , c'était une pratique très an-
» cienne , dans les temps d'orage, de sonder la foudre. La
» sentinelle approchait le fer d'une pique d'une barre de
» fer élevée sur un mur ; et dès qu'à cette approche elle
» apercevait une étincelle , elle sonnait l'alarme et aver-
tissait les bergers de se retirer. » Au xvp siècle, saint
Bernardin de Sienne improuvait, comme superstitieuse, la
précaution , usitée de tout temps, de planter une épée nue
sur le mât d'un vaisseau , afin d'écarter la tempête.
