Chapter 5
Section 5
Vous le prenez bien, reprit Jean le Brun; il eft certain que ordanss mon tri- fayeut & Monfeur Defcartes , n’ont eu dans Pefprit qu’une grande émulation con- tre Epicure, & une envie très-forte d’ex- pliquer mieux que lui tous les effers de la Nature, & la formarion , l’ordre & la durée du Monde, fans avoir befoin de re-
ourir à Dieu, mais feulement par la feule | Hi
6o Nouveaux Entretiens. matiére. Car fi Monfeur Delcartes eût parlé de Dieu de bonne foi, & non point par confidération & par crainte ; & s’il avoit crû feulement que celui qui vit éter- nellement a créé dans le tems toutes cho- fes enfemble, pourquoi fe füc-1l avifé des fe tourmenter à chercher par les régles de Ja Méchanique, f les parties de la matiére tournant autour d’un centre font des li-. mailles, & s’il eft néceflaire que ces 1i- mailles s’aflemblent en tourbiflon , & faf-- fent le Soleil? Si ce Soleil doit contracter une croute opaque, & aller enfuite errerr par l’Univers? Tout ce foin & tout ceæ détail lui eût paru inutile & ridicule, s’ill eût été certainement perfuadé que la chofe ne s’eft pas pañlée de la forte, & que Dieu a produit toutes chofes par une feule pa-- role : mais nous qui fommes animés pan un efprit de réformation, nous difons less mêmes chofes que lui par un meilleur mo tif que le fien : ce qu’il a dit par vanité: ou par jaloufie contre Epicure, & même ce qu'il adit par la crainte des Moines, nous le difons par le zéle de Dieu, & pan Pamour d’une pure & prinntive morale ;; c’eft pourquoi quand nous parlons aux foi-- bles, nous mélons Dieu dans nôtre dif-- | COUFSy
far les Sciences fecretes. 6x. cours, perfuadés que les Efprits forts ver- ront que nous ne l’y mêlons que #4 heno- res, & qu’ils ne perdront rien du mérite de leur foi, puis-qu’ilscomprendront bien qu’en bonne Phyfiqueil n’eft aucunement péceflaire de l’y mêler; car où eft le bon Efprit qui ne verra pas que Monfieur Def- cartes fe moque des Capuces & des Chape- rons, & élude ironiquement les cenfures des Facultez; quand pour fauver la foi d’un Moteur, il fupole que Dieu a créé dès le commencement une certaine quan- tiré de mouvement, X une certaine quan- uté de repos, & qu'il a divifé Pun & Pau- tre aux diverfes parties de la matiére, lefe quelles s’entreprêtant ce mouvement & ce repos, en font un commerce & un échan. ge continue, d’oùrélultent tous les diffé. rens eets, tous les changemens, la pro- duétion. & la ruine de toutes chofes? Quand nous voyons qu’une boule en pouffe une autre; c'eft que cette boule qui pouf- fe, prête à l’autre une partie du mouve- ment que Dieu lui a donné, & que cette boule pouflée prête à celle qui la pouffe une partie de {on repos ; & par ce troc - mutuel du prefent que Dieu leur a fait, Ja boule qui prête le repos fe meut, & celle
qui
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qui prête le mouvement s'arrête. À vôtré avis n’eft-ce pas une burlefque ironie, &c les Moines ne font-ils pas bien fimples. de prendre tout cela pour argent comptant, comme sal n’étoit pas plus qu’évidenc qu’une meule de moulin, par exemple;, fufpenduë d’un fil d’archal tombe d’elle: même par fon propre poids, dèsque le fil eft dénoüé , fans qu’elleemprunte d'ailleurs fon mouvement, & fans prêter fon repos à quoi que ce foit. Vous voyez bien que, tant que lexiftence de Dieu, ou la né: ceflité de fa Providence dépendra de favoir fi cette meule de moulin tombera d’elle- même, ou fi elle demeurera immobile, il ne faudra pas avoir beaucoup de pente à PAthéifme pour conjeéturer qu’il n°eft pas néceflaire que Dieu ait créé en particulier un être appellé mouvement , fans lequel cette meule ne toômberoit pasäterre. Pour peu qu’on ait dé penchant à lirreligion , on aimerai mieux dire que c’eft la nature de cette groffé mafle de tendre en bas par fon propre poids, que d’avoüer qu’il eft néceflaire qu’l y ait un Dieu qui la pré: cipiré , & qui lui fafle prêter le reposqu’el- de a à quelque être voifin. Fa Ce prêt de mouvement &t derepos, ré pon-
fur les Sciences fecretes. 63 pondis-je ,eft fort extravagant & fort bur- Jefque. Defcartes vouloit aflurément jou- er les efprits foibles, quand il a fait créer efprit raifonnable trouvant en cette fuppo- fition une contradiétion mamifefte, pene- treroit faciiement le motif pourquoi on la fait, car, ou cet être eft imatiére lui:mê- me, & ence cas 1l aura la même indif- férence au mouvement & au repos que la matiére même, & ce feroit l'inconvenient que Pon craindroit le plus. Que fi Pon dit que c’eft un mode, où une façon d’ê- tre de la mauére, 1l eft clair que c’eften- core une fiction pour amufer les fimples:; car, ou ce mode eft en effet une même chofe avec la matiére, ou non : fice n’eft pas la même chofe, c’eft donc un efpric:f c’eft a mêmechofe, n’eft-il pas ridicule de penfer qu’une chofe:fe puifle prêter , te divifer & fé communiquer à une autre, c’eft-à-dire ; devenir une ‘autre chofe fans cefler d’être ce qu’elle eft. De deux bou les, par exemple, dont l’une pouñie l’au- tre, file mouvement eft la même chofe avec celle qui poufle, il s'enfuit qu'én communiquent à l’autre fon mouvement, elle fe divife d’elle-même , & donne une: | "pars
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partie de foi-même, laquelle partie devient enfuite une même chofe avec la boule pouffée; de forre qu’il fe feroit toüjours dans la Nature une tranflubftanuiation cozcinuelle & une tranfmigration d’être en être, & de fubftanceen fubftance, plus. incomprehenfible qu aucun myftére ‘de la Religion, puis qu’une chofe {fe changeroit. en une autre chofe , fans ceffler d’être ce qu’elle cé ; par oùileft conitantque Def cartes. n’a pas mêlé de bonne foi dans fa Philofophie cette création de deux êtres, mouvement à repos.
Non, monfils, me dit Jean le Brun ,, en membraflant, avec la grace de Dieu le: mérite de la Foi ne fera jamais diminué: par aucune apparence de la néceffité de: cette création particuliére de ces. êtres ,, mouvement. & repos. Que.les Moines: cherchent s’ils la trouveront dans la Gené-. fe; qu’ils y cherchent, dis-je, fi le repos: eft. autre chofe que la ceflation du mouve-: ment, & s’il n’éeft pas vrai que la matiére: a. d’elle-même un mouvement qu lu: eft: naturel. Ce qu’il faut feulement obferver,, c’eft de ne lui pas attribuer un mouvement bizarre, comme fait Epicure, qui fuppo-- fe à elle fe meut de biais; il faut feule-
ment
fur les Sciences frcrètes. 66 ment fuppoler qu’elle fe meut en bas par fon propre poids , & en rond autour de ion propre centre, parce que c’eft le mou- vement qui demande le moins d’aétion, & par ces deux mouvemens fi naturels & fi néceffaires, on explique la compoftion méchanique de toutes les machines que nous voyons. sé.
_ Je voisbien, Monfieur, lui dis-je, que tout ce que vous dites eft raifonnable ; mais comme c’eft une chofe odieufe de dire qu’un homme n’eft pas de bonne foi, & de plus comme il eft fort mal-honnête de ne dire pas nettement ce qu’on penfe en Philofophie, fur tout fur le chapitre des chofes Divines, j'ai peur que la Mo- rale ne recevroit pas un fort grand {e- cours, fi nous nous nous érigions en Pbi- lotophes de mauvaité foi, & sil falloic que nos Difciples fuffent toûjours en gar- de pour pénétrer quand nous parlerions en Philofophes, ou quand nous parlèrions en Politiques. C?eft pourquoi ji me femble. qu’il feroit bon de laifler croire, à ceux qui le voudront croire ainfi, que nous di- fons de bonne foi qu’il ya un Dieu qui s’eft mêlé de la création , & qui s’applique: à la confervation de toutes choles ; &
| pour
66 Nonveaux Entretiens, pourvû :que cela:ne férve pas trop'à la: Confirmation: des:verités du'Ghriftianifme:,, jene vois pas qu'il'y ait'beaucoup: d’ime. convènient ; : puis-que :l4 Foi confervera: “tout fon mérite ; 6c la: Morale route fa pus. mofélomerne. LL MeEiQ M Hi ARS OT : Vous ivezrafon; mon fls;:reprit-1., auf avons-nous mis bon-ordre:; qu’encore: qu’onsprénne à lallettre fout ce'que nous: difons-déla néceffité d’un premier Moteur; ané partie des-verités de ‘la: Foi:;:biem loin d’être confirmées font très:évidems: ment :combatués 4: fans: parler: de:quans: tité de conféquences‘bizarres &:riciculess qui s’enfuivent de R::: car penfez-vous';, pat exémple, mon ff, que, lérs-qu’um petit enfant a: fait: unchâreau de cartes:,, Al-foit au pouvoir de tous les Anges: du Gil, & de tous les Démons de l'Enfer dé: lerenverfer ? Ceci feroircurieux:, ‘répon dis-je; qu’ils ne-le puflent-point: «Hs: ne lé peuverit:pas aflurément:; pourfuivitsili; &: quand tous les Démoñs de l'Enfer, & _tous les Anges du: Ciel s’uniroient'enfemz- ble, ‘lechâteau de :cartes fubffteroit ; fupse foit Auteur du mouvement & du‘repos:. Le petitenfant, intérrompis-je, eft _… Fi Le VER plus
Jus facrees. 63 plus. puiflanc que tons les: Anges. &ique tous. les Démons. puis qu il renvetfe..en foufflant fon, peut château, qu’ ls ne. fau: Tolent abattre. Non » mon,ami.,,; Vous perdez les étriers , . & Vous ne vous tenez pas ferme dans le principe. fuppolé. : Si Dieu eft uniquement, l’Auteur -de Pêtre appellé, mouvement; il en ‘eft unique: ment, le Confervateur.,. il lui appartient uniquement . de le continuër, püis-que la conlervation eft une création &: une pro- duétion continuelle ; donc c’eft à Dieu & non pas. à l’enfant à “renverfer. immediatc- ment le château de cartes. Quoi! lui dis- je, Penfanc qui foufle ne le renverfs pas? Non. vraîment,; repliqua-t-il Ec, .qu'eft. ce, doc que le. foufle fait, repliquai- -je À Il fair figne à-Dicu. de renverler ke: chà- feau répondit-il,; ‘car Dieu a. fait un paéte avec fot-même, dé toute, étermté, : de ref verfer. ce château dé cartes, routes les fois que: ce, petit ‘enfant lui.en feroit, le figne en fouflant,, Ainfi, quand -un boulet de, canon eft tiré CODLTE, un: moulin à À VEN». CG neft ni-le feu. ni le boulet, qui.aba ce foiblé moulin : voici philofophiquement comimé - Paffaire fe pañle., Le Canonnier fait fignie- à Dieu avec fa baguette d’allumer amor: E 2 ce
68. Nouveaux Entretiens ce dans le baffinet, & Dieu Pallume: Pas morce allumée fair fgne à Dieu d’allumer Ja poudre qui eft dans le canon & Dieu VPailüume : la poudre allumée fait figne à, Dieu de poufler le boulet, & Dieule pouf: fe : le boulet poufié fa figne à Dieu de: poulffer Pair, cet air pouflé de poufler la. muriille; & Dicu fait tout cela pour exes. eutcr le pacte éternel qu’il a fait d’être: porétuel à tous ces fignes : & voilà le: nou abattu philolophiquement , mon: is. « : FAURE Mon Pere, cette Philofophis n’eft-elle point la Theurgie , ou la Magie bianche des Anciens, qui operoit, dit-on, toutes: ces merveilles par des pates faits immédia-. tement avec Dieu , & par des fignes que: ces Mages lui faifoient, & qui leur te-. _ noient lieu de culte & d’enchantement tout enfemble? fe n’aime pas, medit:1l, d'en- tendre parler de ces curiofités, 2x je crois. que toutes ces traditions Theurgiques font fabuleufess quoi qu’il enfoit, 1ieft certain. que la nature ou la matiére peut être aflez ingénieufement appellée une favante Ma-. gicienne, qui par les fignes différens qu’el- le fait à Dieu, par les differentes fitua-. üons où elle fé trouve , oblige Dieu de: pro-.
Jur les Sciences fecretes. 69 * produire tous les differens mouvemens que nous voyons. :
Je ne trouve pas cela trop ingenieux, lui dis-je, cela eft burlefque à la verité; car puis-que Dieu elt uniquement PAu- teur de tout le mouvement, :1l feroit Au- teur aufli de toutes les différentes fitua- tions de la mauiére, & ce feroit lui par con. léquent qui fe feroit ligne à lui-méme de ce qu’il auroit à faire. Cerre maniére de philolopher eft aufi ridicule que le feroir un homme, qui à toutes les aétions qu’il voudroi faire gelliculeroit , & fe feroit cent {ignes à {oi-même pour exprimer {on deflein ; ce feroit un homme à peindre, & je merejouiroisbien d’un Arlequin come
ns
me celui Ja, . |
: Mon entant , me dit Jean le Brun, ce pe féroit pas grand’ chofe, ficette Philoto: phie fur Je mouvement n’étoit que rue cule; ce qu'il, ya de bon & d'heureux, c’cft qu’elle eft manifeftement herctique de plufeurs cotés; car felon ce que nous venons de dire, Dieu eft immédiarement & uniquement Auteur de tous les effets ; ce n’cit pas le feu qui brûle, ç'ett Dieu à la prefence du feu : ce n’ett pas l’homme qui remué {a main, c'eft Dieu feul, & | E’3 cela
TH
go “Nouveanx Entretiens.
cela ‘eft depis ‘long-temns condamné par Saint Thomas, comme faux ; comme dé: rogcant à la divine Sagefle,’comme ren- verfant l’ordre de l'Univers, étant à tou- tes chofes leurs: propres'effets ,: & détruis fant fans reflource tous les jugemens que portent -hos fens Outre cela, mon fils ; cette ‘ôpinion ruine admirablement da:hi- berté, puis-quelleôtcabfolument à Phom: me lé domaine fur fes proprés aétions ; en quoi! la liberté confifte. :: 22: 000
” Ce feroit, ui diijes une:grande: af: faire , fi nous pouvions-aufliéxercer la Foi touchant la liberté: Vous allez voir) pourfuivie-il, ‘fi la Foi d’un homme imbu de: nôtre: Phyfauen’a'pas un grand com: bat à rendre fur ce point-là. (Pourquoi faut-il dans nôtré Phyfique ique: Dieu foit PAuteur du mouvement dé mamain quand
jé la rémné , parceque ; répondis-je , : le
mouvement de:la matiéré n’a pas pü être produit au commencement que par Dieu même , & que c’eft à celui qui donne Pêtre ‘à une chofe de la conférver? Ainfi Dieu ayant donné l’étre ‘au mouvement; c’eft à lui feul à le conferver duris Ja mas tiére. Vous avez bien parlé, me dit il; donc Dieu eff l’Auteur immédiat cure
furdes Sciences fecretes. 74 que de tous les mouvemens de nôtre vo- lonté,..& nôtre ame n’y a pas plus de part que, la, matiére en a eu au. mouvement Comment, repliquai-je, prouveriez-vous certe confequence.? Fort clairement, re- partit:il : ‘Ariftote,, Saint Thomas, Saint Anfelme ,, & généralement tous les Au: teurs qui ont parlé en Philofophes, ou en Catholiques, ont fuppolé, ou démontré, que Dieu a dû néceflairement . donner le branle'à nôtre volonté, &:produire: lui feul.le.premier mouvement ,. ou la pre- miére action qu’elle fentit.en elle. Rarfon- nez maintenant, & dites :.'Fout mouve- ment ne peut être continué que.par celui qui Pa commencé : Dieu feul à pü.com- mencer le mouvement de nôtre. volonté: donc Dieu feul peur continuer de la inou-
voir, Selon cela, repliquai-je, nous.ne.
fommes pas libres ; jamais. Luther n?a fi bien combatu la liberté que vôtre Philo- fophie, & ce fera l’efléc d’une Foi épu- rée, & fort détachée du raifonnement &t de l’apparence, lors-que.vos ferviteurs croi- ront êcre. parfaitement. maîtres de leurs actions ; D'autant mieux, mon fils, pour- fuivicil, que nous expérimentons à toute heure, .qu'il nous vient inopinément cent sl E 4. pens
72 Nouveaux Entretiens penfées & cent defirs aufquels la raifon n’a point de part, & qu'aucune déliberation ne précede ; il paroît aflez naturel de dire qu’ils font proiuits en nous par quelque agent extérieur qui ne peut êtreque Dieu ; _& fi vous faites réflexion que Peflence de Pame eft de penler toûjours & d’être dans un mouvement continuel, 1l eft clair que celui qui commence le mouvement eft ce- Jus qui le continuë. BAR Les Théologiens & les Philofophes Ca- tholiques vous diront pourtant, Monfeur,. que lame conjointement avec Dieu eft la caufe phyfique de nos actions, rant des mouvemens du corps que du mouvement de Pame. Nous ne pouvons dire cela, :re- prit-l , fans convenir avec eux de deux chotes, & il faut bien s’en garder. Pre: miérement, qu’un elprit pufle agir fur la matiére : & en deuxiéme lieu, que | ame foit unie phyfiquement au corps. Ett.ce que vôtre Phybque. interrompis-je, leur contelteroit ces deux choles? Si cela étoir , je prévois bien de grands inconveniens con. tre la Foi. Tant mieux, repriil, & je de fai bien : C’eft pourquoi il fautoûjours oûtenir que tout mouvement vicnt de Dieu par préciput ; qu’il d'apparnent qu'a TES : lui,
Jur les Sciences fecretes. 73 lui, qu’il Pa commencé, & que c’eft à lui de le continuer ; & que lame, les An- ges, les Diables, ne fauroient agir contre Un, Corps, parce-qu'étant des Efprits, ils ne peuvent que penfer & connoître : or penfer & connoître ne font aucune im- preflion , & ne peuvent produire aucun
mouvement dans la chofe connuë Les Moines font donc bien ignorans, lui dis-je, de s’imaginer qu’un Aage en- leva par un cheveu le Prophéte Abacuc, pour porter dequoi dîner à Élizée. Igno- rance craflc, répondit Jean le Brun, tous les Anges enfemble n’euflént pà faire dret: fcr un cheveu d'Abacuc, cétoit Dieu même qui faifcit tout cela, à la prélence ët à la priére d’un Ange. Maisil ÿ a en- core ici une petite raifon oculte, que F. vous dirai bien, fi vous voulez. Ne VOyez- Vous point que de cette propoftion fi rai- fonnable, qu’un Efprit ne peur que pen- fér & connoître, & qu’il eft contre fa na- ture de produire aucun mouvement local, il s’enfuit afléz naturellement que plus un Etprit eft pur , plus il eft éloigné de la matiére, & moins il eft propre à la mou- voir : ainfi Dieu étant le plus pur de tous. les Efprits, il eft évident qu’il penfe plus bp: "dm
74 Nouveaux Entretiens,
fimplement que tous les autres ; êc qu'il peut moins que tous Jes autres agir fur la matiere 5; par où VOUS:VOYEZ ‘en ‘combien. de façons an Chrétien imbu de nôtre Phi- tendement.à l'obéiffance. dela Fof, feule- ment pour certe vérité que Dieu arcréé 8 gou verné le. Monde: Je vous: avois Priés Monfeur ,: dis-je ,: de. ne toucher plus à
