NOL
Comte de Gabalis

Chapter 11

Section 11

fur les Sciences-fecretes. . 149 limprudence de vôtre coufin le Pére le Brunæ étégrande, de s’attirer un Sérviteur dé Dieu de vôtre efpéce. &de fecommettre avec un Hôm- me qui a de frredoutables révélations! Quelles machines & quel tour diabolique étes-vous allé chercher pour contredire 14 Phyfiqüe de ce bon Pere? Quoi, renverfer toute là Réhigiotr& tous nos Myftéres,. fous ombre d’une révélation pha= patique; & tout Cela, parce-qu'il faut fuivre une: Phyfque différente de cellé du Pere le Brun, afin qu’il ne foit pas dit dans lé monde qu'on ne le contrarie pas en toutes chofes! Je ne fçai pas, Monfieur le Réformateur, quelle eft vôtre ame & vôtre confcience ; mais en vérité, il me femble qu'il faut être tant foit peu plus que Diäble poür avoir pù imaginer une vengeanñ-
ce de cette nature: À - Ee cœur humain, repartit Jean le Brun, avec un grand foupir. : le cœaf humain eft impéné- trable, & fa malice eft un abime quin’a point de fond ; Gui pourra le connoître ? Hélas ! il peut bien être que mon animofité contre lé Pere le Bru pourroit m'avoir infpirécette averfion pour Ariftoié, &ccette imagination d’exalter la Foi, & d'en augmenter lemérite, enétabliffant une Philofôpliie également oppofée à Ariftote & à la Foi : & comme vous me l’avez fait'remar- quer, plüsoppofése à la Foi qu’à Ariftote. Je vois bien que Dieu n’étoit pas l’auteur de mon deflein, & que cette Réformation ne vient pas de lui: Quant à moi.j’ai toùjours marché em fimplicité : mais à ce que je vois, mes Coadju: teurs ne font pas de même, Cependant il eft K 3 cer-
150 Nouveaux Entretiens, &c. . certain que Dieu n’entra jamais dans leconfeil des doubles , & qu'il ne favorifa jamais la fuper- cherie & l’artifice. Je vous plains, Morfeur LE le Brun, lui dis-je : vousavez blanchi dans J'inimitié, & dans l’efprit de véngeance & de difcorde ; c’eft toüjours un grand mal & un état déplorable. Si vous n’avez pas été aflez mal- honnête homme pour procsder de mauvaife foi, vous avez été aflez mauvais Chrétien pour vivre fans charité, & aflez foible & aflëz vain pour vous mettre dans la tête qué Dieu vousavoit fuf- cité éxtraordinairement pour réformer les mœurs del’Eglife, dont vousruïniez la doctrine, & renverfiez la croyance. Permettez-moi donc d’exhorter vôtre tête blanche à la pénitence ; & puis-que vous reconnoiflez que Dieu n’eft pas. . l'auteur de vos vifions , implorez fa miféricorde, renoncez à vôtre chimérique Réformation, quit- tez cette Phyfique d’Athées, renvoyez la jeune Créature deDieu.ne foyez pas fi diftrait à table:en un mot, foyéz irréprochable dans vôtreFoi & dans vos mœurs, & vous rentrerez en grace avec le: Perele Brun; flvousrétablira avec honneur dans Plrlande, & vous y pañlerez pour bon Catholi- que, Apoltolique & Romain. re Il paruttouckS de maremontrance, & je crois que, s’il eût vécu, iln'eût pasété tout-à-fait ff fou ; mais la maladie de re d'animo étant toù- jours mortelle, quand je voulus revenir le voir le : lendemain, jetrouvai la Créaturede Dieu toute éplorée, qui me dit qu’elle lui avoit fermé les yeux. J'en fuistouttrifle, car apparemment il eft danné. ss À 43 F 3 NN.
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