NOL
Comte de Gabalis

Chapter 10

Section 10

-
134 Nonveaux Entretiens, veur : Dieu vous confonde , ou ; vous: convertific.. : Un Valet:,. qui m’entendit: lever la voix , entra. ! Jean le Brun palit, TOUBIt, fronça le fourcil & fortit. HD YH3 4
4,
mm
DERNIER ENTRETIEN.
TE croyois être délivré de Jean le Brun; mais Je jour.d’après une jeune fervante, vint me rendre un biller. de fa part, conçü | encestermes;: Cette, Creature de Dieu vous, dira; Monfeur:, que je fuis fort mal 1 qu'il meft arrivé nne grande affhélion, :qui,va me mettre au.tormbeat. : Âl eff émpertant. pour la iglorre: de. Dien | que.je.vons voye, avant | que. de mourir. : Cébillet.me furprit. :Je demanda à la Créature de: Dieu où for | Maître Jogeoit ; & ayant fcù delle que c’étoit près: des :Petites-Maitons ,. je Jui promis d’y aller dans une heure, .& jy _allai en effet. Je trouvai que la Créature de. Dieu donnoit: un -boüillon, à. Jean le Brun. «Venez ‘mon: fils »!: .$’égria-t-1l + à venez confoler un homme qui vouseftime | affez pour vous: pardonner le: petit.empor- tement qu’un peu trop de “zéle. vous fit avoir'hier : venez moi confoler de Ja plus AN QU LE Re cpou-
1 AL à
fur les Scrences | fecreres. 13% épouvantable difgrace qui pouvoit arriver à un homme,de mon âge, de mon favoir & de mon zéles Hélas! trous mes travaux {ont vains ;, jai perdu mon tems & mes foins, je. ne réformerai point la Morale. La Phi ofcphie de ?ordanus Brunns & de Monfieur F Dear ne fauroit avoir cours
oi de aBéion Ft par il qu’ une à TE hilofophie, foit ruïnée gue reffource; tt avortés de ce côté-a?. #7 C’eft grand dommage, bons ieur lui dis-je ; & ce. feroit encore plus. grand dommage que yons augmentaffiez. vOtrE fiévre , en parlant. avec. l'agitation que vous: faites, | ‘ Je n’a pas la févre, me ré- pondit il, mon mal eit une épouvantable tribulation d'efprit, que les. Caftillans ap- pellent pafion danimo : : je rai trouflé dans vingt-quatre heures, .Car on ne le porte pas plus loin avec, ce.mal-là... Mais, in- terrompis-je , nous. trouverons, PEUT-êLrE le moyen de vous confoler. left im- poffible ,reprit-il ; car. voici le e Sujet de mon afliétion, NS L RP
136 Nouveaux Entretiens I arriva hier que Pemportement inopi- _né qui vous fait, me mit en fi grande colére, que je fus obligé de me mettre au ht, La Créature de Dieu que voilà fut d'avis que je me fifle rirer du fang : je la crûs : elle fit venir un Chirurgien de fa connoiffance. © Dieu! avez vous voulu bumiljer Joannes Brunus jufqu’au point de le faire confondre par un Chirurgien ? Eft- ce que vous entrâtes en difpute avec lui, interrompis-je ? Non, dit-il : Voici comme la chofe s’eft pañlée. 11 me demanda d’abord quel étoit mon mal, pour juger fi je devois efte faigné, & quelle quantité de fang il faudroit me tirer. Je Jui dis franchement que tout mon mal étoit une grande colére que javois contre vous, fur ce qu’au lieu de convenir des raifons que je vous ax ois dites pour vous convaincre que les bêtés n’ont point d’ame, vous m’aviez traité de rêveur, à de Je ne fçai quelles autres qua- hités, fans avoir égard à la révélation ex-
prefle que jen avois de Moïfe,
Comment, Monfieur, s’écria le Chi- rurgien, les bêtes n’ont point d’ame, & Moïfe vous l’a révele ! Je ne vous tirerai point du fang, S'il vous plait. Nous avons ce refpeétpour les Gens à révélation, que nous
fur les Sciences fecretes. 137 nous ne leur en tirons jamais: Etc quant au fonds de la chofe , avec la révérence que je dois à Moïle qui vous eft apparu, les bêtes font aflurément animées ; & quand nous voyons en clles folution de ‘continui- té, nous les panlons de même que les hommes.
Vous n’entendez pas cela, Monfeurle Chirurgien , lui dis-je ; quor-qu’etanc Chirurgien, vous devriez nneux l'enten- dre qu'aucun Philofophe : car fi vous fa- viez bien vôtre Anatomie vous auriez pris garde que toutes les fibres & tous les nerfs vont aboutir à la glande pineale , & par ce grand principe vous expliqueriez faci- lement routes les paffions & les opérations des animaux ù fans avoir recours à l’ame imaginaire qu’on leur attribué. De plus, vous auriez remarqué dans les jointures certains mufcles & certaines valvules par Paide defquelles le mouvement des mem- bres fe fait. En troifiéme lieu, vous fau- riez, Monfieur le Chirurgien, que la ré- tineeft faite de telle forte que tous les fila- mens du nerf optique s? ÿ terminent de cer- taine maniére ; à de toutes ces chofes nous pourrions tirer l’explication de tous les mouvemens des bêtes & de l’homme mé.
15 me :
138. . Nouveaux Entretiens. me :, car à la: penfée près , iln?y à poinr, de différence de l’homme à la bête, quant. à Ra machine, ou aa te, à foûrire infolent:, Moïfe vous a:t.1l révélé, tous ces beaux principes ?. Non ,, Jui dis-. je ; mais le grand Defcartes, qui étoit un: génie univer(el ,; & qui n'ignoroir derien ; l'a dir, l’a éprouvé. & La polé pour fon- dement. , Ajoûtez, reprit le Chirurgie; Va imaginé. J'ai fait quarante-deux Ana: tomies en, ma. vie. je vous répons de ma tête que ces crois principes-là font ablolü- ment faux. Vous.étes un ignorant; Mon eur le Chiryrgien, lui dis-je: fi ces trois principes écoient faux, .nôtre Philofophie le feroic auf; & ce feroità tort que Mon- fieur Defcartes auroit acquis tant derépu- tation. Je vous foutiens poñrivement , dit- il, & paiñiblement , parce-que vous étes
+
malade ,, qu’il n°y.cut jamais ni fibres ni nerfs, qui aboutifient à la glande pineale. Secondement, quant aux mufcles & aux valvules réciproques , par.où vous explis quez le mouvement des membres, je vous foûciens qu’il n’y eut.jamais dans les hom- mes ni dans les. bêtes la moindre petite ap- parence de ces. valyules :.8&c pour la réti- “4 1 ne,
F
Jur les Sciences fecretes. 139 ne, cette prétenduë conjonétion avec les, filamens du nerf optique , eft la plusgran- de chimére qui füt jamais ; car la rétine eft conftamment une peau uniforme, qui. n’a nulle conjonction avecle nerfoptique: & tout cela je vous le ferai voir demain, fi vous voulez, dans une Anatomie que je dois faire à Saint Côme. Quant à votre, Monfeur, Defcartes ,. j’ai été Chi, rurgien ,. & je lai, faigné & fréquenté quelquefois durant une fiévre qu’il eut avant que d'être obligé de fortir du Royaume: Cétoit un homme d’efprit, &. d'apparence fort fage , mais fur ma pa- role il y avoit bien du vuide dans ce cra- ne-là. Îl me conroit un jour quil vouloit reftaurer la Philofophie fur, fept loix de méchanique., ;qu'il diloit avoir trouvées, & avec Jefquelles 11 prétendoir expliquer tour ce qui fe fait dans.la nature, Je le priai de m'expliquer’ ces :loix... Il Le ft: & fans vanité je lui fis voir à l’œil qu’elles n’étoient pas toutes véritables; & il.ne fçût jamais me faisfure fur ce que je lui oppofois. :;Un autre jour il me dit avec beaucoup d’oftenration ,. que jamais per- fonne jufqu’à lui n'ayoit fçù. ce que c’eft que la lumiére.: Et lui ayant ANS y : cs PRE CAE RS ON | Ét epd RMS rade s’i
140 Nouveaux Entretiens s’il le favoit bien lui-même; car la lumié- re toute claire qu’elle eft, eft la chofe du monde la plus obicure à connoître : ilme répondit fiérement, que, fionle pouvoit convaincre de fauflet£ fur la maniére de philofopher touchant la lumiére , il étoit prêt d’avoüer que tout fon nouveau ffté- me étoit faux , & qu’il ne favoit rien du tout en Philofophie; mais outre fa vifion fur la rétine, je lui fis voir dans fa pré- tenduë démonftration quarre ou cinq er- reurs infoutenables. C'eft pourquoi, mon bon Monfieur , fi vous étes infarué de cette Philofophie, & fic’eft là vôtre mal, guériffez-en fi vous étes fage; car pour du fang je ne vous en tirerai point, pour caufe : j’en vai tirer à un Abbé qui neft _ pas malade de vôtre mal. Bon jour. Voilà mon afiétion , mon fils, conti- nua Jean le Brun: Que deviendrons-nous? Al faut croire chacun en fon Art. Si ce que cet homme dic eft vrai, nôtre Philo- fophie ne peut fubfifter , & le fiftème de Déicartes eft chimérique. Je voudrois donc, monfils, que vous allaffiez à Saint Côme apres diner, pour voirfi ce quece Chirurgien a diteft vrai. O Dieu! féroit- il pofible qu’un auffi grand génie que | Defcar-
fur lés Sciences fecretes. 141 Defcartes.eût appuyé tout un Gftême fur des chofes que des Fraters de Chirurgien peuvent convaincre de faufteté. Si cela eft, il ne faut plus parler que n1 moi ni
mes compagnons puifhons jamais réformer la Morale par cette Philofophie. Helas! il. faudra laifler fleurir celle d'Ariftote, Pour moi, plütôt que de la voir ain triompher, je veux mourir , la réfolution en eft prife. Lie FU Je vous confeillerois, lui dis-e, Mon- fieur, de vous reconalier avec Ariftote avant que de mourir; autrement vous aurez ctt Homme en tète en lautre monde, qui vous defolera ; & fon ombre irritéé fera toùjours après la vôtre, pour Jui faire cent reproches importuns. Vous fuppofez donc que je ferai damné, répon- dit-il. Vous me faites fouvenir d’un cer- tain Pere le Brun mon coufin & mon com- patriote, qui me difoit toûjours cela, qui m'a pris en averfion', & qui m’a fait de-+ ferter d'Irlande, pour m°y avoir rendu fufpeét de l’Héréfie de Calvin, Quoi- qu’il en foit, repris-je , la chofe n’eft pas moralement impofñible: Prenons la chofe au pis, je vous:flure que, fi l’ombre d’A. riftote & la vôtre fe rencontrent en l’autre ; mon-
142 Nouveaux Entretiens | monde , vous ÿ pañlérez mal vôtreitems, | Que me pourroirellé dire de f-fâcheux, repondit Jean le Brun Dsl HD PME | :1 Ariftote vous dira que vous lu avez volé tout cé que vous avez dit de‘bon êt dé raifonniable , & que tout ce que vous avez inventéeft faux & chimérique, ‘com _ mé’lé' Chirurgien vous le difoit hier." Il ous foûtiendra que fes Problèmes 'con- tiennent le détail de vôtre Philofophie , {ur les couleurs , fur la lumiére, fur les ons, fur l’harmonie, fur les plantes: fur. es änimaux." It vous traitera d’impofteur, vous & un’de vos Collegues de bonne Foi; fur ce’que vous lui avez impolé qu'il tient que l’air n’eftpoint ‘pefant, & que vous avez tiré grande vanité de. donner … uné preuve ‘fort nouvelle de la pefan- teurde cetélément, par Pexperienced’un balon. Cependant Ariftore, au Livre quatriéme du Ciel ; Chapitre quatriéme, prouve éxpreffément que l'air eft pefant, par cette ménmie ‘expérience du balon. Pourtant Pafcal , reprit Jean le Brun, qui
étoit le plus grand efprit du fiécle, apré- tendu‘ mériter béaucoup de lotiange en prouvant con tre Ariftote que l’aireft pefant, par cette démonitration da balon. Il di “OCR €
L
fur:les Sciences fecretes. ‘143 belefprit, je Pavoué, lui dis-je ; mais vous voyez de là la ‘bonne foi du’perfonnage, & s’il faut s’en raporter aveuglémenta fes citations. Les gens qui lifoient pourluine Jui donoient pas toüjours des Memoites fi- déles.. De-hà vient que quand je lis fes Ou- ‘vrages , je ne prenis'garde qu’à la forme, qui marque un: grand fonds d’efprit & d’in- “vention, &'}je nié défietoüjours de la ma- tiére.’ Jem’imagine qu’Ariftote l’aura bien accueilli en Pautré monde. ©"
Apparemment, dit-il, "ce railleur d’of- ficé aura été un peu défait. Ne vous en déplaife , Monfieur ;, repris-je, vous ferez bienautant embarraflé que lui :: car vous avez pris lapeme, vous & vôtre T'rifayeul & Defcartes, de piller chez Ariftote, & de vous appropriér ce qu’il ÿ a defuppor- table dans vôtre Philofophie, avecles rai- fons que vous avez pour leprouver: En- fuite vous lui attribuez l’opinion contrai- re , Vous déclamez contre lui , & vous vousérigez en Fondateur de Secte. Cette opinion ;: par:exemple ; qu’il n’y a que Phomme qui penfe ; & que les bêtes ne penfent point, & ne font par maniére de dire que dés automates , eft toute prifé d’Ariftote, quila propofe, qui Pafite ,&
144 Nouveaux Entretiens | qui ehfin femble l'avoir décidée tout com: me vous, par les mêmes ratfons que vous . en alléguez, ce n'ett pas grand” merveille que vousayez eu lefprit dele copier quoi- … que vous n’ayez pas compris f4 penfée ,& la différence qu’il y a entre penfer dépen- damment & en vertu. d’une propoñtion univerfelle que l’on connoit, ce qui eft le propre de l’homme ; & penfer ou con- noître une chofe finguliere par la feuleen- tremife des fens. ce qui eft la maniére de connoître des bêtes. | LS N’eft-ce pas Ariftote encore qui vous a donné l’idée de vôtre matiére fubrile ? LL? Æther d’Ariftote n’eft-il pas la matiére Jla:plus fubtile & la plus agitée ; qui fe mêlé à l’air & à Peau, comme l'air le mé- Je-a l'eau & à la terre? L’ombre d’Arifto- te vous mal-meneralà-deflus, & vousdira … que c'eit par là qu’il a expliqué le dia- _ phane.. ie | . Quoi-qu'il puifle dire, reprit Jean Île Brun , il né fauroit nous difputer la gloire d’avoir penfé eenr chofes qu’il n'a jamais penfées. C’étoiraffarément un efprit court, | qui n’a jamais fcû ce que c’eft que feu m flÂme : Jeluiapprendrai comment fe fonc les odeurs, les faveurs, les Laine se | on
\
fur les Scrences fecretes. 145 fon grave.& aigu , en un mot tour le détail deschofes naturelles à quoi il ne favoit rien,
Je ne fai pas vôtre opimon fur toutes ces chofes ; lui dissje, & ilfe pourroit faire que vous auriez en cela quelque avantage fur Ariftote. - Car ilme femble qu'l y a quel- que chole de frivole dans Jla-recherche qu'il en fait, & il détermine certaines.chofes qu'il eft impofñfble de favoir au vrai. Parexem- ple, que laflâme n’eftautre chofe que de | petits corps en un mouvémenttrès-rapide , . qui { fuccedent continuellement les uns aux autres : Que le feu.eft compofé de-petits corps de figure pyramidale , dont lesangles font fort tranchants, quinouspiquenten en- trant dansnos pores, :&t qui fondent les mé- taux en s’infinuant en eux: Que la différence du fon grave & aigu vient dela vitefle ou lenteur desvibrations de Pair : Que les.fa- “veurs fe fentent lors-que la falive diflout de certains corps , de certaines figures que lon nommefels, & quifont dans les viandes. Et que les odeurs fe font aufli par certains cor- pufculestrès-déliés qui fortent des corps, fe répandentdans Pair, & viennent-piquer le
em Sn k | di . Ariftotea:t-il dittoutesceschofes-là;,1n- terrompit Jean le Brun ? Où, dui dis-je. K ! Mais
146 Nouveaux Entretiens Mais, reprit-il, c’eft-là précifément nôtre Philofophie. J’ai donc eu grand tortdene point lire Ariftote dans ma jeuneffe. Defcar- tes en eft caufe, il l'avoir lûé exaétement. Je le trouvai un jour fur le troifiéme Livre de PAme : il me dit qu’Ariftote éroit de fon a- vis far la maniére dont la fenfation fe fait : Qu'il étoit ravi que ce Philofopheeütune _feule fois en fa vie connu la verié, & qu’il fe fût apperçû que touté les fenfations{e font par le toucher, Comme je vis qu'il n’y avoit ‘que cet endroit de bon dans Ariftote, je ré- {olus de ne perdre point de tems à le lire.
Beau deflein , repris-je, Monfeur Jean le Brun! Maiscroyez-vous que Defcartes ait été de bonne foi cette fois-là ? Al aimoir : mieux attribuer cette opinion à Ariftote | qu'à Democrite de qui elle ef, de peur qu’on ne $’apperçût de la conformité de fa doétrine avec celle de Democrite. Ce que vous dites-là eft-il bien vrai, reprit Jean. Je Brun? Vous n’avez qu’à le vérifier vous-même, répondis-je.
Mais fi cela étoit, continua-t-il, &t que d’ailleurs Defcarteseût puifé la plus grande partie de fes opinions dans Ariftote , ilferoit üningrat & un homme de très-mauvaife foi, de déclamer fans cefe contre fon maître , $C
jai
fur les Sciences fecretes. 147 Paiété route ma vie ladupe dececi. Car fur la parole de Defcartes, je me fuis déchaîné contre Ariftote : cependant je vois bien qu’on ne procede pas de bonne foi dans nôtre réformauon. Je fuis un grand Pecheur, mais Dieu ne m’a jamais abandonné juiqu’à la fourberie & à la mauvaife foi. Je n°y entens pas grand? finefle, comme vous voyez, & j'ai toujours regardé la duplicité de cœur ‘comme un caractere deréprobation. C’eit du moins, lui dis-je, le caractere certain d'un mal-honnête homme , de quije fuirois toute ma vie la fréquentation, &cne ména- _‘geroïs jamais l'amitié : & à vous dire vrai , le petit chagrin que j’eus hier contre vous, venoit de ce qu'il me fembloit que c'éroit u- nechofe de mauvaife foi de pefter comme vous faifiez contre Ariftote, de faire mille imprécations contre fes Énthymêmes & {es Syllogifmes; cependant je vois bien que
vous ne lPavezjamaisiü.
Ileit vrai, merépondit-il ; mais Delcar- _tes men avoit tant dit de mal ; & de plus, ce certain Pere le Brun dontje vous ai parlé, ma tant inquieté avec fon Ariftote, il me Pa rant cité dans les difputes que nousavons eu enfemble, & il men a tant rebattu les oreil-
= Jes,qu'iim’ena Ms uneaverfion Re
LANCE des:
148 Nouveaux Entretiens | le: de telle forte que, dès que j'entenslenom d'A- : riftote , il me femble que je voisce Pere Je Brun à . mes trouflés, qui me chafle d'Irlande, .& qui me Ait pañiér pour an Calimittes ss Je me trompe fort, Monfeur Jean le Brur, lui dis-je, ou toute cette levée de bouclier que vous avez faite pour réformer l’'Eglife de Dieu, & tout ce grand {oinque vous avez pris de faire valoir la Philofophie de Defcartes, ae font pré- cifément que parce-que le Pere le Brun vôtre ennemi prétendu fait profeflion de fuivre Ari- flote. RS Pour choquer ce Reverend ‘Pere en tout & partout, vousavez estrepris de donner cours à une Philofophie oppolée à la fienne; & comme rien n'efl capable d'empêcher de certaines gens de fe venger jufqu’aux chofes mêmes les plus in- différentes, quand ils prétendent étreoffenfés, vous avez abandonné pour vous venger de ce Perele Brun, les intérèts les plus: vénérables & les plus facrés : Dieu &'fon exiftence, la Tri- nité faicte, l’Union Hypoftatique d'Euchariftie adorable, la fpiritualité & l’immortalité de l’ame del’ Homme, la divine Providence, & tout ce qu’il y a d’inviolable dans la Foi & deconftant dans la Religion. Vous aimez mieux intro- duire dans le monde les Héréfes d'Hermo- géne, de, Praxeas, de, Valentin de Manez, de Néftorius , d'Evtichez, des fales Stercora- niftes, de Luther, de Socin & de Calvin: en un mot, ouvrir toutes Îles portes de l’Enfercontre l'Eplfe, que d’être ami du Pere le Brun. | Que la haine d'un Dévoteft ingénieufe , & que | ‘im-